Récits en meute ! (1)

Bon, nouvelle chronique que je lance. A voir si je la tiendrai sur la durée et si vous, lecteurs de ce blog, êtes intéressé. En effet depuis quelques semaines maintenant, je me suis mis à lire des nouvelles, voir des novella, qui sont disponible sur le net, que ce soit par des éditeurs, des magazines ou d’autres sites.  Vu qu’écrire un article complet sur une nouvelle me paraissait exagéré j’ai donc décidé de créer une chronique qui regrouperait ce genre de lecture. Je pense aussi y inclure les textes achetés à l’unité qu’il m’arrive de me procurer. N’hésitez pas à me faire des retours sur l’intérêt que vous portez à ce genre d’articles.

the lithany of earth

The Litany of Earth de Ruthanna Emrys : Cette nouvelle est un peu particulière puisqu’il s’agit d’un hommage à la mythologie Lovecraft, reprenant les mythes et l’univers des grands anciens. On y suit Aphra Marsh, de la famille des Marsh bien connue de ceux qui suivent l’auteur, qui après l’intervention de l’état à Innsmouth, a fui pendant plusieurs années. Revenue à San Francisco elle cherche à retrouve une vie paisible, mais le FBI la contacte. Au final je dois bien admettre que j’ai bien aimé cette nouvelle. L’auteur a déjà pris le parti de se placer de l’autre côté, en nous proposant une héroïne qui ne se retrouve pas par hasard mêlée aux grand anciens, mais dont la famille faisait partie de ceux qui lui vouait un culte. Cela lui permet clairement de travailler un autre point de vue qui, certes, jouera peut-être un peu moins sur la peur et l’angoisse, mais offre ainsi un travail plus intimiste sur l’héroïne et ce qu’elle  a perdue, le tout dans une ambiance étrange qui colle bien au récit.

L’univers se révèle solide, cela fait longtemps que je n’ai pas lu de Lovecraft, mais je n’ai pas noté d’éléments qui m’ont fortement troublé ou dérangé dans la mythologie. L’ensemble reste cohérent et ajoute une ambiance un peu sombre, mystérieuse à ce récit et à cette héroïne. Car finalement oui, le point fort, je trouve, c’est Aphra Marsh, sa vision du monde suite à son enfance, sa façon de gérer les évènements, soulevant ainsi quelques petites questions sur le rôle de l’état dans la liberté des autres. On découvre ainsi un personnage sensible, humain, captivant, mais qui possède une certaine force de caractère. Après, le récit ne peut éviter la comparaison avec ceux de Lovecraft et même si j’ai bien aimé ce texte et qu’il se lit très facilement, il ne m’a pas autant marqué. Maintenant le texte est assez court, ce qui fait que, selon moi, la fin est un peu précipitée, malgré un dernier paragraphe touchant et intéressant. L’auteur a prévue d’écrire d’autres récits avec cette héroïne et je me laisserai sûrement tenté principalement par son traitement différent du sujet, son héroïne et pour voir ce qu’elle va proposer.

 

Ma Note : 7/10
Vous pouvez lire cette nouvelle en VO ici.

 

Ratspeak de Sarah Porter : Cette nouvelle nous fait découvrir Van, qui rêve d’apprendre le langage des rats. Après être intervenu pour sauver l’un d’entre eux, il va demander a ce que son rêve se réalise. Sauf que voilà, les rats ne sont pas des plus intéressés par cette idée, mais ils ont une dette envers le jeune homme. Il s’agit ici d’une nouvelle à chute, qui cherche à construire au fil du récit une ambiance dérangeante entre ces rats qui ne veulent pas que leur langage, et par la même occasion leurs secrets, soient dévoilés, et ce jeune homme qui rêve de devenir un rat, quitter ce monde qui ne le comprend pas vraiment et inversement. Une sorte de lutte psychologique va ainsi s’instaurer entre les deux camps. L’auteur cherche clairement le divertissement, l’ensemble se lisant assez facilement et rapidement, sans trop d’anicroches.

Sauf que voilà, même si la nouvelle reste assez sympathique, le côté très court de celle-ci l’empêche de vraiment pouvoir offrir plus. Le héros manque un peu de profondeur, que ce soit sur son sentiment de rejet comme ce qui tourne autour de sa famille, et les évènements son traités trop rapidement pour bien réussir à mettre en avant cette ambiance légèrement angoissante et dérangeante que cherche l’auteur. Les personnages secondaires sont juste là pour tenter de travailler le climax sans vraiment captivé. Les questions soulevées sur l’importance du langage manquent un peu de densité aussi. Au final je classe ce récit dans le vite lu, un minimum apprécié, mais vite oublié.

 

Ma Note : 6/10
Vous pouvez lire cette nouvelle en VO ici.

 

The Weight of Memories de Cixin Liu (traduit par Ken Liu) : Il s’agit ici d’une très courte nouvelle qui nous propose de réfléchir sur l’idée de réveiller la mémoire de ces ancêtres à un foetus. La construction du récit repose ainsi, dans un futur lointain, sur un dialogue entre la mère, le foetus et le docteur qui a permis ce prodige. Un texte qui repose sur une idée vraiment très intéressante et qui n’était pas sans me rappeler l’enfant génie d’une nouvelle de Egan (Eugène si je ne me trompe pas), mais proposant un traitement complètement différent. De nombreuses réflexions sont ainsi soulevées, que ce soit sur l’aspect scientifique, sur la mémoire, sur les conséquences d’une telle expérience, ou bien encore sur cette question : si on implante la mémoire d’une personne dans une autre est-elle toujours la même personne ? Je dois bien avouer que l’ensemble s’avère franchement percutant, intelligent et ne laisse pas indifférent le lecteur. J’ai posé ce texte avec encore pleine de questions et de thèmes qui se bousculaient dans ma tête.

L’aspect scientifique est minimisé au possible, évitant ainsi de tomber dans le hard science pour un si court texte, et permet à un large public de le lire, mais possède aussi l’effet inverse de se demander si une telle expérience est réalisable ou pas et de remettre ainsi en question sa véracité. Mais là c’est mon côté scientifique qui parle. Là où par contre je suis resté plus circonspect c’est sur la construction de récit, sous forme de dialogue, qui n’a pas complètement réussi à m’embarquer. J’ai eu l’impression que le récit manquait d’une certaine empathie, d’un peu d’émotion pour encore mieux porter ses idées et ses personnages. C’est un choix de l’auteur pour rendre son texte plus percutant, mais qui m’a un peu dérouté. Cela n’empêche pas cette nouvelle de se révéler très intéressante sur le fond et me donne envie de lire The Three-Body Problem qui est dans ma PAL.

 

Ma Note : 7/10
Vous pouvez lire cette nouvelle en VO ici.

 

Memories of my Mother de Ken Liu :  On plonge ici dans une très courte nouvelle où, une jeune maman atteinte d’une maladie incurable, pour pouvoir voir sa fille grandir, décide d’aller régulièrement dans l’espace. Elle se sert des lois de la physique, de la relativité, pour ralentir le temps et ainsi revenir la voir régulièrement. Sauf que quand sa fille gagne des années de vie, elle ne vieillit que de quelques mois. L’auteur nous propose ici un thème fort et traité de façon vraiment intelligente. Une relation mère/fille fascinante par son côté étrange, la fille vieillissant plus vite que la mère, mais qui est se révèle finalement naturelle, surprenante, efficace et pas si différente des relations classiques. L’auteur nous dresse en quelques mots des personnages attachants et humains, avec leurs forces et leurs faiblesses, mais c’est surtout un sentiment d’amour qui se dégage, je trouve, de ce texte. Cet amour filial qui brave le temps et l’espace, mais qui possède toujours ses hauts et ses bas. Une nouvelle réussie, d’une grande qualité, avec une conclusion intime et touchante. J’ai d’autres récits de Ken Liu dans ma PAL ils ne vont pas faire long feu.

 

Ma Note : 8/10
Vous pouvez lire cette nouvelle en VO ici.

Sharakhaï Tome 1, Les Douze Rois de Sharakhaï – Bradley P. Beaulieu

les douze rois de sharakhaiRésumé : Dans les arènes de Sharakhaï, la perle ambrée du désert, Çeda combat tous les jours pour survivre. Comme de nombreux autres, elle espère la chute des douze Rois immortels qui dirigent la cité depuis des siècles. Des souverains cruels et tout-puissants qui ont peu à peu écrasé tout espoir de liberté, protégés par leur unité d’élite de guerrières et les terrifiants asirim, spectres enchaînés à eux par un sinistre pacte. Tout change lorsque Çeda ose braver leur autorité en sortant la sainte nuit de Beht Zha’ir, alors que les asirim hantent la ville. L’un d’eux, coiffé d’une couronne en or, murmure à la jeune fille des mots issus d’un passé oublié. Pourtant, elle les connaît. Elle les a lus dans un livre que lui a légué sa mère. Et le lien que Çeda découvre entre les secrets des tyrans et sa propre histoire pourrait bien changer le destin même de Sharakhaï…

Edition : Bragelonne

 

Mon Avis : Comme tous les ans, Bragelonne nous propose de découvrir son coup de cœur de l’année. J’avoue, avec le temps, j’ai pris cette expression avec des pincettes tant j’ai connu des hauts et des bas avec ces fameux coup de cœur de l’éditeur. Cette année c’est donc ce premier tome de la série Sharakhaï qui est mis en avant et j’avoue que j’ai rapidement craqué, que ce soit pour son résumé efficace et accrocheur et aussi pour sa couverture, illustrée par Marc Simonetti, que je trouve superbe.

On se retrouve ainsi à suivre le destin de Çeda qui, suite à la mort de sa mère, s’est donnée comme mission d’éliminer les douze rois de Sharakhaï, responsable de tous les maux de la ville. Un jour lors d’une mission qui tourne mal, elle va rencontrer un asirim, spectres qui apparaissent la nuit de Beht Zha’ir pour récupérer leurs sacrifices, qui au lieu de la tuer va lui parler. Son désir de vengeance va alors trouver une nouvelle voie. Bon autant le dire tout de suite, ce roman remplit la check-list de ce qui se retrouve régulièrement dans un roman de Fantasy : une vengeance, une prophétie, un univers plein de magie et de mystères, et je dois bien avouer que l’auteur s’en sort plutôt bien. Il ne révolutionne pas vraiment le genre, mais offre une intrigue un minimum solide et entrainante, alternant de façon efficace rebondissements, trahisons, jeux de pouvoir, action et phase plus calme d’explications.

Le démarrage se révèle ainsi plus que percutant, avec un premier chapitre nerveux offrant un combat d’arène incisif et une héroïne forte. On se retrouve alors à tourner les pages assez facilement, histoire d’en apprendre plus sur l’envie de vengeance de notre héroïne ainsi que sur le monde développé qui ne manque clairement pas d’attrait. Après j’avoue que la façon de faire évoluer l’intrigue m’a paru par moment un peu trop téléphonée, voir facile, comme si l’auteur visait une Fantasy aussi bien adolescente que adulte. Le rythme m’a paru par moment légèrement saccadé, la fin proposant un peu trop d’ellipses permettant à l’auteur d’aller plus vite, mais m’a donné l’impression d’un léger manque. Mais dans l’ensemble, rien de non plus trop bloquant tant l’intrigue avec ses énigmes arrivent à donner envie de lire la suite.

L’univers est par contre, je trouve, le gros point fort du roman. Il nous plonge dans un monde typé Moyen-Orient qui ne manque pas d’attrait et donne clairement envie d’en apprendre plus, voir d’y plonger dedans. Cette ville tentaculaire possède quelque-chose d’attrayant que ce soit dans ses descriptions plutôt efficaces comme dans l’ambiance qu’elle cherche à retranscrire. On se sent ainsi emporté par cet univers, offrant même quelques idées intéressantes comme ces moyens de déplacement sur patins. Les rois sont là pour y apporter ce côté sombre et violent, même si j’ai au final trouvé l’ensemble plutôt « léger ». Ce que je veux dire par là c’est que pour une ville, soit-disant despotique, où on se retrouve plongé dans les bas-fond, je n’ai pas non plus trop ressenti cet aspect dérangeant, violent et sombre. Rien de bien méchant au final, l’auteur cherchant ainsi sûrement à viser un public plus large.

Le jeu politique, avec cette idée des douze rois immortels et de leur pacte avec les dieux qui doit sûrement servir de fil rouge au cycle, se révèle très intéressant. Il joue parfaitement sur le mystère, dévoilant de façon efficace ses révélations et ses surprises attisant ainsi la curiosité du lecteur. Après je n’aurai qu’un regret concernant ce monde, l’auteur en fait trop je trouve. Ce que je cherche dans un univers de Fantasy c’est, certes, quelque chose de dense et de soigné, mais qui laisse aussi l’imagination du lecteur être emporté. Hors ici, trop de description à mon goût ont fait que je n’ai pas été autant emporté que dans d’autres romans du même genre. Comme si l’ambiance y perdait au change. Ce n’est pas non plus bloquant, tant je reconnais la qualité de l’univers et qu’il me donne envie d’en apprendre plus, mais c’est parfois frustrant car j’aurai aimé sentir le sable chaud où les odeurs de Sharikhaï. En tout cas à voir comment l’auteur va développer la suite, tellement le monde présenté paraît vaste et attrayant.

Concernant les personnages on va rentrer dans, selon moi, le point sensible du roman. Celui qui, je trouve, a le plus empêché ce roman d’offrir tout son potentiel. Je ne peux pas nier que l’auteur a pris du temps à construire ses protagonistes, leur offrant une histoire qui ne manque pas de profondeur.  La construction est faite de telle façon que l’on se retrouve à suivre trois personnages, offrant ainsi des points de vues différents sur la ville et le monde que l’on découvre. Les héros secondaires, sans révolutionner le genre, avec le père adoptif bourru et détestable mais qui au fond possède un cœur énorme où la devineresse aveugle, s’avèrent solides. Ils font ainsi avancer de façon efficace l’intrigue, tout en maintenant cette dose de mystère et d’intérêt. Au final je ne peux pas nier qu’ils sont entraînants dans leurs aventures et leurs péripéties.

Sauf que voilà, le gros point frustrant c’est que je n’ai jamais réussi à m’attacher aux deux héros principaux : Çeda et Emre. Il faut dire qu’ils sont quand même rapidement têtes à claques. L’héroïne n’écoute jamais rien, se lance tête baissée sans une once de réflexion ou d’élaboration d’un plan mettant ainsi en danger ses amis et sa famille, mais qui pourtant te sort sa belle morale qu’elle contredit même à un moment dans le récit. C’est dommage car elle ne manque pas d’énergie et de combativité. Emre, lui, je l’ai j’ai trouvé plutôt fade dans son rôle de tombeur de filles qui se trouve une pseudo-conscience révolutionnaire qui sert plus à faire avancer l’intrigue que reposer sur une construction efficace. Ce qui est dommage car l’élément déclencheur n’est pas mauvais. Alors attention on pourrait croire que je les ai détestés, mais non il possède un côté efficace dans l’avancée du récit, juste ils ne m’ont quasiment jamais touché à l’exception d’une ou deux scènes. Ensuite l’auteur construit le personnage de Çeda avec une bonne dose de flashback. Trop. La moitié des chapitres flashback m’ont paru inutiles et ne rien apporter ce qui s’ajoute à quelques longueurs ici ou là.

Autre point qui m’a légèrement dérangé, ce sont les nombreuses facilitées que s’offre l’auteur sur la tout fin de son récit. Certaines sont marquées par des ellipses bienvenues permettant à l’auteur d’éviter de développer et une autre, que je ne dévoilerai car concernant la conclusion, m’a juste paru tellement frustrante tant tout le monde l’avale avec facilité. Alors, malgré ce que ma chronique pourrait laisser penser, j’ai passé un sympathique moment de lecture avec ce livre, il est juste loin du coup de cœur annoncé à mon goût. La plume de l’auteur est simple, efficace, mais m’a paru manquer d’un peu de travail pour y gagner pleinement en immersion. Cela ne l’empêche pas de nous plonger avec un minimum de plaisir dans son récit. Au final un premier tome divertissant qui, certes n’a rien de transcendant ou de révolutionnaire, mais je pense lire la suite pour savoir comment l’auteur va faire avancer son univers et son idée de rois.

En Résumé : J’ai passé un moment de lecture sympathique avec le premier tome de ce nouveau cycle. Certes il est loin du coup de cœur annoncé, mais il offre un récit solide, empli de mystères concernant sa mythologie, ses rois et son héroïne, qu’on tourne finalement les pages avec un minimum d’envie d’en apprendre plus. L’univers très Moyen-Orient, est le gros point fort du récit que ce soit dans cette ville tentaculaire et attrayante, comme dans son jeu politique qu’il développe. Je reprocherai juste une proportion à trop travailler les descriptions ce qui a joué sur ma capacité à imaginer et m’immerger complètement dans ce monde. Concernant les personnages je suis plutôt mitigé, ils sont soignés, font bien avancer l’intrigue, mais je n’ai jamais réussi à accrocher aux deux héros. Çeda fonce tout le temps sans jamais réfléchir, mettant ainsi régulièrement en danger ses amis et surtout ne réfléchit pas deux minutes. Emre m’a paru fade, manquant clairement de charisme et son évolution servant plus l’intrigue qu’amener de façon soignée. Dommage la relation des deux possède un certain potentiel concernant les non-dits. Je regretterai aussi quelques longueurs ainsi qu’une moitié des chapitres flashbacks qui n’apportent rien. Certaines facilités se font aussi ressentir, principalement concernant la conclusion, ce qui est légèrement frustrant. La plume de l’auteur s’avère simple, efficace, même si j’ai trouvé qu’elle lui manquait d’un peu de densité pour y gagner encore plus en intérêt. Je lirai sûrement la suite, même si ce ne sera pas, je pense, une priorité.

Ma Note : 7/10

Autres avis : Apophis, Jennifer, …

The Memoirs of Lady Trent Book 2, The Tropic of Serpents – Marie Brennan

the tropic of serpentsRésumé : Three years after her fateful journeys through the forbidding mountains of Vystrana, Mrs. Camherst defies family and convention to embark on an expedition to the war-torn continent of Eriga, home of such exotic draconian species as the grass-dwelling snakes of the savannah, arboreal tree snakes, and, most elusive of all, the legendary swamp-wyrms of the tropics.
The expedition is not an easy one. Accompanied by both an old associate and a runaway heiress, Isabella must brave oppressive heat, merciless fevers, palace intrigues, gossip, and other hazards in order to satisfy her boundless fascination with all things draconian, even if it means venturing deep into the forbidden jungle known as the Green Hell . . . where her courage, resourcefulness, and scientific curiosity will be tested as never before.

Edition : Tor Books

 

Mon Avis : Je continue ma découverte des aventures Lady Trent qui m’a convaincu avec un premier tome vraiment intéressant, que ce soit concernant les dragons comme dans la vision de cette héroïne qui se bat contre son époque (ma chronique ici). Une Fantasy différente, plus d’ambiance et de réflexion. C’est donc sans surprise que j’ai rapidement fait rentrer cette suite dans ma PAL VO. J’avoue que j’avais hâte de voir comment l’auteur allait renouveler son récit dans ce second tome. Concernant les illustrations de Todd Lockwodd, que ce soit celle de la couverture comme celles qui parsèment le récit, elles sont toujours aussi magnifiques, apportant un vrai plus à l’objet en lui-même. Par contre, je préviens d’avance, je risque de spoiler le tome 1 pour mettre en avant les évolutions dans cette suite, donc si vous ne l’avez pas encore lu il vaut peut-être mieux passer votre chemin.

Ce second volet des mémoires de notre héroïne nous plonge ainsi trois après la fin du premier tome. Suite aux évènements survenus dans le volume précédent, sa vie a changé, elle commence à être, certes difficilement, un tout petit peu reconnue en tant que naturaliste. Sa nouvelle expédition va alors provoquer une certaine agitation, que ce soit d’un point de vue personnel ou bien encore concernant les traditions de l’époque. Concernant l’intrigue on repart clairement sur les mêmes bases que le premier tome, notre héroïne qui se lance dans la découverte de nouveau dragon dans une nouvelle région. On pourrait croire que c’est répétitif, et pourtant non, ça fonctionne toujours aussi bien. Il faut dire que sur le fond, le roman a réussi à franchement évolué, que ce soit dans le traitement de son héroïne, mais aussi dans la profondeur de son univers qui se révèle toujours aussi fascinant à découvrir.

J’ai ainsi été de nouveau rapidement happé par ses nouvelles aventures et les nombreuses péripéties qu’elle va rencontrer. Le récit se sert ainsi de la Fantasy pour nous offrir une réflexion sur la position de la femme et sur les combats que doit mener notre héroïne pour se faire reconnaitre. Les jugements des autres, comme la vision qu’ils ont sur sa position, ce qui lui est normalement autorisé ou non, ainsi que son combat, tout cela sonne juste. Surtout que le tome précédent à changer son statut, elle se retrouve à lutter avec encore plus d’idées pré-conçues. Après clairement on n’est pas dans un roman d’action nerveux, plein d’aventures explosives. Le récit ne manque pas pour autant de péripéties, mais le tout est amené sur un rythme posé, lancinant, qui permet, d’une certaine façon, d’apprécier, voir de savourer encore plus ce que propose l’auteur. C’est vraiment ce travail sur le « rôle » de la femme, le regard qu’on peut avoir sur elles, qui est fascinant et ouvre a de nombreuses questions. Surtout que l’auteur n’impose en rien un point de vue, elle ne fait que développer des situations réelles contre lesquelles doit se battre l’héroïne. La différence avec le premier tome vient dans l’évolution de l’héroïne. Attention je vais spoiler. Devenue veuve et mère d’un enfant elle a certes gagné en assurance, mais ses combats sont aussi plus « durs » tant l’image de la mère est de rester au foyer et non pas courir le monde. C’est cette évolution qui, je trouve, évite à ce second tome un côté un peu de redite, offrant plus de profondeur.

Concernant l’univers l’auteur continue à le développer au fil des pages. Cette fois notre héroïne va aller en expédition sur ce qui est le pendant du continent africain, nous plongeant dans une région à la chaleur insupportable, aux grands déserts et aux forêt luxurieuses, mais mortelles. Un véritable dépaysement se dégage de lieux qu’on visite au fil du récit, bien porté par un travail de description efficace et qui nous donne envie d’en découvrir plus, de visiter. La politique gagne aussi en densité avec ce second tome. Certes notre héroïne n’est en rien une politicienne et elle évite clairement de s’engager, mais elle va s’y retrouver plonger par la force des choses, nous dévoilant ainsi des manipulations qui ne sont pas sans rappeler celles encore actuelles où la bonté de certains pays riche n’est pas toujours philanthropique. Concernant les dragons, je le répète si vous cherchez un roman centré sur eux, éviter ce livre. Ils sont présents, s’avèrent passionnant à découvrir, principalement à travers cet aspect anthropologique, découverte en profondeur et non pas comme souvent guerrier, mais ne sont en rien les monstres à abattre qu’on peut trouver dans d’autres récit. Ils sont plus comme des « animaux » sauvages, indomptables et sauvages. Le récit nous offre aussi quelques réflexions, parfois un peu simple, sur le rôle scientifique, principalement à l’époque. En tout cas un univers palpable qui donne envie d’en apprendre plus.

L’intérêt principal du roman vient toujours de l’héroïne, Isabella, qui a profondément changer suite aux évènements du premier tome et qui va continuer à évoluer au fil des pages de ce second tome. Il y a un vrai travail en profondeur sur elle, sa vie, sa famille et les gens qui gravitent autour d’elle et qui la confronte, la font réagir et avancer. Une héroïne au caractère bien trempé, charismatique, qui peut paraitre parfois un peu froide, mais qui finalement montre qu’elle cache des sentiments profonds et contradictoires. Elle a juste été obligée de se créer une carapace pour s’aventurer dans ce monde. Le soucis quand le personnage principal s’impose de trop dans le récit, c’est que les protagonistes secondaires sont un peu en-dessous. C’est le cas ici, ils restent un peu en retrait surtout que le roman fait moins de 350 pages, mais cela ne les empêche pas d’être intéressants à suivre et font évoluer l’intrigue de façon efficace. De plus je pense que cela va changer par la suite, car les prémices d’un travail plus profond sur d’eux d’entre eux apparait ici. A voir comment l’auteur va faire par la suite.

Au final, j’ai trouvé ce second tome un peu mieux maîtrisé au niveau du rythme, les longueurs de la fin du premier tome ne se ressentant pas, pour moi, dans cette suite. Par contre l’auteur me donne toujours cette impression de précipiter un peu trop sa conclusion. Elle n’est pas mauvaise en soit, mais elle est un peu trop rapide et trop « arrangeante » à mon goût comme si elle devait terminer son roman rapidement. Mais bon rien de non plus bloquant tant je considère ce second tome de qualité. La plume de l’auteur est toujours aussi soignée, efficace, et captivante, nous plongeant facilement dans son récit. Il ne me reste plus qu’à faire entrer rapidement la suite dans ma PAL.

A noter que ce roman sortira chez l’Atalante le 22 Septembre 2016 sous le titre Mémoires par Lady Trent, Le Tropique des Serpents.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce second tome des mémoires de Lady Trent. L’intrigue peut paraitre aux premiers abords répétitive, mais c’est dans l’évolution de l’héroïne, de ses combats et de l’univers que l’auteur arrive à renouveler son roman. En effet c’est vraiment dans l’évolution du destin d’Isabella que j’ai été happé, de par sa passion pour les dragons qu’elle arrive à nous partager, mais aussi dans ses combats pour être respectée alors qu’elle est une femme. L’univers développé continue à se densifier, nous faisant découvrir de nouveaux territoires dépaysant, de nouveaux dragons et de nouveaux personnages. La politique s’insinue aussi dans ce tome, forçant notre héroïne à devoir jongler avec des jeux de pouvoirs pour s’en sortir. Le personnage d’Isabella est toujours aussi captivante à découvrir, offrant une héroïne forte, charismatique et entraînante, qui pourrait paraître froide, mais qui finalement montre au fil du récit des sentiments complexes. Dommage que les personnages secondaires pâtissent un peu de l’aura de l’héroïne, mais je pense que cela va changer par la suite. Contrairement au premier tome, j’ai trouvé celui-ci mieux maîtrisé au niveau du rythme, moins de longueurs. Par contre, la conclusion me paraît toujours un peu précipitée, même si rien de non plus bloquant. Au final un second tome réussi, porté par une plume soignée et efficace. Il ne me reste plus qu’à faire entrer la suite dans ma PAL VO.

 

Ma Note : 8/10

Yaak Valley, Montana – Smith Henderson

yaak valley montanaRésumé : Dans le Montana, en 1980.
Autour de Pete, assistant social dévoué, gravite tout un monde d’écorchés vifs et d’âmes déséquilibrées. Il y a Beth, son ex infidèle et alcoolique, Rachel, leur fille de treize ans, en fugue dans les bas-fonds de Tacoma, Luke, son frère, recherché par la police.
Et puis il y a Cecil l’adolescent violent et sa mère droguée et hystérique, et ce jeune Benjamin, qui vit dans les bois environnants, avec son père, Jeremiah Pearl, un illuminé persuadé que l’apocalypse est proche, que la civilisation n’est que perversion et que le salut réside dans la survie et l’anarchie. Pearl qui s’est exclu de la société, peut-être par paranoïa, peut-être aussi pour cacher qu’il aurait tué son épouse et leurs cinq enfants.
Au milieu de cette cour des miracles, Pete pourrait être l’ange rédempteur, s’il n’était pas lui-même complètement perdu…

Edition : Belfond

 

Mon Avis : J’avoue, je me suis lancé dans la découverte de ce roman un peu sur un coup de tête. Le récit contemporain n’est pas obligatoirement le genre de lecture que je cherche en premier lieu, mais il m’arrive parfois d’avoir envie de sortir, on va dire, de ma zone de confort et ainsi découvrir d’autres types de romans. Pour éviter tout malentendu, par ce que je viens de dire je ne critique pas les autres genres, juste qu’il y a tellement à lire dans l’Imaginaire que, si je ne me sens pas des envies de découvertes, il est rare que je me lance dans d’autres lectures. Par conséquent quand on m’a proposé de découvrir ce livre au résumé que je trouvais accrocheur dans son aspect rêve brisé, je me suis rapidement laissé tenter. Je remercie donc Babelio et les éditions Belfond pour cette découverte.

Ce roman nous propose ainsi de suivre une tranche de la vie de Pete, un assistant de service social qui nous fait suivre son quotidien, nous faisant découvrir des personnages brisés par la vie. Sauf que Pete n’est pas non plus un héros stable, étant en plein divorce avec une fille en pleine fugue. Le récit suit ainsi trois fils rouges celui de Cecil jeune adolescent troublé, violent qui déteste sa mère, la famille Pearl qui a plongée dans la religion au point de limite devenir des ermites et la fugue de la fille du héros. Ce récit nous offre alors une histoire de désenchantement, il est un peu l’anti rêve américain qui nous propose une image plus nuancée, plus sombre de la grandeur des Etats-Unis. Déjà il faut remettre en place le contexte, on se situe en pleine fin des années 70, Carter va perdre sa présidence au profit de Reagan, les USA sont en pleine crise de récession, les interventions du gouvernement dans la vie des gens sont de plus en plus rejetés, l’influence de la monnaie, mais aussi de nombreuses autres problématiques. Au milieu de tout cela on suit Pete, qui essaie de faire le maximum possible le bien autour de lui, mais qui parait seul, devant couvrir un territoire immense, à tenter avec des astuces et des bouts de ficelles d’offrir un minimum de décence a des familles brisées. Alcool, drogue, folie, voilà le quotidien que rencontre notre héros.

Une fois la dernière page tournée je dois bien avouer que j’ai passé un très bon moment de lecture avec ce livre. Certes il faut savoir dès le départ que ce n’est pas le livre le plus joyeux qui soit, même si une petite dose d’espoir transparait toujours, mais il s’est révélé saisissant et poignant. J’ai ainsi été rapidement captivé, attiré que ce soit par notre héros, comme par les différents personnages qu’il croise et rencontre. On est plongé dans le côté rural des USA, avec quelques passages dans des grandes villes, à la découverte de ces grands espaces, de ces petites municipalités où tout le monde se connait. Une véritable grandeur, un sentiment de liberté et de fragilité se dégage des lieux qu’on découvre. Mais c’est principalement dans le portrait des personnages que le roman gagne en intensité et en intérêt. Chaque personnage que l’on découvre est une sorte de plaie ouverte, d’image d’une société en pleine souffrance, qui crée des inégalités, des tensions, des souffrances. Celui qui ressort est bien entendu Pete, qui cherche plus à faire le bien autour de lui qu’à lui-même, lui aussi d’une certaine façon marqué par la vie et qui pourtant continue à se battre. Un héros rempli de défauts et de qualités, dont on s’attache assez rapidement et facilement.

Attention ce roman n’est nullement une critique profonde et acerbe de notre société, ce n’est pas ce que chercher l’auteur, il montre juste à travers nos héros les limites des institutions et ce qui en découle, même quand elles sont bien gérées. Chaque protagoniste est ainsi un être « unique », qu’on découvre au fil des pages dans leurs secrets, leurs tourments, leurs rêves et leurs envies. Ils sont soignés, humains et surtout intéressants à découvrir dans leurs mal-êtres comme dans leurs quelques moments de joies et de bonheurs. L’auteur nous offre aussi, comme pendant, des personnages secondaires, plus « heureux », plus terre-à-terre, comme si la stabilité d’une personne, d’une famille, dépendait de peu de choses. Le récit évite aussi tout manichéisme et tout effet guimauve ce qui est, je trouve, une bonne chose évitant de vous loir nous présenter un Pete trop parfait, ce qui est loin d’être le cas tant il traîne aussi des « casseroles ». Les différents portraits sont ainsi saisissant et nous font clairement réfléchir sur cette misère, cette souffrance et sur la cause. Ce qui m’a le plus marqué et touché c’est la famille Pearl cette lente plongée dans une folie, qui trouve ses origines dans cette époque, et dont je ne dirai rien sur eux pour éviter de trop en dévoiler.

Autre point intéressant ce sont les questions que soulève l’auteur au fil des pages que ce soit sur la notion de liberté, le pouvoir, l’argent, l’anarchie, la famille, l’enfance, la folie ou bien encore sur la collectivité, son utilité, son apport.  Certaines de ses réflexions sont tout de même très typées américaines, mais pour la majorité elles restent d’actualité et ne laisse pas indifférent. Comme par exemple concernant notre vision des autres. La principal question soulevé vient, je trouve, de notre place dans la société. Que ce soit à l’époque du livre, comme maintenant il y a toujours cette idée, ce besoin de se sentir utile sous peine de se perdre. Autre point intéressant du roman c’est qu’il ne prend  jamais parti, ne cherche jamais à nous influencer. Au final chacun y verra dedans ce qu’il a envie de voir, autant synonyme de fin que d’espoir, surtout que vu qu’il s’agit d’un roman que j’appelle « tranche de vie » il n’a pas de véritable conclusion. On s’arrête bien à un moment où beaucoup de choses se résolvent, mais la vie continue.

Après certains points m’ont tout de même légèrement dérangé dans ce récit. Le premier vient que certaines longueurs se font ressentir, principalement je trouve, dans le dernier tiers du livre. Rien de bien méchant, mais je dirai qu’une cinquantaine de pages en moins le roman aurait été encore plus percutant. Ensuite, j’ai trouvé que l’auteur cherchait peut-être un peu trop une sorte de happy end sur la fin. Certes l’ensemble est teinté d’amertume, mais voilà il cherche à trop bien faire, même si ça colle parfaitement à l’idée de seconde chance. Autre point qui pourrait déranger certains, l’aspect religieux est très présent tout le long. Pas dans le sens lourd ou ennuyeux, mais dans la vie des certains et dans l’idée de rédemption. Concernant la construction du récit j’ai bien aimé l’alternance entre le combat de Pete et des passages d’interview sur la fugue de la fille du héros. Ce jeu de questions/réponses laisse ainsi planer le doute comme s’il s’agissait du narrateur qui répondait, apportant ainsi un autre éclairage. Alors sur la fin ça m’a paru légèrement répétitif et un peu longuet, mais dans l’ensemble j’ai trouvé l’idée intéressante et efficace. La plume de l’auteur s’avère fluide, saisissante dans son travail de description et captivante. Pour un premier roman (si j’ai bien compris), il m’a offert un très bon moment de lecture.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman qui nous propose de plonger dans les Etats-unis du début des années 80, en pleine crise. On suit Pete, assistant de service social, qui va nous faire découvrir de nombreux portraits loin du rêve américain. On est rapidement happé par ses personnages brisés, dévoilant les limites d’un système qui, même bien géré, reste imparfait. Pete, le héros, s’avère vraiment captivant à découvrir, entre ses failles et ses envies il est loin d’être parfait mais cherche à amener du bon aux autres. Les protagonistes qui gravitent autour ne manquent pas non plus d’attraits, entre laissé pour compte et rejeté de tous ou bien ceux stables et plus heureux, il montre que le bonheur ne repose finalement sur rien. L’auteur nous fait découvrir aussi les grands espaces du Montana, à la fois fascinant offrant des décors synonyme de liberté. L’auteur n’oublie pas non plus de nous offrir de nombreuses réflexions que ce soit sur nous-même, la société, la famille, le pouvoir. Alors après je regretterai peut-être certaines longueurs, ainsi qu’une fin cherche un peu la conclusion heureuse, mais rien de vraiment gênant. La plume de l’auteur est saisissante, fluide et prenante nous plongeant facilement dans ce roman percutant et saisissant.

 

Ma Note : 8/10

Récits du Demi-Loup Tome 2, Les Terres de l’Est – Chloé Chevalier

recits du demi-loup 2 les terres de l'estRésumé : Deux ans ont passé.
La Preste Mort poursuit ses ravages et la scission entre les deux domaines du royaume, Véridienne et les Éponas, se creuse chaque jour davantage. Aux deux Suivantes, Lufthilde et Nersès, il revient d’œuvrer dans l’ombre de leurs reines pour éviter le pire. Ballottées entre la frivolité de Calvina, les lubies imprévisibles de Malvane et la colère grandissante des comtes et du peuple, l’une comme l’autre peinent à se montrer à la hauteur de la tâche.
Tandis que de vieilles querelles de jeunesse se muent peu à peu en dangereux jeux de pouvoir, à l’Est, l’Empereur tourne son regard et ses légions vers le Demi-Loup. Pour Cathelle et Aldemor, la Suivante et le prince renégats, l’heure approche de sortir de l’ombre et, enfin, de prendre leur revanche.

Edition : Les Moutons Électriques

 

Mon Avis : L’année dernière, pour la rentrée littéraire, Les Moutons Electriques nous proposait de découvrir une jeune auteure, Chloé Chevalier, pour le premier tome de son cycle, Véridienne. Ce roman m’avait ainsi offert un très bon moment de lecture que ce soit à travers des personnages intéressant, mais aussi une intrigue efficace et un univers attrayant (ma chronique ici). C’est donc sans surprise que je me suis rapidement lancé dans cette suite qui profite de la rentrée littéraire 2016 pour se dévoiler. A noter de nouveau une très belle couverture, illustrée par Melchior Ascharide.

On se retrouve ici deux après la rupture abrupte du premier tome qui avait vu le prince Aldemor et la suivante Cathelle banni de Véridienne. Calvina est partie reprendre son trône des Eponas tandis que Malvanne tentait de s’impliquer de plus en plus dans la politique de son pays. Sauf que la Peste Mort continue à toucher fortement, ce qui va amener de profondes dissensions, le Demi-Loup se retrouvant menacé autant en interne que par l’extérieur. Si je devais situer les deux premiers volumes de ce cycle, je dirais que le premier tome correspondait à celui de la jeunesse et de l’insouciance, le second, lui, plonge nos héros dans le monde adulte, se révélant plus mature, plus nuancé mais aussi, d’une certaine façon, plus dure. C’est, je trouve, une des grandes forces de ce récit, avoir réussi à faire évoluer son intrigue et ses personnages de façon vraiment convaincante tout en gardant cette touche « humaine » qui en faisait les qualités du premier tome. On replonge ainsi très facilement dans cette suite qui va alors nous offrir une histoire plus tendue, faite de trahisons, de mensonges et de jeux de pouvoirs qui vont déchirer les personnages mais aussi le pays. Un déchirement qui ne va au final laisser personne indemne où les liens vont exploser face aux différentes manipulations et différents mensonges. Le tout est toujours porté par un rythme posé, profond, mettant ainsi en place de façon efficace les différents éléments pour nous plonger facilement au fil des pages dans le récit.

Concernant l’univers, il est toujours aussi captivant à découvrir surtout que l’auteur, pour ce tome, décide de ne plus se consacrer qu’au Demi-loup. En effet ce second tome va nous dépayser, nous faire voyager à travers différents personnages ce qui permet ainsi de densifier encore un peu plus ce monde de façon intéressante et qui donne envie d’en apprendre plus. On y retrouve toujours cette ambiance un peu décadente concernant le Demi-Loup, pays qui manque de leader et commence à se déchirer, mais voilà le fait de découvrir plus en avant les terres de l’Est ou encore l’Empire apporte aussi d’autres visions différentes, une touche plus dépaysante qui est franchement bienvenue. Surtout que l’ensemble est toujours bien porté par des descriptions soignées qui font qu’on se retrouve assez facilement et rapidement transporté. La coutume des Suivantes continue à prendre de l’ampleur maintenant que les Princesses montent au pouvoir et même si elles ressemblent finalement à un « bras droit », j’apprécie la façon dont elles sont choisies et liées, ainsi que leurs évolutions et leurs influences dans ce second tome. L’aspect politique gagne aussi en intensité, chacun des personnages a commencé a devoir prendre son destin en main et donc par conséquent les responsabilités qui en incombent, sauf que cela ne se fait pas sans anicroches et risque de fortement modifier les liens du pays, parfois pour des raisons personnelles.

Concernant les personnages, ils restent pour moi le gros point fort du récit, tant l’auteur construit de héros denses, travaillés et surtout humaines. Elle alterne ainsi avec facilité, je trouve, entre l’influence de chacun dans l’aspect politique, tout en nous dévoilant des passages plus intimes, complexes, comme par exemple dans la quête de qui ils sont vraiment. Chacun des héros possède ainsi le besoin de se rassurer, de se découvrir pour pouvoir, sur ces bases, imposer leurs volontés et leurs envies. L’insouciance est ainsi terminée, il faut grandir. Les tensions commencent aussi à prendre de l’ampleur, que ce soit le couple Cathelle et Aldémor face à a « trahison » qu’ils ont vécus et aux mensonges qu’on leur a cachés. Mais aussi Malvanne et Calvina qui, déjà dans le premier tome, avait ce sentiment mêlé d’amour et de haine et qui continue à se ressentir avec de possibles graves conséquences dans les jeux qu’elles jouent. Seules Nersès et Lufthilde ont conservé le lien qui les liait, principalement dans leurs quêtes de leurs histoires, leurs passés. Là où parfois j’avais envie de les secouer dans le premier tome, ici chacun des protagonistes s’impose plus et, qu’on adhère ou non à leurs actes, on les comprend. Alors après on pourrait regretter que certains soient moins présents dans ce tome, mais je ne doute pas que ce soit pour mieux les remettre en avant par la suite. Les personnages secondaires restent toujours aussi intéressants à découvrir et l’auteur nous amène même de nouveaux personnages qui ne manquent pas d’attrait et devraient prendre de l’ampleur par la suite. Par contre, je regrette toujours un peu l’absence de variation dans l’écriture de chacun des héros, ce qui fait qu’il n’est pas toujours facile de les différencier sur leurs plumes, mais rien de bloquant non plus.

Je soulignerai au final juste deux points, le premier vient de la conclusion. Je ne remets nullement en cause son intérêt et ce qu’elle ouvre, mais, je ne sais pas trop, je l’ai trouvé trop abrupte comme si on avait coupé un tome en deux et que je venais de terminer la première partie. Ensuite, le second point vient d’une légère « facilité » qui parfois se dégage des quêtes de chacun. Je ne dis pas que les héros ne rencontrent aucune péripéties, ni ne vont connaitre de souffrances dans les voies qu’ils se sont tracés, loin de là tant certaines sont marquantes, mais certaines ellipses font que parfois cela se résout trop vite je trouve. Bon après rien de gênant tant ce second tome confirme tout le bien que je pensais de cette série, bien porté par une plume fluide, vivante, efficace et prenante. Je lirai sans soucis et avec grand plaisir le troisième tome de ce cycle.

En Résumé : J’ai de nouveau passé un très bon moment de lecture avec ce second tome du cycle du Demi-Loup. Après un premier tome efficace qui se voulait insouciant, celui-ci nous plonge dans une intrigue plus sombre, plus mature. Nos héros entrent dans l’âge adulte, les liens se tendent, les mensonges et les trahisons se font et se défont. Le tout est toujours amené à travers un rythme posé, permettant au récit de se mettre en place de façon soigné et réussi. L’univers continue à se développer et à se densifier au fil des pages, l’auteur nous permettant ainsi de visiter d’autres régions. Les personnages sont l’un des points forts du roman, se révélant toujours aussi denses, travaillés et humains. Ils grandissent et par la même occasion doivent évoluer dans un monde en plein bouleversement. Je regretterai juste une conclusion un peu trop abrupte, je trouve, comme si on avait coupé un tome en deux, une certaine simplicité qui se ressent dans certaines ellipses permettant de traiter rapidement un problème, ou bien encore une certaine difficulté à reconnaitre chaque personnage selon leur plume. Au final rien de non plus trop gênant tant j’ai été de nouveau emporté par ce second tome, bien porté par une plume fluide, entraînante et efficace. Je lirai avec grand plaisir le troisième tome quand il sortira.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : PtiteTrolle, Juste A Word, Ptitelfe, Ours inculte, Boudicca, Carolivre

Les Rhéteurs Tome 1, Anasterry – Isabelle Bauthian

anasterryRésumé : Rien ne saurait ébranler Anasterry, la plus riche et intellectuelle baronnie de Civilisation. Rien… sauf peut-être un défi de gamins.
Quand Renaldo, fils du baron de Montès, et son meilleur ami entreprennent de trouver la faille de cette utopie pour séduire une jeune fille, ils ignorent qu’ils vont déterrer de sombres secrets…
Quels sont ces monstres découverts dans les marais ? Sont-ils liés à la tolérance d’Anasterry pour les mi-hommes qu’on opprime partout ailleurs ? Après trente ans de paix, Civilisation risque-t-elle d’être si facilement bouleversée ?
Pour réparer ses erreurs, Renaldo devra choisir entre son patriotisme, ses idéaux et ses responsabilités d’homme libre. Il apprendra surtout qu’on ne pardonne rien aux donneurs de leçons, surtout quand ils ont raison…

Edition : Bad Wolf / Actu SF

 

Mon Avis : On rentre en pleine semaine de la rentrée littéraire dans le monde littéraire en général mais aussi de l’imaginaire. Les indés de l’imaginaire ont donc décidé, comme depuis quelques années, de proposer chacun une grosse sortie pour cette rentrée. Actu SF nous présente donc ainsi un roman de Fantasy avec Anasterry d’Isabelle Bauthian. Il est à noter que ce livre n’est pas clairement une « nouveauté », puisqu’il est paru il y a quelques mois aux éditions Bad Wolf. Concernant la couverture, je la trouve assez sympathique, même si elle a un côté un peu convenu à mon goût.

Ce roman nous fait ainsi suivre les pas de Renaldo, fils du Baron de Montès, et son meilleur ami Thélban, héritier de la guilde des Epiciers, qui ont été envoyés un peu contre leurs gré espionner la célèbre baronnie d’Anasterry qui prône l’art, la culture et l’égalité. En voulant trouver une faille, ils vont alors réveiller de nombreux secrets. Je dois bien admettre qu’une fois la dernière page tournée, j’ai passé un bon moment avec ce livre, même si j’ai trouvé que certains aspects l’empêchent de révéler complètement son potentiel. Clairement le résumé paraît pourtant très classique, avec cette quête de vérité de deux adolescents, mais voilà là où l’auteur réussi son coup c’est justement de laisser un peu l’intrigue au second plan pour se servir de son récit pour nous faire réfléchir.

En effet elle soulève au fil des pages de nombreux thèmes, que ce soit sur la position de la femme, sur l’égalité des uns et des autres, sur la notion de paix et la façon de l’obtenir, notre vision vis-à-vis des autres et des étrangers, notre façon de les traiter et de les accepter, ou bien encore la façon dont on gère le pouvoir. L’auteur essaie ainsi de montrer que la Fantasy peut être autre chose qu’une simple quête. Certes elle n’est pas la première, mais c’est plutôt rare pour être souligné et elle s’en sort franchement bien, ne cherchant jamais à nous imposer son point de vue tant les personnages sont différents et ont des visions et des idées complètement différentes. Elle laisse ainsi au lecteur le soin de faire ses propres choix, ses propres avis, tout comme les personnages qui sont obligés d’évoluer au fil des pages. Alors c’est vrai, parfois, l’ensemble se révèle un peu binaire dans son argumentation, et certains argument paraissent tourner en rob et se révéler un peu répétitifs, mais rien de trop dérangeant non plus. Par contre si vous êtes fan d’action passez votre chemin, car même si le roman en possède, ce n’est pas non plus son point central.

Sauf que voilà là où, je trouve, le roman pêche c’est dans son intrigue. Pas tant dans son côté classique, loin de là, je considère qu’on peut offrir de très bon récit sans révolutionner le genre. Non là où j’ai été légèrement frustré par Anasterry c’est plus dans sa prévisibilité. C’est bien simple au bout d’à peine une grosse centaine de pages j’avais déjà deviné la conclusion, ce qui est quand même dommage. Alors certes, je maintiens que l’intérêt premier du roman vient de sa réflexion et de son travail de fond, mais voilà l’auteur joue aussi pas mal sur ce mystère et ses révélations qui quand on le voit venir perdent un peu de leur côté entrainant. Après je regretterai aussi une ou deux facilités ici ou là ainsi que cette fameuse faille qui doit faire tomber Anasterry n’en soit finalement pas tout à fait une. Après pas non plus de quoi me bloquer, l’ensemble reste fluide et assez efficace pour m’avoir fait assez rapidement tourner les pages et offre même quelques scènes bien nerveuses et quelques retournements de situation efficaces.

Concernant l’univers développé tout le long du récit, il s’avère solide et intéressant à découvrir. Pourtant, j’ai eu un peu peur au début, un pays divisé en régions, avec une d’entre elle qui doit défendre un mur pour empêcher des créatures de pénétrer, cela annonçait une forte impression de déjà-vu. Heureusement au final il ne s’agit que d’un petit élément de l’intrigue, l’auteur développant tout autre chose. Ce monde joue un grand rôle dans le travail de réflexion mis en avant par l’auteur, venant confronter, d’une certaine façon, un système plus « féodal » à un système qui prône l’égalité de tous dans une sorte d’utopie imparfaite. Certes cela peut paraître un peu réducteur, mais cela n’empêche pas d’être intéressant. Surtout que l’un et l’autre des pouvoirs ont leurs avantages et leurs inconvénients selon ce que l’on cherche. Alors parfois l’auteur tombe un peu dans une légère caricature, je ne le nie pas, mais ça ne m’a pas dérangé tant il ne laisse pas indifférent. J’aurai peut-être aimé que les « dilués », ces croisement entre humains et être féeriques, aient un peu plus d’importance, mais je ne m’en fais pas, ils devraient trouver leur place par la suite. Dans le dernier tiers l’intrigue ouvre aussi une nouvelle voie, que je ne développerai pas pour ne pas spoiler, mais qui laisse planer un léger mystère qui donne envie de découvrir la suite.

Pour les personnages, une chose est sûre ils sont loin d’être figés. En effet, chaque dialogue, chaque débat, chaque rencontre les pousse continuellement à se remettre en question, à réfléchir, ce qui les oblige à avancer et évoluer au fil des pages. Certes parfois l’évolution est un peu « grossière » et facile, mais ça marche. De plus l’auteur nous offre des personnages un minimum soignés et intéressants à suivre, même si j’avoue ils m’ont paru avoir un petit côté « jeunesse » parfois frustrant. J’ai bien aimé le personnage de Thélban, tout en finesse, en retenu et en intelligence, mais qui doit faire face à des attentes et des évènements qui l’éloigne de ses rêves, mais aussi Constance dans son rôle d’héroïne obligée de lutter pour qu’on la reconnaisse à sa juste valeur. Par contre, j’avoue, j’ai eu un peu de mal avec Renaldo. Il n’est pas un mauvais personnage en soit, mais il m’a légèrement bloqué sur son décalage entre son passé et le présent. L’auteur nous présente ainsi un héros qui a une histoire déjà assez chargé, le rendant ainsi d’une certaine faon plus « mature » par rapport à ce qu’il a vu et vécu, pourtant le Renaldo du présent donne l’impression de l’adolescent, joueur, bougon, qui râle pour un rien et à la finesse politique d’un éléphant, comme s’il avait oublié une grande partie de ce qui l’a forgé. Alors rien de non plus trop dérangeant, mais voilà c’est dommage. Les personnages secondaires se révèlent efficaces, même si parfois leur façon de faire avancer l’intrigue est un peu facile.

La plume de l’auteur est entraînante, fluide et nous plonge finalement assez facilement dans son récit qui cherche à offrir une Fantasy différente. Au final je dois bien admettre que le récit se révèle agréable à lire et offre quelques bonnes réflexions, même si tout n’est pas non plus parfait. De plus il est à noter qu’il s’agit, si je ne me trompe pas, d’un premier roman. L’intrigue secondaire maintenue ouverte me donne bien envie de découvrir la suite et de savoir comment elle va la développer.

En Résumé : J’ai passé un moment de lecture très sympathique avec ce roman dont l’intrigue peut, aux premiers abords, être classique mais dont l’auteur ne fait finalement que se servir pour nous faire réfléchir. En effet elle soulève ainsi au fil des pages de nombreuses réflexions que ce soit sur notre façon de traiter les autres, les étrangers, le pouvoir, la position de la femme ou bien encore, même si c’est un peu binaire, le parallèle entre un pouvoir plus « féodal » et un autre qui cherche l’égalité. Alors parfois ça manque de finesse, certains arguments donnent l’impression de tourner en rond ou d’être répétitifs, mais dans l’ensemble j’ai trouvé que ça fonctionnait plutôt bien. Dommage que j’ai trouvé l’intrigue de fond facilement devinable, ce qui joue obligatoirement sur le rythme et les surprises. L’univers s’avère solide et intéressant à découvrir, gardant tout de même quelques mystères pour les suites, comme principalement cette révélation sur la fin qui me donne envie d’en savoir plus. Les personnages sont intéressant à suivre que ce soit dans leurs idéologies comme dans leurs façon d’évoluer. Seul Renaldo m’a un peu moins accroché tant le décalage entre son passé et son présent me laisse perplexe. La plume de l’auteur est entraînante, fluide et efficace et je me laisserai assez facilement tenter par la suite.

 

Ma Note : 7/10