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Le Voyage de Simon Morley – Jack Finney

le voyage de simon morleyRésumé : Pour remonter dans le passé lointain, il n’est pas nécessaire d’utiliser une machine à voyager dans le temps. Il suffit de s’imprégner de l’époque dans laquelle on désire se rendre, de se dépouiller de toutes les pensées, comportements qui vous ancrent dans le présent, bref, de se conditionner mentalement et physiquement, pour être projeté dans le temps que l’on croyait perdu. Telle est la théorie du Pr. Danzinger.
Informé de ce projet, qui a secrètement l’aval et le soutien logistique du gouvernement américain, Simon Morley doute, hésite… Mais la médiocrité de son existence, la curiosité, et le mystère qui entoure le suicide d’un aïeul de son amie Kate, finissent par le décider. Installé dans un appartement du «Dakota», un vieil immeuble new-yorkais demeuré intact, il va s’y comporter comme un homme de la fin du XIXe, et un soir de neige, après des jours d’efforts et d’attente, le miracle se produit…

Edition : Denoël Lunes D’Encre (paru le 05/03/2015)
Traduction : Hélène Collon

 

Mon Avis : Ce fût un long parcours pour que ce livre puisse terminer un jour dans ma PAL. Il a eu la chance d’être déjà édité deux fois auparavant, mais à des époques ou mon rythme de lecture se révélait famélique. Au moment où j’ai commencé à m’intéresser à ce roman et à vouloir le découvrir, toutes les éditions se révélaient épuisées et le seul moyen de pouvoir l’acquérir était alors de s’amputer d’un bras pour se le procurer d’occasion. Par conséquent quand j’ai vu que le livre était réédité et qu’on m’a proposé de le découvrir, je me suis rapidement laissé tenter. À noter la couverture, illustrée par Aurélien Police, que je trouve magnifique et pleine de mystères et que ce livre a gagné le Grand Prix de l’Imaginaire en 1994.

Simon Morley est un homme ordinaire, qui vit une vie tranquille en tant que dessinateur, jusqu’au jour où un militaire vient lui parler d’un projet secret qui risque de bouleverser sa vie : il serait possible de voyager dans le temps et Simon répondrait aux critères de l’expérience. Alors on va être clair dès le départ, si vous cherchez un roman offrant un rythme nerveux et sans temps morts, avec de l’action et énormément de rebondissements je ne peux que vous conseiller de passer votre chemin. En effet, c’est bien simple, le fil rouge qui tient l’histoire ne remplit à peine un tiers du livre, et pourtant j’ai quand même été captivé par ce que nous propose l’auteur dans ce voyage, le tout à travers un rythme lent, dense et posé offrant un travail de fond énorme. Attention, cela ne veut pas dire que l’histoire n’a pas son importance dans le récit, non, elle est intéressante et, sans révolutionner non plus grand-chose, s’avère solide, efficace et entrainante ; mélange d’aventures, d’enquêtes, de rencontres captivantes, de manipulations et de mystères parfaitement bien maîtrisés, qui font que le lecteur tourne les pages avec l’envie de découvrir la suite pour en apprendre plus.

Mais voilà comme je l’ai dit, le plus captivant ici n’est pas vraiment l’intrigue, mais plutôt l’univers que construit l’auteur autour. Ce voyage va rapidement se révéler magnifique, chatoyant, et véritablement nous emporter dans un passé qui se révèle travaillé, soigné et rempli de détails des plus passionnants. C’est là le véritable coup de force de l’auteur avec ce récit, entraîner le lecteur, le faire rêver à une époque passé qui dévoile lentement ses mystères, ses faits historiques, mais aussi son côté lumineux et attrayant, le tout sans non plus se révéler ennuyeux ou lourd. On sent bien que l’auteur a effectué de nombreuses recherches pour construit ses États-Unis de fin du 19ème siècle, rien n’est laissé au hasard, tout parait réaliste, palpable, cohérent et entrainant. On se retrouve ainsi limite à suivre notre héros, à se balader tel un touriste dans ce New-York qui est encore loin de la mégalopole que l’on connait. Une ville pleine de charme et de magie, le tout agrémenté de dessins et de photos au fil des pages qui rendent encore plus concret et crédible cette plongée dans le passé. Si vous aimez les récit qui prennent leur temps pour construire un monde, densifiant le tout par de nombreux détails et de nombreuses anecdotes alors cette aventure est faite pour vous selon moi. Je regretterai juste à cet univers le besoin de le rendre par moment trop parfait et surtout de vouloir trop le comparer de façon manichéenne au nôtre, comme si l’un devait obligatoirement être meilleur que l’autre. Annoncer clairement que notre époque détruit tout et que la vie était mieux avant me parait une solution de facilité bien trop commode. Mais bon rien de non plus gênant tant je me suis retrouvé au milieu de cette ville pleine de vie.

L’aspect voyage dans le temps se révèle d’une certaine façon original, évitant tout aspect scientifique ou trop complexe, pour se baser sur une idée que j’ai trouvé simple, qui s’appuie simplement sur l’esprit et qui finalement apparait très efficace. Concernant les personnages Simon s’avère être un narrateur intéressant à suivre, premièrement par son côté banal qui fait qu’on arrive facilement à s’accrocher à lui, mais aussi par sa profondeur qui laisse entrevoir certains aspects intéressants qui se développent au fil de l’histoire. Les nombreux protagonistes qu’il va rencontrer lors de ses aventures vont apporter leurs lots de surprises, de points de vue et ne manquent pas non plus d’intérêts, que ce soit dans leurs envies, leurs manipulations ou bien encore leurs besoins. Je regretterai par contre que certains des personnages secondaires manquent d’un peu plus de profondeur sur certains aspects, ou bien encore la capacité de notre héros à régir avec les femmes qui m’a paru parfois se révéler surprenants voir même tomber dans une légère caricatures, même si rien de trop dérangeant non plus.

Puis arrive la conclusion, le moment où les différentes questions trouvent leurs réponses, l’auteur offrant ainsi un final éprouvant pour nos héros, leur offrant de nombreuses embûches et rebondissements, accélérant un peu le rythme du récit pour le plus grand plaisir du lecteur. Une conclusion efficace excepté peut-être, pour moi, le dernier chapitre. Je ne vais pas spoiler mais j’ai été légèrement déçu par cette conclusion qui tombe un peu dans le manichéen là où, jusqu’à maintenant l’auteur avait réussi à éviter cela justement, et surtout offre des évolutions de personnages manquant un peu de logique, un peu trop abrupte. Je vous laisse découvrir, mais dans tous les cas même si le dernier chapitre ne m’a pas complètement accroché, cela n’empêche pas ce récit d’offrir d’excellents moments le tout porté par une plume soignée, dense, fluide et détaillée qui arrive à rendre vivant l’ensemble sans non plus tomber dans des longueurs. Ce fut pour moi un voyage fascinant qui donne limite envie de retourner et de vivre dans le passé. Il existe une suite que je lirai avec grand plaisir.

En Résumé : J’ai passé un excellent moment de lecture avec ce livre qui, au-delà d’une intrigue convenue mais solide et entrainante, nous propose de plonger dans un voyage dans le passé des plus fascinants. C’est la grande force du roman, arriver à happer le lecteur dans ce New-York magnifique, vivant et chatoyant de la fin du 19ème siècle, le tout à travers des descriptions soignées, construites et denses qui ne plongent jamais dans l’ennui ou la lourdeur, accentué par des photos et des dessins d’époque qui apportent un véritable plus. On sent clairement que l’auteur s’est énormément renseigné, même s’il a tendance a, je trouve, un peu trop idéaliser cette époque. L’aspect fantastique se révèle original par son aspect très naturel dans la possibilité de voyager dans le temps. Concernant les personnages croisés au fil des pages, ils ne manquent pas d’intérêts et de profondeurs, je regrette juste la façon dont notre héros interagit avec certains personnages féminins qui se révèle parfois cliché. La conclusion ne manque pas de surprise et de rebondissements, mais j’avoue être resté légèrement sur ma faim avec le dernier chapitre qui, sans spoiler, m’a paru un peu trop manichéen et offrant certaines évolutions trop abruptes. Le tout est porté par une plume soignée, travaillée et efficace qui, finalement, nous entraine dans un voyage marquant et éblouissant, le tout à un rythme lent et développé qui risque de ne pas plaire à tout le monde, mais qui m’a captivé. J’ai vu qu’une suite existait et je me laisserai bien tenter.

 

Ma Note : 8,5/10

Origines Tome 1, Le Château des Millions d’Années – Stéphane Przybylski

le chateau des millions d'anneesRésumé : Juin 1939.
Heinrich Himmler diligente une mission archéologique en Irak dans le but officieux de s’allier les populations locales afin de saper l’influence britannique et préparer l’avènement d’un nouvel ordre mondial…
Au sein de cette expédition qu’il dirige en sous-main, l’officier SS Friedrich Saxhäuser.
Héros de la Grande Guerre, agent naviguant dans les eaux troubles des divers services de renseignement du Reich, ce soldat hors normes a lié son destin à celui d’Adolf Hitler depuis le putsch manqué de Munich en 1923. Or, dans la vallée d’un affluent du Tigre, Saxhäuser met bientôt au jour l’impensable, une découverte si vertigineuse qu’elle pourrait bien changer la donne dans le conflit qui s’annonce… Mais encore faut-il pouvoir acheminer pareille trouvaille jusqu’en Allemagne. Et d’ailleurs, Saxhäuser le veut-il vraiment ?

Edition : Le Bélial’

 

Mon avis : Cela fait quelques mois que j’entends parler de ce roman, que ce soit par la communication faite autour, comme l’idée de lui offrir une sortie en feuilleton numérique qui me donnait encore plus envie de le découvrir, avec quand même la patience d’attendre le format papier. Il faut bien avouer que le résumé se révélait assez accrocheur, mélange d’histoire et de fantastique, et que je trouve la couverture, illustrée par Aurélien Police, vraiment magnifique. C’est donc sans surprise qu’il a très rapidement rejoint ma PAL.

 Ce roman nous propose ainsi de plonger en pleine période trouble, la montée au pouvoir d’Hitler qui va déboucher sur la seconde guerre mondiale, et d’y suivre le destin de l’officier SS Friedrich Saxhäuser qui va se retrouver au milieu d’aventures qui vont complètement le dépasser. Je dois tout de mettre avouer que je me lançais dans cette lecture avec une légère réserve, le mélange de mystique à cette période de l’histoire a déjà été de nombreuses fois utilisé, ce qui est plutôt logique vu la fascination de Hitler et son gouvernement pour l’ésotérisme, mais tombait parfois clairement dans le ridicule. Et pourtant j’ai été agréablement surpris, l’auteur s’en sort finalement plutôt bien, nous offrant une histoire pleine d’aventures, sans temps mors et se révélant efficace. L’intrigue ne manque ainsi ni d’intérêt, ni de rythme et le lecteur se retrouve rapidement emporter par les nombreuses péripéties et les nombreuses surprises que vont rencontrer les héros. Mais c’est surtout le mélange entre roman historique, roman d’aventures et paranormal qui offre ici un récit solide sans jamais trop en faire ou tomber un peu trop dans l’absurde. Il n’oublie pas pour autant de traiter de cette période de façon efficace et réfléchi offrant ainsi de nombreuses réflexions qui font même époque à notre époque contemporaine.

Stéphane Przybylski, comme présenté sur le quatrième de couverture, est aussi historien et possède à son actif de nombreux livres historiques et c’est ce qui, je trouve, rend don univers si efficace et réussi. En effet il nous offre un monde qui est franchement solide à travers de nombreuses anecdotes historiques et nous faisant découvrir de nombreux lieux et de nombreuses ruines des plus fascinantes. Concernant tout ce qui touche à l’époque, avec la prise de pouvoir d’Hitler et la montée en tension, même si l’ensemble ne renouvellera en rien le genre à travers son originalité, excepté peut-être le travail sur l’Irak, cela n’empêche pas l’auteur d’offrir de nombreux détails, ne cherchant pas que le côté aventure et nous dévoilant une époque sombre et en pleine crise. C’est ce fond historique soigné, travaillé, et dont on sent que de nombreuses recherches ont été réalisées, qui rend finalement l’ensemble si cohérent et intéressant. Là-dessus vient alors se calquer un aspect fantastique et SF qui, sans non plus se révéler des plus original, qui se révèle juste assez intrigant pour nous faire tourner les pages avec plaisir sans non plus tomber dans l’extrême ou dans le grand n’importe quoi. Un équilibre efficace dont il sera intéressant de voir comment l’auteur va s’en sortir par la suite, vu qu’il s’agit quand même d’une tétralogie.

Concernant les personnages, ils se révèlent denses, travaillés et assez complexes avec leurs questionnements, leurs émotions et surtout évoluent de façon logique en fonction des évènements qu’ils soient aussi bien historiques, comme les différentes péripéties qu’ils rencontrent, même, si c’est vrai ils se révèlent par moment un peu banals et que parfois on a un peu de mal à complètement s’attacher à eux comme s’il leur manquait une certaine « impulsivité ». Que ce soit Saxhäuser le charismatique espion aventurier éprit d’espace qui doute de lui même et oscille entre un être détestable coincé dans une idéologie et personnage plus nuancé, ou bien encore l’archéologue Schmundt qui est loin de tout dévoiler de lui, chacun des personnages possède encore de nombreux atouts à dévoiler et de nombreuses surprises. Je regrette par contre qu’il n’y est pas de personnages féminins un peu plus consistants, seul Andrea sort légèrement du lot, mais il est encore trop tôt pour bien comprendre son rôle, les autres femmes intervenant dans le récit ne servant que de rencontres purement sexuelles à notre héros. Ça m’a d’ailleurs parfois dérangé ce côté un peu trop tombeur de ses dames du héros, où toutes les femmes qu’il croise sans exception finissent dans son lit.

Je regrette par contre un certain essoufflement qui se ressent dans le dernier tiers du livre, l’auteur oublie parfois un peu trop qu’il est dans un roman et se perd dans trop de détails pour nous dévoiler des points qui, sans être non plus inutiles, ne méritait pas toujours autant d’informations ; peut-être le côté historien qui ressort. Ensuite j’avoue avoir eu un peu de mal dans la construction du récit qui m’a paru un peu trop, par moment, figé et dont l’auteur cherche à rendre plus énergique avec une accumulation de flashbacks qui n’apportent pas toujours quelque chose d’intéressants. Cela marche peut-être mieux dans un roman feuilleton que lu d’une traite, je ne sais pas. Alors au final rien de non plus bloquant ou vraiment dérangeant, mais qui se ressent tout de même légèrement durant la lecture.

La plume de l’auteur se révèle assez simple, sans non plus se révéler marquante, mais marche de façon efficace arrivant un minimum à happer le lecteur dans son récit efficace et entrainant. Au final ce premier se révèle être une introduction intéressante à une histoire qui possède encore de nombreuses questions en suspend et dont je lirai la suite avec plaisir en espérant qu’elle arrive à garder ce fragile équilibre entre histoire, SF et aventures.

En Résumé : J’ai passé un agréable moment de lecture avec ce premier roman d’une tétralogie qui oscille entre science-fiction et roman historique en pleine seconde guerre mondiale. Ce premier tome se révèle, certes, un tome d’introduction, mais se laisse lire assez facilement bien porté par les nombreuses péripéties que rencontrent nos héros et un rythme soutenu. L’univers se révèle dense, soigné avec de nombreux détails et des nombreuses références ; le côté historien de l’auteur y jouant énormément, sans non plus se révéler trop envahissant. Les personnages ne manquent pas de charisme, ni d’intérêt, même si parfois ils ont du mal à émouvoir le lecteur j’ai trouvé. Je regrette par contre le manque de personnages féminins intéressant, la quasi-totalité des femmes du récit ne servant qu’à tomber entre les bras et dans le lit du héros principal. J’ai ressenti aussi un certain essoufflement dans la dernière partie du récit, cherchant à trop vouloir en faire, ainsi qu’une accumulation de flashback pas toujours efficaces. Le style de l’auteur, sans se révéler des plus marquant, se révèle simple et entrainant. Un premier tome plus que sympathique qui me donne envie de découvrir la suite.

 

Ma Note : 7,5/10

 

Autres avis : Vert, Marijuliet, Cornwall, …

Le Cercle de Farthing – Jo Walton

walton-farthingRésumé : Huit ans après que «la paix dans l’honneur» a été signée entre l’Angleterre et l’Allemagne, les membres du groupe de Farthing, à l’origine de l’éviction de Churchill et du traité qui a suivi, fin 1941, se réunissent au domaine Eversley pour le week-end. Bien qu’elle se soit mariée avec un Juif, ce qui lui vaut d’habitude d’être tenue à l’écart, Lucy Kahn, née Eversley, fait partie des invités. Les festivités sont vite interrompues par le meurtre de Sir James Thirkie, le principal artisan de la paix avec Adolf Hitler. Sur son cadavre a été laissée en évidence l’étoile jaune de David Kahn. Un meurtre a eu lieu à Farthing et un coupable tout désigné se trouvait sur les lieux du crime. Convaincue de l’innocence de son mari, Lucy trouvera dans le policier chargé de l’enquête, Peter Antony Carmichael, un allié. Mais pourront-ils ensemble infléchir la trajectoire d’un Empire britannique près de verser dans la folie et la haine?

Edition : Denoël Lunes D’Encre

 

Mon Avis :  J’ai découvert Jo Walton il y a quelques mois avec ma lecture de Morwenna, premier roman publié de l’auteur en France, mais l’un de ses dernier édité en VO, qui m’avait offert une excellente lecture que ce soit par l’attachement ressenti pour la jeune héroïne mais aussi à travers cette déclaration d’engouement pour la lecture de l’imaginaire (ma chronique ici). C’est donc sans surprise que lorsque j’ai appris qu’un nouveau roman de l’auteur était édité, certes plus ancien puisqu’initialement publié en 2006,  il a rapidement terminé dans ma PAL. À noter une couverture qui se révèle plutôt efficace et met directement dans l’ambiance malgré le fait qu’elle ne devrait pas laisser indifférent.

On découvre ici une histoire complètement différente de ce que proposait Morwenna, puisqu’on plonge dans un mélange d’univers uchronique et de policier anglais. On se retrouve ainsi plongé dans une Angleterre, en 1949, qui vit dans la paix après avoir signé un accord avec l’Allemagne d’Adolf Hitler en 1941, laissant ainsi le reste de l’Europe dans la tourmente nazi. Cet accord a ainsi changé la donne politique et mis en avant un cercle influent d’hommes de pouvoir communément appelé le cercle de Farthing. Alors quand un meurtre vient secouer ce cercle cela risque de laisser des traces. Malgré un changement complet de genre j’ai de nouveau été accroché par ce récit qui nous offre ainsi un mélange maîtrisé entre enquête policière, flegme anglais légendaire et aspect sociétal des plus intéressant et fascinant. Clairement on n’est pas dans un Thriller violent, âpre et haletant, mais plus dans une résolution d’enquête dans le plus pur style anglais du genre à la Agatha Christie ou encore du film Gosford Park. Par conséquent si vous cherchez plus le côté sans temps morts et sombre vous risquez d’être déçu. Autrement laissez vous tenter par ce roman qui démarre d’une enquête à huis-clos pour se révéler de plus en plus complexe, de plus en plus haletante, ou les manipulations, les mensonges et les fausses pistes viennent embrouiller un peu plus le lecteur, mais aussi l’inspecteur, pour notre plus grand plaisir.

L’autre point intéressant vient de l’univers  qui est construit au fil du roman. Certes il n’est ici qu’esquissé suffisamment pour offrir un background solide à l’histoire, mais cela ne l’empêche pas de se révéler complexe, réfléchi et intrigant amenant le lecteur à se poser de nombreuses questions sur ce qu’aurait pu devenir l’Europe si l’Angleterre avait cédé voir négocié avec l’Allemagne. Mais l’auteur offre aussi un travail des plus captivant sur les mœurs, que ce soit dans l’hypocrisie des classes ou encore dans le rejet de certaines castes et de certaines pratiques, mais aussi sur la façon dont la société peut se retrouver blasée et manipulée pour accepter le pire et le plus sombre grâce à une politique jouant sur les peurs. On ressent ainsi clairement une ambiance malsaine, voir de discrimination qui se dégage ainsi de cet univers, qui se révèle cohérente et qui colle parfaitement à ce que cherche à nous faire réfléchir l’auteur et qui n’est d’ailleurs pas sans ressembler à ce qui peut se passer ainsi encore parfois de nos jours et qui nous rappelle qu’il faut rester vigilant. L’aspect purement politique n’est pas non plus en reste, avec son lot de jeux de pouvoir, de manipulations et de complots. Un univers qui se révèle donc travaillé et efficace, avec une petite dose de cynisme, mais qui est loin encore d’avoir dévoilé toutes ses facettes.

La narration utilisée par ce roman nous fait suivre deux personnages, Lucy Eversley, qui a choisi au grand dam de sa mère d’épouser David Khan un banquier juif, personnage complexe et ouverte malgré l’impression de simplicité qu’elle dégage, et l’inspecteur Carmichael qui se retrouve chargé de l’enquête, personnage intelligent qui ne se laisse pas éblouir. On découvre ainsi à travers leurs yeux un panel de protagonistes complètement différents, qui se révèlent soignés, avec leurs propres idéologies et leurs propres ressentis. Des personnages ambigus, qui cachent bien leurs jeux et leurs ambitions pour ainsi mieux surprendre le lecteur. On se retrouve ainsi à suivre leurs nombreuses machinations avec intérêt et l’envie de mieux comprendre le puzzle qui se dessine, de mieux deviner leurs ambitions. Ils sont aussi portés par des dialogues qui se révèlent en majorité efficaces, avec ce flegme anglais d’époque des plus savoureux. Je regretterai juste certaines facilités par moment dans les déductions de certains personnages qui parfois reposent un peu trop sur l’intuition et se révèlent toujours exacts, mais bon rien de bien dérangeant non plus.

L’auteur possède une plume qui se révèle efficace, soignée que ce soit du point de vue historique comme de l’intrigue et qui a réussi à me happer rapidement dans cette toile d’araignée de manipulations et de mensonges. J’aurai peut-être juste un petit regret concernant cette histoire c’est une impression de légère baisse de tension, de lenteur, vers le début du dernier tiers du récit comme si l’auteur cherchait un peu trop à ralentir la révélation de sa conclusion et remplissait un peu ses chapitres de bavardages pas toujours des plus intenses et intéressants. Mais voilà rien de bloquant tant la conclusion qui est lancée nous fait oublier cette impression pour nous captiver de nouveau dans une fin qui va se révéler haletante, sombre et loin du happy end facile. Une fin qui peut, d’une certaine façon, se suffire à elle-même, mais qui ouvre aussi la porte à de nombreuses questions. Il est d’ailleurs à noter qu’il s’agit d’une trilogie et que les deux autres tomes sont déjà publiés en VO, j’espère donc les voir sortir prochainement en France tant j’ai passé un très bon moment de lecture avec ce livre.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman qui propose de nous plonger dans un mélange d’enquête policière au flegme anglais et d’uchronie liée à la période de la seconde guerre mondiale. Un véritable puzzle de manipulations et de trahisons se dessine alors et happe le lecteur qui se retrouve à chercher la vérité. L’univers parallèle développé se révèle solide, offrant de nombreuses réflexions que ce soit sur les possibilités de l’époque comme sur certaines manipulations politiques qu’on retrouve encore de nos jours, le tout mâtiné d’aristocratie anglaise, offrant une ambiance à la fois cynique et sombre qui colle parfaitement au récit. Les personnages ne manquent pas d’attraits, se révélant denses, complexes et attachants, malgré parfois quelques facilités, principalement dans les capacités de déductions de certains. La plume de l’auteur se révèle soignée, efficace, alternant deux points de vue de façon efficace, un à la première personne et l’autre à la troisième personne jouant ainsi sur les différentes visions qu’on peut avoir des protagonistes. Je regretterai juste une impression de lenteur dans le début du dernier tiers du récit, mais rien de gênant tant la conclusion a réussi à me happer, me surprendre, évitant le happy-end facile. Ce livre étant le premier tome d’une trilogie déjà publiée en VO j’ai maintenant hâte de découvrir la suite.

 

Ma Note : 8/10

La République des Enragés – Xavier Bruce

la republique des enragesRésumé : Mai 68, un pavé lancé sur un CRS. La colère étudiante embrase Paris.
Seize ans plus tôt, neuf enfants, cobayes pour un programme ultra-secret, s’échappaient de l’Institut Heintelle. Ils ont grandi, développé leurs talents extraordinaires et vont tenter, dans le chaos qu’est devenue la capitale, de mener à bien leur propre révolution.
Dans ce nouveau monde où il est interdit d’interdire, est-il permis de tuer ?

Edition : Actu SF

 

Mon Avis : Ce livre a terminé sa course dans ma PAL un peu sur un coup de tête. Je suis tombé dessus par hasard lors d’une de mes nombreuses visites dans une librairie et j’ai commencé à m’intéresser à ce livre, malgré, je trouve, une couverture qui a du mal à vraiment me convaincre. Mais voilà le résumé, qui proposait un mélange de Science-fiction le tout à la période de Mai 68, a réussi facilement à me convaincre. Puis j’ai vu passer dans un article que ce roman était un gros coup de cœur de l’éditeur, malgré tout ce que cela peut impliquer, j’ai donc décidé de le sortir rapidement de ma bibliothèque pour lui donner sa chance. Je préviens d’avance il y a des risques de SPOILER dans ma chronique, je m’en excuse.

L’histoire nous propose donc de plonger dans une des périodes les plus mouvementées de la France, la révolution de Mai 68, avec au milieu de tout cela des personnages aux pouvoirs mentaux hors normes qui se sont enfuis neuf ans plus tôt d’un programme secret. Franchement, présenté comme cela, ce livre a tout pour plaire avec un contexte politique intéressant et dense, des héros aux pouvoirs psychiques qui pouvaient apporter une bonne dose d’action et pourtant je n’ai jamais réussi à rentrer dans ce roman, ni même réussi à comprendre où l’auteur voulait m’emmener.

Du début à la fin je n’ai vu aucun fil rouge se dégager, aucun lien véritable, pourtant j’ai persévéré espérant y trouver une explication à l’ensemble au fil des pages, mais ce ne fut jamais le cas. Si on ajoute à cela une gestion des rebondissements des plus minimaliste voir simpliste, oubliant parfois même des explications, comme par exemple cette scène ou un personnage parle de faire tomber un général puis 20 pages plus loin on apprend que le général susdit a disparu sans aucune véritable explication mis à part trois bouts d’informations, je ne savais plus quoi penser. On évitera aussi de chercher une logique, comme la scène ou l’hypnotiseur et sa compagne acrobate vont voir un détective privé, qui d’ailleurs est une caricature à lui tout seul, et là pas de chance ce cher détective fait une crise cardiaque devant notre couple. Première idée qui vient à l’esprit de madame « il faut l’enterrer dans le jardin, c’est ce qu’il aurait voulu j’en suis sûr ». Là mon cerveau a planté le piquet de gréve et est parti à la plage, valait mieux. Ah nous sommes sauvés son ami la résonne « Non voyons ça ne se fait pas, réinstallons le plutôt à son bureau comme ça il sera mort comme il a vécu ». OK, j’abandonne, je ne cherche plus à comprendre. Bien entendu ils vont se faire surprendre par la concierge qui va les accuser de meurtre et vont devoir s’enfuir. C’est ballot. On se demande donc comment notre amie acrobate peut aller tranquillement, quelques pages plus loin, à son enterrement sans se faire gentiment arrêter. Le reste est à peu près du même acabit, offrant pour moi incohérence sur incohérence. Après l’auteur a peut-être voulu mettre en avant un aspect loufoque, faut croire qu’il n’a pas marché avec moi j’ai juste eu l’impression qu’il partait dans tous les sens.

Alors après je te vois venir cher lecteur, parfois pas besoin de véritable fil rouge, le roman cherchant plus alors à nous offrir une image de fond à travers le destin de différents personnages et je suis d’accord. Sauf que si c’est le cas alors le seul mot qui se dégage de Mai 68 est, pour moi, caricature. Alors, certes, je n’étais pas né en 68, ma connaissance des événements de l’époque se résumant qu’à ce que j’en ai entendu, mais il s’agissait, je crois, d’une révolution à la fois politique, sociale et culturelle. Ce qui se dégage dans ce livre c’est que niveau politique il devait y avoir d’un côté les gentils révolutionnaires qui tuent mais pour la liberté, de l’autre les méchants fascistes d’extrême droite qui tuent mais ce sont des fascistes et au milieu de tout cela les hommes politiques représenté comme des personnages peureux et décérébrés, incapables d’aligner deux indices ensemble. Dans le genre simpliste, on repassera. Niveau social la seule chose qui ressort c’est la liberté sexuelle car aucun autre message ne nous est donné, ce qui n’est en soit pas une mauvaise idée, sauf quand on confond le droit d’avoir des envies et de les vivre, avec des personnages féminins qui donnent l’impression de n’être finalement présent que pour le plaisir des hommes, mais j’y reviendrai plus tard. Seul l’aspect culturel sauve un peu son épingle du jeu, principalement vers la fin, avec cette idée d’art comme mouvement révolutionnaire, mais voilà c’est trop court pour sauver l’ensemble. De plus le message qui se dégage tout le long me laisse perplexe : pour se faire entendre tout doit passer par la violence. Après j’ai peut-être mal compris.

Concernant les personnages je n’ai jamais réussi à m’accrocher à eux, c’est bien simple ils manquent cruellement de profondeur, aucun personnage ne parait avoir un semblant de passé, d’histoire, voir même pourquoi pas de blessures et d’émotions. Tous l’aspect enfant cobaye ne sert pas à grand-chose tant il est peu évoqué en profondeur. Franchement mis à part leurs fameux pouvoirs, cela aurait pu être des personnages lambda que ça n’aurait pas changé grand chose. On se retrouve donc ainsi avec des héros monocaractéristique tel qu’un obsédé sexuel, un héros soit-disant charismatique mais qui pense que tout doit se résoudre par la violence et la mort, des hommes politiques sans cerveaux et ainsi de suite. C’est dommage mais l’auteur offre trop de voix à son récit, ce qui fait qu’il n’a jamais vraiment le temps de se consacrer à l’une d’elle et c’est dommage. On notera quand même quelques clins d’œil vers des personnages réels qui se révèlent sympathiques même si cela n’apporte pas énormément à l’histoire.

Parlons maintenant des personnage féminin. Pour cela développons un premier personnages. « Bonjour je m’appelle Adèle » « Bonjour adèle, bienvenue dans notre groupe d’étudiants révolutionnaires, justement on a un plan pour se faire entendre du pouvoir on va kidnapper un député et vu que tu es la dernière arrivée tu va devoir te prostituer avec lui pour gagner sa confiance et le faire tomber dans nos filets » « Ah parfait justement qui dit libération sexuelle dit je sens que je vais adorer cela » …. Ok pas le bon exemple, voyons un autre personnage féminin « Bonjour je m’appelle Anna je suis acrobate et je travaille pour Arthur, homme volage qui couche tout ce qui bouge, mais voilà je l’aime, enfin surtout tout ce qu’il me fait faire, dans tous les sens et toutes les positions, même les plus acrobatiques, cela ne peut être que l’homme de ma vie » … Euh non. Ah tiens il y a Brigitte, cette étudiante qui arrive à rentrer discrètement dans le dortoir à la recherche du beau Christophe pour s’offrir à lui, qui ne trouve pas sa chambre, finit dans celle d’André, bah pas de soucis André ou Christophe ce n’est pas grave. Franchement je ne suis pas sûr que les femmes en sortent grandies et que la liberté sexuelle gagne ses galons de noblesses ici tant, vous vous en rendez comptes, les personnages féminins donnent parfois limite l’impression de n’être présents que pour le sexe. Pourtant je n’ai rien contre le sexe dans un récit, encore faut-il qu’il apporte à minima quelque-chose et non pas donner l’impression parfois de tomber dans un univers porno bas de gamme avec cette impression diffuse de « femme-objet ».

Il y a quand même quelques bonnes idées dans le récit, principalement des paraboles imagés qui m’ont donné à réfléchir et aussi quelques scènes qui se révèlent énergiques. On sent aussi une plume vivante et percutante, mais voilà c’est bien trop peu pour me faire accrocher. Franchement j’ai eu l’impression d’avoir entre les mains un brouillon de roman, avec un gros travail encore à fournir. Après je ne le nie pas, je suis peut-être complètement passé à côté de ce récit, c’est possible aussi, peut-être que je n’avais pas les bonnes clés ou que je n’ai pas eu les bonnes réflexions pour apprécier ce roman à sa juste valeur en tout cas je ressors de ma lecture déçu. J’espère que si vous le lisez vous aurez plus de chance que moi.

En Résumé : Je dois bien avouer qu’une fois la dernière page de ce  livre tourné je ne ressors pas convaincu. L’intrigue ne parait jamais proposer de fil rouge et les différentes histoires qui se croisent ne manquent pas de manquer de logique voir de se révéler complètement incohérentes. Certes, il aurait pu offrir un background soigné et réfléchi, mais ce n’est pas vraiment le cas non plus tant Mais 68 donne ici l’impression d’être une véritable caricature aussi bien politique que sociale. Seul l’aspect culturel sort un peu son épingle du jeu. Concernant les personnages, la multiplication des points de vue fait qu’aucun des héros ne possèdent de profondeur et surtout se révèlent un peu trop basiques voir des parodies burlesques. Les personnages féminins donnent l’impression d’être présente que pour le sexe et le plaisir des hommes, ce qui est loin de la libération sexuelle souhaitée à l’époque, et tombent parfois à la limite de la caricature. Alors oui ,quelques bonnes idées arrivent tout de même à sortir par fulgurance et la plume de l’auteur se révèle énergique, mais j’ai clairement l’impression d’être passé complètement à côté de ce récit ou de ne pas avoir eu les bonnes clés pour le comprendre. J’espère que si vous le lisez vous accrocherez plus que moi en tout cas, mais j’aurai du mal à le conseiller.

 

Ma Note : 3/10

Le Paradoxe de Fermi – Jean-Pierre Boudine

le paradoxe de fermiRésumé : Dans son repaire situé quelque part à l’est de l’arc alpin, Robert Poinsot écrit. Il raconte la crise systémique dont il a été témoin : d’abord le salaire qui n’arrive pas, les gens qui retirent leurs économies, qui s’organisent pour trouver de quoi manger, puis qui doivent fuir la violence des grandes villes et éviter les pilleurs sur les principaux axes routiers.
Robert se souvient de sa fuite à Beauvais, de son séjour dans une communauté humaniste des bords de la mer Baltique et des événements qui l’ont ramené plus au sud, dans les Alpes.
Quelque part dans le récit de sa difficile survie se trouve peut-être la solution au paradoxe de Fermi, à cette célèbre énigme scientifique : dans un univers aussi vaste que le nôtre, l’espèce humaine ne peut pas être la seule douée d’intelligence ; alors où sont les autres, où sont les traces radio de leur existence?

Edition : Denoël Lunes D’encre (Paru le 08/01/2015)

 

Mon Avis : La première fois que j’ai entendu parler de ce livre, ce qui m’a directement attiré c’est sa couverture, illustrée par Aurélien Police, que je trouve franchement superbe et qui attire l’oeil. Ajouter à cela un résumé qui annonçait clairement un roman post-apocalyptique, genre que j’apprécie, ce livre ne pouvait donc que finir sa course dans ma PAL. Par conséquent quand on m’a proposé de le découvrir, je me suis rapidement laissé tenter.

Commençons déjà par situer ce livre dont, finalement, j’ai du mal à le classer en roman, malgré sa construction fictive sous la forme d’un journal d’un homme qui a vécu la fin de la société. Il faut dire que le style se révèle très simpliste, répétitif, avec une assise plus scientifique et froide que littéraire, ce qui fait que j’ai plus de faciliter à considérer cette histoire comme une étude de cas, voir un essai limite spéculatif qui partirait ainsi avec comme point de départ une crise boursière dont la société, telle qu’on la connait, ne se relèverait pas et s’effondrerait sur elle-même. Ce n’est en rien une critique, cela n’empêche pas la lecture et l’appréciation de ce roman, juste si vous cherchez un récit plus « romancé » et plus « touchant », ou si vous cherchez un style travaillé vous risquez de vous sentir frustré par ce roman.

Mais alors qu’en est-il de ce paradoxe? J’avoue qu’une fois la dernière page tournée je dois bien avouer que la lecture s’est révélée plutôt plaisante avec de bonnes idées et surtout de nombreux aspects glaçants, mais que je suis loin du roman marquant, dont j’ai entrevu passer quelques retours sur d’autres sites. Une chose qu’on ne pourra pas enlever au récit c’est sa vision de l’effondrement de la société qui se révèle tout à fait frappante, saisissante et surtout tellement réaliste. Ce personnage principal qui se retrouve limite à « régresser » au fil des pages ne peut que surprendre le lecteur. Cette possibilité que l’homme, tellement dépendant des technologies,ne puisse se relever de la disparition de celles-ci, où les inégalités vont s’accentuer pour aboutir à de nombreuses scènes de guérillas, de pillages et de brigandage. On sent que l’auteur a longtemps réfléchi à son sujet, l’a parfaitement collé à notre société et a pu ainsi le développer tout en cherchant à nous faire réfléchir. On se retrouve donc ainsi à se poser de nombreuses questions que ce soit sur notre façon de traiter la nature, notre environnement, mais aussi sur notre capacité à survivre sans certaines évolutions ou bien encore sur la situation politique et géopolitique qui n’est pas sans rappeler certaines informations actuelles tant les tensions sont présentes dans l’actualité.

Pourtant, malgré ses points forts percutants et efficaces de nombreux aspects m’ont laissé perplexe. Dans la construction de sa catastrophe l’auteur parait ne pas savoir sur quel pied danser, oscillant entre des explications larges qui collent bien car elles offrent plusieurs hypothèses que le lecteur peut imaginer tout seul et parfois une tentative plus pointue d’étayer sa démonstration, qui parfois a eu du mal à m’accrocher car trop simpliste. Je prends pour exemple le chapitre qui parle de la chute d’Israël face à une coalition de pays de la péninsule arabique telle que la Syrie, l’Irak, la Jordanie, la Libye et d’autres, le tout avec l’aval de l’Iran. Géopolitiquement cette coalition me dérange tant elle parait peu probable, même si pas impossible, et vu que l’auteur ne développe pas plus en profondeur je suis resté frustré. C’est dommage, car cela me donne plus l’impression qu’il cherche plus à faire avancer son histoire simplement tel qu’il l’entend. Autre point qui me laisse perplexe c’est cette représentation aussi un peu facile de l’humanité sans logique, comme par exemple ce chapitre sur l’eau potable. Vu qu’il n’y a plus d’électricité on peut donc potabiliser l’eau vu que, pour l’auteur, les stations d’épuration d’eau ont besoin pour cela de machines et de produits chimiques, sauf que, et c’est peut-être mon côté scientifique qui parle, il existe des STEP purement biologique et sans machines et qu’en cas de dernier recours on peut toujours tenter par l’UV dans des bouteilles plastiques ou par filtres charbons même si, c’est vrai, ce n’est pas parfait. Je trouve cela dommage car on a l’impression que parce-que le « cadre moyen cultivé » ne sait pas faire obligatoirement personne ne sait faire. Pareil pour les passages sur l’agriculture ou encore sur la nourriture.

Puis arrive la conclusion, cette réponse que l’auteur cherche à faire passer concernant le paradoxe de Fermi, qui se révèle tout à fait plausible malgré, c’est vrai, son côté pessimiste. Une conclusion intéressante qui cherche, d’une certaine façon, à sonner l’alarme de notre façon de gérer notre planète et nos vies. Sauf que voilà deux choses m’ont laissés perplexe, c’est que d’une on la voit venir au vu du titre et de la façon dont l’auteur construit son récit et de deux j’ai trouvé qu’elle manquait un peu de débat. Pourtant l’auteur prend bien 10 pages à développer son hypothèse, reposant sur un dialogue de groupe et, comme je l’ai dit, elle est tout à fait plausible, mais voilà c’est censé être un groupe instruit et il n’y a quasiment pas un seul débat contradictoire, alors que moi je me sentais frustré avec la dizaine d’argument que j’avais en tête mettant à mal cette théorie. Après je sais parfaitement bien qu’une telle théorie n’a que deux possibilités d’être résolue, soit un jour la vie extraterrestre apparait soit on arrive à prouver avec certitude qu’elle n’existe pas (et encore la certitude a aussi ses limites), mais voilà voir l’argumentation acceptée si facilement me dérange, tant elle reste justement discutable.

Après on pourrait croire que je n’ai pas apprécié ce roman, c’est faux, il reste un minimum agréable, son côté post-apo est clairement réussi et fait froid dans le dos. Je ne dirai pas non plus, en fermant ce livre, que certaines questions ne continuent pas à trotter dans ma tête. Le héros principal, malgré un côté froid et un certain manque de touche émotionnelle, arrive effectivement à nous faire réagir et à nous passionner un minimum sur notre société, son repli dans la haine et la violence, et ses nombreuses péripéties. Sauf que voilà, tout simplement je pense que mon esprit scientifique ne se sent pas complètement convaincu par certains aspects trop simplistes et mon esprit de controverse trouve que l’auteur construit trop son récit pour tenir la main du lecteur et mettre en avant ses arguments, sans jamais chercher à les pousser à bout. Au final une lecture pas mauvaise, mais qui n’a pas répondu complètement à mes attentes.

En Résumé : J’avoue une fois la dernière page de ce roman tourné, que je ressors pas complètement convaincu par ma lecture. Certains aspects se révèle réussi, comme par exemple ce travail minutieux sur l’effondrement de notre société et sa capacités à s’auto-détruire qui se révèle très réaliste et limite glaçant, ou encore sur les nombreuses réflexions qu’il cherche à mettre en avant de façon intéressante, mais voilà d’autres passages m’ont laissé perplexe. Je pense principalement a certaine tentative d’explication de la catastrophe qui, dans l’état de construction du récit et des éléments fournis, ont du mal à me convaincre ou bien encore sur cette impression que l’humanité entière manque de jugeote et de logique sur certains aspects qui me paraissent pourtant gérables. Puis arrive la conclusion, le travail qui mène à la réponse de l’auteur au paradoxe de Fermi qui ne manque pas d’intérêt et qui se révèle plausible mais dont je trouve dommage qu’il soit finalement devinable rapidement et qui, surtout, manque de débat contradictoire, ce qui m’a légèrement frustré. Au final un roman plutôt sympathique, avec de bons passages, mais dont finalement j’attendais plus.

 

Ma Note : 6,5/10

 

Autre avis : Lune, Cornwall, Ptitetrolle, Elessar, …

Mausolées – Christian Chavassieux

mausoleesRésumé : Descendu d’un ferrail brinquebalant, Léo Kargo pose son sac à Sargonne, une commune libre de l’Europe Ralliée établie après les terribles Conflits dont les destructions massives sont encore dans les mémoires de tous. L’un des hommes les plus célèbres de son temps, le richissime et controversé Pavel Adenito Khan l’a recruté pour s’occuper de son immense collection de livres, l’une des dernières bibliothèques au monde.
Mais Kargo comprend rapidement que son embauche ne doit rien au hasard. Inquiet, il enquête… Et les questions, les rumeurs, nombreuses, surgissent… À propos des livres atteint d’une mystérieuse lèpre, sur la séduisante Danoo Forge, l’assistante du milliardaire étrangement surnommé le Diable. Et qui est cette fascinante et dangereuse Lilith, mi-femme, mi-machine qui rode dans la cité ?
Dans cette quête, hantée par le souvenir d’une science déréglée et la folie guerrière des hommes, Kargo trouvera bien plus que des réponses. Il rencontrera un destin poignant, le sien et le chaos, celui du monde.

Edition : Mnémos

 

Mon Avis : Je me suis laissé tenter par ce livre un peu par hasard je dois bien avouer. Il faut dire que les éditions Mnémos ont l’habitude de sortir des romans qui sortent un peu de l’ordinaire, je m’arrête donc régulièrement devant leurs nouveautés. C’est comme ça que je me suis retrouvé avec Mausolées entre les mains qui m’a rapidement accroché par son quatrième de couverture intrigant et aussi par une couverture, illustrée par Akalikoushin, qui possède un petit air sombre, hachée et entraînante. Puis, comme souvent, il a traîné dans ma PAL, ne sachant pas quand vraiment le commencer. J’ai donc décidé il y a peu de lui laisser sa chance et ainsi pouvoir me faire mon propre avis.

On découvre ainsi Léo Kargo qui voit sa vie complètement chambouler le jour où il est embauché pour aller travailler pour le milliardaire Pavel Khan, aussi surnommé le « diable » pour ses actions durant les nombreuses guerres civiles lors de l’effondrement de la civilisation, à gérer une des rares bibliothèques qui existent encore.  Il va rapidement se rendre compte que sa présence n’est pas obligatoirement un hasard et va se retrouver au milieu de quelque chose qui va complètement le dépasser. Il est difficile de classer ce roman, oscillant entre histoire humaniste, thriller, travail sur une société qui s’auto-détruit, roman d’aventures voir même drame philosophie, l’histoire se retrouve vraiment à brasser les genres pour le plus grand plaisir du lecteur. En tout cas une chose est sûre c’est qu’il est loin de m’avoir laissé indifférent même si, une fois la dernière page tournée je ne m’attendais pas vraiment à cela. Rien de péjoratif dans ma phrase, simplement l’auteur a réussi à me surprendre avec un récit complètement différent des attentes que j’avais en l’ouvrant. En tout cas on plonge ici dans un monde post-apo au rythme lent, tendu, rempli de sous-entendus qui se révèle accrocheur.

Déjà la première chose qui marque ici c’est l’univers qui nous est dépeint lentement au fil des pages et des révélations. En effet on plonge dans un monde qui se relève doucement de nombreuses années d’instabilités, de guerres et de violences. Les pays et les frontières se sont complètement redessinées, la mort à fauché des millions de vies, de nombreuses armes ont été misent à profit et ont fortement modifiées les règles et la vie des hommes. L’humanité a du mal à remonter la pente, oscillant entre acceptation d’une mort certaine, poussant le principe d’écologie à son paroxysme et reniant en partie les sciences qui auraient aidé à la mort lente de cette planète et un besoin de survie acharné. Il faut dire que les armes employées ont fait de nombreux dégâts, qu’ils soient passés, mais aussi encore dans le présent et voir même pour l’avenir de l’Homme. Pourtant quand on plonge dans cet univers on ne sent pas tout de suite ce côté sombre, la vie semble paisible, certes on y ressent parfois un certain sectarisme mais rien ne laisse transparaître cette implosion des pouvoirs. L’auteur égrène ainsi ses révélations au fil des pages, dévoilant ainsi peu à peu une image loin d’être idyllique, mais qui pourtant se révèle cohérente, collant parfaitement à notre présent. L’Europe a ainsi laissé place à des villes-états gouvernées par une Fédération lointaine. Pourtant malgré cette impression de calme, la violence et l’oppression sourde au fil de la lecture. Un univers qui se révèle ainsi à la fois intimiste, on bouge finalement très peu, et aussi dense et complexe à travers les informations que nous offrent les personnages. Il pourra rebuter peut-être par sa violence et une certaine haine, mais j’avoue avoir été happé par le monde que développe l’auteur, qui ne laisse pas indifférent et nous force à réfléchir.

L’autre point fort du roman vient clairement des personnages qui nous sont proposés au fil du récit. Il faut dire qu’il n’y en a pas obligatoirement beaucoup, ce qui offre ainsi un panel assez large et surtout développé de protagonistes qui ne manquent pas de se révéler humains, avec leurs failles et leurs forces, qui doivent réagir et évoluer dans un monde où tout n’est pas parfait mais qu’ils cherchent, selon leurs propres point de vues, souvent divergents, à modifier, à rendre meilleur. L’autre aspect vraiment intéressant vient du travail de fond psychologique que propose l’auteur avec de nombreux questionnements et de nombreuses réflexions efficaces que ce soit sur la quête identitaire,  les secrets qui rongent chacun d’entre eux, l’amour, la haine, la filiation ou bien encore la quête de vengeance. L’ensemble est aussi exacerbé par un cadre qui se révèle fermé, un peu comme une « cocotte » qui fait que l’ensemble des héros montent lentement en pression, pour un final des plus sanglant et explosif. On sent aussi au travers de nombre de personnages croisés une humanité à bout de souffle, qui se sait condamnée et qui se débat du mieux qu’elle peut pour s’en sortir ce qui, je trouve, ajoute un vernis très intéressant à l’ensemble.

Un aspect qui m’a aussi accroché c’est cette ambiance très proche du livre, des histoires, de la littérature avec toute cette quête autour de la bibliothèque, de la connaissance qu’il faudrait perdre ou non en fonction de l’évolution de la vie, qu’il faut transmettre au non aux générations futures pour leur permettre d’apprendre ou d’évoluer. Il y a une vraie problématique développée là-dessus et qui ne manque pas d’attrait et se révèle soignée. Après j’ai quand même un léger regret concernant ce roman c’est sa conclusion. Pas qu’elle soit mauvaise, non, elle se révèle agréable, ouverte pour permettre au lecteur de se faire sa propre idée et de continuer à maintenir certaines réflexions ouvertes, mais voilà j’ai trouvé que l’ensemble était amené de façon un peu frustre et surtout un peu rapide, principalement dans certaines révélations. Comme si l’auteur balançait certaines réponses parce qu’il est obligé de le faire pour son récit. Ce n’est en rien bloquant mais j’ai trouvé cela légèrement frustrant tout de même. J’ai aussi trouvé le personnage principal un peu trop inactif, baissant trop rapidement les bras à mon goût.

La plume de l’auteur se révèle clairement enlevée, soignée, élégante, offrant au récit par moment une certaine pointe de poésie, tout en n’oubliant pas qu’il se trouve dans un univers sombre, sanglant, guerrier, ce qui pourrait peut-être déranger certains lecteurs, mais qui je trouve colle parfaitement au récit. Au final je suis content d’avoir sorti ce livre de ma PAL qui m’a offert un récit surprenant, plus dans la profondeur psychologique et de réflexions que dans l’action, mais qui m’a accroché et s’est révélé passionnant. Je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce livre qui nous propose une histoire post-apocalyptique assez surprenante, loin du thriller qui se laissait présager à la lecture du résumé, mais offrant plus une réflexion soignée et efficace sur l’humanité et sur l’Homme. L’univers se révèle vraiment efficace, sombre, dévoilant une humanité agonisante dans un monde qui sort d’une guerre intestine des plus destructrices. Les personnages se révèlent vraiment soignés, humains développant des thématique vraiment efficaces et intéressantes comme par exemple sur la haine, la vengeance, l’identité et d’autres encore. Le tout est porté par une plume élégante, poétique, soignée qui ne manque pas d’élever le récit tout en collant parfaitement à l’ambiance sombre et oppressante qui se dégage. Je regrette juste que la conclusion donne plus l’impression de balancer certaines réponses qu’autre chose et aussi le personnage principal qui se replie trop rapidement sur lui-même, mais rien de non plus bloquant. En tout cas un roman que j’ai trouvé réussi et je lirai sans problème d’autres récits de l’auteur.

 

Ma Note : 8/10

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