Les Chroniques du Radch Tome 3, La Miséricorde de L’Ancillaire – Ann Leckie

les-chroniques-du-radch-t3-la-misericorde-de-lancillaireRésumé : À peine revenue, la paix fragile est menacée sur la station Athoek, mise en péril par la découverte d’un individu qui ne devrait même pas exister — un ancillaire d’un vaisseau censé avoir disparu de l’espace du Radch depuis des millénaires — , mais aussi par l’arrivée d’un nouveau traducteur des étranges Presgers, et surtout par celle, imminente et lourdement armée, d’Anaander Mianaai, l’autorité suprême de l’empire en guerre contre elle-même, qui pourrait bien entraîner le Radch tout entier dans une guerre civile comme il n’en a jamais connu.

Edition : J’ai Lu Nouveaux Millénaires

 

Mon Avis : Il y a un an maintenant, je me suis lancé dans le premier tome de ce cycle de Science-Fiction multi-primé, proposant une histoire de vengeance et d’Intelligence Artificielle très sympathique (ma chronique ici). Le second tome, dans un autre genre, m’avait offert aussi un très agréable moment de lecture, offrant plus de jeux de pouvoirs et de manipulations (ma chronique ). Alors certes, même si les deux premiers tomes n’avaient pas révolutionné le genre, un décalage se faisant aussi ressentir entre la qualité de l’oeuvre et la multitude de prix reçu, j’avais tout de même bien accroché à ce cycle au point de rapidement me laisser tenter par le troisième et dernier tome. Concernant la couverture, elle reste dans les mêmes tons que les tomes précédents et je la trouve sympathique.

Alors, je vais commencer cette chronique par un constat, un coup de gueule peut-être aussi, j’aimerai revenir sur le travail d’édition du livre, ou plus précisément la traduction. Je considère mon blog un peu comme un partage, pourquoi pas aussi parfois une aide à la découverte pour ceux qui passent. Je ne dis pas que mes chroniques ont une influence dans l’achat ou non d’un livre, mais je pense qu’elle peut apporter quelque-fois une petite aide à la décision. Tout du moins je l’espère. Sauf que là je me retrouve bien embêté, car je considère que le cycle du Radch est une lecture sympathique et pourrait plaire à certains lecteurs, même si loin d’être parfaite, mais que la traduction ainsi le travail d’édition et de relecture font que ce troisième tome fut, d’une certaine façon, le plus laborieux à lire. Phrases sans sujet ou bien coupé en deux avec un point au milieu, répétitions ou bien encore des passages qui manquent de fluidité tout à l’air de montrer un projet a deadline serré qu’il a fallu rendre dans les temps. Certes, pour avoir fait des recherches, en VO ce type de passages passent beaucoup mieux, le français étant moins elliptique il va alors demander une syntaxe différente. Pourtant je ne suis absolument pas à cheval sur ce genre de points, mais là j’ai été obligé parfois de relire certains passages pour les comprendre ce qui est dommage et hache le rythme. Je ne reviens pas par contre sur les pronoms, il fallait de toute façon faire un choix. Mais fermons la parenthèse et parlons du livre.

Ce troisième nous tome nous plonge ainsi directement après la fin du précédent, la station Athoek, après de nombreux jeux de pouvoirs, connait une période un peu plus calme. Brecq est loin d’en avoir pour autant terminer, une partie de la Maître du Radch, Anaander Mianaai, souhaite la voir morte et de nombreux mystères entourent encore la porte fantôme. Une fois la dernière page tournée, je dois bien avouer que j’ai trouvé ce troisième tome sympathique et plus que divertissant, même si je reviendrais sur certains points qui m’ont un peu dérangé. Déjà commençons par un point, est-ce que l’auteur arrive à conclure son cycle concernant tout ce qu’elle a ouvert? Oui et non. Oui l’auteur répond clairement à toutes les questions qu’elle a soulevée, l’importance des Presger, la guerre qui se déclare dans le Radch ou bien encore ce qui gravite autour de la Justice de Toren, mais elle n’offre pas une réponse définitive. Loin de là. J’avoue j’aime bien ce genre d’idée, comme quoi la fin n’est finalement jamais la fin, que le voyage continue par le lecteur, prenant ainsi plus d’importance dans les réflexions qu’il soulève que dans les réponses qu’il apporte. Puis bon, une guerre ne pouvait clairement pas démarrer et s’achever en trois tomes. Maintenant cela possède aussi un côté frustrant, car certaines questions soulevées restent sur certains points trop ouvertes. Un peu comme s’il s’agissait d’une simple introduction. De plus, la conclusion amène aussi de nouvelles questions. Cela pourrait d’ailleurs en bloquer certains, car il faut apprécier les fins ouvertes qui laissent la part belle à l’imagination du lecteur sur comment peuvent évoluer les choses. Moi, d’une certaine façon j’y ai trouvé mon compte, même si je ne le nie pas j’ai tout de même été légèrement frustré de ne pas avoir certaines réponses.

L’univers développé dans ce troisième tome gagne, je trouve, en profondeur et sans non plus révolutionner le genre s’avère toujours aussi solide. Les relations avec les autres races, comme les Presgers, prennent un peu plus d’ampleur et le traité dont on parle depuis le premier tome se dévoile offrant une complexité supplémentaire. Cela offre ainsi une vision politique un peu plus étoffée où le Radch n’est pas obligatoirement la plus grande puissance qui soit face à certaines autres « races », Presger en tête. Cela vient aussi ajouter une certain densité dans l’aspect politique et géopolitique du récit. L’auteur continue aussi à développer sa ligne sur les IA, soulevant ainsi, selon moi, de façon solide la notion d’identité, d’existence et ce qui fait la frontière entre machine et conscient. Certes c’est du classique, mais j’ai trouvé que l’auteur s’en sortait bien et y apportait une petite touche personnelle en y ajoutant aussi, en fond, cette question de genre. Ce sont finalement les grandes questions du roman, et même si l’auteur n’offre peut-être pas la même puissance de réflexion que d’autres, elle s’en sort plutôt bien. Elle se permet aussi de traiter la différence de façon solide, montrant que malgré l’impression d’un empire uni sous une seule bannière, cela ne s’est pas fait sans contrainte et « l’assimilation » est loin d’être parfaites ; tout le monde n’étant pas Radchaï aux yeux de tous. Le côté civilisation en prend donc un coup et n’est pas non plus par moment sans rappeler notre société. Alors c’est vrai, parfois l’ensemble est un peu stéréotypé ou légèrement simpliste, mais rien de bien dérangeant. Là où par contre je trouve ce monde intéressant, c’est que l’auteur nous offre vraiment un traitement humain, même si sur certains aspects ça se retourne contre le récit, mais j’y reviendrai.

Concernant le rythme, cette trilogie ne cherche clairement pas à nous offrir une histoire nerveuse et sans temps morts, prenant plutôt son temps pour bien poser les différents messages qui sont passés ainsi que l’univers et les personnages. Cela n’a pas empêché les deux premiers tomes d’avoir un côté nerveux et aventureux. Concernant ce troisième tome, je l’ai d’ailleurs trouvé un peu plus nerveux que les précédents, le conflit étant maintenant lancé, ce qui rend plutôt fluide si on excepte les soucis de traduction qui hache un peu la lecture je trouve et certaines répétitions ici ou là. Concernant les personnages ils s’avèrent intéressant à découvrir, principalement dans leurs doutes, leurs envies, leurs visions. C’est un peu, je trouve, ce qui fait qu’on se laisse porter par le récit, et l’un des points forts du récit, ce panel large de personnages ayant des personnalités hétéroclites et s’avérant profondément humains. Que ce soit Brecq dans sa quête mais aussi dans la vision qu’il a du monde, Seivarden qui doit se réhabituer à cette nouvelle vie avec ses doutes et ses faiblesses, ou encore certains personnages assez « croustillants » comme le traducteur Presger un peu dérangé et effrayant. L’auteur offre ainsi une certaine diversité, montrant que tout le monde est différent et tout le monde a ses propres problèmes et ses propres façon d’évoluer et d’avancer. Sauf que voilà, je l’ai dit, le côté humain mis en avant a aussi ici ses défauts, en effet l’auteur donne parfois l’impression de s’attarder sur des informations que j’ai trouvé très secondaires. L’exemple le plus frappant vient de l’accrochage entre Seivarden et Ekalu qui prend une certaine ampleur pas toujours utile au récit. Certes, cela montre la complexité des relations, mais cela méritait-il d’être autant développé? Je ne suis pas sûr. De plus il est traité de façon trop analytique là où une touche émotionnelle aurait peut-être rendu l’accrochage plus intéressant.

Je regretterai aussi certaines facilités dans la conclusion mise en place par l’auteur. Une impression que tout se goupille un peu trop parfaitement, ainsi que des plans de dernières minutes qui réussissent un peu trop simplement et tombent à point nommer, même si j’ai trouvé la fin intéressante dans son idée de tout miser sur la discussion et la négociation. Par contre la fin s’avère intéressante dans ce qu’elle ouvre, mais je ne dirai rien pour ne pas spoiler. La plume de l’auteur s’avère toujours simple, efficace et assez entrainante et, même si j’ai trouvé ce troisième tome un chouïa en dessous des précédents, il s’avère très sympathique à découvrir et à lire. Toutes les questions n’ont pas obligatoirement de réponses, mais dans l’ensemble je trouve que cette trilogie se conclut pas trop mal, même si c’est vrai elle est loin d’être le cycle marquant qu’on espérait en voyant les nombreux prix remportés. J’ai cru comprendre que l’auteur allait continuer à écrire dans le même univers, à voir, je me laisserai sûrement tenter.

En Résumé :J’ai passé un sympathique moment de lecture avec le troisième et dernier tome de ce cycle. Les intrigues misent en place gagnent en profondeur et légèrement en intensité et l’ensemble des réponses soulevées trouvent une fin intéressante, même si de nombreux point restent ouverts. L’auteur considère ainsi que le voyage a plus d’importance et qu’il est impossible d’offrir toutes les réponses, laissant le lecteur se faire son propre avis, ce qui pourrait en déranger certains. L’univers mis en place continu à se développer, à se densifier et même s’il ne révolutionne en rien le genre il s’avère solide et surtout met en avant l’humain. Car oui la grande force du récit vient ainsi de ses personnages, de leurs diversités, chacun d’entre eux s’avérant unique dans ses envies, ses évolutions, ses doutes, offrant ainsi une vraie profondeur à chaque protagoniste. Je regretterai juste peut-être certaines évolutions de relations trop analytiques et un peu longue mais franchement rien de gênant. Les questions soulevés par l’auteur se révèlent intéressante, tournant principalement sur l’identité, la notion de personne. Je noterai par contre aussi certaines facilités ou simplicités ainsi quelques répétitions, mais pour moi le principal soucis vient du travail d’édition et de la traduction. En effet elle rend la lecture hachée et il m’est difficile de conseiller ce livre, alors que je l’ai trouvé très sympathique, sauf si vous le lisez en VO.

 

Ma Note : 7/10 (6/10 si je prends en compte la traduction)

 

Autres avis : Lutin82, Apophis, …

Latium, Tome 1 – Romain Lucazeau

latium-tome-1Résumé : Dans un futur lointain, l’espèce humaine a succombé à l’Hécatombe. Reste, après l’extinction, un peuple d’automates intelligents, métamorphosés en immenses nefs stellaires. Orphelins de leurs créateurs et dieux, esseulés et névrosés, ces princes et princesses de l’espace attendent, repliés dans l’Urbs, une inéluctable invasion extraterrestre, à laquelle leur programmation les empêche de s’opposer.
Plautine est l’une d’eux. Dernière à adhérer à l’espoir mystique du retour de l’Homme, elle dérive depuis des siècles aux confins du Latium, lorsqu’un mystérieux signal l’amène à reprendre sa quête. Elle ignore alors à quel point son destin est lié à la guerre que s’apprête à mener son ancien allié, le proconsul Othon.

Edition : Denoël Lunes D’Encre

 

Mon Avis : Ce roman, j’avoue, il était sûr de terminer dans ma PAL. En effet, depuis la première fois que j’en ai entendu parler, ce qui remonte a maintenant un an déjà sur le blog de l’éditeur, la présentation m’a tout de suite donné envie de découvrir ce roman, le présentant comme un très ambitieux space-opéra écrit par un auteur français et, qui plus est, s’avère être un premier roman. Certes, il y a toujours une petite appréhension de ne pas être conquis, mais voilà l’envie de le découvrir, ajouté à un résumé accrocheur et une illustration de couverture, réalisée par Machu, que je trouve magnifique, ont fait que je me suis très rapidement plongé dans ce récit.

Ce roman nous plonge ainsi dans un avenir lointain, où l’Humanité s’est éteinte. Les Intelligences Artificielles, serviteurs des hommes, ont assisté à cette fin, les obligeant à devoir apprendre à vivre sans leurs créateurs, migrant à travers des nefs immenses et se lançant dans l’espace où va alors démarrer une longue guerre avec les barbares. Plautine, en stase depuis plusieurs siècles va être réveillé par la captation d’un étrange signal, qui vient relance l’infime possibilité que l’Homme pourrait toujours être présent. Elle se lance alors à la recherche de soutien. Alors  ce premier tome de Latium, valait-il le coup ? Pour résumer, une fois les dernières pages tournées, je dois bien avouer que oui, il s’agit d’un très bon roman, fascinant et complexe.

L’auteur a ainsi décidé de construire son récit clairement comme une tragédie grecque, tout en y mélangeant du space-opera, du roman post-apocalyptique et le tout mâtiné d’une bonne dose de philosophie, de questionnements et de réflexions soignés. L’ensemble s’avère ainsi dense, très dense, que ce soit dans l’intrigue, les messages que le récit cherche à faire passer, mais aussi dans les descriptions. Le moindre détail peut ainsi paraitre prendre de l’ampleur et des lignes, sur un rythme posé voir lent, ce qui pourra en bloquer certains qui n’apprécient pas les descriptions trop longues. Pourtant de mon point de vue j’ai trouvé cela fluide, entraînant et, d’une certaine façon, flamboyant dans les images offertes. On sent ainsi tout du long qu’il y a un vrai travail de l’auteur dans la richesse qu’il propose au fil des pages, ne laissant rien au hasard et qui, je trouve, épate pour un premier roman, même si, c’est vrai, par moment il cherche peut-être à trop en faire. Rien de non plus trop dérangeant, tant je me suis retrouvé à tourner facilement les pages pour découvrir cet avenir surprenant, captivant ainsi que l’intrigue qu’il dévoile petit à petit.

Je n’aime pas trop faire de comparaison mais l’univers que développe l’auteur n’est pas sans rappeler celui de Banks concernant son cycle de la Culture ou encore Simmons mais pas que ceux là non plus. Sauf que voilà l’auteur a réussi, je trouve, à créer son propre univers, à y apporter sa propre patte tout en le rendant logique, vivant et cohérent. L’aspect technologique, que ce soit sur les IA, les vaisseaux et autres, sans non plus révolutionner le genre, s’avère franchement riche, visuellement attrayant et fascinant. Surtout l’auteur ne évite de se lancer dans le hard-science et arrive pour autant à offrir quelque chose de logique, de compréhensible et réaliste. Cela offre d’ailleurs aussi une scène de bataille spatiale que j’ai trouvé épique, explosive et entraînante, même si peut-être par moment un chouïa longue à mon goût.

J’ai beaucoup aimé aussi ce que fait l’auteur avec l’idée des IA, les différents niveaux, la séparation de leurs consciences, tout en les humanisant d’une certaine façon. J’ai trouvé ça plutôt efficace et intéressant, apportant aussi une réflexion efficace. L’aspect politique n’est pas non plus en reste, enfin si on peut parler de politique quand on parle d’IA, s’avérant solide pour le peu que l’on découvre dans ce premier tome. Que ce soit dans la notion d’Empire, dans la guerre avec les Barbares ou encore dans le jeu politique, il y a quelque-chose qui se dégage, je trouve, et qui devrait prendre logiquement plus d’ampleur dans le second tome pour notre plus grand plaisir. Le mélange des genres proposé par l’auteur fonctionne plutôt bien. Seul un point m’a dérangé. Ce futur est présenté comme une sorte d’Uchronie qui voudrait que l’Empire Romain ait survécue, le soucis c’est que l’ensemble n’est jamais clairement expliqué, ce qui n’est pas le but du récit non plus, mais surtout parait par certains aspects, justement, trop figé. Est-ce gênant ? Pas vraiment, il suffit juste d’accepter ce fait, cela n’influençant pas trop, je trouve, la lecture.

Après, comme je l’ai dit, l’autre point intéressant du roman, vient des nombreuses réflexions que propose l’auteur au fil des pages. On y retrouve ainsi un vrai travail complexe posant de nombreuses questions sur le lien entre l’homme et la machine, plus précisément ici avec l’IA et ses règles. Certes on n’invente pas la poudre, ne me tombez pas dessus, mais l’aspect intéressant vient ici que le problème est un peu retournée. En effet il nous fait découvrir un monde où l’homme a disparu et où les machines se retrouvent à devoir survivre, figé dans une position dérangeante par ces règles immuables, et qui d’une certaine façon se retrouvent sans véritable avenir. Ce n’est pas non plus la seule question que soulève l’auteur dans ce récit, il nous fait aussi réfléchir sur la notion de divinité, sur la connaissance qui d’une certaine façon amène à remettre en cause le divin justement, sur l’identité et ce qui la compose, sur la conscience, les conflits ou bien encore sur l’idée de liberté. L’ensemble est ainsi recroisé avec des philosophes grecques, mais ne fuyez pas, il n’est pas nécessaire des les connaitre sur le bout des doigts pour se laisser emporter par ce récit. Concernant les personnages, l’auteur nous propose des héros intéressants que ce soit à travers les IA, leurs « névroses » et leurs façon de se gérer, mais aussi concernant les autres personnages secondaires proposés, les interactions qu’ils proposent ainsi que leurs évolutions. Alors parfois certains développements, que ce soit dans les relations comme dans l’apprentissage, sont peut-être un peu rapides, principalement dans le dernier tiers, ce qui peur paraitre un chouïa précipité, même si rien de trop bloquant non plus.

Alors après quelques points m’ont tout de même dérangé, comme par exemple l’utilisation de Deus Ex Machina, pas tant celui qui est clairement annoncé qui est logique, mais plus sur l’évolution proposée de Plautine qui lui permet un peu trop de facilités dans le dernier tiers du récit. J’ai aussi trouvé ce dernier tiers légèrement précipité, comme si l’auteur était pressé d’entrer dans la seconde phase de son intrigue. Enfin, dernier point que je soulèverai ce sont les notes de bas de pages, je ne suis pas un grand adepte de ce procédé déjà à la base et même si ici, parfois, elles ont été utiles il y en avait trop. Alors, j’ai bien constaté que cela soutenait un certain travail littéraire, mais voilà je n’ai que moyennement accroché. Au bout d’un moment je ne les lisais plus. Cela ne gâche pas non plus la qualité du récit, mais se ressent par rapport au reste de l’histoire. Au final rien de non plus dérangeant, tant j’ai passé un très bon moment de lecture avec ce premier tome, efficace, riche et bien porté par une plume dense, soignée et entraînante. Je lirai sans soucis la suite qui, d’ailleurs, depuis les Utopiales est déjà dans ma PAL.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec le premier tome de ce roman qui nous propose de découvrir une histoire riche, soignée et dense que ce soit dans son intrigue comme dans son travail sur l’image de fond. Certes l’ensemble offre un rythme posé et très détaillé qui pourrait en bloquer certains, mais que j’ai trouvé fluide, entraînant et plus qu’efficace. J’ai ainsi tourné les pages facilement pour en apprendre plus et savoir où aller nous mener l’auteur que ce soit dans son intrigue comme dans ses réflexions. L’univers proposé, certes se retrouve dans d’autres grands romans, mais l’auteur arrive à y apposer sa patte pour rendre l’ensemble intéressant et vivant, offrant ainsi des idées denses et complexes que ce soit sur la technologie comme dans l’intrigue. Je reprocherai juste une envie de faire une uchronie qui m’a un peu laissé perplexe dans certains aspects un peu trop figés. Les réflexions et questionnements qui sont soulevés tout du long que ce soit concernant notre rapport à la machine, sur le divin, la connaissance, la conscience ou bien encore sur les conflits s’avèrent captivantes, bien amenés et ne laissent pas indifférents le lecteur. Les personnages, ainsi que la personnification des IA, se révèlent intéressants même si par moments certaines évolutions m’ont paru un peu rapide. Je regretterai par contre une facilité concernant Plautine qui offre trop de libertés, l’impression d’un dernier tiers légèrement rapide ainsi que des notes de bas de pages que je n’ai pas toujours trouvé utiles. Rie de non plus trop bloquant tant j’ai été emporté par ce roman, foisonnant, riche et dense bien porté par une plume soignée et captivante. Je lirai la suite sans soucis.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : Phil, Koré, Herbefol, Apophis, Lutin82, …

Les Tours de Samarante, Tome 1 – Norbert Merjagnan

les-tours-de-samaranteRésumé : Autour de la cité de Samarante sur laquelle veillent six tours mystérieuses, s’étend l’aliène, une étendue sauvage, aride, inhospitalière. C’est par là que la guerre viendra, il n’y a pas d’autre accès. Au cœur de la ville vivent Cinabre, une préfigurée aux pouvoirs effrayants, bientôt poursuivie par les tueurs de l’Endocène, et Triple A, qui rêve d’escalader les tours. C’est vers eux, sans le savoir, que se dirige Oshagan, le grand guerrier, porteur de la plus puissante des armes, une forme de guerre disparue depuis mille ans. Quand-ces trois êtres entreront en collision, alors trembleront les Tours de Samarante.

Edition : Denoël Lunes d’Encre
Poche : Folio SF

 

Mon Avis : Il m’arrive à certains moment de regarder ma PAL et d’y trouver des livres qui y végètent depuis des années, au point parfois limite de se fossiliser sur place. Cela peut venir de plusieurs raisons, manque de temps, livres que je garde sous le coude, car non transportable, l’attrait de la nouveauté ou bien encore tout simplement un manque de motivation. J’ai donc décidé d’essayer, sur le long terme, de leur offrir une plus rande chance, surtout que bon ils ont une bonne raison d’être dans ma PAL. C’est d’ailleurs le cas de ce roman de Norbert Merjagnan, Les Tours de Samarante, premier tome d’un cycle qui traîne dans ma bibliothèque depuis quelques années déjà et qui m’avait attiré suite à des retours positifs et intrigants. Ajouté à cela couverture, illustrée par Manchu, que je trouve vraiment superbe et attire le regard, je ne pouvais que craquer.

Ce roman va ainsi nous faire partager le destin de trois personnages, complètement différents, tous gravitant autour de la mystérieuse ville de Samarante et ses tours. Entre vengeance, survie, complots et quête, ils vont chacun d’entre eux se retrouver plonger au milieu d’aventures et de trahisons qui vont complètement les dépasser. Je dois bien avouer que je ressors de ma lecture de ce premier tome un peu circonspect, pas complètement convaincu, mais intrigué par des aspects franchement intéressants maîtrisés par l’auteur. Première chose qui marque dès qu’on plonge dans ce récit, c’est le style de l’auteur qui se démarque franchement. On sent que Norbert Merjagnan propose une vraie recherche stylistique à travers son roman et que ça fonctionne plus que bien. Alors certes, par moment, principalement dans les trois premiers chapitres cela donne aussi une impression de vouloir trop en faire, un sentiment guindé, mais au fil des pages cela disparait, proposant alors une très belle plume, dense et soignée qui ne laisse pas indifférent. Par moment, c’est vrai, on sent l’effet premier roman, avec une proportion à trop pousser certains dialogues, voir certaines descriptions, mais rien de trop dérangeant tant elle possède un côté envoutant et happant qui font qu’on se laisse un minimum emporter par le récit, nous offrant des images superbes, vivantes et séduisantes.

Au niveau de l’univers, l’auteur ne révolutionne clairement pas le genre, nous proposant un monde un peu post-apocalyptique, où les villes sont devenues les refuges des peuples, où les technologies ont énormément évolué entre réseau, ville connecté entièrement, réseau, clone et modifications génétiques, avec une religion un peu étrange. On y retrouve aussi un aspect géopolitique avec grandes familles, jeux de pouvoir et ordres qui gèrent la ville, le tout mâtiné d’un peu de cyberpunk qui apporte un plus à l’ensemble. Par contre il faut le savoir, l’auteur ne nous plonge pas dans un univers balisé avec de longs passages de présentations. On peut alors se sentir perdu au début, mais il va se dévoiler au fil des pages en fonction des révélations et des éléments que l’on découvre, donc si vous n’appréciez pas ce genre d’univers cela risque de vous bloquer. Il y a ainsi un vrai travail du lecteur pour créer l’image de fond présenté au fil du récit. Même si l’ensemble peut paraitre n’avoir rien de révolutionnaire, il s’avère pourtant, je trouve, assez solide pour offrir un minimum d’intérêt. Pourtant, j’ai trouvé que ce que cherche à construire l’auteur a un peu de mal à aussi complètement s’imposer au lecteur, j’ai eu l’impression qu’il y avait énormément d’idées, mais le tout en peu de pages, ce qui donne l’impression qu’une grande partie des aspects qui sont présentés, n’est qu’à peine esquissée. Pareil concernant tout ce qui tourne autour de la politique, où certaines révélations, trahisons et manipulations qui m’ont paru manquer de profondeur et donner l’impression de tomber un peu comme un cheveu sur la soupe.

Concernant les personnages que l’on découvre au fil des pages, j’avoue que je suis un peu nuancé au niveau de mes impressions. Cinabre ressort vraiment du lot selon moi, proposant une héroïne étrange, préfigurée clonée et modifiée qui se dévoile au fil des pages, s’avérant battante, sensible et développant des idées intéressantes, principalement concernant ses capacités. Triple A, je suis un peu plus mitigé, j’ai trouvé le personnages intéressant dans une sorte de quête de liberté, fasciné par les mystérieuses tour de la ville jusqu’au point de se perdre, au caractère fougueux incisif, mais voilà je l’ai trouvé un peu en retrait de l’intrigue. Il devrait prendre de l’importance dans la suite je pense, mais là c’est un peu frustrant. Oshagan par contre a eu du mal à vraiment me fasciner, archétype du héros trahi qui cherche vengeance, il tombe au fil des pages dans une caricature de héros invincible que rien ne peut arrêter ni vraiment faire tomber tant il prend des coups et parait pourtant toujours en pleine forme. C’est rapidement frustrant. Les personnages secondaires ne sont pas mauvais, même si je trouve que sur certains points ils manquent un peu de profondeur, ne servant finalement qu’à faire avancer l’intrigue là où certains auraient mérité plus je trouve.

Je noterai juste un point qui m’a principalement dérangé au niveau de ce roman, c’est l’intrigue en elle-même. Elle parait convenue et même à ce niveau là elle repose énormément sur des deus ex machina, des personnages dont on n’a jamais entendu parler mais qui ont l’information qu’il faut, ou encore des coïncidences tellement énormes qu’elles ont du mal à s’avérer logique et franchement entraînante. C’est là que se pose la question de savoir ce qu’on cherche dans un roman, la forme ou bien le fond, j’avoue que moi j’ai besoin d’un minimum des deux pour me sentir transporter et là c’est un peu trop bancal. Au final un roman avec énormément de potentiel, mais qui est, je trouve, mal géré pour moi au niveau de la construction du récit et de ses rebondissements. Je pense que je lirai un jour la suite, principalement pour la très belle plume de l’auteur, en espérant que l’intrigue soit un peu plus soignée.

En Résumé : Je ressors de ma lecture avec un sentiment plutôt mitigé concernant cette lecture. La première chose qui marque pourtant le lecteur c’est la plume de l’auteur qui, certes, offre quelques erreurs de premier roman, mais s’avère franchement dense, soignée et très belle offrant ainsi au lecteur des images travaillées et vives. C’est le gros point fort du roman. Concernant l’univers, il ne révolutionne pas le genre offrant un univers que je qualifierai de post-apo avec une légère touche de cyberpunk, offrant ainsi de nombreux aspects intéressants que ce soit sur la technologie, la ville comme la politique. Peut-être même d’ailleurs un peu trop, ce qui donne une légère impression bordélique dans les idées qu’il développe pour ce monde. Les personnages je suis plutôt circonspect, j’ai bien accroché à Cinabre, un peu moins à Triple A qui m’a paru un peu en retrait de l’intrigue et pas vraiment à Oshagan qui tombe dans la caricature du héros invincible. Les personnages secondaires sont efficaces, même si j’aurai aimé que certains soient plus travaillés. Mais le point principal qui m’a dérangé c’est l’intrigue en elle-même qui m’a paru trop convenue, et reposant trop sur des deus ex machina et des coïncidences un peu trop facile. Se soulève alors la question de savoir ce qu’on cherche dans un roman forme, ou fond, moi j’ai besoin d’un minimum des deux. Je lirai un jour la suite car l’ensemble possède un beau potentiel rien que par le style proposé, même si je n’en ferai pas obligatoirement une priorité.

 

Ma Note : 6/10

Irezumi – Akimitsu Takagi

irezumiRésumé : Tokyo, été 1947. Dans une salle de bains fermée à clef, on retrouve les membres d’une femme assassinée. Son buste – lequel était recouvert d’un magnifique irezumi, ce célèbre tatouage intégral pratiqué par les yakuzas qui transforme tout corps en œuvre d’art vivante – a disparu. Le cadavre est découvert par deux admirateurs de la victime : un professeur collectionneur de peaux tatouées et le naïf et amoureux Kenzô Matsushita. La police a deux autres meurtres sur les bras : le frère de la première victime, dont le corps était lui aussi recouvert d’un irezumi, retrouvé mort et écorché, et l’amant jaloux de la jeune femme, tué d’une balle dans la tête. Frustré par leur incapacité à résoudre ces affaires, Matsushita appelle à la rescousse Kyôsuke Kamisu, dit «le Génie». Seul ce surdoué charismatique et élégant peut démasquer le psychopathe arracheur de tatouages.

Edition : Denoël Sueurs Froides (parution le 03/10/2016)
Traduction : Mathilde Tamae-Bouhon

 

Mon Avis : Comme vous le savez si vous suivez régulièrement ce blog, parfois j’aime me laisser tenter par un roman plus Thriller/Policier, genre que j’ai pas mal dévoré durant mon adolescence, puis un peu laissé de côté n’y retrouvant plus trop l’intérêt premier que j’y cherchais. Cela ne m’empêche pas d’en prendre un de temps en temps et de le découvrir avec plaisir, ce qui est le cas d’Irezumi. Quand on m’a proposé de découvrir ce livre, je me suis rapidement laissé tenter par l’envie de découvrir un polar Japonais, mais aussi par un résumé accrocheur. Ajouter à cela une illustration de couverture intrigante, j’avais donc hâte de découvrir ce qu’allait proposer l’auteur. A noter que ce roman a initialement été publié au Japon en 1948.

On se retrouve ainsi plonger dans une Tokyo d’après guerre. Le pays tente de se reconstruire doucement. Kinue Nomura qui possède un Irezumi, un tatouage couvrant des larges parties du corps voir la totalité, va être amenée à participer à un tournoi récompensant le meilleur tatouage. Quelques jours après elle va être retrouvée morte, démembrée, son buste contenant son tatouage volé et le tout dans une pièce fermée de l’intérieur. L’auteur nous propose ainsi un récit dans la plus pure tradition du policier à la Agatha Christie ou Sir Arthur Conan Doyle, qui met ainsi en avant plus le mystère du crime que ce que peuvent proposer les Thriller actuel qui cherchent peut-être plus à offrir une plongée dans la société actuelle avec tous ses travers et ses souffrances. Il faut le savoir, car selon vous attentes vous pourriez risquer d’être déçu. Moi les deux thèmes me plaisent bien, j’aime autant plonger dans un mystère à résoudre, que dans une tentative d’explication de la noirceur de ce monde. Alors après l’auteur a pourtant décidé de ne pas non plus offrir qu’un simple policier classique cité comme plus haut, lui offrant aussi une ambiance sombre, légèrement sanglante qui, d’une certaine façon, lui permet d’éviter ce côté trop désuet qui pourrait pourtant transparaitre. En effet la violence des crimes ne manque pas, d’une certaine façon, de détonner par rapport à la façon dont est présenté le mystère. De plus, ce roman reste, malgré qu’il ait été écrit il y a plus de 60 ans, très contemporain dans son écriture ce qui finalement le rend facilement accessible je trouve.

Concernant le mystère en lui-même, le récit nous offre quelque-chose de solide avec un meurtre en chambre close, qui va au fil des pages soulever de nombreuses questions et amener quelques suspects. Alors après tout n’est pas parfait, mais j’y reviendrai plus tard. Le récit est ainsi bien maîtrisé, entre phase de questionnements et des phases plus nerveuses qui vont amener de nouveaux éléments dans l’enquête. On tourne ainsi les pages avec un minimum de facilité et d’envie d’en apprendre plus sur ce meurtre et aussi sur les mystères qu’il soulève et sa résolution. Les personnages ne sont pas mauvais, s’avérant efficaces et solides dans leurs réflexions sur l’affaire mais aussi dans la façon de la faire avancer et évoluer, mais ils sont très typés « Policier ». Ce que j’entends par là c’est qu’ils sont construits et ne vivent quasiment que pour l’affaire ce qui a pour conséquence au final de donner l’impression qu’ils manquent de profondeur.

Cela joue obligatoirement un minimum sur l’empathie que l’on peut ressentir pour eux et cela les rend aussi un peu lisses voir un peu trop archétypaux, même si rien de non plus trop bloquant. Seul le docteur Tatouage sort du lot j’ai trouvé. Cela pourra sûrement en déranger certains qui apprécient de voir les personnages autant bosser sur l’affaire que d’offrir un travail de fond sur eux-même ainsi que sur la société. Concernant l’image de fond développé autour de l’intrigue, l’auteur nous plonge dans un Japon d’après guerre intéressant, que ce soit dans les conséquences que cela occasionne pour la population et le pays comme dans la façon dont chacun la gère. Cela aurait tout de même mérité peut-être un peu plus de densité, ne restant finalement qu’en surface. Autre point intéressant l’Irezumi et l’importance du tatouage dans le pays. En effet il a longtemps été tabou au Japon ou considéré comme un élément synonyme de mauvaises fréquentations, voir les liant au crime ou aux yakuzas. L’auteur lui offre ainsi une certaine beauté, tout en proposant une réflexion intéressante sur l’art et la culture du tatouage et la façon dont il est perçu, qui continue de raisonner un minimum avec notre société actuelle.

Pourtant quelque chose m’a tout de même dérangé avec ce roman et c’est un peu au final le risque de tout roman policier. En effet j’avais découvert une bonne partie du mystère à la moitié du roman. Gênant? pas complètement car, même si j’en connaissais l’assassin, il restait a découvrir la méthodologie utilisée pour tenter ce crime parfait, la façon dont les assassins vont être trouvés et aussi les mobiles. Maintenant cela s’est par contre révélé frustrant sur la fin quand l’auteur m’a paru un peu tirer en longueur dans son explication et ses révélations. Ensuite, l’auteur en a aussi peut-être fait un peu trop avec ce personnage qui arrive dans les dernières pages, considéré comme un génie et qui résout tout en limite quelques jours rien que grâce à son esprit brillant. Ce n’est pas illogique en soit, mais dans la façon dont s’est présenté, j’ai trouvé cela un peu « too much » on va dire et précipité. Au final j’ai tout de même passé un agréable moment de lecture avec ce roman policier qui, même s’il est loin d’être parfait, s’est révélé divertissant et entrainant bien porté par une plume simple et efficace et j’avoue je pourrai me laisser tenter par d’autres des mystères qu’il pourrait proposer.

En Résumé : J’ai passé un sympathique moment de lecture avec ce roman qui nous propose de découvrir un policier à l’ancienne. Ce que j’entends par là c’est que l’ensemble du récit repose sur le mystère de l’assassinat et, contrairement aux thrillers actuels, ne cherche pas obligatoirement à offrir un point de vue et une réflexion sur notre société. L’ensemble est bien mené, poussant le lecteur à se poser des questions et à tourner les pages avec l’envie d’en apprendre plus sur ce mystérieux assassinat ains que dans les énigmes qu’il soulève. l’image de fond de ce Japon d’après guerre s’avère intéressante à découvrir, même si, je trouve, qu’elle aurait pu être plus dense, ne restant finalement qu’en surface. Autre point intéressant, l’irezumi, ce tatouage qui est mis en avant, dévoilant finalement une certaine beauté et une certaine étrangeté. Les personnages ne sont pas mauvais, offrant une construction solide au fil des pages que ce soit dans leurs réflexions et leurs façon d’avancer, mais ne sont construits que pour l’enquête donnant ainsi l’impression de manquer un peu de profondeur. Rien de très bloquant, mais cela pourra en déranger certains. Je regretterai par contre, ce qui est le risque de chaque roman policier, d’avoir deviné une grande partie du mystère dès la moitié du roman. Cela n’est pas complètement gênant, car il restait des questions en suspens et j’avais envie de savoir comment les héros allaient faire pour résoudre l’énigme, mais c’est un peu frustrant. Principalement sur la fin quand l’auteur prend un peu trop son temps à vouloir révéler la vérité en tentant de jouer avec le lecteur. Je regrette aussi l’apparition d’un personnage surdoué, qui m’a paru mal amené. Au final, un roman plus que divertissant bien porté par une plume simple et efficace.

 

Ma Note : 7/10 

Water Knife – Paolo Bacigalupi

water-knifeRésumé : Dans un futur proche, la guerre de l’eau fait rage autour du fleuve Colorado. Le Nevada, l’Arizona et la Californie sont prêts à tout pour l’or bleu, tous les coups sont permis. Détective, assassin et espion, Angel Velasquez « coupe » l’eau ou les jugulaires pour la Southern Nevada Water Authority et sa représentante, Catherine Case, assurant la survie des arcologies de Las Vegas. Envoyé à Phoenix pour tenter de comprendre des rumeurs faisant état de droits sur l’eau antédiluviens, à la recherche de réponses qui s’évaporent à mesure que la chaleur monte et que le paysage devient de plus en plus oppressant, Angel rencontre Lucy Monroe, une journaliste endurcie, et Maria Villarosa, une jeune migrante texane rêvant de fuir vers le nord. Bientôt les corps commencent à s’empiler et ils se découvrent pions d’un jeu bien plus important et corrompu qu’ils l’avaient imaginé. Quand l’eau est plus précieuse que l’or, une seule vérité régit le désert : quelqu’un doit saigner pour qu’un autre boive.

Edition : Au Diable Vauvert

 

Mon Avis : Paolo Bacigalupi fait partie des auteurs que j’apprécie et dont j’attends avec un minimum d’envie les publications, proposant régulièrement des récits intelligents, qui ne laissent pas indifférents et s’avèrent percutants. Il m’avait d’ailleurs beaucoup marqué avec son premier roman La Fille Automate (ma chronique ici). Par conséquent quand on m’a proposé de découvrir le nouveau roman de l’auteur, j’avoue m’être rapidement laissé tenter, surtout que le sujet m’intéresse énormément : la guerre de l’eau que j’ai découvert au lycée et qui me parait peu présenté. Je remercie donc les éditions Au Diable Vauvert pour la découverte de ce roman.

Il nous plonge ainsi dans un futur pas si lointain, dans l’ouest américain qui a vu ses régions profondément perturbés suite à la diminution des volumes d’eau disponibles. Cela a donc amené une grande bataille juridique, liés aux droits sur l’eau, amenant la disparition de certaines villes qui se retrouvent, par la force des évènements, impossible de fournir à sa population de l’eau potable et créant ainsi un nouvelle caste de migration et de pauvreté. Le Nevada grâce à une politique « agressive » démarrée très tôt, a une longueur d’avance sur ses voisins, proposant ainsi des complexes équipés en eau à des prix exorbitants. Alors quand d’anciens droits sur l’eau font leur apparition, cela va tout bouleverser. Avant de se lancer dans la critique du livre, je tenais juste à faire un point sur cette notion de droits sur l’eau. Si vous n’êtes pas intéressé, ou déjà au courant vous pouvez zapper le paragraphe suivant.

En effet dans l’ouest américain le droit sur l’eau est une notion un peu particulière. Déjà posons les bases, l’ouest américain est un climat semi-aride, ce qui signifie que contrairement à d’autres climats l’agriculture par exemple ne peut pas reposer sur les pluies, mais nécessite une irrigation conséquente. A partir de là est apparu une législation, clairement bancale, qui veut que pour toute utilisation, le premier utilisateur ayant acquis historiquement un droit sur l’eau ait la priorité sur les autres. Autrement dit si une personne possède un droit de, disons, 10 000 litres et vieux de 100 ans il sera servi prioritairement à un autre qui a un droit de 50 000 litre mais qui n’est vieux que de 95 ans (tout du moins c’est comme ça que je l’ai toujours compris), sauf en cas de non utilisation prolongée. En gros premier arrivé, premier servi. Il faut aussi prendre en compte qu’au début du 20ème siècle les 7 états de l’ouest ont signé un traité qui a défini le bassin versant du Colorado en deux niveaux et en a ensuite défini les débits alloués entre chaque Etats. En l’état c’est déjà complexe, alors vous imaginez les soucis que cela crée en période de sécheresse. Pire, en sachant que les volumes d’eau ont baissés dans les fleuves et les nappes phréatiques et que les Etats pompent de plus en plus, il n’est plus possible de servir tout le monde. Vu qu’on est aux US, il faut aussi considérer la capacité des propriétaires de ses droit a aller en justice pour les préserver, ce qui a amené certaines aberrations comme l’interdiction de certains Etats de récupérer l’eau de pluie. Il existe d’ailleurs une véritable juridiction sur l’eau. Alors maintenant imaginez si le réchauffement climatique continue les conséquences que cela peut avoir, surtout s’il devient alors possible de racheter les droits. N’hésitez pas à faire des recherches, de nombreux sites offrent sûrement de meilleures explications que moi.

Maintenant que je vous ai brossé le tableau et bien ennuyé avec toutes ces informations, on va peut-être parler du roman qui, clairement, s’avère excellent, que ce soit aussi bien dans son récit que dans les idées qu’il véhicule. L’intrigue est ainsi construite comme un thriller, où Angel est envoyé par sa patronne, Catherine Case, à Phoenix pour essayer de découvrir ce qui s’y passe. Il va alors plonger au milieu de difficultés avec son lot de décès et dans une ville au bord de l’explosion. L’ensemble se révèle ainsi haletant de la première à la dernière page, offrant un récit qui alterne efficacement rebondissements, surprises, scènes d’action, ainsi que de réflexions, de façon percutantes et captivantes. Paolo Bacigalupi nous propose clairement une histoire qui va marquer le lecteur, que ce soit aussi bien dans son univers présenté, ses personnages ou encore dans son récit. On se retrouve plonger limite dans un enfer, où la violence règne, où le pire de l’homme peut se dévoiler, surtout dès qu’il y a beaucoup d’argent en jeu. Ne vous attendez surtout pas à une histoire joyeuse avec un happy-end, ce n’est clairement pas le but de l’auteur qui cherche ainsi un peu à nous secouer. L’ambiance est ainsi sombre, limite oppressante et angoissante et il n’y a pas vraiment de gentils qui gagnent à la fin, où tout le monde repartirait avec son eau sous le bras. Le récit développe ainsi une véritable guerre entre les états, à la limite de la légalité, parfois même dans l’ombre, qui se fout clairement de la population et de ses besoins. Un récit âpre, intense et qui pourtant m’a rapidement fasciné, au point que j’ai eu du mal à le lâcher.

Finalement la grande force du récit vient clairement de son univers, le futur qui nous est présenté, mais aussi des questions qu’il soulève obligatoirement du début à la fin. Il arrive franchement à créer une image de fond très vaste, tout en soignant le moindre détail pour rendre l’ensemble palpable, vivant et réaliste. C’est d’ailleurs cette crédibilité, qui se dégage de ce futur, qui rend ce récit et ce monde si percutant tant il m’a paru plus que plausible. L’auteur n’a finalement fait que se baser sur des hypothèses de plus en plus présentes, les a extrapolé, a ajouté à cela la complexité de l’ouest américain ce qui a le don d’interpeler. Il dépeint aussi une situation politique intéressante, démontrant l’explosion de l’unité des Etats, tout du moins de façon non-officielle, les Etats-Unis étant toujours debout pour le reste du monde. Les milices ont fait leurs apparitions pour protéger les « frontières » et ainsi limiter les flux de migrations qui découlent obligatoirement de cette guerre.

A travers le destin de trois héros, Paolo Bacigalupi va alors nous amener au plus près des conséquences de ce futur, que ce soit sur les dégradations des conditions de vies, le clivage de plus en plus important entre les plus riches et les plus pauvres et surtout le réveil brutal sur l’importance de l’eau dans la vie de chacun. L’aspect technologique n’est pas non plus en reste, pragmatiques et parfois terrifiant comme ce petit sac qui permet de recycler son urine et qui en devient une gourde pour boire. Mais surtout tout cela pousse à la réflexion, certes en premier lieu sur l’eau et son importance vitale, mais aussi sur l’humanité, sa façon à s’autodétruire pour garder des privilèges, sa capacité à se faire de l’argent sur tout, la notion de règle et d’absence de règle ou encore la notion de survie, le tout sans jamais tomber dans le reproche, laissant le lecteur se faire son propre avis. Je pense qu’on ne sort pas indifférent de cette lecture, qu’on l’ait apprécié ou pas. Au final un futur sombre, violent et légèrement angoissant qui s’avère marquant.

Les personnages ne sont pas non plus oubliés pour autant et l’auteur a toujours le chic pour nous proposer des héros qui ne tombent jamais dans la caricature, se situant toujours dans cette zone grise, ce qui finalement les rend profondément humains. On se retrouve ainsi rapidement happer par leurs aventures, leurs histoires, ainsi que leurs évolutions tant ils s’avèrent denses et travaillés. Que ce soit Angel ancien membre de gang, devenu le chien de garde d’une compagnie qui met la main sur le maximum de droits de l’eau possible, mais qui va, au fil des pages, s’avérer plus complexe que cela, montrant au final un homme qui s’est simplement adapté à son époque et cherche surtout à survire, ou bien encore Lucy la journaliste désabusée, avec ses principes, qui cherche encore la notion de justice et de bien dans ce monde, qui va se lancer à corps perdu dans cet enquête après la mort d’un être cher au point de tout perdre, ou encore Maria jeune migrante texane paumée qui tente de survivre dans les bas-fonds de la ville de Phoenix qui sont dirigés par les gangs, chacun d’entre eux vont ainsi s’avérer marquants. Les personnages secondaires ne sont pas non plus en reste, se révélant ambiguës et intéressants, chacun ayant leur propre façon de survivre.

Alors après, j’avoue, j’ai trouvé la conclusion peut-être légèrement trop rapide et reposant sur une « illumination » un peu facile, le roman m’a paru parfois un chouïa téléphoné dans certaines révélations et un ou deux passages sur la vie ou l’Homme m’ont paru un peu trop métaphysiques comme si l’auteur cherchait à trop en mettre en avant, mais franchement rien de dérangeant tant l’ensemble s’avère marquant et efficace aboutissant à une conclusion des plus percutantes. Un roman qui nous montre d’une certaine façon qu’attendre sans rien faire n’aboutira à rien de bon, qu’il faut peut-être se poser les bonnes questions dès maintenant et pourquoi pas réfléchir à ce qu’on peut faire. Le tout est aussi porté par une plume soignée, entraînante et captivante, qui nous plonge de nouveau rapidement et facilement dans ce récit sombre, intelligent et efficace. Je lirai en tout cas sans soucis d’autres écrits de l’auteur avec grand plaisir.

A noter que ce livre sortira le 27 octobre 2016.

En Résumé : J’ai passé un excellent moment de lecture avec ce roman qui nous plonge dans un futur proche ou les conséquences du réchauffement climatique sur l’eau, ainsi que la législation spécifique sur l’eau dans l’ouest des USA a amené une crise qui tend doucement vers la guerre. L’auteur construit ainsi un thriller qui, en plus de s’avérer percutants et nerveux, va nous faire réfléchir sur de nombreux points, le tout dans une ambiance sombre et légèrement angoissante. L’univers est l’un des gros points forts du roman, premièrement par sa crédibilité, tant cet avenir parait plus que plausible,  et ensuite par toutes les extrapolations que fait l’auteur pour le construire que ce soit aussi bien politique, technologique ou encore humain. Mais surtout, comme je l’ai dit, ce roman nous offre de nombreuses réflexions marquantes, que ce soit sur notre vision de l’eau, sur l’Homme que ce soit sa capacité à s’autodétruire ou a se battre pour ses privilèges, sur notre société et son évolution ou encore sur la capacité de chacun à survivre, le tout sans jamais non plus s’imposer. Les personnages proposés ne manquent pas non plus d’attrait tant l’auteur arrivé à proposer des héros complexes, denses et travaillés qui ne tombent jamais dans la caricature, se révélant humains dans leurs histoires et leurs constructions. Les personnages secondaires s’avèrent eux aussi intéressant à découvrir. Alors certes la fin m’a paru légèrement trop rapide, j’ai trouvé certaines révélations une chouïa téléphonés, et l’auteur sur une ou deux points m’a paru un peu trop métaphysique, mais franchement rien de bloquant tant l’ensemble ne laisse pas indifférent et tant j’ai eu du mal à la cher ce roman. L’ensemble est bien porté par une plume soignée, percutante et entraînante, et je lirai sans soucis et avec plaisir d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 8,5/10

 

Autres avis : Montag, …

Afterparty – Daryl Gregory

afterpartyRésumé : Vous en voulez ? Vous en aurez ! Plus dingues les unes que les autres ! Car la smart drug revolution est en marche… Muni d’une imprimante chemjet et d’une connexion internet, n’importe quel petit malin en première année de chimie peut désormais synthétiser sa propre drogue et la produire à l’infini. Le résultat ne se fait guère attendre : il pleut des buvards chargés sur le monde ! Jusqu’à ce qu’apparaisse le Numineux, molécule qui décuple le sentiment du divin, enracine une foi inébranlable chez son consommateur tout en provoquant crises mystiques et hallucinations extrêmes — un produit aux mains d’une nouvelle église qui en fait son sacrement, répand sa bombe neurochimique à travers tout Toronto et pourrait bien lâcher sur le monde des légions de fanatiques… à moins que Lyda Rose, qui a contribué à l’élaboration du Numineux au sein de sa propre start-up, ne réagisse et ne se mette en quête des secrets de L’Église du Dieu Hologrammatique… Rien moins qu’un chemin de croix, en somme, dont la première des stations consistera à s’échapper de l’asile psychiatrique dans lequel elle est enfermée…

Edition : Le Bélial’

 

Mon Avis : J’ai découvert, il y a maintenant deux ans environ, Daryl Gregory avec sa nouvelle Dead Horse Point parue dans un Bifrost, qui proposait un texte intelligent et percutant (chronique ici). Depuis je suis avec assiduité ses publications tant les deux romans qui ont suivi, L’Education de Stony Mayhall (chronique ) et Nous allons tous très bien, merci (chronique ici), m’ont proposé de bons moments de lectures à travers des intrigues plutôt originales, efficaces, réfléchies et captivantes. Il est donc logique que le dernier roman de l’auteur, au résumé accrocheur, ait rapidement rejoint ma PAL. A noter la couverture, illustrée par Aurélien Police, qui colle parfaitement à l’ambiance du récit.

Ce roman nous plonge dans un monde futuriste où il est possible à tout un chacun, grâce aux nouvelles technologies, de pouvoir imprimer sa propre drogue. Apparaît alors une nouvelle drogue qui permet de trouver Dieu. Lyda Rose, faisant partie de l’équipe qui a malheureusement découvert cette drogue et qui a quasiment tout perdu à cause de cela, va tout tenter pour arrêter l’expansion de ce nouveau produit. Ce roman nous est ainsi présenté comme un techno-thriller et je dois bien avouer qu’il remplit plutôt bien son rôle. En effet on plonge dans un récit qui va se révéler  nerveux, entraînant, vivant qui offre de nombreux rebondissements et retournements de situations qui font qu’on tourne facilement les pages histoire d’en apprendre plus. Cette course poursuite est terriblement efficace, apportant son lot d’action, mais aussi de réflexions, le tout porté par des personnages entraînants et dans un monde efficace et solide le tout sans temps mort, avec une bonne dose de cynisme et une légère pointe d’humour. Il y a un vrai travail donné au récit pour aussi le rendre très visuel, tout en évitant d’être trop simpliste dans le style, ce qui offre un aspect très « cinématographique » dans la perception du roman. Malgré cette impression de page-turner, le sujet principal, avec cette idée d’amener Dieu dans la vie des gens par la drogue, ainsi que les personnages amènent leur lot de réflexions. On sent ici que l’auteur cherche au fond bien plus qu’un simple divertissement.

Ainsi après nous avoir plongé dans ses précédents livres au milieu de zombies et dans un groupe de parole de victimes, cette fois Daryl Gregory nous fait découvrir un monde où les stupéfiant et le chimique sont limite devenu accessibles à tous. Parallèle d’ailleurs intéressant de l’intrigue, les cigarettes sont toujours autant prohibées. Un futur où la technologie n’est pas en reste, se révélant solide, plausible et efficace et laissant la part belle à l’imagination de l’auteur, offrant différentes inventions qui collent parfaitement au récit tout en restant crédibles. Il a ainsi  pris le temps, selon moi, d’analyser notre société pour en extrapoler un avenir possible et concevable. Là ou par contre je trouve que le travail de fond manque légèrement de profondeur, c’est dans son aspect géopolitique qui est à peine esquissé et qui pourtant aurait mérité d’être un peu plus travaillé. Mais rien de non plus trop bloquant vu que ce n’est pas le coeur du sujet. En effet, il vient principalement de ces nouvelles drogues et de l’influence qu’elles peuvent avoir sur nous. Dans ce monde on se sert de ces composés aussi bien pour la détente que pour se changer littéralement. Cela m’a d’ailleurs fait penser à un épisode de Doctor Who, mais traité différemment. La frontière s’avère ainsi très mince entre l’aspect scientifique de la recherche médicale qui a initialement pour but d’aider les gens, et l’aspect opiacé qui les rend accro, ce ui nous fait obligatoirement réfléchir sur le monde actuel. Il y a dans le fond une vraie réflexion sur notre société, sa capacité à se perdre dans des produits chimiques pour trouver un but à sa vie, une « croyance » qui maintient chacun debout et le fait avancer sans qu’il se perde.

Ce ne sont pas les seuls axes de réflexions que cherche à soulever ce livre. L’un qu’on retrouve régulièrement dans ses écrits vient de la façon dont on voit et l’on traite les personnes différentes, les personnes considérées comme malades. L’auteur montre ainsi que la folie n’est pas obligatoirement une fin en soit, certes elle mérite d’être prise en considération, mais ne doit pas empêcher chacun de pouvoir vire une vie normale. C’est d’ailleurs ce que souligne clairement le groupe de héros qui mène l’enquête, ils sont différents, pourtant cela ne les empêche pas pour autant de vivre pleinement. D’une certaine façon il tente aussi de montrer un futur où la drogue se trouverait partout, ce que cela pourrait occasionner comme bouleversement et, même si j’ai trouvé qu’il ne restait qu’en surface, l’idée reste intéressante et tout de même efficace. L’autre point que va soulever le récit, vous vous en doutez, concerne la religion, ou plutôt la capacité de chacun à essayer de chercher une force supérieure pour se rassurer. C’est d’ailleurs ce que fait cette drogue, elle ne propose pas un dieu unique, mais offre à chaque personne son dieu, la communion se transformant ainsi en prise quotidienne d’une dose. Cela soulève ainsi de nombreuses questions sur l’existence ou non d’une telle divinité, mais aussi sur la peur et les besoins de chacun, mais aussi sur les extrémismes possibles. Alors parfois certains argument donnent l’impression d’un léger parti pris, mais il s’en sort au final très bien, évitant justement d’imposer un point de vue laissant à chacun se faire sa propre idée. Ce que j’ai trouvé par contre légèrement dommage, c’est qu’il cherche à offrir trop de réflexions d’un coup ce qui fait que les idées comme celle sur le racisme ou encore sur cette communauté afghane se diluent et perdent de leur force face aux autres grandes réflexions.

Concernant les personnages on y retrouve cette capacité qu’à Daryl Gregory à construire et proposer des héros qui vont différer des normes imposés par notre société. Que ce soit Lyda devenue schizophrène après « l’incident » suite à la découverte de son nouveau produit, qui lui a adjoint en permanence un ange, Ollie ancienne agent fédéral qui, pour accentuer sa capacité d’analyse, a abusé de certains médicaments jusqu’au point d’en devenir  paranoïaque, ou bien encore Bobby qui croit que son âme se situe dans une petite boite qu’il garde autour du cou ; on est clairement dans un panel de personnage étrange un peu freaks, malades et qui pourtant vont nous présenter une vision du monde différente. Chacun s’est ainsi adapté. C’est d’ailleurs la grande force du récit, de rendre chacun des personnages que l’on croise humains, avec leurs souffrances, leurs pertes, leurs besoins et leurs envies. Cela se ressent ainsi avec l’Héroïne principale qui a connu une vie jalonnée de souffrances, que l’on découvre au fil des pages, mais qui, d’une certaine façon, continue à se battre et à avancer malgré ces soucis. Ils s’avèrent ainsi au final complexes, intéressants à découvrir et on s’attache aussi assez rapidement à cette héroïne et à ses amis qui la suive. C’est d’ailleurs dans la façon dont il fait évoluer chacun d’entre eux qu’on se lie à eux. La façon dont il construit les liens entre chacun d’entre eux, mettant d’une certaine façon en avant l’importance du contact humain, tout en évitant de sombrer dans le too much, comme par exemple la relation entre Lyda et Ollie qui arrive à ne jamais tomber dans la romance facile tout en s’avérant réaliste. Les protagonistes sont ainsi une des grandes forces du récit, même si je suis un peu déçu de voir certains personnages secondaires manquer parfois de profondeurs.

Mais voilà, malgré toutes les qualités que possède ce livre je soulèverai quand même quelques points qui m’ont dérangé. J’ai ainsi trouvé par moment un léger soucis de rythme, quelques scènes trainaient ainsi un peu trop, tandis qu’une ou deux autres étaient traités un peu trop rapidement. L’auteur s’offre aussi, sur certains passages dans la seconde partie, quelques facilités, ce que j’ai trouvé légèrement dommage. Enfin le dernier point que je soulèverai vient de l’intrigue elle-même, qui est finalement un peu trop facilement devinable. C’est dommage car l’auteur a fait du Thriller une composante principale de son roman, et comprendre la fin à la moitié de la lecture laisse un léger sentiment de frustration. Au final, certes ce roman se révèle bien plus que cela et repose aussi beaucoup sur ses idées et ses réflexions, ce qui fait que malgré ces quelques points j’ai tout de même passé un bon moment de lecture avec ce livre. L’ensemble est aussi bien porté par une plume fluide, efficace, percutante et entraînante. Je lirai avec plaisir d’autres écrits de Daryl Gregory tant il propose des idées intéressantes.

En résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman qui nous offre un techno-thriller nerveux, percutant et sans temps morts, mais qui propose aussi plus qu’un simple page-turner offrant de nombreuses réflexions. En effet que ce soit sur notre société, sur l’acceptation des personnes différentes, sur les drogues ou bien encore sur la religion l’auteur pose pas mal de questions. Il en pose d’ailleurs peut-être un peu trop ce qui fait que certaines idées restent sous-exploités je trouve, mais bon rien de trop gênant. L’univers développé se révèle solide, efficace et intéressant d’un point de vue technologique, même si j’ai trouvé que l’aspect géopolitique manquait un peu de profondeur. Concernant les personnages ils sont l’un des points forts du roman, se révélant complexes, travaillés et offrant des héros et héroïnes attachants. Je regretterai peut-être juste certains personnages secondaires qui manquent de profondeur mais rien de bien dérangeant. Malgré ses qualités, j’ai quand même soulevé quelques aspects qui m’ont dérangé. Un léger soucis par moment dans la gestion du rythme, ensuite quelques facilités, principalement dans la seconde partie et enfin une intrigue finalement très prévisible, même un peu trop. Rien de non plus bloquant tant il s’avère percutant et proposant de nombreuses idées le tout porté par une plume fluide, efficace et entraînante. Je lirai sans soucis d’autres récits de l’auteur.

 

Ma Note : 7,5/10