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Les Promesses d’Atro City – Solenne Pourbaix

les promesses d'atro cityRésumé : En 2480, la ville la plus évoluée est Atro City, située en Europe centrale, C’est une cité riche et prospère, principalement peuplée de pauvres et de miséreux venus pour chercher confort et travail et ne trouvant que rejet et répression. Pour distraire son peuple, le Régent a créé une immense Arène. Grâce à elle, il peut divertir la population et se débarrasser des criminels et autres empêcheurs de tyranniser en rond en les faisant participer aux « jeux ». Mais un héros va sortir de l’arène et cela en sera fini pour LES PROMESSES D’ATRO CITY…

Edition : Rivière Blanche

 

Mon Avis : Ce livre est entré dans ma PAL, lors des dernières Imaginales, un peu par hasard et principalement par le bouche à oreille. En effet, il faut bien l’admettre, je ne suis pas obligatoirement un grand fan de la couverture, illustrée par Claudio Aboy, qui tombe quand même allègrement dans les clichés et qui surtout arrive à ne correspondre en rien à l’histoire. Par conséquent, si on ne me l’avait pas conseillé comme une lecture fun je ne serai sûrement jamais allé discuter avec l’auteur qui a réussi à bien me vendre son livre, qui a donc fini dans ma PAL.

On va ainsi se retrouver plongé dans un monde futuriste, post-apocalyptique, où l’Humanité a en grande partie abandonné la technologie et où les villes-états sont devenues la norme et la sécurité. Atro City en est la principale, dirigée par un despote qui a compris que le meilleur moyen d’endormir le peuple est de le divertir grâce aux arènes,  tout en se débarrassant des criminels par la même occasion. On va ainsi suivre Jan, le héros des arènes, qui a gagné près de 100 combats, mais dont la popularité déplait aux dirigeants de la ville. Ils vont alors avoir l’idée de se servir de son fils pour le manipuler. Clairement, je n’attendais pas obligatoirement quelque-chose d’exceptionnel de ce récit, plus une histoire divertissante, énergique et entrainante, sauf que voilà une fois la dernière page tournée je dois bien avouer que je ressors mitigé de ma lecture. L’ensemble possède certes du potentiel, des passages efficaces, mais dans l’ensemble de nombreux défauts ont fait que je n’ai jamais non plus réussi à m’immerger complètement dans le récit. Il faut dire que le début se révèle laborieux, offrant deux premiers chapitres qui sont loin de se révéler réussis, tombant un peu trop dans les clichés du criminel, gentil au fond de lui, forcé à faire des choses horribles et par les personnages d’André le despote et Emile sont conseiller qui sont juste à baffer tant ils sont clichés, surjoués et manquent clairement de finesse et d’intelligence. Je peux comprendre le despote qui est au pouvoir plus pour sa méchanceté que pour son génie, mais là, non, ils ne sont jamais crédibles et possèdent le charisme d’un huitre. Ou alors ce sont des personnages de série Z.

Heureusement, par la suite ces points dérangeants vont se calmer un peu et on se laisse un peu plus entrainer par les aventures de notre héros. Il faut dire qu’on quitte la ville d’Atro City pour découvrir un peu plus de l’univers que construit l’auteur qui ne manque pas d’attrait. Certes on reste au niveau de l’intrigue sur du classique, avec une construction balisée où les personnages vont rencontrer des difficultés qu’ils vont devoir surmonter, souvent en se servant de la force, des muscles et du travail de groupe, et où ils vont devoir aussi devoir évoluer et changer, mais dans l’ensemble ça se tient bien. Le rythme du récit devient ainsi légèrement plus fluide et je me suis retrouvé un peu plus embarqué par les aventures et péripéties des personnages. Il faut dire que l’auteur ne lésine pas sur l’action et les rebondissements et que, dans l’ensemble, les personnages rencontrés se révèlent un minimum intéressants, même si j’aurai quelques points à redire, mais j’y reviendrai plus tard. Par contre quelques aspects m’ont légèrement dérangés. Premièrement, l’auteur cherche trop à en faire, offrant de nombreuses sous-intrigues qui sont ainsi résolues trop rapidement, ce qui parfois atténuent un peu trop les effets dramatiques comme par exemple avec la conclusion ou encore ce qui arrive à Sasha, mais donne aussi l’impression sur la fin que l’auteur cherche à ralentir exprès sont récit. Ensuite, certains retournements, certaines révélations, m’ont paru trop prévisibles.

Concernant les personnages il y a du bon et du moins bon. Je ne reviendrai pas sur André et son conseiller qui dirige Atro City, je pense en avoir dit assez. J’avoue avoir bien accroché à des personnages comme Jan, classique dans son rôle de guerrier qui fait tout pour sauver son fils mais qui se révèle efficace, Sasha, personnage ambigu ou encore Sunny qui nous offre une héroïne complexe malgré certaines évolutions qui m’ont paru trop rapides. Mais voilà certains autres personnages manquent clairement de profondeur, ce qui fait que, je trouve, cela gâchait certains de leurs actes, surtout quand ces actes doivent surprendre le lecteur, mais bon rien de bien méchant de ce côté là. Je suis plus sceptique par contre concernant Mateus, le fils de Jan, qui lui aurait vraiment mérité d’être approfondi, surtout vu son importance dans le récit et principalement à un moment clé que je ne dévoilerai pas.

L’univers post-apocalyptique développé par l’auteur se révèle intéressant, un monde ou la technologie à amener à un cataclysme, où elle a été oubliée et provoque maintenant de nombreuses convoitises et de nombreuses recherches. L’auteur ajoute aussi quelques autres aspects comme les zombies et ou encore les clans ce qui, certes, ne révolutionne pas le genre, mais se révèle assez solide et assez travaillé pour offrir une image de fond qui donne envie d’en apprendre plus. Ce qui est dommage c’est que certaines des idées prennent une importance à certains moments, mais sont oubliés par la suite, je pense principalement aux zombies dont on ne parlera plus dans toute la seconde partie du récit, un peu comme s’ils avaient joué leurs rôles, alors que des questions restent en suspend. Après je regrette légèrement que la différence entre la vie en ville et celle à l’extérieur ne soit peut-être pas plus travaillé, ou encore que l’aspect politique soit un peu trop inexistant, mais là je chipote un peu. Au final un univers assez efficace, qui soulève quelques réflexions classiques sur notre société.

La plume de l’auteur se révèle finalement assez vive et entrainante, portant ainsi un minimum le lecteur, mais dont on ressent tout de même certains défauts. Je pense principalement aux dialogues qui sont par moments, selon moi, surutilisés et surtout servent un peu trop à imposer de façon bancal certains argumentaires tout en paraissant un peu déplacés à ces moments-là. Ensuite il y a un léger abus des onomatopées, mais bon là rien de non plus trop bloquant. Au final je ressors mitigé ma lecture, il y a du potentiel, quelque chose qui se dégage, mais de nombreux défauts ont fait que j’ai eu du mal à vraiment rentrer complètement dans le récit. A voir les autres écrits de l’auteur.

En Résumé : Je ressors finalement assez mitigé de ma lecture qui nous offre une histoire post-apocalyptique qui a du mal à démarrer avec deux premiers chapitres que j’ai trouvé laborieux. On se laisse ensuite un minimum emporté par la suite du récit, le rythme se révélant plus tendu et entrainant nous proposant une intrigue, certes classique, mais qui se révèle assez solide. Je regrette tout de même que l’auteur cherche à proposer trop de sous intrigues résolues trop rapidement et se révélant par moments un peu trop prévisibles. L’univers, sans se révéler révolutionnaire, est solide, nous offrant un monde ou la technologie a disparue et est devenue la convoitise des puissants. Ce qui est dommage c’est que certaines idées intéressantes disparaissent trop rapidement, restant même parfois ouverts. Je suis mitigé concernant les personnages, entre ceux que j’ai accroché, ceux qui m’ont paru manqué de profondeur et les clichés j’ai eu du mal à m’y intéresser à tous. La plume de l’auteur se révèle vive et entrainante avec pour seul regret des dialogues qui m’ont paru parfois mal maîtrisés. Au final un récit avec du potentiel, mais dont les lacunes font qu’il m’a été difficile de pleinement apprécier ma lecture.

 

Ma Note : 5/10

 

Autres avis : Doris, …

Dix Jours sans voir la Mer – Jean-Claude Dunyach

dix jours sans voir la merRésumé : « Deuxième opus, deuxième constellation en dix soleils de la galaxie Dunyach. Des astres chauds, des astres froids, et toujours ce grand combat entre l’entropie et l’anthropie où se confondent l’amour et la mort, le destin et l’imprévisible. Ici, on apprend ce qui s’est réellement passé à la fin du jurassique et on ne se contente pas d’entrevoir l’extinction de l’humanité, on comprend pourquoi elle est inéluctable.
Saviez-vous que les gens cliquettent ? À votre avis, quel est le plus mortel des péchés capitaux ? Peut-on vraiment domestiquer un AnimalVille avec une chenille qui pond des cabines de communication ?
Maître Dunyach manie l’absurde et le chaos dans la logique des mathématiques fractales et nous l’assène en esthète, avec une délicieuse cruauté. Ça fait du bien partout où ça fait mal. »
Ayerdhal

Edition : L’Atalante

 

Mon Avis : Je continue ma plongée dans l’univers des nouvelles de l’auteur Jean-Claude Dunyach avec cette fois ma lecture d’un des nombreux recueil de ses textes publié chez l’Atalante. Il s’agit, pour être exact, du second recueil, publié en 2000 et qui regroupe 10 textes assez hétéroclites oscillant sur les nombreux genres de l’imaginaire. On notera la couverture, illustrée par Gilles Francescano, que je trouve vraiment réussie.

Dix jours sans voir la mer : On se retrouve à suivre à travers cette nouvelle un homme qui n’a pas vu la mer depuis un long moment. L’océan parait même avoir disparu complètement de la surface de la terre. Une nouvelle très intéressante qui vaut principalement par le monde que nous fait découvrir l’auteur. Un univers qui mélange, pour moi, efficacement un sentiment d’apocalypse tout en dévoilant une certaine beauté sauvage, une certaine étrangeté attirante et une certaine liberté. Le personnage ne manque pas non plus d’attrait possédant ainsi une certaine ambiguïté, oscillant entre folie face au vide qu’il côtoie et l’espoir, arrivant ainsi à accrocher le lecteur dans sa quête. Un texte puissant qui démarre de façon terriblement efficace ce recueil.

Sucre filé : Cette nouvelle nous fait découvrir un confiseur qui va faire découvrir sa fabrique a une classe d’enfants en vacances dans la région. Un texte qui se révèle construit un peu comme un conte noir pour grand enfant, qui monte lentement en tension, revisitant ainsi le thème de « l’Ogre », tout en offrant de nombreux niveaux de lecture. On tourne ainsi les pages avec plaisir pour aboutir à une chute que j’ai trouvé vraiment surprenante, pleine d’humour et de cynisme.

Des gens qui cliquettent : On découvre un homme un peu particulier, dans un bar, qui va rencontrer une femme et lui parler d’un phénomène un peu particulier ; des gens qui cliquettent. Un texte que je trouve complexe dans tous ce qu’il soulève, que ce soit principalement dans la relations entre les deux protagonistes comme dans tous les non-dits qu’ils soient liés à la folie comme à la solitude. Sauf que voilà le texte m’a paru trop court pour complètement me happer et me captiver, même si je ne peux pas nier que la chute se révèle percutante.

Paranamanco : On retrouve dans cette nouvelle les AnimauxVilles que j’ai déjà découvert dans Etoiles Mourantes, sauf qu’ici on parait être à une époque où on les découvre à peine, où on ne sait que peu de choses sur eux. J’avoue que ce texte vaut principalement par ce sentiment de gigantisme qui se dégage de ces AnimauxVilles et par cette ambiance que développe l’auteur qui se révèle à la fois émerveillante mais aussi oppressante et étouffante dans le traçage des rues. Reste que le texte m’a paru avoir mal vieilli sur certains aspects. Concernant l’intrigue et la quête des personnages, je l’ai trouvé plutôt sympathique, mais elle m’a paru tout de même manquer un peu d’énergie, d’originalité et se révèle légèrement linéaire.

Nos traces dans la neige : On découvre ici un groupe de personnes qui viennent une fois par an en montagne pour s’isoler. On apprend alors qu’il s’agit d’alien, qui ont été obligés de se fondre dans l’Humanité suite au crash de leur vaisseau. Un texte que j’ai trouvé mélange de sublime et de déroutant dans sa construction, à la fois transcendant et triste pour ces abandonnés. Quelque chose de poétique et de mélancolique se dégage ainsi du rituel que vont vire les personnages avec toujours cette réflexion sur la solitude, tout en laissant un léger sentiment d’effroi. Une excellente nouvelle pour moi.

Chaîne de commandement : Courte nouvelle qui nous présente un homme qui va recevoir un rapport et va devoir classer et décider de l’avenir d’une nouvelle race extraterrestre. Un texte plein d’humour noir et de cynisme, qui nous offre une critique acerbe du monde du travail, des normes et du capitalisme froid et sans émotion. Un texte qui se lit facilement, se révèle sympathique, mais qui voilà a du mal aussi à vraiment marquer j’ai trouvé.

Dialogue avec les Parques : Ce texte nous fait découvrir trois femmes qui se retrouvent pour une identification à la morgue. On va ainsi découvrir potins, mensonges et trahisons, le tout dévoilant une chute efficace. Un texte qui oscille entre contemporain et mythologie, mais dont j’avoue ne pas avoir réussi à complètement rentrer dedans. J’avais l’impression qu’il me manquait une clé pour vraiment bien la comprendre, même si la lecture reste plus que sympathique.

Tous les chemins du ciel : Cette nouvelle nous fait suivre deux chasseurs qui éliminent des cocons qui tombent du ciel et viennent s’écraser sur terre. Une très bonne nouvelle, complexe, déroutant le lecteur par quelque chose qui peut paraitre aux premiers abords classique, mais qui surprend par sa fin qui vient remettre en perspective l’ensemble du récit. L’ambiance à la fois violente et triste vient porter ce personnage principal dont on ne connait que peu de choses, mais qui va se dévoiler au fil des pages.

Mémo pour action : Tout comme Chaîne de commandement cette courte nouvelle décide de traiter avec humour de notre société actuelle et des travers de l’entreprise. Pour cela l’auteur a décidé d’imaginer un brainstorming par mail entre les différents dinosaures concernant une astéroïde qui s’approcherai de la terre tout en tentant de ménager les uns et les autres. Poilant, délirant, cynique et absurde j’avoue avoir plus accroché à ce texte, peut-être parce qu’il m’a paru mieux maîtrisé ou alors il me touche plus au vu du nombre de mail que je peux voir passer au boulot.

En attendant les porteurs d’enfants : Cette nouvelle nous fait découvrir un futur ou les femmes paraissent avoir disparu et ou certains hommes, sélectionnés par des tests, donnent naissance aux enfants. J’avoue un texte très intéressant sur les thématiques qu’il soulève, avec toujours en fond cet aspect de solitude qui se dégage du héros principal. Je l’ai peut-être trouvé un chouïa long, mais rien de non plus dérangeant et la chute vraiment percutante et réussie vient faire rapidement oublier ce ressenti.

 

Chaque nouvelle m’a ainsi paru maîtrisé, que ce soit dans les différents messages et les différentes ambiances qu’elles cherchent à transmettre, mais aussi dans le rythme. Chaque texte, surtout, n’est pas sans nous faire réfléchir sur nous-même, notre planète, notre société et même si tous ne m’ont pas autant happé, je dois bien avouer que l’ensemble m’a ainsi plus que convaincu, le tout bien porté par une plume de qualité qui se révèle efficace, entrainante et travaillée. Bon maintenant va falloir faire enter de nouveaux recueils dans ma PAL histoire de prolonger ma découverte.

En Résumé : J’ai passé un bon moment de lecture avec ce recueil de dix nouvelles qui offre des textes variés, intéressants, soignés et intelligents. Alors certes tous les textes ne m’ont obligatoirement tous autant happé, mais dans l’ensemble je dois bien avouer que j’ai trouvé l’ensemble vraiment maîtrisé, rythmé, réussit et entrainant. L’auteur manie l’humour, le cynisme, l’imagination et la réflexion avec efficace, le tout porté par une plume qui se révèle de qualité, captivante et soignée. Il ne me reste plus qu’à faire rentrer d’autres recueils de l’auteur dans ma PAL.

 

Ma Note : 7,5/10

 

Autres avis : Julien le naufragé, …

CRAAA

Challenge CRAAA 6ème lecture

Origines Tome 2, Le Marteau de Thor – Stéphane Przybylski

le marteau de thorRésumé : Fin 1939.
La mission archéologique de l’Ahnenerbe est un échec : l’extraordinaire découverte faite dans la vallée du Nahr al-Zab-al-Saghir semble aux mains de l’ennemi anglais, et Friedrich Saxhäuser est porté disparu au large de Madère… Heinrich Himmler ne peut tolérer pareil camouflet, d’autant que ce qui a été mis au jour dans le Kurdistan irakien se révèle à ce point stupéfiant, impensable, que l’ensemble des forces en présence, à l’aube du plus grand conflit que l’humanité ait jamais connu, pourrait s’en trouver balayé… Aussi, alors que la Wehrmacht écrase la Pologne et que les Einsatzgruppen de Heydrich déchaînent l’enfer dans les rues de Varsovie, le regard des chefs nazis se tourne-t-il vers l’Ouest. Retrouver la cargaison du Siegfried est désormais crucial : l’Allemagne hitlérienne s’apprête à abattre le Marteau de Thor sur l’Angleterre…

Edition : Le Bélial’

 

Mon Avis : En début d’année je me suis laissé tenter par le premier tome de ce cycle qui offrait un récit, mélange d’Histoire, d’aventure et de SF, qui se révélait efficace et surtout soigné au niveau des recherches et de la documentation, offrant ainsi une image de fond plus que solide. C’est donc sans surprise que je me suis rapidement laissé tenter par cette suite pour savoir comment l’auteur allait faire évoluer son intrigue. Vu que je suis dans une période ou je lis les suites des séries que j’ai entamé, il a donc rapidement fini entre mes mains. À noter de nouveau une couverture, illustrée par Aurélien Police, que je trouve magnifique.

Ce second tome nous plonge ainsi directement dans la suite des évènements du Château des Millions d’Années, où la fameuse arme secrète a été en partie perdue au profit des Anglais et où Saxhäuser est porté disparu. L’Allemagne décide donc de lancer une opération secrète pour retrouver l’élément manquant de cette arme qui pourrait changer le cours de la guerre, voir de l’Histoire. J’avoue avoir replongé très facilement dans cette suite. J’avais pourtant un peu peur de m’y perdre, car de nombreux personnages se télescopent dans le premier tome, mais l’auteur s’en sort franchement bien pour raviver nos souvenirs. Il y apporte ainsi les informations nécessaires pour qu’on se rappelle d’eux sans non plus se perdre dans trop de répétitions, le tout bien porté aussi par un glossaire qui possède toute son importance selon moi. L’attrait principal de cette suite, c’est aussi qu’on quitte le tome d’introduction pour se retrouver plonger dans un récit que j’ai trouvé encore plus nerveux, efficace et entrainant, alternant rebondissements et action de façon percutante. Le rythme se révèle tendu et prenant du début à la fin, j’ai même eu l’impression que l’auteur maîtrisait mieux son histoire, se perdant moins dans les détails que dans le tome précédent, même s’il continue parfois d’en faire un peu trop. La construction de l’histoire jouant avec la temporalité du récit entre flashback et bon en avant, permet ainsi aussi de développer de façon réussie et fluide les différentes intrigues qui se croisent et les personnages.

L’univers développé au fil du récit se révèle toujours aussi solide et soigné. On sent clairement que l’auteur a longuement travaillé cette période, ce qui se ressent dans le sens du détail et la profondeur de ce qu’il construit en image de fond sur l’aspect de la seconde guerre mondiale. Il évite ainsi, je trouve, de tomber dans la facilité, nous offrant une étude complexe de la situation que ce soit d’un point de vue politique ou encore social, et évite aussi le manichéisme, nous rappelant qu’en période de guerre beaucoup de choses sont permises. Un travail de fond captivant et surtout qui permet d’en apprendre plus sur cette époque, tout en se laissant entrainer dans des aventures pleines de rebondissements et de surprises. Mais surtout là où il arrive vraiment à s’en sortir c’est dans cette pointe de SF mise en place depuis le premier tome, et dont je ne révèlerai rien pour éviter de trop spoiler , mais qui se greffe de façon efficace à l’intrigue, sans non plus tomber dans le grand n’importe quoi. Un jeu d’équilibre réussi et dont il donne envie de voir ce qu’il va nous proposer par la suite et de savoir comment l’auteur va s’en sortir par la suite avec le mélange historique.

Concernant les personnages, je ne vais pas le cacher, le héros Saxhäuser est clairement en retrait dans ce tome qui met plus en avant la mission de récupération de l’arme et les personnages d’Erchingen, de Ziegler et de Maud. On découvre ainsi trois personnages qui ne manquent pas non plus d’intérêt, nous happent assez facilement permettant aussi de mettre en avant la complexité qu’il peut y avoir entre les différents services allemands, Erchingen représentant le service de renseignement militaire là où Ziegler lui fait parti des SS. Maud n’est pas non plus en reste, nous dévoilant une héroïne complexe, forte et qui ne manque pas de charisme, qui donne envie d’en apprendre plus sur elle tant elle garde de nombreux mystères par-devers elle. Cela ne veut pas dire pour autant que notre héros principal disparait, il reste présent de façon très ponctuel, nous proposant un protagoniste toujours en plein doute, qui doit faire face à des choix. Les personnages secondaires ne manquent pas non plus de se révéler efficaces, offrant de nombreuses surprises. Je reste toujours un peu en attente concernant le personnage d’Andrea, car même si ce tome offre quelques rebondissements, je pense qu’elle a encore des révélations à faire. À moins que je me trompe complètement.

Quelque points m’ont tout de même dérangé dans cette suite. Comme je l’ai dit, même si j’ai trouvé ce tome mieux maitrisé que le précédent, j’ai tout de même eu l’impression une ou deux fois que l’auteur se perdait dans son besoin du détail, là où certaines scènes auraient pu être épurées à mon goût, tirant un peu pour garder du suspens alors que ce n’est pas obligatoirement nécessaire. Ensuite, un point légèrement frustrant c’est qu’une fois la dernière page tournée, j’ai eu cette impression de ne pas avoir avancé. Comme je l’ai dit Saxhäuser reste en retrait, ce qui fait qu’on est plus dans ce qu’on pourrait considérer comme une intrigue « secondaire » mise en avant, alors que le fil rouge principal évolue que très peu. C’est un choix qui certes, j’avoue a tout de même plutôt bien marché, car je me suis retrouvé embarqué dans cette suite, je ne le nie pas, mais voilà j’attendais quand même un peu plus d’informations de ce second tome. Attention rien de non plus bloquant, j’ai largement apprécié ma lecture, mais voilà j’attendais plus sur certains aspects. En tout cas l’ensemble est toujours porté par une plume efficace, entrainante, précise qui nous plonge finalement assez facilement dans ce récit mélange d’aventure, d’action et de SF. Je lirai le troisième tome sans soucis et avec grand plaisir.

En Résumé : J’ai de nouveau passé un tr-s sympathique moment de lecture avec la suite de ce cycle qui nous offre une histoire mélange d’Histoire, d’aventures et de SF qui se révèle, selon moi, mieux maîtrisé dans son rythme que le premier tome, offrant une intrigue efficace, entrainante, pleine d’action et percutante. L’univers construit continue à se révéler solide, on sent bien toute la passion de l’auteur sur cette époque, nous offrant ainsi une image de fond nuancé et réussie. Concernant les personnages, le héros du premier tome est un peu en retrait, même si présent ponctuellement et toujours ainsi intéressant à découvrir. Cela permet de mettre en avant de nouveaux protagonistes qui ne manquent pas d’attraits, denses et nous entrainant assez facilement dans leurs aventures. Au final je regretterai tout de même deux choses, quelques longueurs l’auteur en faisant un peu trop quelque fois dans le détail, et surtout une intrigue qui, même si elle a des qualités, parait pour l’instant plus secondaire. Rien de non plus bloquant, car j’ai de nouveau été emporté par le récit, bien porté par une plume simple, efficace et entrainante. Je lirai la suite sans soucis.

 

Ma Note : 7,5/10

Mémoires de Sable – Emmanuel Jouanne & Jacques Barbéri

Mémoire de sable-couverture.inddRésumé : Le stathouder Arec est chargé par la PSI (Protection Surveillance Intervention) du bunker d’éliminer Anjelina Séléné contaminée par les «autres». Il efface comme à chaque fois, en bon professionnel, sa cible, mais l’image de cette femme hante régulièrement ses pensées. Aurait-il exceptionnellement des remords? Une fois sa mission effectuée, il réintègre le bunker, bâtiment souterrain où travaillent et sont logés les membres de la PSI. Il emprunte des chemins détournés en évitant comme à son habitude les postes de contrôle, mais cette fois-ci un fonctionnaire zélé aperçoit son manège et le dénonce. Arec est convoqué par ses supérieurs, mais l’entrevue tourne plus autour de sa dernière «cible» — l’a-t-il réellement effacée — que des entorses au règlement. Qui est réellement cette jeune femme pour que les instances dirigeantes du bunker s’y intéressent à ce point? Kô, son ami et voisin, a qui il demande régulièrement conseil pense qu’il n’y a pas besoin de lire entre les lignes pour conclure que les dirigeants du bunker veulent sa peau d’une manière ou d’une autre. Mais qui sont réellement les gouvernants du bunker et, au delà, des différentes communautés qui peuplent la surface? La Tête, alias le président, alias le condottiere, qui ne montre jamais le même visage sur l’écran des Anes, et dont personne ne connaît la véritable apparence —humain, machine, extra-terrestre? Ou bien la Girouette chargée d’énoncer lois et règlements et qui n’hésite pas à faire intervenir les jeux de hasard pour attribuer certains fonctions ou certains titres?

Edition : La Volte

 

Mon Avis : J’avoue qu’avant de me lancer dans la lecture de ce roman je ne connaissais rien des auteurs. J’ai bien un livre de Jacques Barbéri qui traine dans ma PAL depuis quelques temps, mais dont je n’ai pas encore fait la découverte. Par conséquent quand j’ai vu le résumé de ce livre sur le masse critique de Babelio j’ai décidé de me laisser tenter à la découverte et j’ai eu la chance d’être sélectionné. Je remercie dons Babelio ainsi que les éditions de La Volte pour m’avoir permis de lire ce livre. il est à noter qu’il s’agit d’un roman écrit à quatre mains, suite à la disparition d’Emmanuel Jouanne dont le manuscrit a été repris et complété par Jacques Barbéri qui a bien connu l’auteur et avait déjà collaboré avec lui.

Dès les premières pages on plonge ainsi dans le quotidien d’Arec dont la mission est d’effacer Anjelina Séléné, mission qu’il va réussir à la perfection comme il le fait toujours. Sauf que voilà, à partir de là tout va déraper et pour des raisons nébuleuses il va devoir s’échapper, traquer par son employeur. Il va ainsi se lancer dans une course-poursuite avec comme compagnon de fuite un ange, une artiste de rue et une chicherie, une chimère croisement entre une chauve-souris et un porc. Barré? oui complètement et le roman l’assume pleinement ce qui est finalement l’un de ses grands avantages. On est ainsi assez facilement happé par ce roman d’aventure et de science-fiction surréaliste qui parait partir dans tous les sens, mais qui pourtant possède un rythme qui se révèle efficace et percutant. Alors certes il faut apprécier ce genre de récit, où la réalité et la logique dépendent un peu des envies des auteurs, mais si c’est le cas alors il pourrait plaire, surtout que l’ensemble arrive clairement à obtenir une cohérence porté par des explications efficaces et qui collent parfaitement à l’univers. Les auteurs jouent ainsi assez facilement et de façon convaincante avec les rebondissements et les révélations ce qui fait qu’on tourne les pages, même si, il est vrai, l’ensemble se révèle tout de même assez linéaire dans son évolution et son avancée. Une intrigue bien amenée aussi par une ambiance assez ambigüe et nébuleuse, jouant avec l’imagination du lecteur.

L’univers futuriste présenté dans ce roman ne manque pas non plus d’attrait et se révèle lui aussi assez coloré et barré, même si, je l’avoue, il m’a paru tout de même manquer un peu d’informations, de profondeur. On y trouve ainsi une critique que je trouve assez intéressante de notre combat inutile et perdu d’avance face à la nature, d’un monde qu’on a laissé sombrer et qui d’une certaine façon se rebelle devant ce qui parait être les Autres. On note aussi un parallèle efficace entre l’organisme qui emploie Arec qui tend vers le contrôle et la surveillance absolue et la soit disant contamination des autres plus « organique » et désorganisée. Arec va ainsi, de façon certes un peu convenu et déjà-vu, démontrer qu’au fil des pages qu’il est un peu le lien entre les deux ; c’est son évolution, ses questionnements et son acceptation qui vont démontrer que la guerre n’est peut-être pas toujours la solution. Sauf que voilà j’ai tout de même trouvé que l’univers en soit, manquait de complexité, que ce soit par exemple sur les autres dont on ne sait finalement que peu de choses voir même autant le dire quasiment rien, ou encore sur la Tête dont les actes restent finalement très nébuleux et un peu caricaturaux, ce qui est légèrement frustrant car ils sont quand même les deux grands axes de ce monde. On constatera par contre une réutilisation des contes, légendes, mythologies détournés de façon assez déroutant et surprenante à travers les aventures de nos héros, qui, je trouve, apporte un certain plus à l’ensemble.

Concernant les personnages je me suis finalement laissé assez facilement porté par les aventures du héros et de ses compagnons. Alors certes cela manque un peu de profondeur pour faire qu’on s’accroche complètement à lui ou aux autres personnages, mais là n’est pas le but recherché du récit, mais plus de nous offrir des aventures délirantes qui portent le lecteur. Ils sont ainsi plus là pour faire avancer l’histoire et apporter une dose de fun, d’humour et de punch par des dialogues qui se révèlent percutants, bien portés par jeux de mots, humour et calembours efficaces. Les personnages secondaires sont dans le même état d’esprit, permettant de faire avancer l’intrigue par leurs révélations et leurs actions. Sauf que voilà, j’ai trouvé que ce manque de profondeur se révélait aussi légèrement frustrant, cela empêche le personnage principal de vraiment gagner une dimension supplémentaire et fait que certaines interactions entre les protagonistes manquent d’explications et par conséquent d’attraits, même si rien de non plus vraiment bloquant. J’émettrai aussi quelques réserves sur le changement de narration au fil des chapitres entre Arec et Kô qui paraissent parfois un peu servir de remplissage.

Au final je dirai que pour se laisser porter par ce récit il faut deux choses. Premièrement, accepter le genre d’histoire bien barré, surréaliste qui reprend des thèmes et des contes déjà connus pour nous offre une histoire sorte de Dorothy qui remonte le chemin du monde d’Alice avec ces équipiers pour découvrir la menace (je caricature bien entendu et mes références sont un peu pourries, mais c’est un peu l’impression que j’avais) le tout de façon potache et amusante. Même si bon, parfois, j’ai trouvé que certaine blagues étaient un peu lourdes. L’autre point est qu’il faut aussi accepter que ce roman n’est rien de plus qu’un divertissement, il ne cherche pas à être plus que cela et, finalement, remplit plutôt bien ce rôle. Un roman sans prise de tête, qui se lit facilement, mais qui est loin d’être non plus le plus marquant qui soit. Le fait que le roman soit écrit à quatre mains ne se ressent même pas tant l’ensemble se révèle finalement fluide. Bon il ne me reste plus qu’à découvrir la plume de Barbéri seul qui m’attend dans ma PAL et pourquoi pas un jour trouver un roman de Jouanne.

En Résumé : J’ai passé un sympathique moment de lecture avec ce roman qui nous propose une histoire complètement barré avec de l’aventure, des rebondissements et des surprises le tout porté par une bonne dose d’humour, de jeux de mots et de calembours, certes parfois un peu lourd. Autant le dire tout de suite ce récit ne cherche que le divertissement et il remplit plutôt bien son rôle, on tourne ainsi les pages avec un minimum de plaisir, plongeant dans un monde ambigu où l’homme continue son combat inutile et limiter perdu d’avance face à la nature et où l’on croise des personnages hauts en couleurs et qui, certes, manquent un peu de profondeur, ce qui est parfois frustrant, mais se révèle entrainant et nous plongent dans leurs aventures avec facilité. Alors après si vous cherchez plus que le simple divertissement qui fait sourire ou si vous n’aimez pas les histoire un peu barré et surréalistes passez votre chemin, sinon pourquoi pas vous laisser tenter par cette histoire qui, certes est loin d’être marquant, mais offre un moment de détente sympathique, bien porté par une plume efficace et entrainante, malgré certains passages qui m’ont paru un peu de remplissages. Je me laisserai maintenant bien tenter par le livre de Jacques Barbéri qui traine dans ma PAL.

 

Ma Note : 7/10

Dr Adder – K.W. Jeter

dr adderRésumé : L.A. est partagé entre d’un côté la Zone-Rat, où échouent les marginaux et les membres du Front de libération, et de l’autre le comté d’Orange, repaire des nantis drogués à leur poste de télévision. Entre les deux, l’Interface, zone neutre où déambulent les putes modelées selon les désirs et pulsions secrètes des clients par le bistouri du Dr Adder, idolâtré par certains, voué aux gémonies par d’autres.
E. Allen Limmit a quitté son Phoenix natal et son Unité de ponte pour vivre lui aussi la grande aventure de L.A. Poussé à rencontrer le fameux chirurgien, il ne se doute pas qu’il va être pris entre les feux croisés du docteur et ceux de son ennemi juré, John Mox, télévangéliste à la tête de l’armée des Forces morales au sein d’une ville à l’âme aussi vérolée que désespérée…

Edition : ActuSF

 

Mon Avis : Ce roman traine dans ma PAL depuis les Utopiales 2014 où l’auteur avait été invité. Présenté comme un classique de la SF, il avait, à ce moment-là, terminé dans ma PAL suite à plusieurs recommandations et à quelques conférences de l’auteur qui m’avait donné envie de le découvrir, surtout que l’auteur m’avait très agréablement surpris avec sa nouvelle Dernières Volontés publiée dans l’anthologie 2014 des Utopiales. C’est donc sans surprises, malgré c’est vrai un temps un peu long, que j’ai décidé de me laisser tenter par ce livre, surtout que la couverture, illustrée par Eric Holstein, se révèle accrocheuse par son côté sobre et clinique et le résumé du livre annonce clairement une lecture choc.

On plonge ainsi dans un Los Angeles futuriste, partagé entre en plusieurs zones, toutes avec leurs vices et leurs vertus et où deux hommes se livrent une guerre sans merci ; le Dr Adder, symbole de liberté pour une jeunesse en perdition et sans repères, chirurgien « esthétique » de renom complètement barré qui réalise les fantasmes les plus tordus et John Mox télévangéliste, prônant la morale et la religion, contrôlant les foules par sa prêche. C’est au milieu de cette « guerre » que va plonger E. Allen Limmit qui cherche à devenir quelqu’un. Déjà je souhaite clarifier un point, ce livre est présenté comme un roman cyberpunk et j’avoue que je ne l’ai jamais ressenti comme tel. Punk dans sa fougue, son rejet et sa violence je veux bien, cyber pour moi non et l’utilisation d’écran et de quelques connections ne me suffit pas à tenter de le classer dans cette catégorie pour moi.

Sinon ce roman? Je dois bien avouer qu’il s’est révélé percutant et terriblement efficace que ce soit dans son ambiance sombre, son rythme tendu et ses questionnements. Alors autant vous avertir, la violence, le cynisme et le sexe sont très présents dans ce récit, je ne parle pas obligatoirement d’une présence saturé à l’extrême qui tombe dans le morbide ou le cul gratuit, mais plus dans son côté légèrement dérangeant. La ville de LA, ou plus précisément l’interface, est ainsi tombée dans une véritable décadence ou les fantasmes les plus sombres sont devenues les plus demandés. C’est d’ailleurs de là que tient son pouvoir le Dr Adder, étant le seul à disposer de la capacité de ressortir les fantasmes les plus sombres de chacun et surtout à leur offrir vie sous son scalpel, transformant ainsi les prostituées en monstre (au sens parfois littéral du terme par amputation et autres procédés) de plaisir. On se retrouve ainsi plongé dans une univers très sombre, exacerbant deux grands aspects liés aux USA, voir même au monde entier que sont cet intégrisme souvent lié à la morale, au puritanisme et à la religion ainsi que cette liberté totale, cette montée de la violence et du libertinage souvent lié à une génération en perte de repère. Alors attention je ne dis pas que cette violence et cette sexualité se révèlent bloquant, loin de là, mais elles peuvent surprendre certains lecteurs. Car oui, ce que cherche l’auteur finalement par cet aspect « choc » c’est de nous secouer, nous ouvrir les yeux sur des problématiques de fond qui, pour ma part, m’ont paru intéressantes et surtout toujours d’actualité malgré un roman publié il y a plus de 30 ans (écrit en 1973 et publié en 1984).

Le grand intérêt du récit vient ainsi du message que le récit cherche à faire passer, les nombreuses réflexions qu’il soulève souvent avec force et percussion, principalement sur cette jeunesse perdue, sans avenir, qui n’arrive pas à se trouver une place, trouver sa place, dans un monde qui ne les corresponds pas vraiment et qu’ils n’arrivent pas à changer. Il ressort de ce récit une sorte de désespoir qui est balancé au visage du lecteur qui le marque et qui, finalement, reste bien présente même dans notre société actuelle. Il nous plonge aussi au plus profond de l’Homme, nous rappelant que nous ne sommes pas toujours très reluisants, que nous possédons clairement un côté sombre, voir très sombre qui peut parfois aller très loin, où les vices les plus tordus et les plus détraqués trouvent finalement corps dans les zones de non-droits. On n’oubliera pas non plus cette guerre entre le côté puritain et religieux, qui lui aussi cache ses propres folies, et cette liberté amenée ici à son paroxysme, ne laissant pas le lecteur indifférent le poussant à se poser de nombreuses questions que ce soit finalement sur notre société, mais aussi sur soi-même. On y trouve aussi une critique efficace sur la presse, la télévision et plus précisément sa « lobotomisation » par les images ou encore sur la littérature et son aspect subversif si facilement manipulable. Ce roman propose ainsi au final un récit qui dérange, mais plus dans le sens où il cherche à réveiller le lecteur, à le secouer, sans non plus le forcer à suivre un chemin balisé, le laissant faire ses propres raisonnements. Alors certes, certains aspects ont un peu vieilli, mais le message de fond reste toujours bien présent et prenant.

Le récit ne manque pas non plus de rythme, ni de souffle, se révélant haletant du début à la fin avec son lot de surprises, de rebondissements et d’action qui font qu’on tourne les pages avec l’envie d’en apprendre plus. On est pourtant parfois dérouté par cette plongée dans ce monde, ne comprenant pas toujours où il veut en venir, avant que les pièces se mettent en place pour offrir une conclusion explosive et haletante. Autre point qui se révèle vraiment intéressant ce sont les personnages, principalement le héros Allen ainsi que le Dr Adder. Ils se révèlent complètement différents dans leurs façon de voir la vie et surtout de la vivre, Alen se révélant plus attentiste là où Adder représente la fougue et la violence, Adder représentant finalement une sorte de folie et d’impulsivité là ou Allen et lui son antithèse la logique, le calme, la réflexion, mais qui pourtant paraissent les deux faces d’une même pièce. Un peu comme dit dans le roman, les deux couches d’un esprit. Alors certes, on pourrait reprocher un léger manque d’épaisseur dans leurs constructions, mais l’ensemble est balayé tant leurs interactions et surtout les dialogues qui les porte se révèlent percutants et travaillés. Les personnages secondaires ne manquent pas non plus d’intérêt, offrant une palette de protagonistes large dans les idées et les folies. Alors certes il manquent parfois un peu d’émotion j’ai trouvé, mais rien de non plus trop dérangeant.

On sent par contre qu’il s’agit d’un premier roman à travers certains passages qui m’ont paru manquer d’un peu de fluidité, ou encore par rapport à une ou deux idées qui m’ont paru traités un peu trop superficiellement. Je regrette aussi finalement une dualité un peu binaire entre la religion et le « vice » alors que le personnage de Mary aurait pu, je trouve, apporter une autre voie, un autre message, mais qui est complètement « étouffé » par cet affrontement. Au final rien de non plus bloquant tant l’ensemble se révèle corrosif, puissant et qui, sous son image très sulfureuse, offre une réflexion sur notre société qui reste d’actualité et ne laisse pas indifférent le lecteur. L’ensemble se révèle aussi bien porté par une plume percutante, sombre, entrainante qui porte assez facilement le lecteur dans ce récit. Je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman qui, au travers d’un aspect choc et sulfureux, offre de nombreuses réflexions que ce soit sur la jeunesse désabusée, la presse, l’influence de l’image ou encore sur l’extrémisme religieux et son pendant l’extrémisme libertaire. Un récit puissant et percutant qui ne laissera pas indifférent et qui fait réfléchir, dont on tourne les pages facilement, bien porté par un rythme efficace et entrainant qui monte en tension pour aboutir à une conclusion explosive et haletante. L’univers sombre, sans concession, sans véritable loi autre que celle du pouvoir et sans espoir développé par l’auteur se révèle finalement intéressant et colle parfaitement au récit et à ce que souhaite mettre en exergue l’auteur. Les personnages se révèlent intéressants à suivre, principalement les deux héros que sont Allen et Adder à la fois par leurs antagonismes et leurs ressemblances. Les personnages secondaires offrent aussi une palette de protagonistes intéressant, même si parfois ils manquent un peu d’émotion. Après je reprocherai parfois une certaine fluidité ainsi qu’une dualité un peu binaire dans la confrontation alors qu’une troisième voie était possible, mais rien de bloquant tant l’ensemble possède une force telle que je me suis laissé emporter. La plume de l’auteur est percutante, entraînante et vive et je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 8/10

Moxyland – Lauren Beukes

moxylandRésumé : Le Cap, dans un futur proche.
Le monde virtuel a pris le pas sur le réel. Le téléphone portable, qui contient systématiquement les données personnelles de chaque citoyen, est un passeport obligatoire, sinon vital. Par ce biais que le contrôle de l’individu est devenu l’apanage de puissants groupes économiques pour lesquels la police sert de bras armé. L’apartheid, jadis axé sur la ségrégation raciale, a déplacé sa ligne de partage. Seuls ceux qui appartiennent au monde omnipotent de l’entreprise et se soumettent à ses règles ont leur place dans la société, les autres en sont exclus.

Edition : Presses de la Cité

 

Mon Avis : J’ai découvert la plume de Lauren Beukes il y a quelques années avec feu les éditions Eclipse (format de l’époque j’entend) qui publiait le roman Zoo City, offrant une histoire de science-fiction qui nous présentait une société sombre, complexe et offrant des personnages captivants (ma chronique ici). L’auteur m’a ensuite convaincue avec un récit, mélange de science-fiction et de thriller, Les Lumineuses (ma chronique ) qui se révélait efficace et haletant. C’est donc sans surprise que je me suis laissé facilement tenter par ce livre qui se révèle être le troisième édité en France, mais le tout premier publié par l’auteur. A noter la couverture, illustrée par Joey Hi-Fi, un peu dans le même style que celle de Zoo City et que je trouve très réussie.

Ce roman nous plonge dans une Afrique du Sud futuriste, où la technologie a pris encore plus d’importance dans la vie de chacun au point d’en devenir indispensable, ne pas être connecté signifiant ici ne pas exister, être marginalisé sans aucun accès. On va alors suivre quatre personnages dont le destin va s’entrecroiser dans ce monde au bord de l’explosion. On se retrouve ainsi plongé dans un univers qui décide de faire le croisement entre l’aspect totalement sécuritaire de 1984 et une petite nuance de Cyberpunk ce qui, j’avoue pour ma part, s’est révélé être un monde intéressant et complexe à découvrir. J’ai accroché à ce futur où la plus grande peur de chacun est de se retrouver déconnecté, ou l’Homme devient une marchandise et un objet commercial, où la surveillance à travers toutes ces nouvelles technologies trouve son paroxysme, où le contrôle de la population par la communication est accrue par toutes les nouvelles technologies et où les termes de vie privée et liberté devient rapidement flou. Certes parfois il tombe légèrement dans une caricature, voir par certains aspects parait un peu simpliste et aurai mérité plus de développement, mais il fonctionne bien, se révélant solide, efficace et ne laisse pas le lecteur indifférent soulevant son lot de réflexions. Comme par exemple sur les inégalités qui ne sont pas pour autant supprimées dans cette vision futuriste, elles se révèlent clairement exacerbées et de ce point de vue-là on sent que l’auteur arrive à faire passer un message. La grande force de l’univers se révèle finalement dans sa densité, que ce soit dans l’imaginaire de l’auteur sur toutes les nouvelles technologies, comme dans les nombreuses questions qu’elle soulève, surtout qu’elle ne tombe jamais vraiment dans des passages lourds ou ennuyeux.

C’est dans cette ville du Cap futuriste qu’on va découvrir quatre héros, quatre jeunes en pleine désillusions, blasés, immatures, cyniques, rebelles et égoïstes, n’ayant aucun grand projet que de vivre leurs vies du mieux qu’ils peuvent sans vraiment se soucier du reste. Un concentré de ce que produit ce monde de technologie ou l’humanité passe au second plan, où les gens fuient dans une virtualité tellement facile car maîtrisée. On suit ainsi au fil des pages une programmeuse informatique de génie et arrogante, un gosse de riche qui veut devenir la nouvelle star du stream, un jeune révolutionnaire qui cherche à faire bouger les choses et enfin une jeune artiste qui veut trouver son indépendance et qui, pour cela, décide d’offrir son corps devenant ainsi une pub humaine pour une marque de boisson.  Ce qui fascine dans ces personnages c’est que finalement on les comprend, ils sont clairement l’évolution de notre société, ce besoin de s’affirmer, d’être reconnu par de plus en plus de monde, d’être écouté, entendu et vu de tout, de faire quelque chose de marquant de sa vie. Voilà ce que sont, d’une certaine façon, chacun d’entre eux à une exception près. Alors certes on peut clairement ne pas les trouver attachants par moment, tant certaines de leurs réactions peuvent paraitre poussées à leur paroxysme dans leurs lâchetés, leurs faiblesses, mais d’une certaine façons on les comprend tout de même sauf quelques exceptions où, c’est vrai, on a quand même un peu envie de les baffer.L’exception vient d’un personnage dont je n’ai jamais réussi à vraiment ni m’accrocher, ni m’attacher, ce qui est vraiment dommage.

L’ensemble proposé se révèle ainsi, selon moi, efficace, nous proposant une plongée prenante et captivante, sans temps morts ou l’on alterne les points de vue, faisant monter cette tension, cette rébellion jusqu’à aboutir à une conclusion assez tendue et explosive. L’auteur arrive vraiment à faire tourner les pages de son lecteur en jouant de façon habile, et sans tomber non plus dans la frénésie d’action et de nervosité, avec les surprises, les rebondissements et surtout en jouant sur les interactions des personnages, ainsi que la critique qui s’en détache en toile de fond. On sent que les origines sud-africaines de Lauren Beukes joue dans le message qu’elle cherche à faire passer, sans non plus se révéler parasitaire ou tenter de s’imposer. Alors après, tout n’est pas non plus parfait dans ce roman, déjà on sent qu’il s’agit d’un premier roman, certes il est efficace, mais j’ai eu l’impression certains passages étaient mal gérés comme par exemple la conclusion qui accélérait trop par rapport au reste du récit et surtout me paraissait amené un peu trop rapidement. Ensuite vouloir mettre en avant quatre personnages est un projet ambitieux, car chacun d’entre eux doit posséder sa propre voix et j’avoue que par moment, principalement dans le dernier tiers du livre, l’auteur a du mal à maintenir cet état de fait tant on commence à avoir l’impression qu’ils se ressemblent de plus en plus tous, ce qui est tout de même frustrant. J’aurai aussi une remarque à faire concernant le lexique de mots d’argot mis en place à la fin, c’est une bonne idée, mais ici il n’apporte pas grand-chose et surtout parait utilisé par les personnages parfois de façon trop aléatoire.

La plume de l’auteur se révèle entrainante, efficace simple et percutante et on y constate clairement déjà ce qui m’a fait apprécier ces récits dans ses précédents romans que j’ai lu. Un premier roman qui se révèle sympathique, même si avec certains défauts et qui surtout pousse le lecteur à se poser de nombreuses questions que ce soit sur notre société comme l’importance de la technologie dans celle-ci. Il ne me reste plus qu’à me procurer le dernier roman publié par l’auteur.

En Résumé : J’ai passé un agréable moment de lecture avec ce roman qui, certes possède quelques défauts, mais se révèle vraiment intéressant et propose de nombreuses réflexions. L’univers futuriste mis en avant dans ce récit est clairement dense, efficace et pose de nombreuses questions sur notre société et aussi sur l’importance de la technologie ou encore sur les inégalités, même si c’est vrai parfois traité de façon un peu simpliste. Les personnages ne manquent pas d’attraits, se révélant un pur produits de cette société se révélant désabusés, égoïstes, cyniques dont le seul but est de trouver une place. Alors certes parfois ils se révèlent parfois à baffer, mais on le comprends. Par contre gérer quatre personnages différents n’est pas facile et on s’en rend compte dans le dernier tiers ou l’auteur a du mal à leur faire garder leurs voix propres, ce qui est légèrement frustrant. On sent aussi qu’il s’agit d’un premier roman, certains aspects me paraissant légèrement mal géré , mais rien de non plus dérangeant. La plume de l’auteur se révèle entrainante, simple et efficace et m’a offert une histoire sympathique. Il ne me reste plus qu’à faire rentrer le dernier roman de l’auteur dans ma PAL.

 

Ma Note : 7/10

Autres avis : nymeria, gruz, Chiwi, …

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