Auteur/autrice : BlackWolf Page 58 of 202

Infinités – Vandana Singh

infinitesRésumé : Dans ce recueil de dix nouvelles et un essai se déploie la sensibilité à part d’une auteure de science-fiction spéculative qui n’a de cesse de remettre l’Homme au centre du récit. On y observe un professeur de mathématiques qui aimerait comprendre les tensions interreligieuses qui déchirent son pays, un étrange tétraèdre subitement apparu dans les rues de New Delhi, une femme convaincue d’être une planète.

Edition : Denoël Lunes D’Encre

 

Mon Avis : Bon, je dois bien l’avouer, la première chose qui m’a attiré vers ce livre c’est sa couverture, illustrée par Aurélien Police, que je trouve franchement magnifique. Oui, je sais, j’ai l’impression de me répéter au fil des bouquins, mais je trouve son travail impressionnant. Bon après je ne m’arrête pas que sur ce point là non plus, un recueil de nouvelles a toujours le don de m’attirer, ajouter à cela une auteur dont j’entends de plus en plus parler en bien, il n’a donc pas fallu longtemps pour qu’il rejoigne ma PAL. A noter que ce recueil comporte dix nouvelles et un essai et qu’il a été lu en lecture commune avec MarieJuliet.

Faim : Cette nouvelle nous plonge au milieu d’une famille aisée en Inde. L’héroïne s’apprête à recevoir le président de son mari pour un repas, mais ressent un drôle de pressentiment. Une nouvelle qui nous met directement dans l’ambiance, l’auteur va manier l’imaginaire avec finesse et surtout va nous pousser à réfléchir. Ainsi le point le plus intéressant de cette nouvelle vient clairement de la vision de la femme que nous propose l’auteur, ainsi qu’une critique sociale percutante sur l’Inde. On ne peut pas se sentir indifférent envers ce qui touche ce pays que ce soit dans ses luttes de classes comme dans sa gestion du peuple qui n’est pas non plus sans rappeler celle occidentale. L’héroïne se révèle très intéressante à découvrir, personnage amoureux de lecture SF, qui parait perdue dans un « univers » qu’elle ne contrôle et dont elle peine à trouver sa place. Pourtant il m’a manqué un petit quelque chose, un travail peut-être plus poussé sur l’émotion, pour complètement me sentir emporté par ce récit. Cela reste tout de même une très bonne lecture.

Delhi : Une nouvelle étrange qui nous fait découvrir un héros qui gravite dans la ville avec un but précis et surprenant, tout en aidant les désespéré comme il l’a un jour été. J’avoue j’ai énormément apprécié cette nouvelle, à la fois étrange et envoûtante. L’ensemble est surtout porté par un personnage principal très bien construit et touchant que ce soit dans sa quête comme dans ses blessures, mais aussi et toujours par cette ville que ce soit dans son ambiance comme dans les réflexions qu’elle soulève. De nouveau une véritable critique sociale sur un pays qui a démographiquement explosé mais où les inégalités sont fortes, poussant à la dépression voir au suicide. Au final un texte fort, poétique et captivant.

La Femme qui se Croyait Planète : On découvre ici une femme mariée, d’une classe sociale aisée, qui se réveille un jour en croyant être devenue une planète ce qui dérange fortement son mari, principalement sur ce que pourrait en penser les voisins. Le texte démarre de façon forte, prenant le côté humour et cynique pour nous offrir de nombreuses réflexions sur la position de la femme en Inde ainsi que sur l’importance du mariage dans la société, tout en y ajoutant une dimension fantastique et aussi angoissante avec un mari dépassé par les évènements qui va vouloir faire un choix. L’auteur joue aussi habilement entre folie et réalité, sauf que voilà une fois que l’auteur a répondu à la question de savoir si l’héroïne est vraiment une planète ou pas, j’ai moins accroché, j’ai trouvé que ça n’apportait pas grand-chose et enlevait un peu le côté mystérieux. Dommage, jouer avec le lecteur jusqu’au bout m’aurait plus fasciné. Un texte que j’ai trouvé aussi peut-être plus linéaire dans sa construction. Moins marquant, même s’il reste plaisant à lire.

Infinités : Alors voilà sûrement une des nouvelles, voir la nouvelle, que j’ai préféré du recueil. On découvre un professeur de Mathématiques qui a toujours été fasciné par les chiffres et surtout, principalement, par les infinités qui va, au fil des pages, se rendre compte des combats entre religions sanglants de son pays. Un texte que j’ai trouvé à la fois fort, avec un petit côté sens of wonder simple et captivant, et à la fois intelligent dans la façon dont il traite avec finesse du conflit entre les musulmans et hindous. Un texte sombre, violent, qui ne laisse pas indifférent et m’a passionné. L’aspect fantastique vient s’inscrire de façon réussi et intéressante avec ses fantômes, ses anges, qui servent un peu de muse au héros, mais qui surtout permettent de jouer clairement avec le lecteur (à la fois métaphore de la folie, mais aussi du génie), ce qui m’avait frustré dans le texte précédent. La tension monte ainsi au fil des pages, avec une souffrance qui s’exacerbe, mais qui trouve, d’une certaine façon une conclusion qui ouvre, je l’espère, à l’espoir.

Soif : Soif est une nouvelle qui sonne en écho avec Faim, avec une héroïne qui va découvrir que les femmes de sa famille subissent une malédiction liée à l’eau. Une nouvelle qui se veut à la fois légèrement fantastique, angoissante et toujours clairement intelligente. L’ambiance liée à l’eau offre une sorte d’oppression et se révèle très bien écrite et prenante. On y retrouve aussi cette critique sociale liée à la position de la femme, principalement vis-à-vis du mariage, qui tend parfois plus vers une sorte d’obligation, de prison. Un texte plein de surprises, qui possède aussi une petite touche poétique vers la fin, mais aussi une petite touchant angoissante dans sa conclusion. De nouveau on découvre aussi en toile de fond une ville surprenante, vivante voir même « explosive ». Au final une nouvelle plus que réussie et efficace.

Les Lois de la Conservation : Cette nouvelle se veut plus Science-Fiction , se déroulant sur la Lune avec un groupe de personne qui se retrouve régulièrement pour débattre et discuter. Un jour un débat sur les mondes miroirs va amener l’un d’entre eux à raconter une expérience qu’il a vécu sur Mars. Je dois bien avouer que cette nouvelle n’a rien de franchement marquant, je n’ai jamais réussi à rentrer complètement dedans, comme si l’auteur en quittant l’Inde avait un peu perdu son côté percutant et marquant. L’histoire reste sympathique, mais possède un côté SF classique. De plus la construction ne m’a pas paru  permettre au texte de s’élever, mais je ne saurai trop l’expliquer, comme si l’aspect conté manquait de force. Au final un texte vite lu, mais vite oublié à mon goût, surtout en comparaison des autres.

Trois contes de la Rivière du Ciel. Mythes de l’ère des astronautes : Voilà un autre texte qui ne m’a pas laissé un souvenir impérissable. L’auteur construit ici trois contes, qui se veulent un peu création d’une mythologie et futuriste, mais qui m’ont paru assez quelconques que ce soit dans leurs constructions comme dans le fond. De plus, pour des contes j’ai trouvé qu’il manquait légèrement de poésie. Cela reste sympathique à lire, mais rien de très captivant. Seul le premier conte sort légèrement du lot, mais n’arrive pas non plus à rendre l’ensemble convaincant. Après, je suis peut-être passé à côté.

Le Tétraèdre : On retrouve, avec cette nouvelle, l’auteur dans un registre qui me parait plus à son aise avec l’Inde et la société en toile de fond. D’un point de vue construction le texte parait classique, avec l’irruption d’un objet inconnu et étrange qui va bouleverser la population. Mais voilà c’est de nouveau dans le constat social et dans la réflexion que l’auteur arrive à élever franchement le récit, nous offrant une héroïne en plein doute face à un mariage qui approche avec un mari hautain, et qui va alors voir le monde différemment face à l’arrivée du tétraèdre qui va devenir pour elle une obsession. On ne peut pas rester indifférent devant la façon dont est mené le mariage en Inde avec l’influence de la position sociale, l’importance de la famille que ce soit dans le choix comme des « cadeaux » ou encore toujours avec idée de voir le mariage comme une sorte d’emprisonnement. La touche SF offre aussi une couche clairement intéressante au récit, devant la réaction de chacun face à cette intrusion, mais aussi dans les idées scientifiques qu’elle soulève. Un texte très réussi.

L’Epouse : Avec cette nouvelle l’auteur quitte l’Inde pour les USA, avec une héroïne indienne déracinée pour suivre son mari, qui est aujourd’hui en pleine séparation. Le gros point fort avec cette nouvelle vient, comme souvent avec l’auteur, de son personnage principal, cette femme qui ne s’est jamais sentie chez elle dans ce nouveau pays, mais qui n’est plus non plus chez elle en Inde après tant d’années d’exil et qui se retrouve aujourd’hui perdue ; n’ayant plus rien à quoi se raccrocher. En effet ses enfants son devenus grands et son époux la quitte. Le côté fantastique permet aussi d’offrir une image de cette « folie », voir de cette libération, de façon tout à fait prenante et entraînante.  De nouveau, en tant que lecteur, on ne peut s’empêcher de se questionner et de s’ouvrir sur la culture Indienne, ses contraintes, principalement vis-à-vis de la femme. Sauf que voilà, elle m’a parue moins percutante que d’autres sur le même thème dans le recueil. Une nouvelle qui reste tout de même très sympathique.

La Chambre sur le Toit : Cette nouvelle traite de la vengeance, celle d’une femme qui voit son amie dépérir suite à sa mise en couple avec un artiste connu. J’avoue je suis mitigé avec cette nouvelle, je l’ai trouvé agréable et sympathique, mais je n’ai pas obligatoirement bien compris où l’auteur voulait nous emmener entre cette vengeance et le lien de l’héroïne avec les enfants de sa logeuse. Comme si deux histoires différentes se télescopaient et cherchaient à se trouver des éléments en commun. Par contre, j’ai énormément apprécié la conclusion que ce soit dans son côté poétique, émotionnel mais aussi fantastique.

Un Manifeste Spéculatif : Il ne s’agit pas ici d’une nouvelle, mais d’un essai de l’auteur qui montre, au cas où on ne l’aurait pas encore compris, la passion de celle-ci pour l’Imaginaire et plus principalement l’imaginaire spéculatif, qui fait réfléchir. J’avoue m’y être retrouvée complètement dans ce qu’elle écrit, excepté sur le fait qu’elle se permet de cliver le secteur considérant une partie des publications comme ne méritant pas d’être lu. C’est un choix, parfois il y a du vrai, mais qui me laisse un peu perplexe.

 

Je me permets une analyse plus globale car je trouve que chroniquer nouvelle par nouvelle ne permet obligatoirement de bien mettre en avant mon ressenti (même si c’est très difficile pour chaque livre de trouver les mots et surtout une analyse reste obligatoirement subjective). Vandana Singh offre ici un recueil de nouvelles que je considère comme franchement très réussi. Certes, certains textes ont eu du mal à m’accrocher, ou j’ai pu passer à côté, principalement j’ai trouvé dans son côté SF le plus pur, mais une fois la dernière page tournée mon ressenti global est plus que positif tant j’ai passé un bon moment de lecture. Le mariage entre « imaginaire », réalité, critique social et poésie se révèle clairement maîtrisé, discret, tout en finesse et permet en fond, et de façon subtile, de mettre en avant l’Inde, sa culture et ses coutumes loin d’être idylliques. L’auteur parle ainsi de son pays de façon détournée et pourtant terriblement percutante, faisant réfléchir le lecteur. Elle n’est pas non plus que critique, on sent toujours derrière ces mots une certaine beauté, une certaine poésie qui s’en dégage. Une lecture que je ne regrette pas et je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce recueil de nouvelles qui nous plonge dans un imaginaire subtil et percutant qui cherche à nous faire réfléchir sur l’Inde, ses coutumes, ses contraintes, sa beauté, ses souffrances et d’autre sujet encore. L’auteur nous propose ainsi une dizaine de récits d’une grande finesse et soignés qui, même si quelques-uns n’ont pas réussi à m’accrocher, se révèlent dans l’ensemble marquant. L’aspect imaginaire possède, comme souvent, présent pour dissimuler et accentuer le message de fond, mais l’ensemble se révèle clairement maîtrisé. Il est difficile de résumer cette lecture, mais je ne peux que vous conseillez de vous laisser tenter pour vous faire votre propre ressenti tant je pense que ce recueil le mérite, sans non plus se révéler trop ardu je trouve. En tout cas je ressors de ma lecture avec un sentiment plus que positif et je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 8/10

 

L’avis de MarieJuliet

Autres avis : Lune, Apophis, Vert, Koré, …

CRAAA

Challenge CRAAA 19ème lecture

Demain les Chiens – Clifford D. Simak

demain les chiensRésumé : Les hommes ont disparu depuis si longtemps de la surface de la Terre que la civilisation canine, qui les a remplacés, peine à se les rappeler. Ont-ils véritablement existé ou ne sont-ils qu’une invention des conteurs, une belle histoire que les chiens se racontent à la veillée pour chasser les ténèbres qui menacent d’engloutir leur propre culture ?

Edition : Nouveaux Millénaires
Poche : J’ai Lu

 

Mon Avis : Demain les Chiens fait partie des romans considérés comme cultes depuis des années et que j’avais très envie de découvrir. Bon comme souvent au vu de ma PAL et mon côté assez changeant ce livre a mis longtemps à rentrer dans ma bibliothèque, puisqu’il a fallu attendre pour cela qu’on me l’offre il y a quelques mois. Il s’agit aussi par la même occasion de découvrir pour la première fois Clifford D. Simak. Concernant la couverture, je la trouve réussie avec son côté un peu étrange. A noter que ce livre à gagner l’International Fantasy Award en 1953 et comporte huit nouvelles.

Imaginez, un monde où les chiens seraient la culture dominante, où les humains auraient complètement disparu et où, au coin d’un feu ,se transmet de génération des contes du passé, de l’Histoire et de l’évolution. Des légendes disparues. Voilà dans quoi va nous plonger l’auteur à travers ces huit textes qui vont dévoiler sur plus de 12000 ans comment l’Homme a décliné au profit des chiens. J’avoue qu’une fois la lecture terminée de ce récit je comprends à la fois le fait que ce texte se soit révélé marquant, mais j’avoue aussi qu’il n’a pas complètement répondu à mes attentes. Le premier intérêt du récit vient clairement dans le chamboulement du point de vue du lecteur. En effet les nouvelles sont racontés comme si elles étaient contées à un peuple chien, ce qui fait que le côté merveilleux, je trouve, s’en trouver inversé. De plus cela développe un sorte de mythe qui est un véritable plus au récit et nous fait réfléchir sur notre importance.

Les premiers textes paraissent ainsi « classiques » mettant en avant des humains, pour peu à peu les voir disparaître. On sent aussi clairement l’époque d’écriture dans les idées qui sont mises en avant avec ce sentiment d’après-guerre. En effet le premier texte a été écrit en 1944, sauf que contrairement à d’autres auteurs Clifford D. Simak annonce la fin de l’humanité non pas par la guerre ou l’apocalypse, mais par la fin des cités, de ce sentiment de promiscuité qui va s’éteindre avec les nouvelles technologies. Les hommes s’essaiment ainsi sur la surface de la Terre au vu de l’éclatement social et de la science qui permet à la faim de cesser sans utiliser de terres arables.

L’intérêt des nouvelles vient aussi de leurs évolutions, en effet l’écriture des textes s’étale de 1944 à 1973 ,ce qui fait que les problématiques évoluent au fil des récits. On sent que le monde change et que l’auteur, d’une certaine façon s’adapte, tout en rendant le tout cohérent et terriblement efficace. Il faut dire qu’il se dégage clairement un sentiment de mélancolie, une certaine nostalgie devant un possible monde qui n’a pas existé. On sent aussi au fil des pages la passion de l’auteur pour la nature, les espaces, le sentiment de liberté, on sent qu’il tend vers plus d’acceptation de la nature. Mais surtout ce qui se révèle plus qu’intéressant dans ce récit ce sont les axes de réflexion qui sont développés que ce soit sur notre société, notre capacité à avancer et évoluer, la fin de la politique avec la fin des villes, la fin de la guerre, la culture, les manipulations génétiques, la robotique et leurs conséquences et d’autres encore.

Il offre ici un panel large d’idées qui ne manquent pas d’attraits, même si je dois bien avouer par moment j’ai eu du mal à voir où voulait aller l’auteur. Soit elles étaient traitées un peu trop simplement, soit elle manquait de profondeur. Mais bon rien de non plus trop bloquant tant les idées présentées continuent en grande partie à raisonner dans notre société actuelle et continue à travailler le lecteur une fois la dernière page fermée. Autre point vraiment intéressant de cette œuvre ce sont les différentes notes d’introduction de chaque texte qui permet ainsi à l’auteur de construire une mythologie autour des chiens vraiment dense et surtout qui donne envie d’en apprendre plus.

Sauf que voilà, malgré ces nombreux points positifs je dois bien avouer que certains aspects m’ont laissé un peu sur ma faim. Certains passages m’ont paru un peu trop traité de façon « jeunesse » comparé au côté adulte du récit, de plus parfois une certaine naïveté se dégage un peu trop des textes, ce qui est parfois légèrement perturbant. Ensuite, on ne peut pas le nier, les personnages manquent clairement de profondeur, étant plus présents pour faire avancer l’intrigue, c’est dommage car les moments d’émotion ressortent plus d’un robot que de l’homme et de plus la famille Webster, qui sert un peu de fil rouge, a du mal ainsi à s’imposer. Autre point qui m’a légèrement dérangé, le fait que l’auteur ne pousse parfois pas assez ses concepts, comme par exemple cette idée de dieu humain qui va offrir l’évolution à des fourmis, qui m’a paru traité trop vite. Enfin dernier point il vient du côté scientifique, qui parait par moment un peu trop magique. Je m’explique, l’auteur parle de grandes avancées scientifiques, mais ne les développe jamais, ils tombent un peu comme par magie, alors cela permet clairement à tout le monde de se laisser emporter par les récit, mais mon côté cartésien et scientifique aurait aimé plus d’explication surtout que certains changements paraissent très compliqués.

La plume de l’auteur se révèle finalement très simple, mais il s’en dégage par moment une certaine poésie, un peu de rêve, même si parfois elle a l’effet inverse aussi, ne servant finalement que d’un point de vue pratique. Alors je ne vais pas le nier, dans l’ensemble j’ai plus qu’apprécié ma lecture qui m’a offert un bon moment. Je pense juste qu’à force d’en avoir entendu parler j’attendais peut-être plus de ce livre qui a aussi l’effet d’avoir, sur certains points, mal vieilli. Je lirai en tout cas avec plaisir d’autres écrits de l’auteur, pour savoir ce qu’il peut proposer d’autre.

En Résumé : J’ai passé un bon moment de lecture avec ce livre qui nous propose, à travers huit textes, à imaginer la fin de l’humanité et la montée comme culture dominante, même si par certains aspects il m’a laissé sur ma faim. L’auteur joue ainsi avec le point de vue du lecteur en contant son récit non pas à nous, mais à un peuple chien, offrant ainsi une véritable mythologie et une véritable réflexion dense et percutante. On sent aussi clairement que les textes évoluent avec le temps, ayant été écrit sur plus de trente ans, tout en restant cohérent et intéressant. Une certaine mélancolie se dégage du récit, offrant ainsi une ambiance douce et nostalgique qui fonctionne bien. Mais là où le récit gagne en intérêt c’est dans les idées qu’il développe que ce soit sur la fin de la politique, la fin des villes, la technologie, les mutations, mais aussi sur nous et notre façon d’évoluer, d’avancer. Sauf que voilà certains points m’ont tout de même dérangés, certains aspects traités de façon un peu jeunesse, des points qui m’ont paru amené et conclu de façon trop rapide, parfois un manque de profondeur, mais aussi des idées scientifiques qui ne sont jamais vraiment développé ce qui m’a parfois bloqué. J’ai peut-être un esprit trop cartésien. En tout cas malgré ces aspects, j’ai passé un bon moment de lecture avec ce livre, bien porté par une plume très simple et un minimum entraînante. Je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 7,5/10

 

Autres avis : Vert, Spocky, Rose, Nymeria, …

CRAAA

Challenge CRAAA 18ème lecture

Les Outrepasseurs Tome 3, Le Libérateur – Cindy Van Wilder

outrepasseurs t3 le liberateurRésumé : Un terrible hiver s’abat sur la Grande-Bretagne. Peter, qui a été sauvé par Arnaut, se retrouve seul, car le Chasseur et le lion d’Arnaut sont affectés par la disparition de la magie. Arnaut tombe dans un coma profond, auquel il semble n’y avoir aucune solution. Jusqu’à ce que Peter comprenne que le sous sol de Lion House regorge de ressources cachées…

Edition : Gulf Stream Editeur

 

Mon Avis : Il y a quelques semaines je me suis lancé dans la lecture de cette trilogie dont j’avais entendu beaucoup de bien sur le net et par les retours de Marmotte. Après un premier tome efficace, percutant et intriguant (ma chronique ici) et un seconde tome, peut être un chouïa moins marquant que le premier, mais qui se révélait tout de même très réussi et entraînant (ma chronique ) j’avais hâte de voir ce qu’allait nous proposer l’auteur dans ce dernier tome. De nouveau je souligne le travail graphique effectué sur la couverture que je trouve toujours aussi réussi.

Ce troisième tome nous plonge ainsi directement après les évènements du volume précédent. La magie continue a faire des siennes et les Outrepasseurs sont en pleine implosion, tout cela depuis le retour d’Arnaut. Peter va alors devoir trouver des solutions. Je dois bien avouer que ce troisième tome, sans être mauvais loin de là, m’a paru moins bon que le précédent. Pourtant on y retrouve tout ce qui faisait la réussite du cycle. Une histoire fluide, efficace, bien construite et captivante. Des rebondissements et des surprises percutantes et maîtrisées par l’auteur pour ainsi pousser le lecteur à tourner les pages avec un minimum d’envie d’en découvrir plus. L’ambiance est clairement nerveuse et on sent que tout ne va pas obligatoirement se passer pour le mieux. Ainsi niveau fluidité et intérêt ce tome reste réussi, offrant plusieurs lignes d’intrigues qui vont s’entrecroiser, monter en tension au fil des pages pour aboutir à une conclusion qui ne va pas manquer de se révéler captivante et percutante.

L’univers, sans non plus se révéler révolutionnaire, reste l’un des points intéressants du récit, la façon dont l’auteur a décidé de revisiter l’image des contes et des fés. Il prend ici encore un peu d’ampleur, principalement à travers les ferreux qu’on découvre plus en profondeur ou encore aussi avec Sneizkaïa, sa relation avec Hiver et ses cavaliers. L’auteur continue a nous offrir un univers féérique loin d’être « magnifique », offrant quelque chose de plus nuancé, de plus sombres. De plus, suite aux tomes précédents, les rapports de force ont évolué, les Outrepasseurs ne sont plus les grands gagnants de cette guerre, la mort s’approche aussi d’eux et pas toujours comme on l’imagine. Le jeu de pouvoir est ainsi redistribué et les actions de chacun vont avoir une grande influence sur les évènements. Alors, parfois l’auteur en fait un peu trop, comme cette scène de l’évasion de Glen qui me parait trop peu développé jusqu’à en devenir trop simpliste, mais rien de franchement dérangeant. Le Tombeau, dans son importance, gagne aussi un peu en densité et se révèle, je trouve, vraiment original et efficace. Au final l’auteur a vraiment développé un univers intéressant qui m’a donné envie d’en apprendre plus. Je suis juste un peu déçu que le lien des Outrepasseurs ne soit pas plus développé avec leurs animaux totem, car il y avait un potentiel vraiment intéressant surtout vis-à-vis de la conclusion.

Les personnages se révèlent toujours aussi entraînants et efficaces, que ce soit Peter qui doit faire face à de nombreuses péripéties ainsi que son refus d’être un Outrepasseurs, rejetant ainsi sa particularité pour simplement être une personne normale, le tout se révélant plutôt bien amené et soigné. Ce qui m’avait dérangé sur lui dans le tome précédent disparaît ici et offre un personnage qui doit faire face et doit faire des choix. Sa relation avec Shirley va évoluer de façon efficace sans non plus trop tomber dans les clichés même dans les dernières pages. Les personnages qui gravitent autour de lui ne manquent pas non plus d’intérêt, principalement maintenant que la tension est à son paroxysme et que la « fin » est proche, où chacune révélera sa vraie nature. Le travail sur Noble ne manque pas non plus d’attrait dans son rôle d’antagoniste qui a tout perdu et sombre peu à peu dans une certaine folie. J’attendais peut-être plus du chasseur, mais j’y reviens après. Au final des personnages plus que convaincants, efficaces dont je regretterai finalement le personnage secondaire de Smokey. Elle apparait dans ce tome où, faute de développement conséquent, elle a du mal à vraiment s’imposer, ne servant finalement que d’échappatoire aux héros alors qu’il y avait un tel potentiel.

Pourtant, comme je l’ai dit, j’ai trouvé ce troisième tome un peu moins bon que le précédent. Le premier point qui m’a dérangé c’est l’histoire du chasseur. Autant le côté conte revisité m’a beaucoup plu, autant la construction a chaque début de chapitre m’a frustré et surtout m’a paru manqué de densité et de profondeur. Je ne dis pas que le Chasseur aurait mérité un tome complet sur ses origines, mais là j’ai eu l’impression d’être trop rapidement passé dessus ce qui fait que toutes les nuances présentés ont du mal à me toucher. Ensuite j’ai trouvé la ligne d’intrigue sur Sneizkaïa, sa vengeance et sa traque, un peu trop linéaire. La reine des neiges avait un tel potentiel dans ce qu’ont subi les fés ou encore l’histoire avec son frère, que n’offrir qu’une simple quête de vengeance et de mort qui, certes, offre son lot de combat, de tension et d’action, m’a paru dommage. La bataille finale par contre ne manque pas d’explosivité et offre un passage vraiment percutant. Ces deux points m’ont ainsi donné plus l’impression que l’auteur se dispersait dans des intrigues secondaires, ce qui est légèrement frustrant. Alors attention cela n’empêche pas ce livre de se révéler plus que sympathique et offrir un agréable moment de lecture, mais voilà suite aux deux premiers tomes j’attendais peut-être que certains aspects soient gérés autrement.

La plume de l’auteur se révèle toujours aussi efficace, prenante et percutante ce qui fait qu’on est facilement emporté par les aventures que vont rencontrer nos héros. Au final je suis bien content d’avoir découvert cette trilogie, certes tout n’est pas parfait, mais cela n’a pas empêché cette série de m’offrir des moments plus qu’agréables et de belles découvertes. Je lirai d’autres écrits de l’auteur sans soucis.

En résumé : Ce troisième tome de ce cycle, même si je l’ai trouvé un peu moins bon que les deux premiers, m’a tout de même offert un agréable moment de lecture. L’intrigue se révèle toujours bien menée, entraînante et efficace montant en tension au fil des pages avec ses nombreux fils rouges qui se croisent pour aboutir à une conclusion percutante et intéressante. L’univers, même s’il reste classique dans de nombreux points, reste toujours l’un des points forts du cycle, cette façon de revisiter les contes, nous offrant un monde des fées plein d’ambiguité offrant quelques originalités comme les ferreux qu’on découvre un peu plus en profondeur. Je suis juste un peu déçu que le lien entre les Outrepasseurs et leurs animaux manque de développement car il y avait du potentiel pour plus. Les personnages sont toujours aussi efficaces, convaincants et gagnent encore plus en intérêt maintenant que la fin est proche et qu’ils doivent tous faire des choix. Je regrette par contre un certain manque de densité dans l’histoire du Chasseur qui a eu du mal à franchement me toucher et la ligne d’intrigue avec Sneizkaïa qui ne parait être juste là que pour amener de l’action et du rebondissement. Cela n’empêche pas non plus ce troisième tome de se révéler plus que divertissant, bien porté par une plume soignée, efficace et prenante. Je lirai avec plaisir d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 7/10

 

Autres avis : Ptitetrolle, Phooka, Bambi_slaughter, Sia, Vashta Nerada, …

Les Chroniques du Radch Tome 2, L’Epée de l’Ancillaire – Ann Leckie

les chroniques du radch 2 l'epee de l'ancillaireRésumé : Breq, la soldat qui fut jadis un vaisseau spatial, sert à présent celle qu’elle avait juré de détruire, la Maître de l’empire radchaaï. Cette dernière a placé un navire et un équipage sous ses ordres, et lui a confié la seule mission qu’elle pouvait accepter : protéger, sur la Station Athoek, la famille de la lieutenant Awn, celle-là même que Breq a froidement assassinée vingt ans plus tôt. La tâche va rapidement se révéler plus compliquée que prévu : intrigues politiques, tensions sociales, violences de toutes sortes… La situation sur Athoek est explosive. Et la présence d’une traître dans les rangs radchaaïs fausse encore un peu plus la donne.

Edition : Nouveaux Millénaires

 

Mon Avis : Il y a quelques mois je me suis laissé tenter par le premier tome de cette série qui m’avait offert un moment de lecture plus qu’intéressant. Certes au vu des nombreux prix qu’il avait glané il était loin de la claque attendue, mais il offrait un très agréable divertissement dans le genre space-opera militaire empli de trahisons. C’est donc sans surprise que je me suis laissé tenter par cette suite, me demandant comment l’auteur allait faire évoluer son complot. Concernant la couverture, illustrée par Sébastien Hue, je la trouve vraiment réussie. Par contre, comme le premier tome, je reviens sur la traduction. Alors je ne parlerai toujours pas sur ce qui concerne la traduction sur le genre, il fallait faire un choix, mais cela n’empêche pas que j’ai trouvé certains passage mal traduits, voir traduits trop littéralement ce qui a eu parfois pour effet de hacher ma lecture, ce que j’ai trouvé frustrant. Ma chronique risque par contre de spoiler le tome précédent, je préfère prévenir.

Le premier tome nous avait présenté une histoire de vengeance, qui ne s’était pas obligatoirement terminé comme l’espérait notre héros, ayant dû faire face au conflit d’un IA. Cette suite se révèle ainsi plus classique et nous plonge directement après la fin du tome un, Breq étant devenu capitaine de flotte et se retrouve envoyé sur la station Athoeck où il va alors se retrouver plonger au milieu d’étranges jeux de pouvoir. Une fois la dernière page tournée l’intrigue, sans révolutionner le genre, s’est révélée vraiment intéressante et a réussie à me captiver. Alors certes le démarrage m’a paru un peu lent, l’auteur tirant un peu trop sur les descriptions, ou encore sur certaines fioritures un peu secondaires comme par exemple le service à thé. J’en comprends clairement l’aspect importance social dans un tel univers, mais parfois c’est un peu trop et même répétitif. Attention, le démarrage n’est pas non plus en soit mauvais, mais il m’a fallu attendre le premier quart du roman pour vraiment que je me sente plonger pleinement dans cette histoire. On découvre alors une intrigue qui va s’amuser à jouer avec le lecteur, où les jeux de pouvoir vont ainsi mettre Brecq à rude épreuve. Le tout est porté sur un rythme lent, où chaque pièce du puzzle se dévoile de façon posé, jouant avec le lecteur, pour mieux le surprendre à travers manipulations et trahisons. Par conséquent si vous cherchez un récit tendu, frénétique avec son lot d’action et de batailles je ne pense pas que ce roman vous comblera.

Le récit monte ainsi en tension tout du jusqu’au dernier quart ou là j’ai eu du mal alors à lâcher le roman, histoire d’en apprendre plus sur ces différentes lignes d’intrigues et de traitrises qui s’entrecroisent. Alors après, je ne vais pas le nier, ce tome reste aussi un tome de transition pour ce qui concerne l’intrigue principale lancé au premier tome, amenant quelques nouveaux indices et mettant en place de nouveaux personnages, mais la développant peu et il va falloir attendre le troisième pour vraiment voir ce fil rouge principal bouger. Cela ne m’a pas dérangé dans ma lecture mais pourrait, je pense, en bloquer certains. Ce second volume continue aussi à développer des lignes de réflexions intéressantes, certaines classiques comme concernant les classes sociales même dans un monde en paix, le traitement de l’esclavage, d’autres déjà développé depuis le premier tome et qui continue à se révéler percutants comme tout ce qui tourne autour du genre où chaque personnage est présenté avec le pronom « elle » qui, je trouve, offre une vision complètement différente et joue obligatoirement sur l’imagination du lecteur.

L’univers développé tout au long des pages n’a rien de vraiment révolutionnaire, mais se révèle très solide. Que ce soit vis-à-vis des vaisseaux, des IA et de leurs développements, voir même des ancillaires l’auteur connait ses classiques, mais sait les réutiliser pour offrir quelque chose d’efficace et d’un minimum soigné pour intéresser le lecteur. L’aspect technologie que révèle aussi accrocheur. Alors comme je l’ai dit, parfois elle s’intéresse peut-être un peu trop aux détails, voulant sûrement offrir un certain cachet à son récit, mais dans l’ensemble j’ai trouvé l’univers intéressant. Le côté social gagne aussi en développement, déjà dans le premier tome on découvrait que le Radch malgré ce qu’il laisse paraitre est loin d’être le peuple magnanime et civilisé que l’on connait, mais ici le récit montre aussi que malgré la paix et que tout le monde doit être considéré comme citoyen du Radch il y a obligatoirement des différenciations de statuts et aussi de privilèges. On est loin de la capacité pour tous à pouvoir avancer et évoluer s’il en possède les compétences. L’ensemble est amené avec assez de finesse pour ne pas se révéler trop lourd, même si parfois c’est un peu caricatural.

Concernant les personnages j’avoue qu’ils sont intéressants à suivre, que ce soit dans leurs manipulations comme dans leurs évolutions. Breq offre toujours un point de vue intéressant, principalement grâce à sa différence par rapport aux autres, même si je trouve que parfois d’un point de vue émotionnel l’ensemble reste un peu distant. C’est dû à la différence de Breq mais c’est parfois dommage. Concernant les personnages qui gravitent autour Seivarden est un peu en retrait par rapport au premier tome, tandis que de nouveaux personnages apparaissent avec plus ou moins d’intérêt. Je pense principalement à Tirsawat qui offre un personnage complexe, ou encore les différents humains qui tentent de reproduire les ancillaires (les karls, les bos, …) qui soulèvent de nombreuses questions. Même si certains personnages secondaires ont du mal à s’imposer, l’ensemble des protagonistes offrent ainsi des points de vues prenant à découvrir principalement dans leurs réactions et leurs évolutions.

La plume de l’auteur se révèle finalement simple, entraînante et plutôt efficace, même si parfois j’ai eu l’impression qu’elle perdait un peu le lecteur dans les nombreux points de vues liés au héros principal. Au final ce second tome s’est de nouveau révélé être une lecture plus que plaisante, même si c’est vrai que l’intrigue principal n’a pas avancée énormément, cette intrigue secondaire m’a permis de mieux cerner l’univers du Radch et s’est révélé offrir un moment de lecture plus qu’agréable sans non plus révolutionner le genre. Je lirai le troisième et dernier tome histoire de découvrir comment l’histoire va se clôturer.

En Résumé : J’ai passé un très sympathique moment de lecture avec le second tome de cette trilogie qui nous offre une intrigue qui, certes, met un peu de temps à démarrer, mais offre un jeu de pouvoirs et de manipulations intéressant à découvrir. Le tout se développe sur un rythme posé, dévoilant les différentes pièces du puzzle lentement pour mieux surprendre, mais si vous cherchez un récit plein d’action et de batailles alors passez votre chemin. Certes l’intrigue principal, suite au tome 1 n’avance pas énormément et trouvera ces réponses dans le dernier tome, ce qui pourrait en bloquer certains, mais cela ne m’a pas empêché d’accrocher, le tension montant au fil des pages pour aboutir a un dernier quart captivant. L’univers, sans se révéler révolutionnaire, se révèle plus que solide dans son aspect social, politique et technologique pour offrir une image de fond intéressante. Il soulève aussi de nombreuses questions que ce soit sur les classes sociales ou encore sur la « genrification » de la société. Les personnages se révèlent intéressants à suivre et à voir évoluer, même si certains personnages secondaires s’avèrent un peu caricaturaux.  La plume de l’auteur est simple, entrainante et efficace, même si parfois j’ai eu l’impression qu’elle perdait un peu le lecteur dans les différents points de vues liés a la particularité de Breq. Au final un second tome plus que sympathique, qui certes n’est toujours pas la claque annoncée par ses nombreux pris, mais que j’ai trouvé intéressant et m’a donné envie de lire la suite.

 

Ma Note : 7,5/10

Cru – Luvan

cruRésumé : Des cris étranges sur un brise-glace en pleine mer, une morsure fatale en Afrique, la disparition de Maria du côté de Kiruna, les loups, les ours, les morts qui attendent dans les bois, le… courbe dans le noir, ou encore ce jeu de l’oie bizarre auquel joue Selma, à la recherche de son anneau dans Paris, et qui finit toujours par tomber dans le puits.
Cru c’est le bruit que fait un glacier quand il craque. C’est une fissure qui s’ouvre dans la glace, et qui dit que ça bouge en dessous.

Edition : Dystopia

 

Mon Avis : J’avoue, je me suis laissé tenter par ce petit livre il y a un long moment déjà, un peu sur un coup de tête, un peu suite à différents avis plus que positif que j’ai vu passer. Il faut dire que, comme toujours avec Dystopia, j’ai aussi rapidement été attiré par le travail graphique du livre, réalisé par Stéphane Perger, qui attire vraiment le regard par son côté un peu étrange et attirant. Cru est ainsi un recueil de 11 nouvelles (10 assez courtes et une de près de 80 pages) et, contrairement à mes habitudes, je ne vais pas chroniquer chaque texte, mais plutôt faire une chronique d’ensemble tant elles forment d’une certaine façon un ensemble cohérent et aussi pour éviter de dénaturer chaque histoire.

Entrer dans Cru n’est pas obligatoirement chose aisée aux premiers abords, car il faut dire que l’auteur a un univers fantastique qui lui est propre. Il faut ainsi complètement lâcher prise et se laisser porter par chaque texte, qui oscille entre réel et imaginaire, construisant une mythologie dense et propre à chaque texte et qui ne laisse pas indifférent. Les nouvelles du livre sont ainsi déroutantes, offrant plus des écrits brisés dans la construction, des images, de sensations, des émotions qui prennent peu à peu forme, se révélant au fil des récits pour offrir quelque chose de complexe, de marquant voir même de touchant. L’ensemble possède aussi une ambiance froide, détachée, qu’on pourrait trouver légèrement austère mais qui finalement en grattant un peu et en se laissant happer offre finalement une poésie étrange. C’est à la fois fascinant et perturbant tant j’ai été fasciné par ces textes, happé par eux, tout en constatant une fois la dernière ligne atteinte qu’ils restaient, par certains aspects, abstraits, ouverts. Dans ce recueil il y a ainsi un vrai échange entre l’auteur et le lecteur, où chacun fournit sa part pour ainsi construire un récit qui est à chaque fois unique.

L’aspect fantastique n’est pas non plus anodin chez l’auteur, on a ainsi clairement l’impression de jouer un jeu d’équilibriste entre réalité et fantastique. Chaque héros donne ainsi l’impression de pouvoir basculer à tout instant, voir à même pu déjà basculer, sans que le lecteur le sache, où ne puisse le juger. Le surnaturel est ainsi, d’une certaine façon, insidieux et pourtant tellement naturel et présent, il se montre sans vraiment complètement se dévoiler et donne l’impression de jouer avec le lecteur. On y retrouve ainsi des images qui peuvent paraître connus, mais que l’auteur amène avec originalité et pas mal de surprises. On sent aussi les connotations du nord, de la Suède dans sa mythologie, on se rend compte que l’auteur a l’air, soit de bien connaître, soit de s’être fortement documenté pour construire ses écrits. Dans tous les cas chaque texte, qu’il soit court ou long, offre au final un dépaysement efficace et d’une certaine façon marquant, le tout avec finalement parfois peu de description. Chacun d’entre eux possède ainsi son atmosphère propre, unique et qui donne envie d’en apprendre plus.

Le panel de personnages qui est développé par l’auteur ne manque clairement pas d’intérêt que ce soit dans leurs constructions, leurs visions de leur monde ou encore dans leur façon de l’appréhender. Entre amnésique, radio opératrice d’un brise-glace, chanteuse etc… l’auteur offre ainsi différents portraits à la fois fascinants et déroutants qui devraient ne pas laisser indifférent. On accroche ainsi très rapidement à leurs histoires, leurs aventures et leurs quêtes qui sont à la fois étranges et envoûtantes. Au milieu de tout cela l’auteur nous offre aussi de nombreux axes de réflexions que ce soit sur l’amour, la folie, l’amour qui ne se révèlent pas anodins, efficaces et s’avèrent parfois marquantes.

Comme je l’ai dit chaque nouvelle nous plonge dans un univers propre à l’auteur, qu’on découvre au fil des pages, où au final on découvre que la fin n’est qu’un commencement, ou l’ensemble possède de multiples couches et dont il faut relire pour bien en comprendre toutes les nuances. La Dernière nouvelle, qui est la plus longue du livre, joue ainsi avec tout cela développant et densifiant de nombreux aspects de façon efficace, mais j’ai par contre trouvé qu’il tirait peut-être légèrement trop en longueur. Alors après, certains textes m’ont trop dérouté pour que je rentre complètement dedans, voir parfois m’ont perdu, mais cela n’enlève en rien la qualité globale plue que positive de ce recueil. La plume de l’auteur colle finalement bien à cet univers, à la fois simple et pourtant percutant par ses phrases courtes, et efficace. Dans tous les cas je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

En Résumé : Cru se révèle un livre difficile à chroniquer, mais aussi à appréhender finalement. Il propose ainsi 11 nouvelles qui vont nous plonger dans l’univers assez unique de l’auteur, où il faut se laisser porter par ces récits déstructurés, mélange d’émotion, de rebondissements, d’images qui viennent ainsi assaillir le lecteur et former au final un tout cohérent et ouvert. Il y a un vrai échange entre l’auteur et le lecteur, ou chacun doit faire sa part de travail pour aboutir à une histoire unique. On a clairement l’impression d’osciller entre réalité et surnaturel, offrant ainsi un fantastique surprenant, insidieux, à la fois présent et pourtant qui ne se dévoile pas vraiment, pas complètement. On plonge ainsi dans une atmosphère unique, froide, déroutante et entrainante qui donne envie d’en découvrir plus. Au milieu de tout cela on découvre un panel de personnages uniques qui nous font réfléchir sur l’amour, la folie, l’Homme qui ne laissent pas indifférent. La plume de l’auteur a un côté simple et pourtant percutant, d’une certaine façon poétique et efficace. Alors certes, il est arrivé qu’un ou deux textes me déroutent de trop, voir m’ont perdu, mais dans l’ensemble un recueil de textes fantastiques que je suis content d’avoir découvert. A chacun de voir si vous vous laissez tenter.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : Vert, julien le naufragé, Lune, …

CRAAA

Challenge CRAAA 17ème lecture

Ex Machina – Recueil Collectif

ex machinaRésumé : Bienvenue à bord de l’Ex machina !
Notre plan de vol comportera quatorze étapes dans les fumées de vapeur où tout participe de la machine : prothèses, automates humains et animaux, et même dragons, engins volants, flottants, submersibles…
Le voyage nous conduira depuis les toits de Paris jusqu’aux étranges Royaumes d’Égypte, en passant par les territoires américains et les confins de l’empire spatial britannique.
Sachez que cette croisière n’est pas seulement géographique : nous y explorerons des XIXe siècles uchroniques et féeriques, mais aussi des anticipations angoissantes et des passés parallèles.
Les rêves eux-mêmes n’y échappent pas…
Alors, qu’attendez-vous pour embarquer ?

Edition : Elenya

 

Mon Avis : J’ai fait rentrer ce livre dans ma PAL, il y a plusieurs mois maintenant, tout d’abord attiré par la couverture, illustrée par Mathieu Coudray, que je trouve franchement réussie. Ensuite, j’avoue, qu’un recueil collectif de nouvelles steampunk a le don de ne jamais me laisser indifférent. J’ai donc facilement craqué pour ce livre qui, comme souvent, a par contre attendu un petit moment dans ma PAL grandissante, de bénéficier d’un bon de sortie. A noter qu’il s’agit de l’anthologie officielle de l’édition 2014 du salon fantastique et qu’elle comporte 14 nouvelles.

Outis Emoï Onoma de Fabien Clavel : Le premier texte de ce recueil revient au parrain du salon, Fabien Clavel, qui nous propose une nouvelle avec un mélange de mythologie grecque, de mythe littéraire et de rouages. L’auteur joue assez facilement avec le lecteur jusqu’à nous amener à une fin que j’ai trouvé  intéressante, venant ainsi lier deux mythes inattendus. C’est bien écrit et les personnages ne manquent pas d’intérêt dans ce monde en pleine changement, mais voilà j’ai trouvé que le texte manquait peut-être légèrement de « force » pour clairement s’imposer, surtout par rapport à d’autres textes que j’ai lu de l’auteur. Une bonne histoire tout de même, qui se révèle très plaisante à lire.

Manifestation de la Quintessence d’Anthony Boulanger : Cette nouvelle nous emmène à la préparation de l’exposition universelle de 1889 à Paris où un descendant de Vidocq va devoir résoudre une série d’attentats. Une enquête qui se révèle franchement percutante, jouant énormément sur les rebondissements et les révélations avec une fin surprenante et frappante. Sauf que voilà j’ai trouvé le texte trop court, l’auteur développe beaucoup d’idées intéressantes qui ne restent qu’au stade embryonnaire. De nouveau un bon texte, incisif, qui se lit avec grand de plaisir.

L’Avaleur de Nuages de Tiphaine Levillain : Cette nouvelle nous fait découvrir Panaille, un lutin qui c’est donné pour but d’inventer une machine qui lui permettra de rejoindre le royaume du ciel. Sauf que sa machine ne laisse pas certains investisseurs indifférents. Une nouvelle gentillette, offrant un texte qui n’a, selon moi, rien de révolutionnaire, parfois un peu simpliste et linéaire, mais qui se lit tout de même avec un minimum de plaisir. La fin est aussi peut être un peu trop happy end à mon goût. A entrer dans le vite lu, un minimum apprécié, mais vite oublié.

De Rouages et de Sang d’Emilie Milon : On suit ici une équipe de mercenaire qui ont pour mission de traquer des chirurgiens qui posent des greffes mécaniques sans autorisations. Sauf que leur dernière mission ne va pas se passer comme prévu. L’auteur manie bien la tension de son récit, offrant ainsi un rythme haletant et efficace  ainsi qu’une ambiance sombre, où l’on tourne les pages avec l’envie d’en apprendre plus. Rien de révolutionnaire dans cette traque, mais quelques bonnes surprises sur la fin percutante. Dommage que l’ensemble manque peut-être de densité, principalement dans son univers. Un texte qui au final se révèle sympathique.

Le Dragon Mécanique de Doris Facciolo : On plonge ici dans une nouvelle teintée de fantasy et SF, nous proposant des héros qui, dans un monde qui a survécu à une guerre destructrice, se lance dans une quête pour rencontrer un dragon. Un voyage assez classique dans sa construction, mais qui se révèle plutôt réussi, accrocheur, bien porté par des personnages que j’ai trouvé intéressants et efficaces. La fin, certes un peu convenu, colle parfaitement au récit. Je regretterais par contre un côté un peu trop « classique » dans la plume de l’auteur. Une bonne nouvelle qui se lit avec plaisir.

Le Fabuleux Royaume du Prêtre Jean de Danny Mienski : Ce récit nous fait découvrir un missionnaire qui se lance dans une grande quête. J’ai eu un petit soucis avec cette nouvelle, en soit elle n’est pas mauvaise, mais elle n’a pas non plus réussi à me convaincre complètement. L’auteur vient ainsi mélanger fait historiques, mélanges de cultures et de religions et le tout avec une petite dose de Steampunk sauf que l’ensemble m’a paru légèrement trop foisonnant et surtout manquait un peu de profondeur. La surprise de fin se révèle plutôt réussi et un minimum percutante.

L’Ile aux Machines de Pascaline Nolot : Cette nouvelle nous fait plonger dans une intrigue ou se mélange monde des rêves et de la réalité. J’ai trouvé cette nouvelle très efficace dans sa construction et tout ce qu’elle développe concernant les faux-semblants, la réalité et la folie. La conclusion se révèle clairement efficace avec une fin ouverte. Une nouvelle de bonne facture qui se lit avec plaisir.

La Poursuite de Dominique Lemuri : Une petite nouvelle fort sympathique qui décide de prendre le sujet par le ton de l’humour, et d’aboutir à une chute des plus surprenante et de dérision. Un texte efficace qui offre un petit moment de détente bienvenu en plein milieu de cette anthologie.

Les Promenades Nocturnes de Floriane Soulas : Une nouvelle qui nous plonge dans une Angleterre Steampunk du 19ème siècle. On découvre ainsi un frère et une soeur, elle devant lui écrire des récits et lui récoltant la célébrité dans un monde où les femmes ne sont pas égales aux hommes et où elle n’a pas du tout son mot à dire. Enfin presque pas. Franchement le texte en soit est intéressant avec un côté sombre et mystérieux, un jeu du chat et de la souris qui ne manque pas d’attrait, mais voilà l’auteur en fait trop ce qui fait que la fin est devinable beaucoup trop tôt et enlève une grosse partie du charme de la nouvelle je trouve.

Brumes Boréales de Feldrik Rivat : Une nouvelle qui nous plonge dans un monde ou le faune a quasiment disparue, remplacée par des équivalents mécaniques et où une expédition est lancée pour explorer les fonds marins. J’avoue, la nouvelle en soit ne manque pas d’idées intéressantes, sauf que voila beaucoup trop de personnages, un déroulement un peu confus et un style un peu trop guindé ont fait que je n’ai jamais réussi à entrer dans ce récit.

For Queen and Country ! d’Olivier Beaufay : Cette nouvelle nous offre un mélange de steampunk et de science-fiction, nous proposant une intrigue pleine de complots et de jeux de pouvoir sur Mars. J’avoue avoir eu du mal à complètement accrocher à ce récit, c’est dommage car elle avait un petit côté SF à « l’ancienne » le tout mâtiné de Steampunk qui aurait pu se révéler intéressant, mais j’ai trouvé que l’auteur cherchait à trop en faire. Attention cette nouvelle n’est pas complètement mauvaise, mais je trouve qu’elle aurait pu se révéler plus marquante. Là, je la rentre dans le vite lu, apprécié, vite oublié.

Le Nouvel Employé de Camille Courtain : Cette nouvelle nous fait découvrir un voyageur qui prend le train et va faire une rencontre qui va se révéler surprenante et le bouleverser. Un texte agréable qui nous offre une réflexion plutôt intéressante sur la conscience et les machines. Certes cela a un côté déjà-vu mais j’ai trouvé que l’auteur s’en sortait bien et que l’histoire se lisait facilement et avec un minimum de plaisir, sans non plus révolutionner le genre.

Le Bleu du Ciel de Charles-Edouard Garcia : J’avoue, cette nouvelle ne m’a pas laissé un souvenir impérissable. Une histoire sur fond de piraterie, de quête et d’amour, jouant sur la frontière entre réalité et imagination. Sauf que voilà entre la fin de ma lecture et le moment d’écrire cette chronique je ne me souvenais plus de grand chose au point de devoir ressortir le livre. Une nouvelle qui m’a paru manquer de force et d’intérêt, un peu confuse. Je pense être passé à côté, dommage.

Dernière Absinthe à Paris de Dean Venetza : Cette dernière nouvelle et celle coup de coeur de Fabien Clavel et je dois bien admettre qu’elle sort un peu du lot. L’auteur nous propose ici quelque-chose de complètement différent à travers un dialogue entre deux personnages sur les toits de Paris pendant la Commune. Un texte philosophique qui ne manque pas d’attrait, offrant aussi en fond de nombreuses réflexions, à travers deux héros qui vont se rendre compte avoir besoin, le temps d’une nuit, de l’un de l’autre pour se ressourcer. Alors certes, certains aspects se révèlent parfois légèrement faciles, mais au final une très bonne nouvelle qui clôture en beauté ce recueil.

En Résumé : Je ressors avec un sentiment plutôt positif de ma lecture de ce recueil de nouvelles, mais rien de non plus trop marquant. Le thème sur le steampunk est bien respecté et offre de nombreux testes variés sur le sujet, flirtant avec les nombreux genres de l’imaginaire, mais j’ai trouvé qu’il manquait à ce recueil une ou deux nouvelles clairement percutantes et frappantes pour y gagner en intérêt. Cela ne veut pas dire que les nouvelles sont mauvaises, loin de là, mais elles ont du mal à franchement dépasser ce côté juste sympathique à lire. De plus tous les textes ne sont pas non plus au même niveau, un ou deux ayant eu du mal à complètement me convaincre. Au final un recueil qui offre tout de même un moment de lecture assez divertissant, qui pourrait plaire aux amoureux du steampunk à la recherche d’un peu de légèreté ou, pourquoi pas, à ceux qui souhaiterait découvrir le genre. Si vous cherchez par contre des textes qui dénotent sur le sujet, je ne suis pas sûr que ce recueil corresponde à vos attentes.

Ma Note : 6/10

CRAAA

Challenge CRAAA 16ème lecture

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