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Le Bâtard de Kosigan Tome 3, Le Marteau des Sorcières – Fabien Cerutti

Résumé : 1341, sur les traces de son passé, le Bâtard de Kosigan et sa compagnie s’enfoncent dans les profondeurs de l’Empire germanique au service d’un puissant seigneur du Rhin. Les mystères s’épaississent, mêlant complots, magie et religion, sur fond de chasse aux sorcières. Le chevalier devra naviguer avec prudence sur des eaux redoutables où l’Inquisition rôde et où il est parfois difficile de distinguer amis et ennemis. À quelques siècles d’intervalle, Kergaël de Kosigan tente d’élucider les interrogations soulevées par les écrits de son ancêtre. Mais remuer les secrets de l’Histoire s’avère périlleux et la vérité a toujours un prix.

Edition : Mnémos

 

Mon Avis : Il y a un peu plus de deux ans maintenant, je me suis lancé dans la découverte des aventures de ce Bâtard de Kosigan un peu sur un coup de tête. J’ai ainsi plongé dans un cycle dont les deux premiers tomes m’ont offert un bon moment de lecture, efficace et entraînant, avec son lot de mystères et de complots (ma chronique du Tome 1, Tome 2). D’ailleurs la fin du second tome, lassait quelques questions secondaires en suspend dont la suite devait nous dévoiler les réponses, que ce soit en partie sur le passé du Bâtard comme sur la ligne temporelle de 1899 et j’avais hâte de me plonger dans cette suite. Concernant la couverture, illustrée par Emile Denis, elle est dans la même lignée que les précédentes et s’avère sympathique.

Après l’indépendance de la Champagne, puis les prémices de la guerre de Cent ans, cette fois notre bâtard va aller visiter l’Empire Germanique, puisque lui et sa troupe ont été engagés par l’herzog Dagmar, le tout sur fond d’élection du nouvel empereur. Sauf que voilà, notre chevalier n’est pas là que pour simplement remplir sa mission et son compte en banque, il espère aussi en apprendre plus sur certains secrets qui le concerne. Plusieurs siècles plus tard, le descendant de Kosigan cherche toujours à en apprendre plus sur ses fameuses origines et aussi sur ce fameux passé ou la féérie est de mise, mais a complètement disparu depuis. Franchement, une fois la dernière page tournée je dois bien admettre que je continue à passer un bon moment avec les aventures trépidantes de ce héros, mais voilà pour autant ce tome m’a, d’une certaine façon, un petit peu plus frustré que les premiers. Alors clairement, on y retrouve les qualités et les défauts des autres tomes. L’auteur a ainsi toujours cette capacité à nous offrir une histoire et une intrigue qui se révèle fluide, sans temps, morts, terriblement efficace et entraînante. On a ainsi l’impression de plonger dans un récit très visuel, vivant, qui nous captive assez rapidement et dont on tourne les pages avec un minimum d’envie d’en apprendre plus. Surtout que, comme les deux premiers, le récit ne manque pas de rebondissements, le tout porté par une narration qui nous immerge assez finalement dans ce récit, toujours porté par un chapitrage assez court et percutant.

Concernant l’intrigue en elle-même, le récit est toujours scindé en deux avec une partie de l’histoire au 14ème siècle concernant le bâtard et une autre sur deniers jours du 19ème siècle, début du 20ème siècle avec son descendant. Cette dernière, dans les tomes précédents, m’avait laissé un peu perplexe, car même si elle n’était pas en soit mauvaise, elle n’apportait pas toujours grand chose à l’ensemble. Sauf que voilà, dans ce troisième tome, elle va prendre enfin de l’importance, la vérité va finalement commencer à se dévoiler, des organisation secrètes vont se révéler. Notre héros, Kergaël, va alors avoir fort à faire pour essayer de comprendre le passé et déterminer comment cet aspect mystique et magique a bien pu disparaitre de tous les livres d’Histoire et en quoi son ancêtre est impliqué dans tout cela. Les luttes de pouvoir dans l’ombre prennent donc une plus grande importance et j’ai  ainsi beaucoup plus facilement accrocher à cette partie de l’intrigue qui se densifie et se complexifie de façon efficace, surprenante et captivante. On pourrait reprocher peut-être un ou deux hapitre qui tombent un peu dans le côté professoral et académique concernant l’histoire de la mainmise de la religion chrétienne, mais franchement rien de très dérangeant tant le voile de mystère se lève enfin et donne clairement envie d’en apprendre plus.

Le soucis c’est qu’à l’inverse, l’intrigue qui tourne autour du 14ème siècle de son côté perd un peu de ce qui faisait de son attrait dans les tomes précédents. En effet, comme tout bon vase communiquant, vu que le roman ne peut pas doubler son nombre de pages, quand une intrigue prend de plus en plus d’ampleur, l’autre voit son volume obligatoirement diminuer. A moins de trouver un juste milieu parfait, cela se ressent obligatoirement ce qui a pour conséquence ici, je trouve, de donner l’impression que l’intrigue du bâtard en Empire Germanique est, tout d’abord, une introduction et ensuite elle est traitée un chouïa rapidement. En effet il faut savoir que ce troisième tome appelle obligatoirement à lire le quatrième pour les deux intrigues, contrairement aux précédents qui voyaient le Chevalier de Kosigan et sa troupe de mercenaires à minima terminé leurs missions, même si certains fils rouges secondaires restaient ouverts. Attention je ne dis pas que cette partie de l’intrigue est mauvaise, non elle a de nombreux attraits et offre quelques mystères, mais voilà elle perd un peu de son énergie et surtout là où elle prenait le temps de se construire à chaque fois dans les deux premiers tomes, donne ici l’impression d’aller un peu vite pour compenser. C’est légèrement frustrant, même si on se laisse quand même porté par les aventures de nos héros.

Concernant l’univers il continue à se révéler solide et intéressant, avec ce mélange d’Histoire et de féérie. Cette idée que des êtres fantastiques auraient existé et auraient influencé notre Histoire avant d’être complètement effacé ne manque pas d’attrait. Surtout que Fabien Cerutti arrive à lier les deux avec facilité, sans jamais donner l’impression de complètement différer de l’Histoire. Un vrai travail d’orfèvre qui sonne juste et offre une image de fond captivante. Cette fois-ci on se penche un peu sur les sorcières et surtout sur le rôle de l’Inquisition et de son importance dans la chasse aux sorcières, avec tout ce que cela peut soulever comme réflexions. On découvre aussi un peu l’Empire Germanique, ses jeux de pouvoirs et son importance. Alors comme je l’ai dit, vu que l’intrigue sur le Bâtard est plus « courte » il est un peu tôt pour juger de ce qu’apporte ces deux éléments, mais en tout cas pour le moment ils sont plutôt bien introduits et soulèvent des questions qui demandent des réponses. Concernant les personnages, ils sont toujours aussi intéressants et efficaces à suivre. Le bâtard, même s’il a toujours ce côté tiré un peu des films d’espion de tombeur avec son lot de femme fatale, va devoir se surpasser, car sa mission est loin d’être gagnée et elle risque même de lui en couter beaucoup. Son descendant, Kergaël, même si par moments certaines transitions paraissent un peu facile, continue à nous captiver par une certaine fougue, une certaine folie. Les personnages secondaires ne sont pas non plus en reste et je ne doute pas que certains d’être eux devraient prendre de l’ampleur par la suite. L’ensemble est aussi porté par des dialogues énergiques et qui ne manquent pas non plus d’humour bienvenue qui offre un équilibre avec ce côté sombre historique.

Concernant la conclusion, et principalement le cliffhanger, elle est à la fois, pour moi, un point fort et un point, je ne dirai pas faible, mais peut-être frustrant. C’est bien simple le tome trois et quatre, qui va sortir prochainement, forment un tout. Par conséquent oui conclure sur une telle ouverture, pour peu qu’on se soit laissé porter par le récit, donne obligatoirement envie de lire la suite. Mais voilà, d’un autre côté on a l’impression d’un récit coupé en deux. Alors je deviens peut-être vieux, mais pour moi, de plus en plus, ce genre de fin me laisse perplexe. Je ne parle pas obligatoirement de cette série, dont d’ailleurs je trouve que justement Fabien Cerruti s’en sort plutôt bien en proposant quelque-chose d’intéressant avant de conclure, mais plutôt d’un effet que je vois de plus en plus dans des romans. Un peu comme si tout le récit était basé et construit simplement sur ce fameux cliffhanger, ce qui marche sûrement pour d’autres lecteurs, mais moi me laisse perplexe. De plus c’est un peu compliqué car il faut différencier le cliffhanger qui vient clôturer un tome d’une certaine façon logique et celui qui donne plus l’impression de dire « bah désolé j’ai pas pu finir mon récit, donc tiens, après une belle introduction, je te coupe dans ce moment Argh! pour te faire revenir » et tout dépend clairement de ce qui a été proposé avant. Je vais arrêter de digresser, cette réflexion s’avérant plus général et, comme je l’ai dit, ne concernant pas obligatoirement ce tome du bâtard qui propose plus que ce simple suspens, mais voilà comme dernièrement j’en lis de plus en plus, je me suis permis de faire un point, car cela peut jouer sur mon ressenti. Dans tous les cas, ce troisième tome s’avère sympathique à lire, bien porté par une plume vivante, efficace et entraînante et je lirai la suite avec plaisir pour enfin connaître la conclusion à certaines questions.

En Résumé : J’ai passé un  agréable moment avec ce troisième tome des aventures du Bâtard de Kosigan. On plonge ainsi toujours dans cette double intrigue qui voit cette fois-ci celle de Kergaël de Kosigan, au début du 20 ème siècle, prendre de l’ampleur et un peu damer le pion à l’intrigue du Chevalier. Elle se dévoile enfin et contrairement aux tomes précédents où je trouvais qu’elle n’apportait pas toujours énormément, devient ici plus captivante, malgré un ou deux chapitres au ton un peu trop académique. Mais cela a pour effet aussi d’éclipser un peu le fil rouge du Bâtard que j’ai trouvé un peu moins dense, un peu moins rythmé, légèrement introductif et traité sur certains points un peu rapidement, ce qui est légèrement frustrant. L’univers continue à s’avérer solide et efficace, nous amenant cette fois en plein Empire Germanique avec en toile de fond la montée de l’inquisition et toutes les questions que cela peut soulever. Les personnages sont toujours bien présents, avec ce bâtard, que je trouve toujours un peu trop James Bond tombeur de ces dames, entouré de femmes fatales mais qui va devoir faire très attention sous peine de perdre beaucoup. Kergaël de son côté s’avère tout aussi énergique et prenant. Un troisième tome bien porté par un chapitrage court et une narration fluide et vivante qui fait qu’on se laisse facilement porter jusqu’à cette conclusion cliffhanger. En effet le troisième et quatrième tome ne forment qu’une histoire, ce qui peut s’avérer un peu frustrant, surtout que j’ai l’impression qu’il s’agit d’un procédé à la mode dernièrement, même si ici cela m’a moins dérangé que pour d’autres romans. Maintenant cela n’enlève rien aux qualités de ce tome, mais lui donne peut-être une légère impression de tome d’introduction. Le tout est porté par une plume vivante et entraînante qui fait qu’on plonge avec plaisir dans les aventures de nos héros et je lirai la suite avec un minimum de plaisir et d’envie d’avoir enfin des réponses aux questions qu’on se pose.

 

Ma Note : 7/10

 

Autres avis : Dionysos, l’Ours Inculte, Célindanaé, Dup,

The Broken Earth Book 3, The Stone Sky – N.K. Jemisin

Résumé : THIS IS THE WAY THE WORLD ENDS… FOR THE LAST TIME.
The Moon will soon return. Whether this heralds the destruction of humankind or something worse will depend on two women.
Essun has inherited the power of Alabaster Tenring. With it, she hopes to find her daughter Nassun and forge a world in which every orogene child can grow up safe.
For Nassun, her mother’s mastery of the Obelisk Gate comes too late. She has seen the evil of the world, and accepted what her mother will not admit: that sometimes what is corrupt cannot be cleansed, only destroyed.

Edition : Orbit

 

Mon Avis : Je dois bien admettre que j’attendais le troisième et dernier tome de ce cycle, dont j’ai découvert les premiers volumes il y a quelques mois, lors de mon mini challenge pour les prix Hugo avec impatience . J’avais été rapidement emporté par un premier tome excellent, proposant un univers riche et prenant avec des personnages attachants (ma chronique ici), puis un second tout aussi prenant, même s’il faisait un peu transition (ma chronique ). C’est donc sans surprise que ce troisième et dernier tome a dès sa sortie rejoint ma PAL et que je me suis rapidement jeté dessus, en espérant que l’auteur maintienne le niveau des deux premiers tomes. A noter que ceux-ci ont gagné les prix Hugo de 2015 et 2016. Alors, comme souvent lors de chroniques de séquelles, il risque d’y avoir des spoilers sur les tomes précédents.

Ainsi, après un premier tome de révolution, un second tome de guerre, nous plongeons dans ce troisième tome qui va s’annoncer comme une reconstruction, une sorte de rédemption. On se retrouve toujours à suivre Essun et Nassun, la mère et la fille, dont l’affrontement est inévitable, mais The Stone Sky va aussi nous permettre d’en apprendre plus sur le passé de ce monde. Franchement, j’avoue que j’avais un peu peur de m’ennuyer dans ce tome, les grandes lignes étant tracé à la fin du second tome, pourtant une fois la dernière page tournée je dois bien admettre que j’ai à nouveau passé un excellent moment avec ce livre qui conclut de façon très très intéressante et réussie ce cycle. L’auteur a réussi à garder une certaine tension, une construction prenante qui fait que même si la rencontre finale est prévisible, le voyage des deux héroïnes ne va pas manquer de nous captiver et de nous emporter. On se retrouve ainsi à tourner les pages avec l’envie d’en apprendre plus, surtout que l’auteur a rajouté un nouveau fil rouge à son intrigue. En effet le narrateur du cycle, Hoa le Stoneater, nous raconte comment le monde s’est déchiré. Les trois fils narratifs viennent ainsi se répondre d’une façon que j’ai trouvé judicieuse, proposant de façon réussie aventures, réflexions et surprises ce qui compense largement l’impression que le récit peut paraitre balisé dans ses grandes lignes. On retrouve aussi cette tension face aux évènements qui arrivent, aux choix qui vont devoir être faits, qui monte lentement au fil des pages jusqu’à la conclusion. Alors attention, le cycle The Broken Earth n’a jamais cherché à proposer de l’action pure ou un récit sans temps morts, mais cela ne l’empêche pour autant d’offrir un climax prenant et entraînant.

L’univers que développe l’auteur depuis le premier tome s’avère toujours aussi réussi, solide et efficace surtout qu’il continue à gagner en profondeur. Ce qui me fascine surtout c’est la façon dont il est présenté, sans chercher à se plonger dans de longues descriptions, l’auteur parvient en quelques mots à rendre vivant et dense ce monde proche de la fin. On ressent ainsi clairement ce côté âpre, sauvage, violent et survivaliste qui nous est présenté, dans un style concis. C’est un vrai tour de force, car il faut trouver le juste milieu entre happer le lecteur et éviter de l’ennuyer ou de le frustrer par des vides, des absences. On découvre ainsi une planète de plus en plus proche de la fin, situation exacerbant les haines, l’envie de survivre coûte que coûte, faisant ainsi disparaitre toute morale et poussant chacun dans ses derniers retranchements. Sauf que ce dernier tome nous montre une lueur d’espoir, une possibilité d’un tant soit peu améliorer les choses. Des structures sociales vont ainsi commencer à  se mettre en place, mais cela ne se fera pas sans mal. Le jeu sur les genres de l’imaginaire devient ici de plus en plus marqué, le monde présenté n’étant pas obligatoirement un avenir possible du nôtre,mais y faisant néanmoins écho.

D’ailleurs l’autre intérêt de cet univers vient des révélations dévoilées au fil des pages sur le passé de cet univers. On va ainsi découvrir à travers les yeux de Hoa ce qui a amené l’apocalypse, l’apparition des saisons et j’avoue que l’explication présenté par l’auteur s’avère, selon moi, accrocheuse, intéressante, percutante et intelligente. Sans trop en dévoiler on découvre une sorte de monde utopiste où la technologie est très présente et cherche à en maîtriser encore plus d’aspects, certes avec un but qui reste bienveillant et honorable, mais qui n’est jamais sans conséquences. On découvre aussi que cette utopie a des failles, qu’elle cache de nombreux secrets que je vous laisse découvrir. Un flashback captivant, qui ne laisse pas indifférent. On y retrouve aussi, comme dans les deux premiers, de nombreux axes de réflexions que ce soit aussi bien sur la notion d’oppression, de différence, de rejet, d’amour, de famille, de discrimination, d’environnement, de la façon dont on gère nos ressource, notre planète, le tout traité avec énormément de justesse pour pousser le lecteur à se questionner. Un vrai travail qui ne manque pas non plus de faire écho à notre société. Un univers dur, qui est là pour nous pousser à nous demander vers quoi nous nous dirigeons, quelles influences vont avoir les actes et les choix que nous faisons actuellement. Un vrai tour de force qui prend encore plus d’ampleur avec le flashback pour moi.

Tout cela est aussi porté efficacement par les deux héroïnes que sont Essun et Nassun qui s’avèrent charismatiques et marquantes dans leur construction. N.K. Jemisin nous présente ainsi deux personnages qui ont été forgé par le monde qui les entoure, elles n’ont jamais pu franchement profiter de leurs vies à cause de leurs différences, la haine et la peur des autres. Elles ont dû faire face à un monde qui ne voulait pas vraiment d’elles et qui, dans la haine et la violence, ont continué à chercher une parcelle d’amour, un peu d’acceptation de ce qu’elles sont sans les juger, à être appréciées pour elles-mêmes et non pour l’image qu’elles projettent. Une mère et une fille qui paraissent finalement si proches dans la façon dont elles ont avancées, mais qui pourtant ont une vision différente, là où l’une continue à croire en l’espoir, l’autre sait que le seul moyen de faire disparaitre la haine est peut-être une solution plus radicale. On découvre ainsi deux héroïnes humaines, touchantes, attachantes et dont on comprend, par leur construction et leur évolution, les choix qu’elles sont amenées à faire. Un tome qui met clairement en avant la notion de lien mère/fille, ce qui rapproche l’une de l’autre, la notion d’amour, mais aussi la distance qui apparait obligatoirement devant leur évolution individuelle, le fait que Nassun n’est plus une enfant et peut prendre ses propres décisions. Une vraie réflexion sur la notion de famille et le fait de voir, d’une certaine façon, son enfant grandir, de ne pas avoir su la protéger comme il faudrait. Les personnages secondaires ne sont pas non plus en reste, proposant des profils intéressants, complexes qui apportent à l’intrigue, même si parfois j’aurai quand même aimé que certains soient un peu plus développés.

Alors certes on pourrait peut-être regretter une voir deux facilités, une fin à moitié prévisible, mais franchement, rien de bien dérangeant tant j’ai trouvé que ce dernier tome venait conclure de façon très réussie et efficace ce cycle. D’ailleurs c’est bien simple je trouve que cette trilogie mérite clairement d’être découverte tant elle offre un excellent moment de lecture, ne laisse pas indifférent et pousse à la réflexion en offrant un miroir à un possible futur plausible de notre monde. Bien entendu ce n’est que mon avis, vous pourriez tout aussi bien passer à côté, voir ne pas accrocher, mais je conseille de lui laisser une chance. Concernant la plume de l’auteur elle s’avère toujours aussi soignée, efficace et entraînante trouvant les mots justes pour happer le lecteur dans son histoire et son univers. N.K. Jemisin confirme ainsi tout le bien que je pensais de ses écrits après sa première trilogie et je lirai sans souci d’autres de ses récits.

En Résumé : J’ai passé un excellent moment de lecture avec ce troisième et dernier tome de cette série qui vient clore de façon efficace et réussie The Broken Earth. J’étais un peu inquiet de ne pas accrocher à cette fin tant le chemin pouvait paraitre balisée suite à la conclusion du second tome, mais l’auteur a su relever le défi et offrir une conclusion maîtrisée et captivante. Elle a ainsi réussi à garder une certaine tension dans la dualité entre Essun et Nassun, tout en y ajoutant une nouvelle ligne d’intrigue avec un flashback sur ce qui abouti à l’apocalypse qui ne manque pas de passionner. Elle oscille ainsi efficacement entre ses trois narrations, offrant surprise, rebondissements et réflexions. L’univers construit s’avère toujours aussi fascinant à découvrir, surtout que le retour dans le passé permet de le densifier encore un peu plus. Un passé d’une certaine façon utopiste dans ses envies et ses ambitions, mais qui va se dévoiler comme on s’en doute plus complexe qu’on peut le croire. Le présent avec Nassun n’est pas en reste, avec toujours ce monde sauvage, âpre, violent mais qui amener les prémices de changement et d’espoir. Le gros point fort vient ainsi des nombreuses réflexions qui sont soulevées au fil des pages. Que ce soit sur les discriminations, le rejet, l’extinction, le fanatisme, l’environnement, la façon dont on gère notre planète, la famille, l’amour ou encore l’endoctrinement cela ne laisse pas le lecteur indifférent. Surtout que N.K. Jemisn le fait avec justesse, sachant nous toucher et, je trouve, nous pousser à nous remettre en cause. Les personnages sont captivants, denses nous présentant deux héroïnes charismatiques, touchantes et attachantes. Deux visions d’un monde sans merci et violent, mais où l’une garde espoir, là où la seconde, face à l’horreur, ne voit que la fin pour permettre de tout arranger. Les personnages secondaires ne sont pas non plus en reste s’avérant réussis. Alors certes on pourrait reprocher une deux facilités, une fin en partie attendue, mais le tout est balayé par la réussite de l’œuvre bien porté par une plume efficace, soignée et entrainante. Je conseille la découverte de cette œuvre, je ne dis pas qu’elle vous plaira obligatoirement, mais faites-vous une idée car il serait, pour moi, dommage de passer à côté.

 

Ma Note : 9/10

Les Extraordinaires & Fantastiques Enquêtes de Sylvo Sylvain Détective Privé Tome 4, De Bois & De Ruines – Raphaël Albert

Résumé : Perdu dans les brumes de l’opium du lotus et du souvenir, Sylvo Sylvain pensait que tout était fini. Il se trompait.
Dans un Panam dévasté par la guerre civile, Pix et Le Bras viennent le tirer de la fumerie où il s’était réfugié car la nouvelle Médiane, celle qui lui est si précieuse, celle qui pourrait sauver la Forêt, a été enlevée. Toujours-Verte a un besoin vital de lui.

Edition : Mnémos

 

Mon Avis : Il y a un peu plus de six ans maintenant, je découvrais un peu par hasard le premier tome de cette série. En effet j’avais été convaincu de me laisser tenter par ce cycle grâce ma rencontre avec l’auteur aux Imaginales, mais aussi par l’illustration de couverture de ce Rue Farfadet qui attirait le regard. Je suis bien content de m’être laissé tenter car, depuis, aucun des trois tomes publiés ne m’a déçu, m’offrant toujours de bons moments de lecture (chronique du Tome 1, Tome 2, Tome 3). Par conséquent quand j’ai vu que le quatrième et dernier tome de cette série allait être publié et qu’on m’a proposé de le découvrir, je n’ai pas hésité longtemps avant de me laisser tenter. Concernant la couverture, elle change d’illustrateur, cette dernière étant d’Emile Denis là où les trois premières étaient d’Aurélien Police, et même si je la trouve très sympathique elle ne retrouve pas ce côté éthéré et onirique que proposaient les premières. Par contre il risque d’avoir quelques spoilers sur les premiers tomes dans ma chronique.

On plonge dans ce roman quelques semaines à la suite de la fin du second tome, retrouvant Sylvo à Panam. Pour rappel la fin du volume deux nous abandonnait dans la capitale en pleine révolution, Sylvo bouleversé par les derniers évènements, les morts et la révélation sur son passé allait s’enfermer dans une fumerie d’Opium pour plonger dans ses souvenirs et oublier, le troisième tome étant un flashback entier sur son passé. Sauf que la vie ne s’arrête pas, Pixel, son précieux compagnon, va ici le sortir de sa fumerie pour une mission importante qu’il ne peut refuser. Quel plaisir de retrouver Sylvo et ses compagnons dont ce dernier tome m’a offert un très bon moment de lecture. Alors soyons clairs, l’intrigue n’a rien de franchement révolutionnaire dans son fil rouge, une nouvelle enquête qui va emmener nos héros de péripéties en péripéties jusqu’à sa résolution. Pourtant, cela n’empêche pas pour autant de la rendre solide et prenante déjà, dans un premier temps, par la quête de rédemption du héros, mais aussi par les nombreux rebondissements et les nombreuses surprises qu’offre l’auteur dans ce dernier tome. On retrouve ainsi avec plaisir notre détective sylvain et son équipe de choc dans ce qui pourrait être leur dernière grande aventure.

Sauf que voilà ce fil rouge et autant policier que Fantasy, le récit est autant construit, je trouve, comme un polar que comme une quête de Fantasy ce qui, d’une certaine façon je trouve, le rend très intéressants. C’est ce jeu sur les genres qui a fait que je me suis retrouvé à tourner les pages avec envie. Il arrive clairement à donner une patte différente à ce qui est classique. On est clairement dans la quête du héros sauf qu’ici pas obligatoirement de monde à sauver, pas de lutte entre le bien et le mal, juste un besoin de pardon. Par contre, c’est vrai, cette construction rend le tout peut-être un peu linéaire, mais cela n’empêche pas autant l’intrigue de s’avérer accrocheuse. Il faut dire que l’ensemble s’avère maîtrisé et toujours aussi sombre et percutant ce qui fait qu’on se laisse ainsi porter par le récit avec l’envie de savoir comment ils vont s’en sortir. C’est d’ailleurs, pour moi, ce côté sombre voir mélancolique associé à un rythme incisif, vivant et des dialogues dynamiques, plein d’humour et hauts en couleurs qui offre un vrai plus à cette série. Alors certes, on pourrait trouver que l’auteur en fait un peu trop au niveau des incidents qui jalonnent le chemin de nos héros, mais franchement rien de très bloquant ou dérangeant je trouve.

Le premier gros point fort de ce récit vient clairement de l’univers qui nous est proposé. On plonge toujours avec grand plaisir dans ce Panam varié, avec de fortes pointes de Steampunk qui ne laisse pas indifférent. Il faut aussi dire que l’imagination débordante de l’auteur et son travail de description très soigné et dense font qu’il devient rapidement captivant et se révèle très visuel et prenant. Surtout que Panam a bien changé, la révolution en cours laisse des traces sur la ville, la vie et des perturbations aussi bien humaines, magiques et mystiques vont rendre cette Panam limite hostile. Elle qui était si accueillante connait des heures sombres, des bouleversements aussi bien humains que politiques et s’offre même une légère réflexion sociale et sur le changement. On y retrouve aussi toujours cette grande diversité qui la caractérise tant, avec ses nombreux peuples, féériques ou non, dont la cohabitation va être mise à mal par les bouleversements politiques et les privations. Ce quatrième et dernier tome va d’ailleurs nous offrir de nouvelles créatures fantastiques, mais je ne dévoilerai rien pour ne pas vous spoiler. C’est un Panam en pleine survie que l’on découvre, plus sombre, plus violent qui colle parfaitement à la quête du héros de rédemption et d’espoir. On y retrouve aussi toujours régulièrement les clins d’oeil, des références que l’auteur place dans son récit comme dans le noms de rues ou de lieux que l’on croise et qui ne manquent pas de faire sourire. L’aspect magique ne manque pas non plus d’attrait dans sa variété, même si je regretterai peut-être certaines facilités dans son utilisation qui fait parfois un peu penser au Jeu de rôle.

Les personnages sont, pour moi, l’autre point fort du roman, principalement son héros Sylvo Sylvain. Il faut dire que Raphaël Albert nous brosse un héros principal très complexe, loin d’être parfait et dont le troisième tome a dévoilé certains de ses terribles secrets qu’on ne lui pardonnera jamais vraiment, mais qui ne l’empêche pas de se révéler attachant et touchant. C’est vraiment un personnage compliqué à décrire, car il y a un vrai travail mené sur lui et ce quatrième tome arrivait justement après l’impardonnable, notre héros devait se battre pour une rédemption, ou tout du moins montrer qu’il est plus que ce terrible crime. Je dois bien admettre qu’il s’en sort justement bien, évitant d’aller dans un extrême ou dans l’autre, comme vouloir diminuer ce secret, ou de vouloir lui offrir le pardon. Il nous montre ainsi un personnage principal qui, quoiqu’il fasse, aura toujours ce poids, certes mérité, sur les épaules, mais qu’il ne doit pas pour autant arrêter de vivre. Il nous montre un personnage qui ne retrouvera jamais sa vie d’avant, ce qui en est impossible, mais qui doit pourtant avancer et apprendre. L’auteur a franchement réussi à trouver ce juste milieu, cette justesse dans le ton qui fait que le lecteur ne peut pardonner cette faute, mais que Sylvo reste pourtant humain, sympathique et qu’à défaut de lui pardonner l’impossible, il mérite une chance et donne envie de le suivre. Après le soucis d’un personnage aussi « prenant » et développé c’est que les personnages secondaires ont un peu de mal à s’imposer. Cela ne les empêche pas de se révéler intéressants, principalement face à l’évolution de leurs relations en conséquence des derniers évènements et des dernières révélations, mais voilà on aurait aimé parfois qu’ils soient encore plus denses.

Alors après on pourrait reprocher à ce tome de remettre l’action et le côté policier en avant parfois un peu au profit de l’émotion, principalement face à certains personnages secondaires. J’ai aussi noté quelques longueurs, parfois au niveau du travail descriptif des personnages, mais franchement rien de très dérangeant tant j’ai apprécié ce cycle et que cette conclusion que nous propose ce dernier tome s’avère efficace et marquant. La plume de l’auteur s’avère toujours aussi efficace, dense et soignée et elle nous happe à nouveau assez rapidement et facilement dans son univers pour ne plus nous lâcher. Par contre, même si l’auteur fait des rappels, si comme moi vous avez suivi les publications grand format il va parfois faire travailler votre mémoire et même si la mienne est plutôt efficace il m’a fallu parfois la faire travailler fortement pour me rappeler de certains points. Au final même si ce dernier tome a quelques défauts, c’est un adieu efficace et plein d’émotion avec Sylvo, avec un léger sentiment de mélancolie et qui m’a offert un très bon moment. Je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce quatrième et dernier tome de ce cycle qui nous propose un récit qui, certes, reprend les codes du polar et de la Fantasy classique, mais qui s’avère solide et efficace, l’auteur arrivant clairement à y apporter sa patte. On se retrouve ainsi à tourner les pages avec plaisir et envie d’en apprendre plus. L’univers est très réussi et captivant à découvrir, ce Panam mélange de Steampunk, où on retrouve un grande diversité d’être fantastiques qui se côtoient. Sauf que dans ce quatrième tome la belle Panam est au plus mal, la révolution est arrivée et des perturbations, aussi bien humaines, magiques et mystiques la rendent hostile. Une Panam sombre, violente et hasardeuse, en plein jeu de pouvoir et de trahison, mais qui fascine toujours autant, porté par la quête de rédemption du héros et d’espoir. Les personnages sont l’autre gros point fort de ce tome, principalement le héros principal qu’est Sylvo, dont on a appris depuis ses terribles secrets et que j’attendais de voir comment il allait évoluer. L’auteur s’en sort très bien évitant de tomber dans la rédemption facile, ou la souffrance inutile et répétitive. Sylvo est toujours ce héros complexe, humain et même s’il est difficile de le pardonner, à l’imaginer retrouver sa vie d’avant, il reste touchant et montre que malgré tout il doit avancer. On ne change pas le passé, on ne fait que tenter de corriger les erreurs commises. Alors certes, on pourrait reprocher certaines longueurs ici ou là, un aspect magique parfois un peu facile, le fait que les personnages secondaires sont parfois en retrait et que le retour au côté polar et action diminue légèrement le côté émotion, mais franchement j’ai passé un très bon moment avec ce tome offrant un adieu émouvant et efficace avec Sylvo. La plume de l’auteur est toujours aussi efficace, dense et soigne et je pense que si vous avez aimé les trois premiers tome vous devriez apprécier cette conclusion. Du moins je l’espère. En tout cas de mon côté je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note :  8/10

La Bibliothèque de Mount Char – Scott Hawkins

Résumé : Carolyn était une jeune Américaine comme les autres. Mais ça, c’était avant. Avant la mort de ses parents. Avant qu’un mystérieux personnage, Père, ne la prenne sous son aile avec d’autres orphelins.
Depuis, Carolyn n’a pas eu tant d’occasions de sortir. Elle et sa fratrie d’adoption ont été élevés suivant les coutumes anciennes de Père. Ils ont étudié les livres de sa Bibliothèque et appris quelques-uns des secrets de sa puissance. Parfois, ils se sont demandé si leur tuteur intransigeant ne pourrait pas être Dieu lui-même.
Mais Père a disparu – peut-être même est-il mort – et il n’y a maintenant plus personne pour protéger la Bibliothèque des féroces combattants qui cherchent à s’en emparer.
Carolyn se prépare pour la bataille qui s’annonce. Le destin de l’univers est en jeu, mais Carolyn a tout prévu. Carolyn a un plan. Le seul problème, c’est qu’en s’acharnant à créer un nouveau dieu elle a oublié de préserver ce qui fait d’elle un être humain.

Edition : Denoël Lunes d’Encre (publié le 24/08/2017)
Traduction : Jean-Daniel Brèque

 

Mon Avis : Ce livre, cela fait quelques mois que j’en entends parler, que ce soit aussi bien dans les retours que j’ai vu passer du roman en VO, comme de la communication tournant autour de celui-ci qui me donnait envie de le fair entrer dans ma PAL. Il faut bien admettre que le résumé jouait beaucoup dans mon envie de découvrir ce récit, se révélant à la fois intrigant et accrocheur. Par conséquent quand on m’a proposé de le découvrir, j’avoue que je me suis facilement laisser tenter. A noter aussi la couverture, illustrée par Aurélien Police, que je trouve franchement magnifique.

Ce roman nous plonge dans un monde proche du nôtre où des enfants ont été élevés, suite à la mort de leurs parents, par Père dans La Bibliothèque. Sauf que voilà l’enseignement de Père n’est pas des plus orthodoxes, permettant de voir l’avenir, le passé, de faire revenir les morts, parler toutes les langues inimaginables même celle des animaux et surtout se révèle très brutal. Bien des années plus tard, Père a disparu et il est impossible d’accéder à la Bibliothèque, ce qui a le don de rendre nerveux ces « protégés » qui sont loin d’être devenu des enfants de coeur. Alors, je dois bien admettre qu’une fois la dernière page tournée j’ai passé un assez bon moment de lecture, ce livre proposant de nombreuses qualités, mais voilà quelques points ont quand même fait que ce récit n’a pas non plus complètement répondu à mes attentes. Il s’agit clairement d’un roman complètement barré, mais barré dans le bon sens, celui qui donne envie de tourner les pages pour en apprendre plus offrant de bonnes idées. Cela ne plaira peut-être pas à tout le monde, mais je reconnais l’ambition de l’auteur de vouloir offrir quelque-chose d’assez grandiose et explosif qui fait que, oui, je trouve qu’on en prend plein les « yeux » et que ça marche. On se laisse ainsi happer très rapidement par le récit bien rythmé en rebondissements et révélations et on se retrouve à tourner les pages facilement. La construction du récit, entre l’enquête pour comprendre ce qui arrive et des flashbacks, offre ce qu’il faut de mystère pour jouer avec le lecteur, mais aussi de complexité, même si j’y reviendrai.

L’un des gros point fort selon moi vient de l’univers qui nous est présenté. Il y a un côté assez jouissif à imaginer cette toile de fond qui nous est présenté où des bibliothécaires seraient aux commandes de l’univers. Certes, pas des bibliothécaires ordinaux, mais quand même le savoir reste dans les livres. D’imaginer un monde ou des forces sans communes mesures existent et sont cachées aux yeux de tous. Mais surtout plus on avance dans ce récit, plus cette fameuse bibliothèque et ce fameux Père sont loin d’être des « anges », où l’éducation repose plutôt grandement sur l’écoute et la discipline. Et franchement on peut aller très loin d’un point de vue discipline quand on sait ressusciter les morts. Vous allez me dire déjanté et je vous avouerai que oui et c’est d’ailleurs ce qui fait finalement sa grande force. Un univers très visuel où les limites sont poussées à l’extrême, mais que pourtant dans ces différentes lois repose sur une certaine logique ce qui le rend en grande partie cohérent même si parfois certains aspects m’ont paru tout de même un peu trop barré. La touche d’horreur qui vient s’installer au fil des pages vient apporter un effet saisissant et frissonnant au récit qui ne manque pas d’attrait et offre un vrai plus. L’auteur maîtrise d’ailleurs clairement bien ce côté glaçant et joue avec à la perfection que ce soit dans la description des actes de certains, mais aussi dans la présence même de certains personnages très troublants.

La mythologie présentée ne manque pas non plus d’attrait dans sa complexité et dans sa construction avec ce voile de mystères qui se lève doucement, tout en sachant jouer avec nous. Alors je ne vais pas trop en révéler pour ne pas spoiler mais tout ce qui tourne autour de père, de son rôles dans le monde, de ses ennemis, de la façon dont il a obtenu sa place s’avèrent très intéressant et dense, restant d’ailleurs par certains aspects assez mystérieux pour nous hameçonner et donner envie d’en apprendre plus. J’ai vu passer certains retours faisant un parallèle entre cet univers et l’aspect Comics et j’avoue que je suis plutôt d’accord, principalement par son côté grandiose, qui en met plein les yeux et un peu sans limite, ce qui, finalement, fonctionne très bien. Je regretterai pour autant un gros point concernant cet univers, c’est qu’il répond un peu trop aux besoins et envies de l’auteur. Ce que je veux dire par là c’est que, sur la fin surtout, l’univers vient s’adapter un peu trop facilement et parfaitement à toutes les révélations, ce qui rend certains passages un peu trop improbables et offre un peu trop de Deus Ex Machina à mon goût. Un peu de hasard ne fait jamais de mal, car là cela donne l’impression que l’auteur fait tout pour construire la fin qu’il a en tête et non pas la laisser se glisser d’elle même dans les limites de son récit et son monde. Bon après rien de non plus trop bloquant et qui peut rentrer dans ce côté complètement barré, j’ai peut-être un peu trop l’esprit cartésien aussi.

Concernant les personnages le récit nous fait découvrir là-aussi des héros qui sortent de l’ordinaire avec les différents enfants élevés par Père qui possèdent un côté Freaks franchement intéressant. Alors bien sûr, on ne peut pas se pencher sur tous, il y en a quand même douze, mais ils ont tous ce petit côté atypique et unique qui les rendent différents et accrocheurs. Ceux qui sortent du lot sont Carolyn, David, Margaret et Michael qui sont aussi d’une certaine façon les plus présents. Aux premiers abords ils ont tous l’air tarés, mais on se rend rapidement compte qu’en fait ils sont plus complexes que cela. Ils ne sont finalement que les créations de Père qui était loin d’être le meilleur éducateur qui soit. Chacun possède ainsi son lot de souffrance et d’horreur qui l’a façonné pour devenir ces adultes complètement décalés, violents, sauvages et limite sans morale. Ils sont ainsi devenus ce que l’éducation a fait d’eux, mais aussi à cause de leurs pouvoirs. Plus on a de pouvoir, moins on parait s’inquiéter et s’intéresser aux autres. On ne s’attache pas obligatoirement à eux, ils choquent même parfois, mais on ne peut nier le charisme qu’ils ont et l’envie d’en apprendre plus. Le décalage aussi entre les personnages et la réalité, vu qu’ils ne sont jamais sortis de chez Père, offre un second degré parfois assez drôle comme ce guerrier en gilet pare balles et en tutu qui détonne, mais colle tellement à ce que construit l’auteur. Il y a d’ailleurs assez de potentiel dans chacun des enfants pour écrire une histoire sur chacun je trouve. J’ai eu par contre un peu plus de mal avec Steve qui doit être là pour montrer « notre monde » mais qui m’a paru un peu morne et manquant de saveur. Pourtant il va avoir un rôle important, mais voilà j’avais plus, d’une certaine façon envie, de le secouer que de le suivre. J’ai un peu plus accroché à Erwin, le militaire devenu agent secret, mais il s’intègre aussi parfaitement dans l’univers construit.

Concernant la conclusion, on ne peut pas nier qu’elle va offrir son lot d’action ainsi qu’un côté explosif et sans temps morts dans une première partie, avant de prendre un peu plus le temps de lever les voiles d’ombres. Elle est, je trouve, bien construite d’un point de vue rythme et révélations, ce qui fait qu’on se laisse facilement porter. Pourtant, on va entrer dans le gros soucis de ce récit pour moi. J’avais deviné la fin bien en amont. C’est frustrant. C’est bien simple je vais séparer la conclusion en deux grosses révélations, la première je l’avais deviné environ au quart du récit, la seconde entre le premier tiers et la moitié du livre. Alors parfois connaître la fin n’est pas, en soit, un soucis, mais pour un roman qui repose justement sur le mystère, c’est dommage d’avoir vu les choses venir. Bon après j’ai vu pas mal de retours qui disaient justement avoir été surpris par cette fin, donc j’ai peut-être simplement l’esprit tout aussi tordu que l’auteur. Par contre, autre point qui m’a aussi légèrement frustré, c’est certaines scènes qui paraissent un peu trop déconnectés du récit, comme si l’auteur avait envie de rallonger son récit. Concernant le style, il y a un côté simple, efficace et entraînant qui fait qu’on se laisse captiver, mais j’ai aussi trouvé que par moment l’auteur tombe trop dans le familier et ça ne fonctionne pas toujours. Au final j’ai tout de même passé un bon moment de lecture avec ce livre qui ne manque pas d’idées, je suis juste un peu déçu d’avoir trouver la fin. Je lirai avec plaisir d’autres de ses écrits, surtout s’il compte revenir dans cet univers.

En résumé : J’avoue, j’ai passé un bon moment de lecture avec ce roman, même si certains aspects m’ont légèrement frustré. L’auteur nous plonge dans un récit complètement barré avec des bibliothécaires contrôlant l’univers. Père a disparu, l’accès à la Bibliothèque est devenue impossible et ses disciples deviennent nerveux et enquête pour essayer de le retrouver. C’est déjanté, sans limites, percutant et bien rythmé ce qui fait qu’on se laisse porter par ce récit. L’univers est l’un des gros point forts de ce livre proposant une mythologie très prenante et pleine de mystères, qui se dévoile efficacement entre révélation, second degré et folie. Il donne clairement envie d’en apprendre plus, même si je trouve que sur la fin il s’adapte un peu trop aux besoins de l’auteur devenant parfois improbable et reposant sur quelques Deus Ex Machina faciles. Les personnages ne manquent pas non plus d’attrait, mélange de folie et de charisme, et plus on avance dans le récit plus on comprend ce qui leur est arrivé, leurs failles, leurs souffrances. Je ne vais pas dire qu’on s’attache et qu’ils nous touchent, mais on les comprend et ils se révèlent assez charismatiques pour nous captiver. Seul Steve, qui pourtant a son importance dans le récit, m’a un peu laissé de marbre. La conclusion s’avère explosive, rythmée, avec de nombreux rebondissements et le voile qui se lève sur les différents mystères présenté, mais voilà je l’avais deviné bien en amont. C’est simple sur les deux grosses révélations j’avais trouvé la première au premier quarte du livre et l’autre entre le premier tiers du livre et la moitié ce qui est frustrant pour un roman qui repose justement sur ses mystères. J’ai aussi trouvé que certaines scènes étaient un peu trop déconnectées du récit ce qui offre quelques longueurs. La plume de l’auteur est simple, efficace et entraînante même si parfois l’auteur en fait un peu trop sur le côté familier ce qui peut s’avérer un peu lourd. Au final ça reste un bon livre, détonnant avec de bonnes idées, dont mon seul regret et d’avoir deviné la fin, mais cela ne m’empêchera de lire d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 7/10

 

Autres avis : Apophis, Samuel Ziterman, Cuné, …

Sénéchal, Tome 1 – Gregory Da Rosa

Résumé : Lysimaque, la Ville aux Fleurs, fière capitale du royaume de Méronne, est encerclée et menacée par une mystérieuse armée. Et pour le sénéchal Philippe Gardeval, ce n’est que le début des ennuis. Suite à l’empoisonnement d’un dignitaire de la cité, il découvre que l’ennemi est déjà infiltré au sein de la cour, dans leurs propres rangs ! Sous quels traits se cache le félon ? Parmi les puissants, les ambitieux et les adversaires politiques ne manquent pas ; le sénéchal devra alors faire preuve d’ingéniosité pour défendre la ville et sa vie dans ce contexte étouffant d’intrigues de palais.

Edition : Mnémos

 

Mon Avis : Ce roman, qui est sorti eil y a quelques mois maintenant, a eu le don de m’attirer assez rapidement, principalement grâce à sa couverture, illustrée par Lin Hsiang, que je trouve vraiment magnifique. Restait quelques appréhensions, principalement concernant un résumé que je trouvais un brin classique, mais qui a rapidement disparu une fois que j’ai vu passer les premiers retours qui paraissaient en grande majorité enthousiastes. C’est donc fort logiquement que je me suis alors facilement laissé tenter et fait entrer ce roman dans ma PAL.

On plonge avec ce récit dans la ville de Lysimaque qui, un beau matin, se retrouve assiéger par les troupes de Castelwing. Le sénéchal Gerdeval est alors tiré de son lit par le roi Edouard VI pour gérer cette crise. Sauf que rien ne va se passer comme prévu, lui qui souhaitait apaiser tout le monde en offrant du vin va devoir faire face à la mort d’une femme de la noblesse par empoisonnement. Heureusement pour lui que ce ne fût pas le roi ! Sauf que les ennuis ne font que commencer, car cela signifie qu’un traitre se trouve avec eux. Alors une fois la dernière page tournée, je dois bien admettre que ce roman possède des atouts intéressants et de nombreuses qualités, mais qui pourtant a eu du mal à complètement me convaincre, ne répondant pas forcément toujours à mes attentes. Ce premier tome reste pour autant une lecture sympathique, mais quelques points font qu’il aurait pu encore être meilleur. Il m’a d’ailleurs fallu un peu de temps à entrer dans le récit tant les premiers chapitres ont eu un peu de mal à m’accrocher. En effet les cinquante premières pages m’ont paru un peu trop verbeuses à mon goût, offrant une mise en scène qui m’a donnée l’impression d’être un peu trop surjouée, avec des dialogues qui offrent plus de poser les personnages principaux et leurs relations que vraiment apporter un plus à l’ensemble. J’avais un peu l’impression de plonger dans une introduction un peu austère qui est juste là pour nous poser une grosse partie de l’univers, de l’intrigue et des personnages alors que l’ensemble aurait pu être amené de façon plus fluide sur la longueur.

Il a ainsi fallu attendre la tentative d’empoisonnement pour que je me retrouve enfin happé par ce récit et par son intrigue, le côté un peu austère se fissurant pour dévoiler quelque-chose de plus prenant et captivant. L’intrigue n’a pourtant rien d’original dans les grandes lignes, avec ce jeu de pouvoir pour prendre le trône, et tout ce que cela peut engendrer comme mensonges, trahisons et manipulation, mais voilà l’auteur arrive vraiment à la rendre intéressante et solide. Il y a ainsi un vrai jeu de faux-semblant qui s’instille tout du long qui pousse le lecteur à tout remettre en question, à douter des différents personnages, même de son héros, ou bien encore la cause de ce siège et son but. On sent clairement que Gregory Da Rosa maîtrise la construction de son fil rouge, jouant avec le lecteur et les différents mystères qui se présente au fil des pages. Il utilise aussi de façon efficace les rebondissements et les surprises, mais aussi les passages plus explicatifs pour qu’on se laisse alors porter par les nombreuses questions en suspend. C’est d’ailleurs se travaille d’enquête avec le lecteur, ce voile de secret, le tout complexifié par le personnage du sénéchal, mais aussi ce doute instillé du début à la fin par ce jeu de chat et de la souris qui font que je me suis laissé porter plutôt assez facilement par ce récit.  Alors après, j’ai trouvé que la construction se répétait un peu, chaque journée étant présentée un peu de la même façon, mais cela ne gêne en rien la lecture.

Concernant l’univers, il n’a rien de fondamentalement révolutionnaire, proposant un aspect très médiéval, avec tout ce qui peut tourner autour des intrigues de cour. Mais voilà cela n’empêche pas l’auteur d’offrir quelque chose de solide et de vraiment intéressant, que ce soit aussi bien dans le jeu politique qu’il met en place comme dans l’aspect magique qui se dévoile lentement au fil des pages. D’ailleurs la notion mystique est intéressante, dont je ne dévoilerai rien pour éviter, je pense, de trop spoiler, mais qui ne manque pas d’attrait, principalement dans les différents plans, les différents clans que l’on croise. De nombreuses questions sont ainsi soulevées sur le monde qui nous est présenté, ses différences, sa « création », ou bien encore sur la notion de pouvoir et de magie qui offrent un intérêt supplémentaire au récit et vient titiller le lecteur. Après, je regretterai peut-être cette notion de mur qu’on croise qui n’est pas sans rappeler Game of Thrones et qui est à la mode depuis quelques temps. J’attends tout de même de voir ce que va en faire l’auteur par la suite, mais pour le moment je reste perplexe. Par contre, j’ai apprécié l’idée de la prison inversée, de la notion de folie qui en découle où l’auteur dévoile une imagination intéressante. Là où par contre je suis un peu frustré, c’est l’impression que le récit reste toujours en surface de l’univers, comme si l’auteur avait peur de trop en révéler et ainsi de gâcher la suite, ce qui m’a quand même un peu frustré.

En ce qui concerne les personnages, j’avoue j’avais un peu peur au début avec notre sénéchal qui me paraissait un peu pédant et imbu de sa personne, mais la grande force de l’auteur est d’avoir réussi au fil des pages à le rendre attachant et intéressant. On découvre ainsi un héros vieillissant, qui est obligé de jouer le jeu face au roi et la cour sous peine de tout perdre, mais qui se remet de plus en plus en question sur son rôle et ses capacités. Il s’agit un héros complexe, avec ses doutes, ses convictions, ses rêves, qui est loin d’être parfait, principalement dans sa relation familiale, mais qui ne manque pas de nous toucher au fur et à mesure qu’on le découvre en profondeur. On peut  ne pas être d’accord, mais on le comprend. Sa position le rend aussi très intéressant, n’étant pas noble mais ayant gravi les échelons grâce à son amitié avec le roi jusqu’à atteindre ce plafond de verre qu’il ne dépassera peut-être jamais ce qui fait qu’il se pose beaucoup de questions et doute. Cela ne l’empêche pour autant d’offrir une certaine vitalité, de se révéler incisif, bien porté par des dialogues qui, une fois embarqué dans par le récit, vont s’avérer percutants. Concernant les personnages secondaires ils ne sont pas mauvais et, même si j’aurai aimé les voir travailler un peu plus, ils remplissent parfaitement leurs rôles. Je pense même que certains devraient prendre de l’ampleur par la suite.

Le principal défaut pour moi de ce roman c’est qu’il s’agit un peu trop à mon goût d’une introduction. Attention, je ne parle même pas de tome d’introduction, mais bien d’introduction. Les 3 jours de siège que l’on suit m’ont paru plus être la première partie d’un roman, qu’un roman en lui-même. Un peu comme si le découpage avait été décidé plus pour raisons éditoriales ou pour offrir un cliffhanger à la fin. D’ailleurs je ne le nie pas cette conclusion choc donne clairement envie de lire la suite et remplit ainsi plutôt bien son rôle, mais voilà je reste un peu frustré de ce sentiment d’être à peine entré dans le roman qu’il s’arrête. C’est frustrant, surtout qu’en tant que lecteur je ne cherche pas obligatoirement le cliffhanger, qui me parait pourtant à la mode. Je noterai aussi certains passages qui traînent un peu en longueur, même si de ce côté rien de vraiment bloquant. Concernant le style il y a un vrai travail de l’auteur pour lui offrir une couche médiévale et qui j’avoue offre un sentiment d’immersion supplémentaire, mais qui donne aussi l’impression parfois de trop en faire et de se révéler un peu lourd. Après il s’agit d’un premier roman, je pense qu’il n’est pas facile de pouvoir trouver le juste milieu avec un tel style. Au final, même si ce livre n’a pas complètement répondu à mes attentes, il reste assez intéressant à découvrir et je pense que je lirai la suite histoire de voir ce que bien proposer l’auteur, surtout que tout commence pour notre héros.

En Résumé : J’avoue je ressors de ma lecture de ce premier tome avec un sentiment légèrement mitigé, mais ayant tout de même lu un livre avec du potentiel et des qualités. Je dois bien avouer que le démarrage a pourtant failli me bloquer, se révélant trop verbeux et donnant l’impression d’une mise en scène introductive surjouée, mais pourtant au fil des pages je me suis laissé un peu plus emporter. L’intrigue est pour moi le gros point fort du récit, ce siège avec ces jeux de pouvoirs et le travail de l’auteur qui joue au chat et à la souris avec le lecture fonctionne bien. L’univers n’a rien de révolutionnaire, mais se révèle solide et intéressant que ce soit aussi bien d’un point de vue politique que du point de vue mystique, même si j’ai quand même eu l’impression que l’auteur ne restait qu’en surface de son monde ce qui est légèrement dommage. Concernant les personnages, j’ai eu un peu peur avec la caractérisation du sénéchal, mais au fur et à mesure il a réussi à se révéler attachant et un minimum touchant. Un héros complexe, en plein doute qui doit faire face à de nombreux soucis, loin d’être parfait et qu’on peut juger mais dont on comprend les actes. Les personnages secondaires, sans se révéler des plus profonds, remplissent parfaitement leurs rôles et je ne doute pas que certains vont prendre de l’ampleur par la suite. En fait mon principal regret concernant ce récit c’est qu’il m’a paru être une introduction. Attention pas un tome d’introduction mais bien une introduction, comme si ce roman avait été découpé pour raison éditoriales ou pour la recherche du cliffhanger de fin. Conclusion qui marche, puisqu’elle appelle à découvrir la suite, mais voilà ce n’est pas obligatoirement ce que je cherche dans un récit. J’ai aussi noté quelques longueurs, même si rien de trop bloquant non plus. La plume de l’auteur vient apporter un sentiment d’immersion supplémentaire avec ce style un peu vieux français, même si parfois l’auteur en fait un peu trop ce qui provoque quelques lourdeurs. Je pense que je lirai la suite, histoire de voir comment va s’en sortir notre héros.

 

Ma Note : 6,5/10

 

Autres avis : Apophis, Lorhkan, Boudicca, L’Ours Inculte, Samuel Ziterman, Celindanaé, Le Comptoir de l’Ecureuil, …

Au Service Surnaturel de sa Majesté Tome 2, Agent Double – Daniel O’Malley

Résumé : Quand, après des années de combats acharnés , deux organisations secrètes et rivales sont contraintes d’allier leurs forces, une seule personne semble en mesure de les aider à conclure cette paix nécessaire : Myfanwy Thomas, la très fantasque héroïne de The Rook.
D’un côté, la Checquy, organisation secrète chargée de combattre les forces surnaturelles qui menacent la Couronne britannique.
De l’autre, les Greffeurs, une société de peu recommandables alchimistes belges adeptes de manipulations génétiques en tous genres. Sans compter les mystérieux Antagonistes, qui tentent par tous les moyens de faire échouer les négociations.

Edition : Super 8

 

Mon Avis : Il y a un peu plus de deux ans maintenant je découvrais The Rook, le premier tome de cette série, qui proposait un récit de Fantasy Urbaine assez déjanté, efficace et sans temps mort, bien porté par le personnage de Myfanwy très charismatique et entraînant (ma chronique ici). Il était donc logique que je me laisse rapidement tenter par cette suite, tout en me demandant comment l’auteur allait gérer les questions en suspend du premier tome. Concernant l’illustration de la couverture elle est dans le même style que celle du premier tome et je la trouve très sympathique.

On plonge avec cette suite quelques temps après la fin du premier tome, qui avait vu les prémices de la paix entre la Checquy et les Greffeurs. Des pourparlers vont débuter entre les deux ennemis et une délégation diplomatique est envoyé à Londres par les Greffeurs. Sauf que voilà, des crimes étranges paraissent alors menacer cette tentative de rapprochement. On va se retrouver à suivre Odette une greffeuse, ainsi que Felicity un membre de la Checquy qui va devenir sa garde du corps. Je dois bien admettre que j’avais envie d’apprécier ce roman, j’avais envie de partir dans un délire sans temps morts comme le précédent, sauf que voilà même si je n’ai pas trouvé ce second tome mauvais, il est quand même pour moi clairement un ton en dessous du précédent. Pourtant on y retrouve toujours cette énergie communicative du premier tome qui fait qu’on se met à tourner les pages avec un minimum de plaisir et d’envie d’en apprendre plus. Le côté percutant et sans temps mort reste ainsi assez présent, le tout porté par un humour qui ne manque pas de se révéler efficace et apporte toujours un plus au récit. Il est aussi à noter que ce roman peut tout à fait se lire indépendamment du précédent, ce qui peut être un avantage, mais aussi un inconvénient, mais j’y reviendrai plus tard.

L’autre intérêt de ce récit vient aussi toujours de l’univers complètement barré que nous propose l’auteur. Imaginez une guerre entre les « magiciens » de la Checquy et les alchimistes scientifiques belges des Greffeurs, cela a le don de poser les base de ce délire. Et pourtant ça marche, on se laisse vraiment porter par l’imagination débordante qui nous est proposé par Daniel O’Malley. Que ce soit aussi bien dans les idées liées au surnaturel, avec les pouvoirs et les manifestations étranges, comme celle liées à la science des Greffeurs, avec les améliorations génétiques, physiques et autres. On sent une créativité et une inventivité franchement fascinante et sans limite. Le plus intéressant c’est que, oui c’est exubérant, mais ça ne donne jamais l’impression de trop en faire ou de justement paraître trop incohérent. Il arrive vraiment à rendre le tout cohérent. Le fait de suivre aussi des Greffeur permet ainsi d’offrir une vision plus « intime » de l’ennemi et d’éviter justement la vision unique de la Checquy. On se rend compte qu’ils ne sont pas obligatoirement des monstres cela s’avérant plus complexe qu’on peut l’imaginer. On peut aussi, bien entendu, y lire une dualité entre la science d’un côté et le « mystique » de l’autre, une réflexion certes pas obligatoirement d’une grande finesse, mais qui fonctionne quand même avec justement cette idée de rapprochement.

L’intrigue ne manque pas non plus d’attrait, principalement dans l’idée de paix entre les deux camps qui ne donne jamais l’impression de tomber trop dans la facilité. On ressent ainsi clairement les décennies de haine entre les deux camps qui sont loin d’être effacés par ce début de paix. Alors certes, parfois ça manque de finesse, mais on ressent toujours une tension et un travail intéressant sur cet aspect. Concernant l’intrigue et les Antagonistes, l’idée de base est intéressante. Je n’en dévoilerai pas trop pour éviter de trop spoiler, mais voilà j’ai ressenti une certaine nonchalance dans sa construction qui fait qu’on a du mal à se laisser porter par elle. Il faut dire, et là on entre dans la première grosse critique que je ferai à ce roman, c’est qu’il fait quand même près de 900 pages. Attention le nombre de pages dans un roman, pour moi, n’est pas obligatoirement un critère. J’ai lu de très bons récit d’une centaine de pages et d’autres de plus de 1000 pages, mais il faut à chaque fois réussi à ne pas se perdre. Là, Daniel O’Malley montre clairement, pour moi, qu’il n’arrive pas à tenir ses 900 pages avec cette simple intrigue. Il donne ainsi parfois l’impression de partir dans tous les sens ou de ne pas savoir quand s’arrêter, ce qui offre certaines longueurs voir lourdeurs. Ensuite, comme je l’ai dit ce second tome peut se lire, si vous le souhaitez, indépendamment du premier, mais cela est possible car l’auteur ne fait pas de simples rappels, il offre parfois des chapitres complets de données qu’on connaissait du tome précédent et qu’on avait déjà vu. Certes il le présente d’un point de vue différent, donc pas le même ressenti, mais franchement ça ne méritait pas par moment d’être autant développé. J’ai aussi trouvé que la sous-intrigue entre Myfanwy et un élément surnaturel incontrôlable n’apportait rien au récit. On a l’impression d’une nouvelle que l’auteur a cherché à intégrer dans son livre sans véritable rapport avec le récit.

Concernant les personnages je me suis aussi retrouvé un peu moins emballé que le tome précédent. Déjà il faut savoir que la narration change, on ne suit plus ici Myfanwy, mais Odile et Felicity. Ce n’est pas une mauvaise idée, le premier tome avait fait le tour de son héroïne et apporter du sang neuf peut toujours être intéressant même si c’est risqué. C’est d’ailleurs en partie le cas, que ce soit dans les nouveaux points de vues apportés, mais aussi dans les différentes visions et approches que ces nouvelles héroïnes apportent. On se laisse alors un minimum porté par l’apport de cette nouveauté. Les héroïnes s’avèrent aussi plutôt soignés, offrant un minimum de profondeur et de complexité, ce qui fait qu’on s’intéresse à eux, à leurs évolutions. Mais voilà le principal défaut est tout simple, c’est qu’en ayant lu le premier tome, je ne peux m’empêcher la comparaison avec son héroïne et c’est là que le bat blesse, car ils sont quand même moins entraînants, prenants et percutants. Odile dans sa capacité de réaction léthargique m’a aussi parfois donné envie de la secouer. Pire, Myfanwy devenant un personnage secondaire, elle apparait limite parfois antipathique sans qu’on comprenne vraiment pourquoi. Attention, je ne dis pas pour autant qu’Odile et Felicity sont de mauvais personnages, ils souffrent juste de la comparaison qui fait que je les ai trouvés moins intéressants. Concernant les personnages secondaires certains sont intéressants, d’autres m’ont paru manquer de profondeur, comme ces fameux Antagonistes qui auraient mérité peut-être un travail un peu plus dense pour vraiment comprendre leurs motivations.

Concernant la conclusion, je reste là aussi assez circonspect je l’avoue. Je ne dirai pas qu’elle est mauvaise, mais elle m’a parue précipitée ce qui est étrange pour un roman qui a autant pris son temps. Comme si l’auteur après avoir écrit près de 850 pages c’est dit « Tiens je n’ai pas fait de conclusion, bah pas de soucis en un chapitre c’est bouclé avec un bon Deus Ex Machina ». C’est dommage car elle est pourtant percutante et ne manque pas d’attrait. La plume de l’auteur est toujours aussi efficace, entraînante et pleine d’humour, proposant des dialogues qui ne manquent pas de piquants ce qui fait qu’on se laisse tout de même porter par ce récit. Au final comme je l’ai dit ce second tome m’a paru un ton en dessous du précédent et, même s’il reste sympathique à découvrir, il aurait pour moi mérité un travail d’édition un peu plus conséquent. Je dirai qu’avec 200 pages de moins ce roman aurait été encore plus efficace. Je ne sais pas si l’auteur a prévu d’écrire un troisième tome, mais si c’est le cas je me laisserai quand même tenter pour voir ce qu’il proposera.

En Résumé : Je sors de ma lecture de ce second tome de cette série avec un sentiment de lecture plutôt mitigé, l’ayant clairement trouvé un ton en dessous du tome précédent. Pourtant, on y retrouve cette énergique que l’auteur communique dans son récit avec un côté percutant qui fait qu’on se laisse un minimum porté. L’univers est toujours aussi intéressant à découvrir par son côté complètement barré et plein d’humour. La guerre entre le surnaturel de la Checquy et le côté scientifique des greffeurs continue à évoluer, le tout toujours bien porté par l’imagination débordante de l’auteur. Mais voilà le premier gros soucis de ce roman vient de sa longueur. Le roman fait près de 900 pages et l’auteur donne l’impression, selon moi, de ne pas justement les tenir, trainant en longueur, offrant des sous-intrigues pas toujours utiles ou faisant des rappels au premier tome beaucoup trop conséquent à mon goût. Je pense que 200 pages de moins auraient fait du bien à ce livre. Concernant les personnages, on change ici de narration quittant Myfanwy pour Odile et Felicity, sauf que voilà la comparaison est inévitable et ces nouvelles héroïnes m’ont paru un peu moins attachantes et intéressantes. Concernant les personnages secondaires il y en a de très intéressants, mais je suis un peu frustré du traitement des Antagonistes qui aurait mérité plus de profondeur. Concernant la conclusion elle m’a parue un peu trop précipité, ce qui est dommage reposant alors sur un Deus Ex Machina un peu facile. Ce second tome reste tout de même un minimum sympathique à lire, bien porté par une plume efficace, pleine d’humour et entraînante. Si jamais un troisième tome devait être publié je pense que je me laisserai tenter en espérant que l’auteur corrige ces quelques défauts.

 

Ma Note : 6/10