Auteur/autrice : BlackWolf Page 81 of 202

Kel Tome 3, La Ronde de L’Aigle – Andréa Schwartz

kel 3 la ronde de l'aigleRésumé : Amadan du Phénix, souverain suprême de tous les Kel’yon, s’apprête à prendre femme dans la Maison du Dragon.
Du nord au sud du pays de Kaek’tun, les Trois Noblesses se dressent contre une alliance contre-nature. La plus puissante d’entre elles est la Lignée de l’Aigle : la reine des transgressions, la redoutable Maison sai Mordrain. Sang-mêlé de naissance, entraînée par des assassins, Lune est envoyée dans le nord. Elle sera l’œil et l’oreille du Dragon dans le Nid de l’Aigle. Mais sous le toit des sai Mordrain, les trahisons sont multiples ; l’Aigle, suprême dans les cieux kel’yon, a des ennemis plus féroces encore que le Dragon kel’bai.

Edition : Rebelle

 

Mon Avis : Il y a environ deux ans (oui ça date déjà), on m’a proposé de lire le premier tome de cette série et j’avoue avoir été agréablement surpris, car même si l’histoire restait assez classique, l’ensemble se révélait solide et efficace pour se lire avec plaisir (ma chronique ici). La suite, publiée l’année dernière, s’était révélée encore plus intéressante à découvrir, offrant une histoire que je trouvais plus complexe et plus dense (ma chronique ). C’est donc sans surprise que lorsque j’ai vu que le troisième tome était publié, je l’ai rapidement fait rentrer dans ma PAL pour savoir ce qu’allait bien nous proposer l’auteur. À noter aussi une illustration de couverture que je trouve réussie.

Ce qu’il y a d’intéressant, selon moi, avec cette série c’est que l’auteur décide de changer de personnage principal à chaque nouveau tome, ce qui a pour conséquence d’éviter de tomber dans une sorte de routine, tout en diversifiant ainsi les points de vues, les réflexions ainsi que les lignes d’intrigues. Attention cela ne veut pas dire qu’on change complètement d’intrigue à chaque tome, on retrouve au fil des tomes les différents personnages rencontrés dans les volumes précédents ainsi que les lignes d’intrigues principales, principalement politiques, entre Kel’yon et Kel’bai, mais voilà je trouve que cela apporte une certaine fraicheur. Cette fois on se retrouve donc à suivre Lune, jeune espionne formée par les Kel’bai et qui a pour première mission d’aller se lier à Shelun (héroïne du premier tome) pour rentrer dans le clan Mordrain et y découvrir quelle machination il s’y trame.

On se retrouve alors plonger dans une intrigue qui va se révéler encore plus complexe que les deux premiers tomes. On quitte un peu l’aspect, on va dire, « découverte » de cette société, pour plonger en plein dans la politique avec tout ce qui gravite autour. Entre jeu de pouvoir, manipulations, ambitions et trahisons on dévoile ainsi au cours de la lecture une histoire dense, qui révèle ses surprises et ses pièces au compte goutte pour mieux brouiller les pistes du lecteur et jouer avec lui. Sauf que voilà j’ai quand même eu un peu de mal au début, même si rien de bien méchant non plus. Changer de personnage principal fait qu’on est obligé de prendre un peu de temps pour le découvrir, ajouter à cela, comme je l’ai dit, une histoire dense ainsi que de nombreux noms de protagonistes pas toujours faciles à mémoriser, il est parfois un peu compliqué de se rappeler qui est qui et qui fait quoi pour qui. J’aurai aimé, je pense, avoir un lexique des personnages et des différentes familles, je me serai un peu moins perdu durant les premières pages. Car oui, la suite va vite balayer ce défaut, arrivant à m’emporter dans une toile d’araignée qui se resserre doucement autour du lecteur, offrant un récit certes moins guerrier que les précédents, mais plus subtil et plus pernicieux entre jeux de dupes et jeux d’assassins, jouant plus sur les conspirations que l’action, pour tenter de dévoiler une vérité qui se dérobe à chaque nouvelle découverte, poussant ainsi le lecteur à tourner les pages facilement pour en apprendre plus.

Un récit bien porté par un rythme plutôt lent, mais finalement terriblement efficace, jouant sur les révélations et les surprises, même si j’ai trouvé le dernier tiers légèrement trop rapide dans ses révélations et son aboutissement, surtout que vers le milieu quelques longueurs se font ressentir. Je regrette aussi un peu quelques sous-intrigue qui se révèlent un peu oubliées vers la fin. Mais rien de bien méchant non plus tant l’ensemble ne manque pas d’intérêt, que ce soit dans la redécouverte d’anciens personnages et ce qu’ils sont devenus depuis le premier, comme dans la plongée du monde politique de cette contrée divisé par la guerre. L’auteur a ainsi vraiment réussi à rendre son univers vraiment fascinant à découvrir, surtout quand on voit tous les développements qui sont apparus depuis les deux premiers tomes. On en apprend ainsi ici encore plus que ce soit sur les Kel’yon comme les Kel’bai pour de nouveau nous faire réfléchir sur finalement le peu de différence qu’il existe entre ces deux peuples qui se haïssent. L’aspect clairement « asiatique » mis en place par l’auteur ajoute une touche exotique à l’ensemble qui, je trouve, apporte un plus bienvenue, entre honneur, guerre, honte et traditions et le tout porté par des descriptions efficaces. On découvre aussi un aspect différent, celui des assassins, des espions, les jikkai, une caste aux nombreux secrets, qui possède ses propres us et coutumes, élevé dans le grand secret pour servir d’outil aux différentes familles. Un univers qui me passionne de plus en plus tome après tome et qui donne envie d’être découvert.

Concernant les personnages on se retrouve à suivre ici Lune, jeune fille d’une petite vingtaine d’année, jikkai, qui se révèle très rapidement attachante, soignée et intéressante. Elle se révèle complètement différente de Shelun ou de Herdred offrant ainsi plus un côté « humain », moins froid, mis aussi devant les nombreux obstacles qui se retrouvent ou se sont trouvés devant elle et qui la force à voir les choses de façon différente. Les personnages secondaires qui gravitent autour se révèlent eux aussi intéressants à découvrir, entre manipulation et intérêts personnels. Je regretterai juste le fait qu’on ne voit parfois très peu des anciens personnages comme Herdred, dont de nombreuses questions restaient en suspens dans le tome précédent sans obligatoirement tous trouver leurs réponses ici. Mais bon rien de non plus bloquant et je me doute que je trouverai mes réponses par la suite.

La plume de l’auteur se révèle fluide, soignée et terriblement efficace, nous plongeant de façon efficace et avec plaisir dans la découverte de ce troisième tome qui se révèle au final une très bonne lecture, efficace, oscillant entre manipulation, mensonge et trahison. L’auteur n’oublie pas pour autant d’y glisser une romance qui se révèle efficace évitant de tomber dans le trop mielleux. L’auteur arrive à nous surprendre de tome en tome et surtout à construire une intrigue de fond dense et passionnante qui me donne clairement envie de lire la suite.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec le troisième tome de ce cycle qui nous fait découvrir une nouvelle héroïne, Lune, espionne Kel’bai qui se révèle un personnage humain et attachant. L’intrigue proposée se révèle complexe, entre trahisons, mensonges et jeu de pouvoir et surtout permet de découvrir plus en profondeur la politique entre Kel’yon et Kel’bai qui ne manque pas de se révéler complexe avec son lot de jalousie et de jeux de pouvoirs. Certes la première partie demande de la concentration devant les nombreuses intrigues qui se dessinent et surtout les différents personnages nommés, et je pense qu’un lexique par famille aurait apporté un plus, mais très vite je me suis retrouvé emporté par ce récit efficace et offrant de nombreuses surprises. L’univers continue à se développer et à se complexifier au fil pour nous dévoiler un monde intriguant et passionnant qui mérite d’être découvert. Les personnages, outre Lune dont j’ai déjà parlé, se révèlent soignés et efficaces même si je suis un peu frustré de ne ne pas beaucoup voir certains des héros des tomes précédents. Je regretterai par contre ce troisième tome quelques longueurs vers le milieu de l’œuvre, un dernier tiers à l’inverse peut-être un peu trop rapide ainsi que quelques intrigues secondaires oubliés, mais bon rien de non plus dérangeant. La plume de l’auteur se révèle fluide, soignée et entrainante, nous happant facilement dans son histoire. Je lirai la suite sans soucis et avec grand plaisir.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : Ptitetrolle, …

Aeternia Tome 1, La Marche du Prophète – Gabriel Katz

aeternia 1 la marche du propheteRésumé : Leth Marek, champion d’arènes, se retire invaincu, au sommet de sa gloire. Il a quarante ans, une belle fortune et deux jeunes fils qu’il connaît à peine. C’est à Kyrenia, la plus grande cité du monde, qu’il a choisi de les élever, loin de la violence de sa terre natale. Lorsqu’il croise la route d’un culte itinérant, une étrange religion menée par un homme qui se dit prophète, l’ancien champion ignore que son voyage va basculer dans le chaos.
Dans le panier de crabes de la Cité mère qui prêche la Grande Déesse, où les puissants du Temple s’entredévorent, une guerre ouverte va éclater entre deux cultes, réveillant les instincts les plus noirs. La hache de Leth Marek va de nouveau tremper dans le sang…

Edition : Scrineo

 

Mon Avis : Gabriel Katz fait partie des auteurs dont je suis avec assiduité les différentes publications. En effet après avoir réussi à me captiver avec sa trilogie Le Puits des Mémoires (Tome 1, Tome 2, Tome 3), et malgré un sentiment mitigé concernant ma lecture de La Maitresse de Guerre (chronique ici), je dois bien avouer qu’il a toujours réussi à offrir des histoires efficaces et entrainantes. C’est donc sans surprise qu’au moment de la publication de son dernier roman, Aeternia ait rapidement terminé dans ma PAL puis entre mes mains. À noter de nouveau une magnifique couverture, illustrée par Aurélien Police.

On replonge donc dans l’univers que développe l’auteur depuis sa première trilogie, nous proposant de découvrir avec plaisir dans ce nouveau cycle de nouvelles régions et de nouveaux personnages. Ne fuyez pas, il est possible de lire chacune des histoires indépendamment des autres il n’est donc pas obligatoire d’avoir lu Le Puits des Mémoires ou La Maîtresse de Guerre pour se lancer dans ce récit. Ce qu’il y a de bien quand on se lance dans un récit de Gabriel Katz c’est qu’on sait à quoi s’attendre, une histoire qui se révèle énergique, vivante, sans temps mort, bien portée par de nombreux rebondissements et de nombreuses révélations. Il n’oublie pas non plus pour autant l’action, nous offrant des scènes de combat assez percutantes et terriblement efficaces, le tout bien porté par un aspect très visuel. On se retrouve ainsi plongé avec plaisir dans une multitude de manipulations, souvent politiques, humaines et religieuses, pour découvrir ce qui se cache derrière celles-ci et comment certains personnages vont réussir à s’en sortir.

Ce qui, je trouve, devient un inconvénient quand on se lance dans un récit de Gabriel Katz c’est que finalement on sait à quoi s’attendre. Je me répète, je le sais, mais je m’explique. On se rend rapidement compte de la simplicité que propose l’auteur dans le développement de l’intrigue, une sorte de naïveté qui, certes, permet d’avancer très rapidement et de façon énergique, mais qui, d’un point de vue personnel, me frustre tant j’espère parfois plus. Surtout que là on sent bien qu’il cherche à nous faire réfléchir, principalement sur les questions de religions et toutes les conséquences qui gravitent autour de la foi quand elle est aux mains des hommes, mais voilà l’ensemble ne prend jamais vraiment tant il reste trop à la surface du sujet, et surtout de façon simpliste, voir même binaire par certaines explications. Il tombe aussi ici parfois dans certains clichés un peu trop gros pour vraiment m’accrocher. Cela ne rend pas pour autant l’histoire mauvaise, tant elle est entrainante et possède de nombreuses surprises, mais l’empêche clairement de s’élever au-dessus du simple divertissement qui se lit rapidement. De plus j’ai aussi ressenti une sorte de répétition, l’auteur amenant parfois certaines révélations de la même façon que dans ses précédentes œuvres ce qui gâche un peu le coup de théâtre.

Concernant l’univers, sans non plus révolutionner le genre, il se révèle assez solide pour offrir une image de fond efficace et qui colle bien à l’histoire ainsi qu’aux personnages. On découvre ici deux grandes religions, dont les dieux sont La Déesse et Oshin, qui vont venir grandement bouleverser nos différents héros et essayer d’offrir de nombreuses réflexions qui ne sont pas sans rappeler notre Histoire. L’auteur développe aussi un peu plus certains aspects que sont par exemple la nécromancie tout en conservant son ton cynique et rempli d’humour, que ce soit à travers les différents décalages lors des présentations, comme dans les dialogues. Il ne cherche jamais à nous présenter des personnages ou à nous offrir des images parfaites ce qui, je trouve, est une bonne chose. Sauf que voilà, depuis le temps qu’il développe son monde (soit maintenant cinq tomes) j’ai du mal encore à vraiment me l’approprier, il me parait un peu trop servir d’image sans chercher à être plus que cela. Alors rien de bloquant ou de dérangeant non plus, j’ai juste l’impression de me retrouver dans un monde qui manque un peu de vie, n’étant présent que parce qu’il faut une toile de fond à l’intrigue. Je ne saurai trop expliquer le pourquoi de mon ressenti.

Concernant les personnages, ils ne se révèlent pas mauvais, nous offrant des héros un minimum complexes, travaillés, entrainants et souvent marquants voir charismatiques. Sauf que voilà j’ai trouvé qu’ils se révélaient parfois un peu trop stéréotypés, comme par exemple Leth Marek qui a du mal à sortir de son rôle de guerrier au grand cœur bourru qui va se retrouver par la force des choses emporté dans un combat qui le dépasse, ou encore ce jeune fervent de la déesse qui décide de s’engager dans la foi et se rend compte que la religion est très politique loin de l’idéal qu’il s’en faisait, ou bien encore ce guerrier mystérieux. J’ai trouvé qu’ils manquaient d’un peu de folie dans leur construction, même si cela ne les empêche pas d’être solides et intéressants à suivre, offrant aussi de nombreux points de vue qui ne manquent pas d’intérêts. On retrouve par contre la marque de l’auteur au niveau des dialogues, principalement entre Leth et Desmeon, qui sont bien portés par un cynisme et un humour des plus décapant, même si parfois ils tombent légèrement trop dans le familier voir dans l’humour un peu trop second degré.

La plume de l’auteur se révèle toujours aussi simple, efficace, entrainante et pleine d’action, ce qui fait qu’on tourne les pages finalement assez facilement pour en apprendre plus sur cette histoire. Au final ce premier tome offre un divertissement qui se révèle assez sympathique même si, j’avoue, j’attendais peut-être plus de densité et de profondeur de cette œuvre. Le final qui nous est présenté par contre va se révéler vraiment accrocheur, offrant quelques cliffhangers percutants, même si j’en avais vu venir certains, et laissant de nombreuses questions en suspens. Je lirai la suite, rien que pour savoir vers où on va se diriger en espérant peut-être un petit peu plus de complexité.

En Résumé : J’ai passé un moment de lecture assez sympathique avec ce premier tome d’une nouvelle trilogie, mais j’attendais peut-être un peu plus de ce roman de Gabriel Katz. L’histoire n’est pas mauvaise pour autant, on y retrouve les qualités de l’auteur avec une intrigue efficace, bien menée avec de nombreux rebondissements et sans temps morts. Mais voilà, j’y ai aussi retrouvé les lacunes de l’auteur qui, ici, commencent à se ressentir à travers une intrigue par certains aspects un peu trop simpliste, manquant de densité et traitée parfois un peu trop rapidement et facilement pour complètement me fasciner, surtout dans un sujet aussi intéressant que les guerres de religion. L’univers se révèle toujours aussi solide avec de nombreux aspects intéressants, mais cela fait cinq tomes qu’il est développé et j’ai du mal à vraiment me l’approprier, comme s’il lui manquait un peu de vie. Les personnages sont travaillés et soignés, mais tombent un peu trop dans certains stéréotypes et ont par conséquent du mal à en sortir et surtout du mal à surprendre. La plume se révèle simple, efficace et entrainante. Puis arrive le final qui apporte son lot de surprises et son cliffhanger, un final qui donne un minimum envie de lire la suite.

 

Ma Note : 6,5/10

 

Autres avis : Lelf, Dup, Livresse, Lanyla, …

La Danse des Étoiles – Spider & Jeanne Robinson

la danse des etoilesRésumé : Parce qu’elle était trop grande et parce qu’elle avait trop de formes, Shara Drummond, malgré son talent, ne correspondait pas aux standards de la danse moderne, lui interdisant de faire carrière… sur Terre.
Mais dans l’espace, libérée de la gravité, tout est de nouveau possible, quitte à réinventer sa discipline et devenir la première à danser en chute libre.
Et quand les extraterrestres sont apparus dans le Système solaire, c’est elle qui nous a sauvés.
Moi, Charles Armstead, son opérateur vidéo, son ami, j’étais là quand elle effectua sa Danse des étoiles. J’ai tout enregistré.

Edition : Actu SF

 

Mon Avis : Je me suis laissé tenter par ce livre pour deux raisons, la première vient de la promotion lancée par ActuSf qui a titiller ma curiosité, ne connaissant pas ce roman pourtant lauréat des prix Hugo, Locus et Nebula et offrant un résumé des plus intriguant mélangeant danse et science-fiction, et la seconde raison vient clairement de sa couverture, illustrée par Jamie Oliver, que je trouve vraiment magnifique. Il n’a donc pas fallu longtemps pour que je décide de me faire mon avis concernant ce roman.

L’histoire qui est offerte se révèle finalement assez simple, Shara Drummond, danseuse de talent, n’a jamais pu percer, la faute à son corps qui ne rentrait pas dans les normes. Un jour elle décide de prendre son destin en main et d’innover en allant danser dans l’espace, mais rien ne va se passer comme prévu et sa rencontre avec une race extra-terrestre va tout changer. Une fois la dernière page tournée, je dois bien avouer que j’ai passé un bon moment de lecture, mais le premier quart paraissait offrir tellement plus que je ressors légèrement frustré de ma lecture. En effet la première partie du récit offrait une sorte de récit intimiste entre la danseuse et son opérateur vidéo qui se révélait complexe, pleine de sentiments et d’émotions. On est vraiment happé par cette relation tendue et pourtant terriblement attachante qui se lie entre un héros estropié par la vie et une danseuse rejetée par le monde qu’elle adule pour son physique pas assez androgyne. Une première partie qui monte alors en tension, que ce soit aussi bien au niveau des relations de chacun qu’avec l’apparition d’alien dont on ne connait rien et qui paraissent se matérialiser un peu aléatoirement, nous offrant aussi des moments de danses vraiment magnifiques, pour aboutir à une conclusion de partie que j’ai trouvé en apothéose.

Alors attention, les trois parties suivantes qui composent le roman ne sont pas non plus mauvaises, loin de là, mais elles n’ont pas réussi à me passionner et me toucher autant. Déjà, j’ai clairement eu l’impression, mais ce n’est que mon avis, que la première partie était construite de façon indépendante, un peu comme une nouvelle et devant le potentiel de l’œuvre les auteurs ont alors décidé de la prolonger ce qui fait qu’on ressent une sorte de petite « cassure » dans le rythme et l’intrigue. Ensuite j’ai trouvé que cette « suite » perd de son côté intimiste pour s’ouvrir et faire ainsi entrer d’autres personnages et en plus on rentre dans une histoire de science-fiction que j’ai trouvé plus classique. Cela reste plaisant à lire, offrant des aspects vraiment intéressants que ce soit dans l’univers et l’aspect chorégraphie ou encore dans le futur imaginé ou les réflexions proposées, mais n’ayant pas la même intensité.

L’un des grands points forts de l’histoire vient, je trouve, de tout le travail fourni aussi bien d’un point de vue technique que par les descriptions, sur l’aspect de la danse et des mouvements. Les auteurs arrivent vraiment à faire retranscrire et partager la rythmique et la composition des mouvements, tout en faisant passer de façon sous-jacente le panel d’émotion qui s’en dégage. On se laisse alors très facilement emporter par ce ballet et on est happé par les messages qu’ils cherchent à faire passer, ainsi que les réflexions que cela engendre sur l’acceptation et la différence chez les différents protagonistes et le lecteur. Concernant le futur vu par les auteurs il possède un petit côté « old school » qui se révèle, mais de façon involontaire, humoristique car l’année 95 imaginée tout le long de ce roman, publiée dans les années 70, est loin de ce que l’on a connu même si certains points se révèlent très réalistes. Là où je suis peut-être un peu plus rester de marbre, c’est par l’atmosphère parfois un peu hippie qui s’en dégage et qui avait peut-être plus sa place au moment de sa publication, mais qui aujourd’hui par son aspect légèrement « peace & love » dénote. Mais bon rien de bien gênant non plus.

Concernant les personnages, je dois bien admettre que deux héros principaux se détachent, pour moi, fortement : il s’agit de Charles et de Sarah qui se révèlent humains, principalement à travers leurs blessures, leurs souffrances et leurs sacrifices, mais surtout par la relation qu’ils entretiennent entre eux, qui se révèle véritablement complexe et soignée entre amour et indifférence. A travers les émotions, les sentiments et les non-dits qu’ils laissent entrevoir on est ainsi touché par leur histoire. Les autres personnages dévoilé au fil des pages ne sont pas mauvais, se révélant travaillés et intéressants, mais n’ont pas non plus la même densité ni la même force, ce qui parfois amène une sorte de décalage au niveau d’une ou deux révélations. Ils paraissent un peu éclipsés. Rien de non plus bloquant, chacun apportant finalement quelque chose à l’histoire et à son évolution.

Puis voilà, au fil des pages la tension remonte doucement, différentes révélations vont pousser le lecteur à se laisser aller, à vouloir en apprendre plus, développant de nombreux axes intéressants, dont je ne dévoilerai rien pour éviter de spoiler, et qui sont liés à cette présence alien pour aboutir à un final pas trop mal ficelé et humain, mais qui m’a aussi paru un peu trop « d’époque » par certains aspects et peut-être un peu trop optimiste, mais bon là je pense que c’est mon côté cynique qui parle je pense aussi. J’ai aussi noté une facilité qui me laisse perplexe.

La plume des auteurs se révèle vraiment poétique à travers leurs descriptions et ce qu’ils arrivent à faire passer, tout en étant entrainante et efficace, arrivant à me fasciner à travers le monde de la danse qui est vraiment loin d’être quelque chose que je connais bien. En tout cas un roman qui, malgré quelques défauts, m’a offert un bon moment de lecture. J’ai cru comprendre que des suites existaient en VO,  que je lirai avec plaisir si elles sont un jour publiées.

En Résumé : J’ai passé un bon moment de lecture avec ce roman qui nous propose une histoire où vient se mélanger science-fiction, réflexions et aspects humains, le tout sur fond de danse et de chorégraphie. Alors certes toutes les parties ne sont pas au même niveau tant on ressent une sorte de « cassure » entre la première qui m’a happée et la suite qui se révèle plus classique, mais rien de non plus complètement dérangeant. L’univers développé par les auteurs se révèle vraiment intéressant, nous émerveillant devant la danse et les chorégraphies présentées, le tout porté par des descriptions très visuelles et porteuses d’émotions, même si le futur imaginé a un peu mal vieilli par certains aspects. Concernant les personnages j’ai été rapidement happé par Charles et Sarah qui sont des héros touchants, complexes et solides, offrant une relation complexe et prenante, mais ils éclipsent un peu les autres protagonistes qui gravitent autour selon moi. Puis arrive la conclusion, faisant monter lentement la tension, jouant sur des réflexions intéressantes, pour aboutir à un final qui se révèle humain et intéressant, mais qui m’a paru peut-être un peu trop tomber dans le happy-end et s’offre une facilité surprenante, même si rien de non plus bloquant. La plume des auteurs est dense, soignée et poétique. Des suites existent en VO que je lirai avec plaisir si un jour elles sont publiées.

 

Ma Note : 7,5/10

Les Groseilles de Novembre (Chronique de quelques détraquements dans la contrée des Kratts) – Andrus Kivirähk

les groseilles de novembreRésumé : Nous voici immergés dans la vie quotidienne d’un village au Moyen-Âge où tout pourrait sembler normal et où, très vite, plus rien ne l’est. Les seigneurs sont dupés par leurs serfs, des démons maraudent, des vaches magiques paissent sur les rivages, les morts reviennent, le diable tient ses comptes, une sorcière prépare ses filtres dans la forêt et, partout, chaque jour, les jeux de l’amour et du désir tirent les ficelles de la vie.

Edition : Le Tripode

 

Mon Avis : Le premier roman d’Andrus Kivirähk publié en France (mais qui finalement était loin d’être son premier) m’avait offert un excellent moment de lecture à travers une histoire détonante, pleine d’humour et de cynisme et offrant de nombreuses réflexions intelligentes (ma chronique ici). C’est donc sans surprise que, quand je me suis rendu compte qu’un nouveau roman de l’auteur était sorti, je l’ai fait rapidement rentrer dans ma PAL. Il faut aussi avouer que la couverture, illustrée par Denis Dubois, se révèle de nouveau, selon moi, magnifique nous offrant une vision de plus pittoresque et légère du Kratt.

Qu’est-ce qu’un Kratt alors me direz-vous? C’est bien simple il s’agit d’un objet créé de bric et de broc et auquel les Estoniens fournissent une âme négociée avec le diable. Déjanté? oui et c’est le but. C’est donc à la découverte d’un village d’Estonie, sous domination Allemande, que nous fait découvrir l’auteur, à la rencontre de ses habitants tous plus barrés les uns que les autres. Car oui de nouveau la grande force du récit vient de l’humour, souvent noir et cynique, qui nous est proposé tout au long de l’histoire. On ne peut pas s’empêcher de sourire, voir de rire devant les innombrables aventures et péripéties que vont rencontrer les membres de ce village que ce soit à travers leurs trahisons, leurs mensonges et leurs mauvaises actions. C’est loufoque, c’est timbré, et pourtant cela n’empêche pas au récit d’offrir une histoire qui s’avère cohérente et efficace qui, comme son précédent roman va offrir de nombreux aspects efficaces et offrir aussi de nombreuses réflexions bien menées et intelligentes.

L’auteur nous propose ainsi de nombreux axes réflexions sur la longue période qu’a connu l’Estonie sous le joug des Allemands, arrivant à la dédramatiser par l’humour et dévoilant de nouveau, comme dans son précédent roman, une critique mordante sur les nombreuses influences que cela a du avoir sur la population ; entre pertes et gains. Car comme chacun de ses récits il parait y avoir une morale à tirer de tout cela. Ici on se retrouve à se poser alors de nombreuses questions que ce soit sur ces villageois soumis et qui pourtant roulent leur maître régulièrement dans la farine, mais aussi sur la religion entre rites païens et influence de plus en plus grandissante de l’Église, sur l’amour et les relations hommes femmes, sur le sentiment que c’est souvent meilleur chez les autres, ou bien encore sur la façon dont la population de ce village oscille lentement entre l' »ancien » et le « nouveau » pour finalement se perdre et perdre aussi un peu de ce qu’il était, de son identité. Il y a donc au-delà de ce récit humoristique un véritable travail de fond cherchant à faire réfléchir le lecteur sur des aspects souvent très vastes et qui sont traités de façon souvent efficaces.

Ce qui est toujours intéressant, c’est de découvrir l’imagination débordante que propose l’auteur dans son univers qui paraît souvent sans limite, mélange de légende, de réalité et de magie et qui ne manque pas de surprendre et de captiver. Un univers à la fois complètement déjanté et pourtant solide et passionnant à découvrir. Un monde à la fois sombre, où la mort est familière, où les maladies et les épidémies sont bien présentes et pourtant qui donne envie de le découvrir plus en profondeur, d’en apprendre plus. Entre Kratts, sorts, sorcière et remède complètement loufoques tout donne à l’ensemble quelque chose d’attachant et de complexe. Concernant les personnages que l’on rencontre au fil des pages, on découvre un panel vraiment large de protagonistes tous à la fois appréciables et détestables dans leur façon d’avancer, de débattre ou de voir la vie. Ils sont ainsi loin de tout manichéisme et surtout la vie leur rappelle rapidement que de toute façon, bon ou mauvais, on peut tomber à tout instant. Des héros hauts en couleurs, au bagou plus que percutant et qui sont solides, cohérents et captivants à découvrir au fil de leurs différentes aventures, même s’il est un peu compliqué de s’attacher à eux tant ils sont nombreux, mais bon rien de non plus bien gênant.

Et pourtant j’avoue avoir moins accroché à ce roman qu’au précédent de l’auteur. Pour resituer le contexte il faut savoir que L’Homme qui Savait la Langue des Serpents a connu sa première publication en 2007 tandis que ce roman a été initialement publié en 2000, et cela se ressent clairement que ce soit dans la façon de présenter les choses, comme dans l’aspect percutant du récit comme dans l’équilibre de l’ensemble, on sent que l’auteur a gagné en maîtrise au fil des années. Je ne vais pas dire que ce roman est mauvais ou qu’il s’agit d’un brouillon, loin de là, car ce récit offre un bon moment de lecture avec de nombreux aspects intéressants, mais voilà je ne pouvais m’empêcher de le comparer à son précédent roman, tant il y a des similitudes, et c’est dommage. Si Les Groseilles de Novembre avait été publié avant je pense que je l’aurai un peu plus savourer, même si je le dis et je le répète il n’est pas mauvais et offre tout de même un bon moment de lecture. Je regrette aussi une conclusion qui m’a paru un peu trop barré à mon goût, même si, sans spoiler, elle possède un quelque chose de réfléchi et parfois un humour un tout petit peu limite à mon goût .

La plume de l’auteur se révèle toujours aussi efficace, pleine d’humour et d’ironie, plongeant facilement le lecteur dans cet univers loufoque et à l’imagination débordante qui donne envie d’y plonger et de le découvrir. Au final j’ai passé un bon moment de lecture avec ce roman qui confirme les qualités de l’auteur à offrir des récits remplis d’humour noir et intelligents. Je lirai sans soucis et avec plaisir d’autre de ses écrits.

En Résumé : J’ai passé un bon moment de lecture avec ce roman qui nous plonge de nouveau dans une Estonie passée et imaginaire qui se révèle déjanté et dont l’imagination foisonnante de l’auteur, qui oscille entre magie et moyen-âge, s’avère vraiment passionnante à découvrir. Mais ce roman n’oublie pas non plus de nous faire réfléchir, que ce soit sur les notions de changements liés à la chute du pays sous le giron des allemands qui va profondément bouleverser les traditions du pays, mais aussi sur d’autres aspects comme la religion, la notion d’amour, de mort voir la dualité du « passé » contre le « progrès ». On découvre aussi tout au long du roman un panel de personnages qui se révèlent hauts en couleurs, à la verve efficace et percutante et qui nous plongent dans des situations toutes les plus loufoques les unes des autres. Mais voilà il est difficile de ne pas comparer ce livre avec le prédécesseur de l’auteur publie en France et là, clairement, il est quand même un cran en dessous se révélant moins incisif et moins touchant. De plus j’avoue que la conclusion, sans se révéler mauvaise, ne m’a pas complètement convaincu pour autant et parfois l’humour m’a paru un peu limite. La plume de l’auteur se révèle toujours aussi efficace, entrainante et bourrée d’humour noir  et je lirai sans soucis d’autres de ses écrits.

 

Ma Note : 7,5/10

 

Autres avis : Philemont, …

Gretel and the Dark – Eliza Granville

gretel and the darkRésumé : Vienne, 1899. On amène au psychanalyste Josef Breuer une jeune fille maigre, presque morte, le crâne rasé. Le Dr Breuer baptise sa nouvelle patiente Lilie ; il ignore encore qu’il s’agira du cas le plus énigmatique de sa carrière. Lorsqu’elle revient à elle, l’inconnue soutient être une machine destinée à tuer le Monstre : Adi Wolf.
Quelque part en Allemagne, bien des années plus tard. Krysta est une petite fille orpheline de mère qui tyrannise ses gouvernantes et son père, médecin dans un étrange dispensaire. Quand celui-ci disparaît, elle reste seule au monde, sans rien ni personne pour la protéger contre l’enfer qui la rattrape. Elle devra alors plonger dans le souvenir des contes anciens que lui racontait sa nourrice…

Edition : Mirobole Editions

 

Mon Avis : Ce livre a rejoint ma PAL vraiment par hasard. J’ai commencé à en entendre parler pour la première fois en voyant apparaitre sur quelques blogs des avis qui se révélaient en majorité très positifs, de plus je dois bien avouer que je trouve le travail des éditions Mirobole vraiment réussi que ce soit concernant leurs choix de publications comme leurs maquettes. Par conséquent quand on m’a proposé de découvrir ce livre je me suis rapidement laissé tenter. En tout cas je trouve le visuel de couverture très accrocheur. À noter que j’ai légèrement modifié le résumé car je trouve qu’il peut jouer légèrement sur un des retournements important de l’histoire dont je parle dans ma chronique.

Ce récit nous propose de suivre deux lignes d’intrigues, une première qui se situe en 1899 à Vienne, où une jeune fille est retrouvée, presque morte et amnésique, après avoir été agressée et une seconde en Allemagne où on suit le destin de Krysta, véritable peste, qui a perdu sa mère et doit suivre son père, médecin, dans une nouvelle région. Cette double narration se révèle assez cryptique au début, en effet le lecteur a un peu de mal à comprendre le lien qui se lie entre les deux intrigues. Pour autant ce n’est pas une mauvaise chose, ça ne m’a pas empêché de me retrouver accroché à cette histoire qui se révèle sombre, empli de violence et d’horreur, mais happe rapidement le lecteur habitué, sans tomber dans la surenchère ou dans le trop morbide. C’est d’ailleurs une des forces du récit, il ne joue pas complètement sur le visuel, mais plus sur les non-dits, laissant ainsi à chacun le choix de pouvoir s’imaginer de lui-même les choses, de jouer par lui-même sur ses propres peurs. On a vraiment l’impression de rentrer dans un « cauchemar » où vient se mélanger de façon terriblement efficace psychologie, conte et histoire. Certes ce n’est pas la première fois qu’un auteur se sert d’un conte pour jouer sur la cruauté de la vie, mais là Eliza Granville nous offre aussi l’autre penchant du conte : certes comme la vie il peut se révéler cruel, certes comme la vie il peut être injuste, mais voilà les histoires et les récits peuvent aussi avoir une force que ce soit sur l’imagination, sur l’espoir, comme aussi sur nous-mêmes.

Mais voilà, la grande force du récit, celle qui a fait que j’ai quand même pris une petite claque (dans le bon sens du terme), ne m’attendant pas à cela, c’est le twist que nous propose l’auteur vers le milieu du récit. Certes tous les indices étaient présents pour permettre de le voir, au moins en partie, venir, et pourtant j’ai été surpris, car ce retournement de situation va apporter un côté « humain » au ressenti du lecteur, quittant ainsi l’aspect fiction et conte pour quelque chose de plus concret. C’est bien simple, on passe d’un roman qu’on aurait pu prendre pour un simple roman d’horreur, qu’on lit pour se divertir de façon un peu malsaine devant des effets visuels attendus, pour rendre finalement ce récit palpable, ambitieux et réaliste, le replaçant ainsi dans notre Histoire. On se retrouve alors à se lancer dans une véritable réflexion, que ce soit sur la folie de l’Homme, comme sa capacité à aller de plus en plus loin dans la cruauté et la bêtise sans aucune véritable raison, simplement parce-qu’il en a le pouvoir. La peur devient ainsi un peu plus malsaine, mais toujours sans tomber dans le glauque ou le gratuit, c’est vraiment le questionnement du lecteur vis-à-vis de lui-même et des autres qui rend le tout plus sombre. Alors je ne vais pas trop en parler pour éviter de trop en révéler, mais c’est clairement ce twist qui a fait, pour moi, la différence, à chacun de voir quel effet ce retournement de situation lui apportera.

L’univers et l’ambiance que pose l’auteur tout au long du récit se révèle terriblement efficace, à la fois sombre, dérangeante avec son lot d’effroi qui ne manqueront pas de faire frissonner le lecteur sans non plus trop étouffer. L’aspect historique se révèle aussi solide et soigné et je vous le laisse le découvrir pour, de nouveau, éviter de trop vous spoiler. La grande réussite de ce qui est construit ici vient, comme je l’ai dit du mélange conte, réalité, qui apporte ainsi de nombreuses voies possibles aux différentes intrigues, jouant facilement sur l’imagination du lecteur, le tout mâtiné d’un travail sur la psychologie et la philosophie qui ajoutent des aspects vraiment intéressants à l’ensemble et offre par la même occasion quelques débats intéressants. Les personnages se révèlent vraiment soignés et travaillés, possédant une profondeur et une caractérisation que j’ai trouvé abouti. Certes on a parfois du mal à s’attacher à certains des héros, par leurs réactions et leurs façons d’agir, mais très vite on les comprend ; ils ont parfois des raisons de se comporter comme ils le font, certes pas toujours bonnes, mais au moins on peut les appréhender. Mais surtout ils évoluent au fil des pages, ils ne restent pas figés et vont devoir avancer malgré les souffrances, les horreurs et les violences qu’ils vont rencontrer. Les personnages principaux se révèlent ainsi profondément humains et nous touchent, certains, selon moi, ne pouvant laisser indifférent le lecteur, là où d’autres personnages secondaires nous offrent d’effrayant croque-mitaine.

Puis les lignes d’intrigues commencent à se resserrer, les différentes questions trouvent leurs réponses et certaines hypothèses que je m’étais faites s’effondrent pour en ouvrir d’autres, aboutissant ainsi à une conclusion que j’ai trouvé réussi, passionnante et qui offre un point final réfléchi et une lueur d’espoir. Une sorte de rayon de soleil bienvenue dans un récit très sombre et qui nous rappelle aussi le besoin de la mémoire sans non plus tomber dans l’excès. Alors après certains pourraient regretter une démarrage un peu long et nébuleux, ou encore que le récit de Krysta parait trop « adulte » pour son âge, mais franchement pour moi ce ne fut que des détails tant j’ai été pris par ce roman. Par contre, comme je l’ai dit, l’avis de chacun dépendra de votre réaction face au twist. L’ensemble est porté par une plume qui se révèle dense, soignée et qui plonge facilement le lecteur dans l’ambiance angoissante et dérangeant de son récit, sachant jouer avec le lecteur pour mieux le surprendre, tout en cherchant à offrir des réflexions intéressantes. En tout cas je lirai avec grand plaisir d’autres écrit d’Eliza Granville tant celui-ci m’a passionné. Je ne peux que vous conseiller de découvrir ce roman, même s’il n’est pas à mettre entre toutes les mains comme vous vous en doutez.

En Résumé : J’ai passé un excellent moment de lecture avec ce récit qui nous propose deux lignes de narrations dont il est, au départ, difficile de comprendre en quoi elles sont liées, mais offrant des intrigues sombres, angoissante et réussi sans non plus tomber dans le gratuit. Puis arrive le twist, celui qui fait passer ce récit du simple roman d’horreur à quelque chose de plus marquant, de plus concret, ramenant le tout dans l’Histoire. C’est ce retournement qui offre, je trouve, une nouvelle grandeur au récit, le rendant encore plus passionnant, nous offrant ainsi de nombreuses réflexions, tout en continuant à nous entrainer dans une ambiance dérangeante et effrayante des plus captivante, le tout sans jamais non plus trop tomber dans le « graphique » ou le sanglant, mais jouant clairement sur les non-dits plus que sur le visuel. L’univers que construit l’auteur est efficace, plein d’imagination, jouant entre conte et réalité, offrant ainsi de nombreuses voies et de nombreuses hypothèses, et en y ajoutant une touche de psychologie ouvrant au débat. Puis les lignes d’intrigues commencent à se resserrer, aboutissant à une conclusion que j’ai trouvé réussi, y amenant un léger rayon de soleil et nous rappelant que les contes peuvent être cruels, mais peuvent aussi offrir une force et une mémoire. Alors on pourrait regretter un démarrage qui prend un peu son temps ou encore sur le récit de Krystal une narration trop adulte pour un récit d’enfant, mais ses défaut ont très vite été balayé par le fait que j’ai été emporté par cette histoire, porté par une plume dense, soignée et immersive.  Je lirai sans soucis et avec plaisir d’autres écrit de l’auteur. Un roman que je ne peux que conseiller, dont le twist est la clé, même s’il n’est pas non plus, à mettre entre toutes les mains de par son côté horreur et son ambiance inquiétante et obscure.

 

Ma Note : 9/10

 

Autres avis : Lune, Cornwall, Mylene, Cajou, …

Sovok – Cédric Ferrand

sovokRésumé : Moscou, dans un futur en retard sur le nôtre. Manya et Vinkenti sont deux urgentistes de nuit qui circulent à bord de leur ambulance volante de classe Jigouli. La Russie a subi un brusque infarctus politique, entraînant le pays tout entier dans une lente agonie économique et une mort clinique quasi certaine. Le duo d’ambulanciers est donc le témoin privilégié de la dégradation des conditions de vie des Russes. Surtout que leurs propres emplois sont menacés par une compagnie européenne qui s’implante à Moscou sans vergogne.

Edition : Les Moutons Électriques

 

Mon Avis : Ce livre n’a pas fini dans ma PAL par hasard, j’avais déjà été fasciné par le premier roman de l’auteur, Wastburg (ma chronique ici), qui offrait un récit de Fantasy choral avec une intrigue originale, dans une ville haute en couleurs et à la découvertes de personnages efficaces. C’est donc sans surprise que quand j’ai vu que l’auteur publiait un nouveau roman, je l’ai rapidement fait rentrer dans ma bibliothèque. Il faut aussi avouer que je trouve la couverture, illustrée par Prince Gigi, superbe dans son côté futuriste soviétique.

Contrairement à Wastburg, qui nous proposait de suivre un personnage différent par chapitre, avec Sovok l’auteur revient à une narration plus « classique » on va dire. On se retrouve ainsi à suivre Méhoudar, en galère et à la rue, qui décide de tenter sa chance en tant qu’ambulancier. Il va se retrouver à faire équipe avec Manya et Vikenti, à sillonner les rues de Moscou en poste de nuit. D’intrigue on va très vite se rendre compte qu’il n’y en a pas vraiment, il y a bien un fil rouge qui sert de léger conducteur à l’ensemble, mais rien qui se révèle épique ou haletant. Vous vous dites alors que ce roman n’a finalement que peu d’intérêt alors, et pourtant ce serait une erreur, car Sovok propose finalement un récit que j’ai trouvé terriblement efficace, entrainant et offrant son lot de réflexions. En effet l’absence d’une intrigue principale fait finalement que le lecteur se consacre alors pleinement à ce qu’il considère normalement comme secondaire et se retrouve ainsi emporté que ce soit aussi bien par les personnages, leurs interactions, que par cette ville et ce pays qui nous sont présentés au fil des pages.

Car oui comme son précédent roman, qui offrait à la ville un rôle important, ici la ville de Moscou se révèle être aussi un élément central de central, ou plus précisément la Russie dans son ensemble. Alors certes elle n’a pas autant d’influence que pouvait en avoir Wastburg, mais elle est imprégnée dans chacun des personnages, on en sent l’influence à travers chacun. Un pays en pleine perte de vitesse, au bord de la rupture, complètement gangréné que ce soit de l’intérieur par la corruption, comme de l’extérieur par une Europe qui vient grappiller les derniers reste d’une contrée à l’agonie. Être au plus près de nos trois héros et les différentes rencontres qu’ils font nous dévoilent ainsi un peuple qui est loin de se laisser aller, car même s’il connait la misère, le manque d’énergie et la faim, les magouilles et les pots de vins sont toujours présents, au cœur de leur culture. Malgré que tout le monde râle, chacun arrive à s’en sortir d’une certaine façon. On se retrouve ainsi plongé dans un futur où le passé et la nostalgie sont encore bien présents dans chacun des protagonistes ; un décalage réussi et efficace qui offre aussi régulièrement son lot d’humour et de légèreté, évitant ainsi au livre de trop tomber dans le misérabilisme. Mais l’auteur ne se contente pas non plus d’être au plus près de la population, il nous offre aussi une vision plus large que ce soit du point de vue  de la société, mais aussi de la politique qui n’est que manipulation et violence, ou encore offrant une critique acerbe sur le milieu médical, et aussi sur la « paperasserie » qui n’est pas sans rappeler notre époque actuelle. Au final un univers qui oscille entre décadence et lumière, offrant de nombreuses réflexions sur les causes de la dégradation et qui donne vraiment envie d’en apprendre plus.

Concernant les personnages, là aussi l’auteur s’en sort parfaitement bien, nous dévoilant ainsi des héros qui ne manquent pas de profondeurs, se révélant souvent soignés et passionnants à découvrir, tout en restant humains avec leurs forces et leurs faiblesses, leurs besoins et leurs envies. On se retrouve ainsi rapidement à s’attacher à chacun d’entre eux, que ce soit aussi bien les trois héros qu’on suit du début à la fin, comme chaque personnage secondaire que l’on découvre, à travers leurs galères, leurs souffrances et leurs problèmes. Chacun d’entre eux se révèle sensible et touchant dans son envie d’avancer, de se présenter toujours fier de ce qu’il est, que ce soit dans le meilleur comme dans le pire. On découvre ainsi au fil du récit un panel de personnage hétéroclite, acerbe et pittoresques que ce soit Méhoudar l’ancien militaire qui cherche à s’en sortir, Manya médecin qui ne semble posséder qu’un simple diplôme de vétérinaire ou bien encore Vikenti le syndicaliste désabusé, on s’accroche à chacun d’entre eux tant on se retrouve, au moins en partie, à travers eux. Surtout que l’auteur a un don pour arriver à les rendre rapidement, en quelques lignes à peine, attachants, avec leurs qualités et leurs défauts, tout en nous faisant réfléchir sur des sujets sérieux comme par exemple le rejet de la différence ou encore la pauvreté.

J’aurai par contre un regret concernant ce récit, c’est qu’une fois la dernière page tournée, certes on s’est rapidement rendu compte qu’il ne s’agissait qu’une tranche de vie de Moscou et non pas une histoire balisée avec introduction, développement et conclusion, mais voilà je me suis tout de même senti frustré de ne pas en apprendre plus. Surtout que l’auteur laisse de nombreux fils d’intrigue ouvertes à l’imagination du lecteur. Alors, rien de bien gênant non plus, c’est un choix clair de l’auteur, mais bon je ne pouvais m’empêcher de ressentir une légère déception. Concernant la plume de l’auteur elle se révèle efficace, claire et entrainante, nous plongeant avec plaisir dans cette Russie aux visages hétéroclites qui donne clairement envie d’en apprendre plus. Au final avec ce nouveau roman Cédric Ferrand confirme tout le bien que je pensais de ses écrits et j’en lirai d’autre sans soucis.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman qui nous propose de découvrir une tranche de vie de trois personnages urgentistes et pendant une semaine ; le tout dans une Russie qui agonise lentement. Ici, pas de véritable intrigue dans son côté classique, mais une peinture de Moscou qui se révèle efficace et passionnante à découvrir avec son aspect mélange de futurisme et de nostalgie, mais aussi son lot de réflexions. Une Russie pleine de nostalgie ou la débrouillardise est de mise et qui donne envie d’en découvrir plus. Les personnages se révèlent travaillés, denses, humains et attachants avec leurs bons comme leurs mauvais côtés. On est ainsi rapidement happé par cette image que nous décrit l’auteur qui oscille avec réussite entre humour, tragique et espoir dont mon seul regret est finalement que la fin laisse de nombreuses perspectives ouvertes, ce qui m’a paru légèrement frustrant. La plume de l’auteur se révèle entrainante, captivante et décalé dans sa façon de nous présenter son récit, offrant juste ce qu’il faut d’ironie et de cynisme pour rendre son histoire prenante et intelligente. Je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : Lune, Cornwall, Bibliocosme, …

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