Boudicca – Jean-Laurent Del Socorro

Résumé : Angleterre, an I. Après la Gaule, l’Empire romain entend se rendre maître de l’île de Bretagne. Pourtant la révolte gronde parmi les Celtes, avec à leur tête Boudicca, la chef du clan icène. Qui est cette reine qui va raser Londres et faire trembler l’empire des aigles jusqu’à Rome ?
À la fois amante, mère et guerrière mais avant tout femme libre au destin tragique, Boudicca est la biographie historique et onirique de celle qui incarne aujourd’hui encore la révolte.

Edition : ActuSF (Bad Wolf)

 

Mon Avis : Jean-Laurent Del Socorro avait réussi à me captiver avec son premier roman, Royaume de Vents et de Colères, qui offrait un récit de Fantasy Historique prenant et entraînant, bien porté par des personnages forts (ma chronique ici). Par conséquent quand j’ai vu que l’auteur publiait un nouveau livre, j’avoue avoir rapidement été tenté. L’auteur continue ici à nous offrir une Fantasy Historique, puisque cette fois c’est l’histoire de Boudicca qui nous est contée, ou plutôt romancée par l’auteur vu qu’on connait finalement peu de choses sur sa vie. Concernant la couverture, illustrée par Yana Moskalu, je la trouve très réussie et accrocheuse.

Ce roman va ainsi nous faire découvrir Boudicca, de sa naissance à sa fin, à travers différents épisodes importants de sa vie qui vont faire d’elle ce personnage marquant que l’on suit. Car oui, une fois la dernière page tournée, je dois bien avouer ce qui m’a le plus captivé dans ce récit c’est bien cette héroïne à la fois fascinante et complexe. C’est un peu la grande force du roman la façon dont l’auteur construit Boudicca, jeune fille fière, têtue et hautaine, rejetée par son père car sa naissance a amenée la mort de sa femme, qui va peu à peu en grandissant apprendre la magie des mots et découvrir que le monde n’est pas aussi simple qu’elle le croit. Elle va devoir s’initier rapidement, dans un monde où la moindre erreur peut avoir des graves conséquences. Elle va aussi devoir évoluer, gérer de nombreux fronts et endosser de nombreux rôles. C’est finalement la densité de ce personnage, sa force, ses envies, ses faiblesses, ses erreurs qui font qu’on est rapidement captivé par sa vie, sa progression, les choix qu’elle doit faire et ce qui va l’amener à les prendre.

D’ailleurs si vous vous lancez dans Boudicca dans l’espoir de trouver un récit guerrier, alors il vaut mieux passer votre chemin on est plus dans un récit qui cherche à mettre l’humain en avant par rapport à l’épique et l’action. Cela ne veut pas dire qu’il ne propose pas des scènes de batailles et de guerres, juste qu’elle passe un peu au second plan devant la façon dont l’héroïne elle-même grandit, change et va devoir faire face aux nombreuses péripéties et questions qui se dessinent devant elle. A la fois femme, guerrière, reine et mère elle va devoir faire des choix pas toujours facile, des choix humains qui ont toujours des conséquences et dont elle va toujours devoir faire face. C’est un peu d’ailleurs ce qui fait qu’on s’attache à elle, ces multiples facettes qui font d’elle finalement une personne à part entière, franche qui se bat pour ces convictions et ce qu’elle croit juste, malgré ses doutes. Une complexité qui finalement la rend proche de nous et nous questionne.

Il faut dire aussi qu’elle est plutôt bien entourée, que ce soit entre le druide Prydain, la guerrière et garde du corps Ysbal, son père Antedios, son futur prétendant Pratsutagos, son Brater Caratacos, son amante ou encore ses filles chacun d’entre eux va apporter sa pierre à la personnalité qu’est Boudicca. C’est d’ailleurs un des gros points forts selon moi de l’auteur, arriver à brosser des personnages franchement charismatiques, qui en quelques lignes arrive à ne pas laisser indifférent le lecteur, à lui donner envie d’en apprendre plus sur eux, à les découvrir. Alors c’est parfois légèrement frustrant dans ce roman, car ils ne sont finalement là que pour faire évoluer Boudicca alors que parfois on aurait aimé en apprendre plus sur eux, mais ce n’est en rien un reproche tant ils arrivent finalement à nous marquer et à nous faire d’une certaine façon réfléchir que ce soit par les mots comme aussi énormément par les non-dits qui transparaissent. La narration à la première personne joue aussi beaucoup sur le fait qu’on se laisse rapidement happé par la vie de cette héroïne exceptionnelle, donnant presque cette impression au lecteur d’être présent. On ressent ainsi pleinement les émotions de l’héroïne.

L’univers s’avère par contre assez classique, surtout si comme moi vous connaissiez un peu l’histoire de cette reine. On est ainsi plongé au milieu du peuple Icène, l’une des tribus qui compose l’île de Bretagne. Les Romains commercent déjà avec l’île et ont apporter des nouvelles technologies et de nombreux changements, mais malgré cela l’Empereur rêve de conquête et d’agrandir son territoire. L’auteur vient aussi le rehausser d’une petite dose de fantastique, que ce soit dans la mythologie d’époque, les druides ou bien encore les rêves. C’est léger, mais apporte je trouve un vrai plus au récit. L’aspect politique ainsi que les coutumes viennent aussi densifier de façon efficace et cohérente l’ensemble ce qui donne clairement envie d’en apprendre plus et on se retrouve à tourner facilement les pages. Alors certes il s’avère assez classique présenté comme cela, mais cela ne l’empêche pas de s’avérer solide, efficace, prenant et profond, ce qui fait qu’on se laisse assez facilement emporter dans ce passé envoutant et intrigant. Il s’agit aussi d’un roman qui nous offre de quelques réflexions passionnantes, qui nous rappelle que parfois pour faire avancer les choses il faut savoir se battre pour ses conviction. C’est un roman qui nous fait obligatoirement réfléchir sur le notre société, les Celtes montrant ainsi une certaine égalité entre les hommes et les femmes, car c’est bien Boudicca qui va mener la guerre, c’est elle qui va être reconnue comme Reine par l’ensemble de son peuple qui la juge finalement sur ses actes. Il nous montre aussi le choc des cultures, l’assimilation d’un peuple par un autre déguisé sous le terme évolution, commerce et paix. Des réflexions qui ne laissent pas le lecteur indifférent je trouve.

Alors après le roman s’avère assez court (environ 250 pages), allant directement à l’essentiel, ce qui est parfois légèrement dommage, car j’aurais apprécié en savoir un peu plus que ce soit d’un point de vue historique comme sur certains personnages, mais aussi que Boudicca soit encore un peu plus développée. Il ne s’agit que d’un souhait personnel, qui ne gâche en rien la lecture du roman tant il s’avère prenant. Par contre, je regretterai peut-être une impression de linéarité qui se dégage au fil des pages. Alors après vous allez me dire que l’Histoire est déjà écrite, certes, mais cela n’empêche pas de pouvoir développer quelques surprises, ce qui n’est jamais franchement le cas ici. Attention cela n’enlève en rien aux qualités de ce roman, bien porté par une plume simple, concise, efficace et qui garde que l’essentielle pour nous offrir un récit tendu du début à la fin. Boudicca m’a ainsi offert un très bon moment de lecture et je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur. Je reviens vite fait sur la nouvelle qui clôture ce roman, D’ailleurs et d’Ici, qui nous plonge dans la révolte la Boston Tea Party, que j’ai trouvé sympathique, mais loin d’être très marquante.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman qui nous propose de découvrir la vie romancée de Boudicca. Ce qui marque dans ce roman c’est finalement le portrait que nous brosse l’auteur concernant cette héroïne. On découvre ainsi une personne complexe, à la fois princesse, reine, mère, amante, guerrière, guide, qui va devoir faire face à de nombreux choix, de nombreuses décisions, sans jamais se perdre elle-même. Au final une héroïne forte, entraînante, attachante et émouvante qui ne laisse pas indifférent le lecteur. Alors si vous cherchez plus le côté épique vous risquez d’être déçu , car même si ce récit propose tout de même son lot de batailles et de guerres elles passent un peu au second plan devant l’évolution de l’héroïne et les réflexions qu’elle soulève. Il faut dire qu’elle est aussi parfaitement entouré par des personnages charismatiques, fascinants dont on aurait d’ailleurs aimé en apprendre plus sur certains. L’univers, sans se révéler révolutionnaire, est solide, efficace, dans lequel vient s’ajouter une légère touche de mysticisme et de magie qui ne manque pas d’apporter un plus à l’ensemble. Le récit offre aussi de nombreuses réflexions que ce soit sur les choix que l’on fait, la notion de conviction et ce qu’on est prêt à faire pour elle ou bien encore sur la notion d’égalité. Alors après le roman est plutôt court (moins de 250 pages),ce qui est un peu frustrants car sur certains points j’en attendais plus, mais rien de non plus trop dérangeant. Par contre, j’ai ressenti une certaine linéarité dans l’intrigue, ce qui est légèrement dommage, même si cela ne m’a pas empêché de passer un très bon moment de lecture, bien porté par une plume simple, concise et entraînante.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : l’Ours Inculte, Le Comptoir de l’Écureuil, Samuel ZittermanAmarüel, Au Pays des Caves Trolls, Boudicca (Bibliocosme),  …

Le Livre de l’Enigme Tome 2, Bois D’Ombre – Nathalie Dau

Résumé : Les ténèbres ont un cœur de lumière.
Une abomination.
C’est ainsi que me voient les hommes.
Nombreux voudraient que je n’existe pas. D’autres rêvent de m’asservir, corps et âme. Même Cerdric attend de moi que je renonce aux robes bleues de l’Équilibre, car elles augurent d’un avenir trop dangereux.
Mon frère ignore ce que j’endure au Séminaire.
Mais, pour respecter l’Énigme et entrer dans Bois d’Ombre, il me faut en passer par là, et trouver de quoi conserver ma lumière.

Edition : Les Moutons Electriques

 

Mon Avis : Il y a quelques mois je me suis lancé dans la lecture du dernier cycle de Nathalie Dau avec le premier tome Source des Tempêtes qui m’avait offert un excellent moment de lecture. On plongeait ainsi dans un monde sombre et captivant, avec des personnages complexes et attachants qui offraient une histoire pleine de surprise et évitant le côté classique qui pouvait transparaître à travers le résumé (ma chronique ici). J’avais donc hâte de retrouver Cerdric et Ceredawn et connaître la suite de leurs aventures. Concernant la couverture, illustrée par Melchior Ascaride, je la trouve superbe et qui donne envie de plonger dans ce récit.

On avait laissé nos deux héros, à la fin du premier tome, au séminaire d’Atilda où Ceredawn venait d’être accepté pour étudier et, au bout de six ans si tout va bien, aller braver Bois d’Ombre comme le veut l’Enigme. Cerdric quant à lui doit trouver sa place à Atilda, gagner l’argent nécessaire pour les études de son frère et attendre son retour en espérant qu’il devienne raisonnable. Sauf que rien ne va se révéler simple pour chacun d’entre eux. J’avais un peu peur de me replonger dans ce cycle, de ne pas y retrouver l’intérêt que j’y avais trouvé dans le premier tome, la magie de la nouveauté étant retombée. Pourtant je dois bien avouer que ce second tome a de nouveau fonctionné parfaitement avec moi. J’ai ainsi passé un excellent moment de lecture, même si un ou deux points m’ont tout de même laissé perplexe. Ce qu’il faut savoir en plongeant dans un roman de Nathalie Dau, c’est qu’elle propose clairement un récit intimiste, poignant et prenant qui tourne principalement autour des personnages. Cela ne veut pas dire que l’histoire passe au second plan, loin de là, mais que le point fort vient de la construction des protagonistes qui se veut complexe, travaillée et dense, mais aussi de l’attachement qu’on leur porte au fil de l’avancement de l’histoire.

Les personnages sont ainsi clairement le gros point fort du récit et même si on commence à les connaitre depuis le premier tome, ils ne manquent pas de nous happer de nouveau facilement dans leurs aventures. Ils vont ainsi devoir évoluer et avancer, malgré les nombreuses péripéties qui vont leur tomber dessus. Ce monde ne va d’ailleurs pas être tendre avec eux, on est clairement dans un univers sombre, très sombre. Cela se voit avec la vie de Cerdawn au séminaire qui va être loin de s’avérer une partie de plaisir. Ce qu’il va devoir endurer, ce qu’il va subir pour se permettre de défier Bois d’Ombre va se révéler par moment extrême. Trop? Non je ne dirai pas ça, car rien n’est gratuit et nous présente un monde ou la violence règne et où les rives sont considérés comme des moins que rien. Cela n’est pas non plus gratuit et ne cherche pas non plus simplement à choquer le lecteur. Ce qui rend finalement certaines scènes dures, éprouvantes, c’est que l’auteur a vraiment réussi à rendre son personnage attachant, sensible, touchant au point qu’on ressent presque ce qu’il vit, les injustices et les violences qu’il subit. C’est vraiment ce tour de force qui rendent ces scènes si réelles. Cela pourra peut-être en bloquer certains, mais c’est finalement une obligation qui va faire évoluer Ceredawn. Il passe du monde de l’enfance au monde adulte de façon brutale, se remettre en cause et surtout remet en cause l’Enigme, mais j’y reviendrai. Je laisse à chacun de se faire son propre ressenti en tout cas, mais sachez le ce second tome offre son lot de noirceur et de souffrance et devrait ne pas laisser indifférent.

Concernant le personnage de Cerdric, contrairement à Ceredawn qui passe au premier plan dans ce tome, lui se retrouve un peu en retrait et surtout son destin va se révéler moins sombre. Cela ne veut pas dire que le personnage est moins intéressant à suivre, non, car finalement ce qui marque l’intérêt de ce second tome c’est sa façon d’avancer et aussi l’évolution du lien avec son frère. Tous les deux grandissent et vont apprendre que tout ne peut pas être dit, qu’il est parfois nécessaire d’avoir son jardin secret. C’est ainsi à travers les non-dits et les silences que vont se tendre leurs rapports, pour aussi mieux se rapprocher. Une relation qui va ainsi connaître des remous, mais aussi sa part de bonheur et de joie. On sent ainsi clairement l’amour que chacun porte pour l’autre, mais leurs incapacités à le montrer clairement. Ils doivent ainsi trouver leurs voies. Chacun d’eux doit grandir, apprendre et évoluer. Alors parfois, comme dans le premier tome, j’avais envie de secouer Cerdric tant il est obtus, mais au final c’est son caractère, il est comme ça ce qui ne le rend pas moins intéressant à suivre. Concernant les personnages secondaires, là-aussi, l’auteur nous offre quelque-chose de complexe et d’attrayant, dévoilant ainsi un peu plus le monde, les mœurs, mais aussi les religions. Que ce soit Avrilith, Ninnos ou bien encore par exemple Myrinielle, chacun d’entre eux apporte sa pierre à l’édifice que construit l’auteur. Seul Mabève n’a pas vraiment réussi à m’accrocher, beaucoup trop prévisible dans ce qu’elle apporte, même si je ne doute pas qu’elle puisse me surprendre dans les autres tomes.

Au niveau de l’intrigue l’auteur évite de trop tomber dans le côté Harry Potter, certes on y retrouve cette notions de cours, d’apprentissage de professeurs irascibles ou préférés, mais cela passe au second plan devant le côté humain, les relations et aussi l’Enigme. Enigme qui retrouve un peu ici son côté classique, l’élu étant cette fois clairement défini, mais qui finalement va se révéler moins traditionnelle qu’on pourrait bien le croire au fil des pages. De plus cette « prophétie » dans le monde de Natahlie Dau tourne aussi à la malédiction et questionne. Au milieu de tout cela l’auteur n’oublie pas non plus de nous offrir quelques réflexions intéressantes, que ce soit sur le regard que l’on porte aux autres, sur la façon dont on les considère et dont on les traite, ou bien encore sur la notion d’amour, d’amitié et des sacrifices qu’on peut faire dans de telles situations. L’univers continue aussi à s’étoffer dans ce tome et on y plonge de nouveau avec plaisir et envie d’en apprendre plus. Que ce soit concernant la magie, la religion, les mentalités ou encore les coutumes on découvre ainsi un monde fascinant, complexe, alternant entre beauté et souffrance le tout porté par des descriptions vivantes et magnifiques qui donne envie d’en apprendre plus tant il parait à peine esquissé et encore mystérieux. La part de merveilleux est un peu moins présente ici, mais cela n’empêche pas pour tout l’aspect magie  de gagner en intérêt et en explication.

Alors après je noterai un ou deux points qui m’ont légèrement dérangé. J’ai ainsi trouvé par moment que l’auteur utilisait un peu trop les dialogues ce qui par moment donnait un sentiment de trop en faire, de rendre la scène moins fluide, mais rien de non plus dérangeant. J’ai aussi trouvé légèrement dommage que l’auteur utilise une ellipse temporelle pour faire passer quelques années d’études du héros. Même si je me doutais bien qu’on n’allait pas suivre les 6 ans, un peu de chaque année aurait peut être permis certaines évolutions plus graduelles. Enfin j’aurai aimé que le côté justement étudiant apporte un peu plus d’informations. Je prends pour exemple ce cours sur le chaos qui offre une vision intéressante, mais qui se révèle au final trop court. Après ce ne sont que des broutilles tant j’ai de nouveau été emporté par ce roman, le tout porté par une plume poétique, soignée, dense et entraînante qui nous plonge facilement dans l’histoire au point que j’ai eu du mal à lâcher ce livre. Je lirai le troisième tome avec plaisir.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec le second tome de ce cycle qui nous offre une intrigue efficace, prenante mais aussi très sombre. En effet durant les six années de Ceredawn au séminaire, il va devoir endurer des épreuves qui vont aussi bien le marquer que marquer le lecteur. Il faut dire que le travail effectué par Natahlie Dau sur ses personnages est tel qu’on ne peut que s’attacher à eux et à ressentir pleinement ce qu’ils vivent. Cela pourra peut-être en déranger certains tant c’est parfois dur, mais cela oblige finalement le héros à grandir, évoluer  et à devoir faire face à ce qu’il est et au monde où il vit. Cerdric n’est pas non plus en reste, que ce soit sa relation avec son frère comme son intégration dans la ville on va suivre ses aventures avec intérêt, même si par moment je l’aurai quand même bien secoué. Les personnages secondaires ne manquent pas non plus d’attraits, mais j’avoue tout de même avoir moins accroché à Mabeve trop prévisible dans ce qu’elle apporte. L’auteur évite de tomber dans le côté Harry Potter, offrant un travail sur les personnages et les relations, tout en n’oubliant pas l’Énigme et la remettant même en cause. L’univers continue à se densifier au fil des pages, toujours bien porté par des descriptions soignées et efficace. Je regretterai au final par moment une impression d’utilisation excessive des dialogues, l’ellipse temporelle qui permet de passer un certains nombres d’années d’écoles du héros ou encore que l’aspect séminaire apporte plus d’information sur le côté mystique, mais rien de bloquant tant j’ai de nouveau été emporté par le récit. La plume de l’auteur est toujours aussi travaillée, poétique et efficace et je lirai le troisième tome avec plaisir.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : Xapur, Au Pays des Caves Trolls, Book en Stock, Elhyandra, Lodael, …

La Roue du Temps Tome 3, Le Dragon Réincarné – Robert Jordan

Résumé : Rand al’Thor se résigne peu à peu à son sort : il est le Dragon Réincarné, que ça lui plaise ou non, et il devra honorer son rendez-vous avec le Ténébreux – une sanglante affaire de gloire, d’honneur et de salut du monde.
Totalement dépassé par ses nouveaux pouvoirs, il décide alors de laisser ses amis derrière lui et de partir seul pour Tear, la fabuleuse cité où l’attend Callandor, l’épée légendaire qu’il est censé brandir lors de l’Ultime Bataille. C’est là que les fils du destin se noueront une fois pour toutes…

Edition : Bragelonne

 

Mon Avis : Il y a quelques temps maintenant, je me suis enfin lancé dans la lecture de ce cycle de La Roue du Temps. En effet après plusieurs péripéties éditoriales, Bragelonne a récupéré il y a peu le projet et décider de les éditer en suivant le découpage original, proposant par la même occasion une nouvelle traduction. Je n’allais donc pas passer à côté de la possibilité d’enfin lire ce cycle, dont je n’avais lu que quelques tomes en poche. Après deux premiers volumes (Chronique du Tome 1, Tome 2) m’ayant offert de très bons moments de lecture, je me demandais quelles péripéties allaient bien rencontrer nos héros dans ce troisième tome et surtout j’attendais de voir comment allaient évoluer les personnages. À noter la couverture, dans la lignée des tomes précédents se révélant sobre et agréable.

Lors des deux premiers tome Rand avait fuit son destin, mais depuis la fin du second volume il a du faire face a la vérité, il sait canaliser le Saidin. Moiraine le déclare même comme le Dragon Réincarné et l’emmène se cacher dans des montagnes le temps de savoir quoi faire. Rand exaspéré d’attendre et de ne rien savoir, décide de suivre ses rêves et de fuir à la poursuite de l’épée mythique de Callandor. Concernant ce troisième tome, il confirme un peu ce que j’entrevoyais dans les deux premiers tomes. Il est efficace et remplit parfaitement son rôle, moi qui aime les univers vastes et denses je suis plus que servi, mais quelques points vont régulièrement me laisser perplexe. Cela ne veut pas dire que je n’ai pas accroché, j’ai passé un bon moment avec ce troisième tome, mais voilà comme tout récit il a ses défauts. Alors déjà je vais faire mon rappel habituel avec cette série, La Roue du Temps est un très long cycle qui est très classique dans ce qu’il construit d’un point de vue High Fantasy avec cette lutte entre le bien et le mal. Ensuite, c’est clairement un Livre-Univers où l’auteur prend vraiment son temps à construire tout ce qui fait son monde et qui plaira aux lecteurs qui aiment s’y perdre. Si vous ne vous reconnaissez pas dans cette description ou que par exemple vous préférez les récits sans temps morts, alors j’aurai du mal à vous conseiller ce cycle.

Déjà le premier point qui, je trouve, apporte quelque-chose de nouveau dans ce troisième Tome, vient de la Narration. Rand disparait ainsi grandement de ce troisième tome pour laisser la place à ses différents compagnons, alors que finalement il est toujours le héros central de l’intrigue. Cela permet ainsi à l’auteur de jouer avec le lecteur, d’offrir une certaine ambiguïté sur Rand, de se poser des questions sur lui. Est-il en train de sombrer dans la folie? Va-t-il finalement mener cette lutte à sa perte? Ou bien est-il vraiment guider par la Roue du Temps et son statu de Ta’veren ? Cela amène ainsi une certaine tension au récit, accentué encore par les intrigues secondaires concernant les aes sedai de l’Ajah noire ou encore les aspects politiques qui se resserrent, voyant le monde changer. On est toujours globalement dans une lutte entre le bien et le mal, mais cela n’empêche pas les différents personnages de se révéler complexes et de montrer que parfois la frontière entre un camp ou l’auteur repose sur de nombreux facteurs et peut varier dans un sens comme dans l’autre. L’auteur maîtrise plutôt bien le rythme de son récit, amenant révélations et rebondissements de tel façon qu’on tourne les pages avec un minimum d’envie d’en apprendre plus, même si parfois il en fait un peu trop mais j’y reviendrai. Dans tous les cas un troisième tome à l’intrigue intéressante, efficace et qui ne manque pas d’attrait.

Bien entendu, comme je l’ai dit le gros point fort vient clairement de l’univers que construit l’auteur tout le long de son cycle. On plonge ainsi dans un monde dont on sent qu’il est maîtrisé, se révélant dense, au détail près et paraissant immense. Pour tout ceux qui apprécient la Fantasy pour cette capacité à dépayser son lectorat, Robert Jordan s’en sort plus que bien que ce soit d’un point de vue social, politique, jeux de pouvoirs, magie ou bien encore mœurs et coutumes. Chaque ville visité, chaque région découverte offre ainsi quelque-chose de différent, d’accrocheur. Cela a beau être le troisième tome, la magie de la découverte étant ainsi passé, et pourtant je plonge avec toujours autant de plaisir dans cet univers et j’y replongerai avec envie tant il me donne l’impression de voyager et de voir de nouvelles choses. Alors après ce troisième tome apporte certes tout de même moins de nouveautés que les deux premiers, on y retrouve certains lieux déjà visité, mais cela ne lui enlève en rien son intérêt. Autre point intéressant on en apprend aussi un peu plus sur les systèmes de magie, mais aussi sur l’intrigue fil rouge, les réprouvés et autres. Je regretterai juste une chose, l’univers est dense, certes, mais parfois il l’est un peu trop. Certaines longueurs se font parfois ressentir ici ou là. Oui j’aime quand un auteur prend son temps pour développer son monde, mais pas au point de me donner la description du pied de la table de la petite pièce au fond qui sert à rien. Je caricature un peu mes propos, ça ne va pas à ce point-là, mais par moment il en faisait clairement trop même si ce n’est en rien trop bloquant.

Concernant les personnages là on entre un peu plus dans les griefs que j’ai eu avec ce tome. J’ai ainsi eu pour schématiser trois niveaux d’appréciations différentes selon les personnages rencontrés. Concernant Rand et Perrin, les passages qui tournent autour d’eux sont vraiment intéressants à suivre. Certes Rand, comme je l’ai dit, est peu présent, mais on sent le personnage évoluer doucement. Avoir un tel fardeau sur les épaules n’est pas gratuit ni facile à supporter. Perrin est le plus intéressant à découvrir dans ce tome, il est celui qui se remet vraiment en question suite aux évènements du second tome et à sa particularité. Il essaie de rester droit dans ses principes, ce qui n’est pas toujours facile. Vient ensuite Mat, qui n’est pas un mauvais personnage, mais qui par certains points m’a par moment donner envie de le secouer. Lui aussi évolue et doit faire face aux conséquences liées à la dague qu’il a pris dans les tomes précédents. Lui aussi doit avancer et évoluer et malgré son attitude hautaine, dévoile qu’il possède du cœur. Sa relation avec Thom apporte aussi un plus à son fil d’intrigue. Par contre ce qui m’a un peu dérangé c’est sa désinvolture, il a quand même participé durant les deux premiers tome à la grande bataille, Rand est le dragon réincarné, il a failli mourir, pourtant il continue à réagir comme un adolescent boudeur qui sait tout sur tout et mieux que tout le monde. Après j’ai confiance, je pense qu’il va évoluer.

Vient enfin la dernière catégorie de personnages composé d’Egwene, Nynaeve et Elayne. Comment dire, j’ai eu plus du mal avec elles. Dans le dernier tiers elles s’avèrent pourtant intéressantes à suivre, mais bon sang ce que j’ai eu du mal avec toute la partie Aes Sedai. Surtout celle où elles doivent débusquer l’Ajah Noire qui en devenait répétitif. Les voir se plaindre toutes le 2 pages et répéter à tout va que telle sœur pourrait être une ennemie, celle-ci aussi, puis celle-là qui sait et celle-là … c’est bon on a compris toute personne est potentiellement un ennemi pas besoin d’en faire une histoire à chaque fois que tu croises quelqu’un. Pareil concernant leurs manies qui se réitèrent de trop. Ensuite elles ont aussi ce côté je sais tout mieux que tout le monde qui, a force à eu le don de m’ennuyer. Alors on pourrait croire que je n’ai pas du tout apprécier ces héroïnes, alors que c’est faux elles restent intéressantes dans ce qu’elles apportent à l’intrigue et aussi dans tout ce qui concerna la magie, juste elle me donne l’impression de ne pas évoluer ce qui est légèrement dommage. Enfin deux points plus généraux que j’avais déjà soulevé, toutes les femmes sont bien entendu magnifiques, aucune n’ayant la moindre petite imperfection, ensuite l’auteur en fait parfois un peu trop sur certaines généralités caricaturales, principalement dans la vision qu’à chaque genre vis-à-vis de l’autre, qui à force de se voir seriner lasse le lecteur.

Alors attention, comme je l’ai dit, malgré les derniers points que j’ai soulevé, j’ai passé un agréable moment avec ce troisième tome qui offre une high Fantasy classique et efficace. Il est aussi compliqué de résumer un tel volume en quelques mots. Je comprends clairement qu’il soit considérer comme une œuvre majeure par beaucoup et lecteurs car, même si moi personnellement je suis loin de le considérer comme un chef d’œuvre, j’en reconnais ses qualités et sa capacité à nous faire voyager à la découverte de ce monde et à nous happer un minimum dans cette lutte pleines d’aventures. Certes tout n’est pas parfait mais cela ne m’empêchera pas de lire la suite de ce cycle toujours bien porté par une plume que je trouve soignée, efficace, vivante et entraînante qui finalement a réussit à me plonger facilement dans son récit.

En Résumé : J’ai passé un bon moment de lecture avec le troisième tome de cette qui, même s’il a commencé à montrer ses limites sur certains points, offre une histoire efficace et intéressante. Le point intéressant de ce tome vient du changement dans la narration où Rand, le héros, disparait en grande partie au profit de ses amis. Cela permet ainsi à l’auteur de jouer avec le lecteur et à se poser des questions sur la santé du héros et sa possible folie. Le point fort de ce genre de cycle vient aussi clairement de l’univers qui est mis en place qui se révèle extrêmement dense. L’auteur construit un monde au moindre détail prés, où chacun peut venir se perdre et se dépayser et qui évolue sans cesse. Le revers de la médaille c’est que, même moi qui apprécie énormément ce genre d’univers j’ai trouvé qu’il en faisait trop. Concernant les personnages, j’ai énormément accroché à Rand et Perrin qui évoluent et doivent faire face aux derniers bouleversements, j’ai un peu moins accroché à Mat qui, sans être mauvais, sa désinvolture me tapait sur le système et enfin je n’ai que moyennement accroché aux personnages féminins, principalement dans la partie dans la tour Aes Sedai. Pour moi une impression de ne pas avancer, de se répéter avec des héroïnes qui savent tout mieux que tout le monde et aux manies, à force, agaçantes. Je regretterai aussi le fait que toutes les héroïnes sont bien entendu magnifique et sans défauts physiques ou sur certaines généralités caricaturales qu’on trouve limite à chaque chapitre. Au final un troisième tome bien porté par une plume soignée et efficace qui m’a offert un bon moment de lecture et je continuerai le cycle sans soucis.

Ma Note : 7,5/10

Planetfall – Emma Newman

Résumé : Touchée par la grâce, Lee Suh-Mi a reçu la vision d’une planète lointaine, un éden où serait révélé aux hommes le secret de leur place dans l’Univers. Sa conviction est telle qu’elle a entraîné plusieurs centaines de fidèles dans ce voyage sans retour à la rencontre de leur créateur. Vingt-deux ans se sont écoulés depuis qu’ils sont arrivés là-bas et qu’ils ont établi leur colonie au pied d’une énigmatique structure extraterrestre, la Cité de Dieu, dans laquelle Lee Suh-Mi a disparu depuis lors.
Ingénieur impliquée dans le projet depuis son origine, Renata Ghali est la dépositaire d’un terrible secret sur lequel repose le fragile équilibre de la colonie, qui pourrait voler en éclats avec l’entrée en scène d’un nouveau membre, un homme qui ressemble étrangement à Suh-Mi, trop jeune pour faire partie de la première génération de colons…

Edition : J’ai Lu Nouveaux Millénaires

 

Mon Avis : Emma Newman est une auteur anglaise qui est surtout connu pour ses romans d’Urban Fantasy à l’époque victorienne, dont j’ai vu passer des échos sur les blogs VO que je suis régulièrement. D’ailleurs je suis bien tenté par son dernier roman qui vient d’être publié en Anglais de Gaslamp Fantasy, mais là n’est pas le sujet. Planetfall est, si je ne me trompe pas, son premier roman SF, mais aussi surtout son premier roman publié en France et j’avoue avoir rapidement craqué au vu des chroniques que j’ai vu passer à droite et à gauche. Concernant la couverture, elle reprend celle en VO que je trouve plutôt sympathique.

Ce roman nous plonge dans un futur où, entrainé par Lee Suh-Mi une jeune femme qui a reçu une vision, des centaines de personnes sont allé coloniser une planète où ils ont trouvé la Cité de Dieu. Bien des années plus tard, ils vivent paisiblement dans un village dans l’attente du retour de la Cité de Dieu de Lee Suh-Mi qui viendra leur montrer la voie. Sauf qu’un nouvel arrivant va venir bouleverser l’équilibre nait dans cette colonie. Une fois la dernière page de Planetfall tournée je dois bien admettre que j’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman, qui pourra même ravir différents types de lecteurs. Ce que j’entends par là c’est qu’on plonge ici dans une histoire à la fois efficace et pleine de rebondissements et de surprises, mais aussi dans un récit intelligent qui nous offre de nombreux axes de réflexions. Il faut dire qu’on est rapidement happé par ce roman, déjà grâce une narration à la première personne maîtrisée qui devient rapidement immersive, mais aussi par la tension qui se dégage tout le long du récit et qui gagne lentement en intensité. On se retrouve ainsi à tourner rapidement et facilement les pages avec l’envie d’en apprendre plus sur les nombreux secrets qui se cachent au niveau de cette colonie et que vient voler en éclat ce nouvel arrivant qui ne parait pas si étranger que cela.

L’univers futuriste que l’on découvre au fil des pages ne manque pas  d’attrait, que ce soit d’un point de vue technologique comme d’un point de vue social. On découvre ainsi un futur ou tout le monde est connecté pour permettre de faciliter les échanges et d’être tous liés dans un monde possiblement hostile, ce qui a certes ses avantages, mais aussi ses inconvénients. On a l’impression que tous sont connectés à un immense réseau social et qu’au final chacun connaît tout sur tout le monde, même si une certaine vie privée reste en partie préservée. Cela influence aussi la façon de communiquer et on se rend rapidement compte que le réseau est limite devenu l’élément central d’échange, comme si toute information devait être su de tous, ce qui finalement nous fait réfléchir sur nous-même et la façon de transmettre des informations. Dans ce futur l’imprimante 3D est devenue un élément essentiel de la colonie, elle permet de construire l’ensemble des désirs de chacun, il faut simplement maîtriser les ressources globales, et permet ainsi de nombreuses choses fascinantes. L’aspect technologique se fond surtout parfaitement dans le décor que construit l’auteur, s’avérant cohérent et efficace et donnant envie d’en apprendre plus.

L’aspect social est aussi l’un des gros points à découvrir. En effet dans un tel monde on pourrait penser qu’il se révèle apaisé, ouvert, où tous vont dans le même sens, et même si par certains aspects il est libéré, par d’autres on se rend rapidement compte que c’est loin d’être le cas. Malgré toutes les technologies on y découvre une colonie qui cache de nombreux secrets, de nombreux non-dits, de nombreux mensonges, mais aussi des manipulations et des jeux de pouvoirs. L’Homme a beau avancer, évoluer, améliorer sa vie, avoir un but commun il reste ainsi toujours égal à lui-même et c’est ce qu’on découvre à travers le regard de Renata qui n’est pas non plus exempte de tous défauts loin de là. Une colonie gangrenée qui partait à la recherche d’un monde meilleur, mais qui finalement va devoir faire face à elle-même et ses contradictions. Mais surtout ce qui porte efficacement le récit c’est Renata elle-même. L’auteur nous dresse un portrait fascinant et intimiste d’une héroïne loin d’être fiable et qui cache une affection que l’on va peut à peut découvrir. On n’est pas dans l’héroïne classique, mais plus dans une personne abimée en profondeurs, pleine de souffrances, de trahisons, de rêve brisés, d’espoirs déçus, dont les nombreux secrets et mensonges la ronge en plus de sa déficience et qui au fil des pages marque le lecteur. On s’attache ainsi rapidement et facilement à elle et le regard des autres nous touche tant l’auteur maîtrise son sujet, ce qui nous pousse à réfléchir.

L’autre point captivant de ce récit vient des réflexions que nous propose l’auteur que ce soit sur la vie en communauté, la notion de vie privée, la maladie, l’équilibre, ou bien encore des sujets la foi et ce qui la motive, le parallèle entre la science et la foi ou bien encore la notion de vie extra-terrestre, ce récit brasse de nombreux sujets et en grande majorité de façon plus qu’efficace. L’existence de dieu devient ainsi un point central du récit et, sans trop en dire, l’auteur arrive à construire quelque chose d’efficace, d’ambigu, sans tomber dans le poncif ou dans une argumentation trop lourde. Elle nous fait ainsi réfléchir sur cette notion, tout ce qu’on peut y mettre derrière et surtout la façon dont certains peuvent s’en servir que ce soit en bien ou en mal.  La maladie est aussi traitée de façon intelligente et sobre, sur le regard qu’on peut porter et la norme qu’on met derrière ce mot.

Alors, tout n’est pas non plus parfait, déjà le fait de ne se concentrer que sur Renata a pour effet d’éclipser énormément les autres personnages, ce que j’ai trouvé légèrement dommage, surtout concernant Marks ou Sung-Soo qui aurait peut-être mérité un travail un peu plus en profondeur. Ensuite j’ai trouvé que certains évènements, vers la fin, étaient traités un peu trop rapidement, cela permet certes d’offrir une accélération dans le dernier quart du récit, mais qui s’avère aussi légèrement frustrant. Enfin concernant la conclusion, elle n’est pas mauvaise en soit, restant très ouverte, mais voilà je ne sais pas pourquoi elle m’a paru « facile ». L’auteur donnant pour moi l’impression de vouloir contenter tout le monde en évitant d’offrir des réponses trop tranchées, mais joue trop à l’équilibriste. Après ce ne sont que quelques détails, j’ai passé un très bon moment avec ce bouquin, bien porté par une plume efficace, vivante et entraînante et je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec Planetfall qui nous offre à la fois une histoire efficace, entrainante et pleine de rebondissements, mais aussi un récit intelligent. On plonge rapidement dans ce récit qui offre dès le départ une tension qui gagne en intensité au fil des pages et des révélations. L’univers construit est plus qu’efficace, que ce soit d’un point de vue technologique avec ces outils de communication ou ces imprimantes 3D, mais aussi d’un point de vue social. On découvre ainsi une colonie qui malgré son vernis de paix et d’entente cache finalement de nombreux secrets, des luttes de pouvoir et des mensonges. Mais surtout ce qui porte le récit c’est la voix de Renata, l’auteur construisant une héroïne que j’ai trouvé passionnante et touchante. On est loin du personnage parfait, se révélant d’une certaine façon abîmée, pleines de rêves déçus, d’espoirs brisés, de trahisons et de mensonges qui la ronge. Une héroïne malade, qui nous marque et nous pousse à réfléchir sur le regard qu’on peut avoir. C’est d’ailleurs l’autre point efficace du récit, les questions soulevées sur la vie en groupe, la notion de vie privée, la notion de foie ou encore sur la possibilité d’une vie extra-terrestre. Alors après quelques points m’ont quand même dérangé, comme le fait que la narration à la première personne, certes immersive, éclipse les autres personnages, certains évènement m’ont paru traité un peu trop rapidement et enfin la conclusion même si elle n’est pas mauvaise m’a un peu laissé sur ma faim. Mais rien de non plus bloquant tant j’ai passé un bon moment avec ce roman, bien porté par une plume vive, efficace et je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : Joyeux-Drille, Elessar, Yogo, …

Récits en meute ! (2)

Deuxième chronique de ce genre, où je continue à vous parler des nouvelles que je lis à droite, à gauche.

Warm Up de V.E. Schwab : Cette nouvelle nous fait suivre un homme qui est mort et qui a été ranimé, mais en possession de mystérieux pouvoirs. Depuis il a tout perdu et ne quitte plus son domicile. Il va alors trouver la force de sortir de chez lui. Une nouvelle intéressante, se révélant sombre et percutante qui joue beaucoup sur l’ambiance mise en place au fil des pages. L’auteur nous présente ainsi la possession de pouvoir comme quelque chose de sombre, de compliqué et qui apporte énormément de bouleversements, ce qui donne je trouve une touche intéressante et un minimum intelligente à son récit. La chute, surprenante et incisive s’avère franchement efficace et donne envie de découvrir le cycle dans lequel repose cette nouvelle.

C’est d’ailleurs peut-être le principal soucis de cette nouvelle, elle sert clairement d’introduction au cycle de l’auteur. Elle ne m’a pas paru complètement indépendante, puisque j’ai eu l’impression qu’il faut lire après le premier tome pour en découvrir plus sur cet univers sombre et les personnages croisés. Je regretterai aussi que certains aspects manquent parfois de profondeur. Au final une nouvelle divertissante, bien porté par une plume percutante, qui m’a donné un minimum envie de découvrir le cycle de l’auteur.

Ma Note : 6,5/10
Vous pouvez découvrir cette nouvelle en VO ici.

The Way of Walls and Words de Sabrina Vorvoulias : Cette nouvelle nous plonge dans la Nouvelle-Espagne et nous fait découvrir une étrange amitié entre Anica, jeune fille incarcérée par l’inquisition pour sa foi juive, et Bienvenuda une jeune fille Nahua convertie de force à la foi, mais qui pratique la magie de son peuple en cachette. On découvre ici une nouvelle que j’ai trouvée vraiment intéressante par ses sujets traités, que ce soit sur la religion, l’acceptation des autres et de leurs différences ou bien encore la notion d’amitié. Un texte intelligent, ouvert, qui ne cherche pas à imposer son point de vue, mais laisse le lecteur se poser les questions. Une histoire à la fois mélancolique et dure, qui ne m’a pas laissé indifférent, bien porté par des héroïnes  humaines et touchantes qui continuent à chercher la beauté dans ce monde.

Le côté fantastique apporte aussi un vrai plus au récit, principalement dans sa conclusion. Je regretterai peut-être juste un léger sentiment de trop peu, trop vite, au niveau de la force du lien qui va naître entre les deux jeunes filles. Elles arrivent à nous toucher par leurs histoires, leurs différences, leurs envies de liberté et leur amitié qui s’affranchit de tout cela, mais l’ensemble paraît traité de façon un peu trop rapide. Après cela reste une nouvelle, mais voilà peut-être que quelques lignes en plus aurait pu apporter un plus. Rien de non plus trop bloquant. La plume de l’auteur s’avère soignée, entraînante et efficace et nous plonge facilement dans son récit.

Ma Note : 7,5/10
Vous pouvez découvrir cette nouvelle en VO ici.

Le Terminateur de Laurence Suhner : Cette nouvelle, je l’ai lu au moment de l’annonce de la découverte des planètes du système Trappist-1 où trois d’entre elles pourraient être potentiellement habitables (même si les dernières études remettent un peu en cause cette théorie). L’auteur nous emmène donc dans un futur lointain, où l’une des planètes a été colonisé et où une jeune femme qui a une tâche personnelle à réaliser admire l’horizon. J’ai trouvé cette nouvelle très sympathique, qui repose clairement sur son côté contemplatif, offrant une vision assez intense et superbe de cette planète, bien amené aussi par des explications scientifiques soignées, sans se révéler non plus trop complexes ou trop lourdes. L’ensemble est bien porté par des descriptions qui offrent une vision, certes personnelle à l’auteur de cette planète, mais qui donne envie d’en apprendre plus, tout en nous rappelant l’importance de rêver, de garder espoir.

Alors après comme je l’ai dit l’histoire est très contemplative, associé à une nouvelle qui se veut aussi très courte (trois pages word), j’avoue qu’une fois terminée je suis quand même resté un peu sur ma faim. J’aurai aimé plonger un peu plus dans le monde que nous présente l’auteur. Cela n’enlève rien des qualités que j’ai soulevé précédemment, le tout soutenu par une plume efficace et entrainante. Au final une nouvelle sympathique.

Ma Note : 7/10
Vous pouvez découvrir cette nouvelle .

From the Editorial Page of the Falchester Weekly Review de Marie Brennan : Cette nouvelle se situe dans l’univers du cycle de Lady Trent et plus précisément entre le tome 3 et le tome 4. Vu que je viens de terminer le troisième tome, je me suis donc laissé facilement tenter, même si je ne pense pas qu’il soit obligatoire d’avoir lu les trois tomes pour la découvrir. On passera à côté de certaines références, mais rien de bloquant. Il s’agit ainsi d’une courte nouvelle qui nous fait découvrir un échange de lettres dans une revue scientifique entre l’héroïne Isabelle Camherst et Benjamin Talbot qui aurait découvert un légendaire cockatrice. Cet échange de lettres va rapidement dégénérer Mr. talbot prenant de haut Isabella, mettant en avant dans son argumentaire qu’elle est une femme. On y retrouve ainsi le travail réalisé par l’auteur depuis le début de son cycle concernant la position de la femme et la lutte régulière de l’héroïne pour se faire reconnaitre en tant que scientifique dans une société aux idées figées. C’est à la fois un texte intelligent et fun qui nous est proposé, qui se lit finalement assez facilement et avec plaisir.

Maintenant il s’agit clairement d’une nouvelle qui ravira, comme moi, les fan du cycle de Lady Trent. Je ne pense pas qu’il intéressera ceux qui sont passés à côté du roman pour relancer leur intérêt, ou bien ceux qui souhaiteraient découvrir le cycle. Moi j’ai trouvé ce court récit plutôt sympathique et un minimum divertissant, même si elle entre dans le vite lu, apprécié mais pas obligatoirement des plus marquant.

Ma Note : 6,5/10
Vous pouvez découvrir cette nouvelle en VO ici.

 

Mes Vrais Enfants – Jo Walton

Résumé : Née en 1926, Patricia Cowan finit ses jours dans une maison de retraite. Très âgée, très confuse, elle se souvient de ses deux vies. Dans l’une de ces existences, elle a épousé Mark, avec qui elle avait partagé une liaison épistolaire et platonique, un homme qui n’a pas tardé à montrer son véritable visage. Dans son autre vie, elle a enchaîné les succès professionnels, a rencontré Béatrice et a vécu heureuse avec cette dernière pendant plusieurs décennies. Dans chacune de ces vies, elle a eu des enfants. Elle les aime tous… Mais lesquels sont ses vrais enfants : ceux de l’âge nucléaire ou ceux de l’âge du progrès? Car Patricia ne se souvient pas seulement de ses vies distinctes, elle se souvient de deux mondes où l’Histoire a bifurqué en même temps que son histoire personnelle.

Edition : Denoël Lunes D’Encre

 

Mon Avis : J’ai découvert Jo Walton il y a quelques années avec son premier roman publié en France, Morwenna, qui m’avait offert un excellent moment de lecture et m’avait touché. Depuis je me suis régulièrement laissé tenter par ses différentes publications sans jamais ressortir déçu de mes lectures. Il était donc logique que le dernier roman de l’auteur termine assez rapidement dans ma PAL et que je me laisse rapidement tenter. Concernant la couverture, illustrée par Aurélien Police, je la trouve magnifique.

On découvre à travers ce roman Patricia , une femme âgée atteinte de sénilité qui finit ses jours dans une maison de repos. Elle va alors nous raconter non pas sa vie, mais ses  vies, car Patricia en a vécue deux. Le point de divergence viendra de la demande en mariage effectuée par son fiancé où le choix de Patricia va différer. Dans une histoire, elle va accepter de se marier, dans la seconde elle va refuser. Alors autant le dire tout de suite, on est plus ici dans un roman intimiste, porté par un rythme lent, qui pourrait bloquer ceux qui chercheraient un récit nerveux, mais qui permet ainsi de plonger pleinement dans la « double » vie de l’héroïne. En tout cas une chose est sûre, une fois la dernière page tournée j’ai été captivé par ce récit principalement par son héroïne mais aussi par les messages qu’il soulève, ainsi que les émotions qu’il procure. C’est surtout une histoire qui joue de façon efficace avec le lecteur sur la véracité du récit proposé par Patricia. En effet du début à la fin on ne sait pas trop si la narratrice a vécu ses différentes vies, ou bien si c’est sa maladie qui la fait délirer. L’auteur joue ainsi efficacement sur cette subtilité et laisse le lecteur se faire, au fil du récit, son propre avis.

La grande force du roman vient clairement des deux vies que construit l’auteur,  surtout de la façon dont elle le traite et des personnages que l’on croise. J’avais un peu peur, en me lançant dans ce récit, concernant la capacité de l’auteur à écrire deux histoires qui soient différentes tout en se révélant convaincantes et efficaces, sans pour autant trahir l’héroïne ni rendre les deux personnalités trop contradictoires. Et à l’inverse ne pas proposer deux fois la même histoire et offrir trop de redondances. Et c’est finalement là la grande force du récit, offrir deux vies différentes tout en restant fidèle à son héroïne, à garder ce qui fait d’elle Patricia, tout en la présentant de deux façons différentes. Je me suis ainsi facilement laissé porter par ses deux tranches de vies, ses deux visions de l’héroïne qui a aussi le don de nous faire réfléchir sur nous-même, nos choix et ce qu’aurait bien entendu pu être notre vie. Surtout, ce qui rend cet aspect accrocheur c’est le travail et la caractérisation réalisée par l’auteur des personnages que l’on croise tout du long et principalement de cette héroïne.

En effet que ce soit l’un ou l’autre des versions de Patricia,on découvre à chaque fois une héroïne différente mais qui s’avère complexe, sensible, touchante, humaine qui doit faire face à des hauts et des bas et qui fait tout ce qu’elle peut pour les surmonter. La narration qui alterne entre ces deux vies permet aussi de faire une sorte de parallèle entre chacune d’entre elle, de se rendre compte des changements qui sont opérés, mais aussi de leurs ressemblances comme par exemple l’amour profond que chacune des Patricia porte à ses enfants. J’ai franchement été ému et touché par chacune des vies de l’héroïne, par les périples de la vie qui va les toucher, mais aussi par les bonheurs qu’elle va rencontrer. On découvre ainsi qu’il n’y a pas de bons ou de mauvais choix, juste une décision à prendre qui apportera ses points positifs ou négatifs. Les personnages qui gravitent autour de l’héroïne dans chacune de ses vies présentées ne manquent pas non plus d’attrait, apportant ainsi un intérêt et une complexité supplémentaire au récit je trouve. Ils s’avèrent eux aussi un minimum soignés, denses, chacun d’entre eux possédant une personnalité propre et plus ou moins marquante.

L’aspect uchronique du récit n’est pas qu’au niveau de la vie de Patricia, il est aussi présent en toile de fond dans les mondes qui se dévoilent au fil. C’est comme si le choix de l’héroïne avait une influence plus globale et de se dire que nos choix ont ainsi un impact beaucoup plus vaste qu’on peut le croire. Mais surtout les deux mondes que l’on découvre sont différents aussi du nôtre, ils ne connaissent pas la même évolution tout en restant pourtant un minimum proche du nôtre. Un aspect uchronique qui est ainsi présenté de façon subtil et qui apporte un vrai plus à l’ensemble offrant un travail différent que ce soit d’un point de vue social, politique ou humain. L’auteur soulève aussi de nombreuses réflexions dans ce roman et surtout elle le fait avec finesse et sans jamais le faire de façon trop lourde ou trop imposante. Les thèmes soulevés sont vaste et le premier qui marque est ainsi la position de la femme. En effet Patricia en est ainsi le symbole, car à travers ses deux vies elle est à la fois victime et pionnière, mais je vous laisse découvrir. On traite aussi de la tolérance principalement vis-à-vis de la sexualité de chacun, de la religion, de l’art, de la science, de la maladie et dont la façon dont elle est perçue, du traitement des personnes âgées ou encore de la famille. L’auteur brasse ainsi de vastes sujets, mais toujours de façon efficace et pertinente qui pousse le lecteur à se poser des questions.

Alors après je soulèverai juste deux points qui m’ont légèrement dérangés. Le premier vient que parfois que l’auteur en faisait un peu trop dans les descriptions, principalement au niveau de certaines marques un peu trop cités à mon goût. Enfin l’autre point vient de la conclusion qui m’a paru en fait convenue au point qu’elle perd, pour moi, de son intérêt. Je m’explique, la fin proposée par l’auteur n’est pas mauvaise, mais je m’y attendais depuis le début. C’est le genre de final qu’on retrouve souvent pour ce type de roman, restant ouvert au choix du lecteur, sauf que voilà je comme je l’ai vu venir elle n’a pas eu l’impact, ni l’intérêt recherché je pense. Alors rien de non plus trop léchant tant j’ai été emporté par ce roman touchant et entraînant, bien porté par une plume efficace, soignée et vive. Je lirai sans soucis d’autres romans de l’auteur, ce qui est une bonne chose car une prochaine publication est annoncée courant de l’année.

En Résumé : J’ai passé un bon moment de lecture avec ce roman qui nous fait découvrir non pas la vie, mais les deux vies de Patricia. L’auteur nous propose ainsi un récit qui, certes est conté sur un rythme lent ce qui pourra en bloquer certains, mais qui m’a offert finalement une histoire sensible, touchante et intelligente qui fait réfléchir. J’avais un peu peur qu’en racontant deux vies d’une même personne ce soit trop redondant, ou à l’inverse offrir deux Patricia trop différentes, mais finalement l’auteur s’en sort très bien offrant deux récits cohérents et finalement assez différents pour m’emporter. La caractérisation de l’héroïne est clairement complexe, offrant un personnage dense, humain et touchant. Les personnages secondaires ne sont pas non plus en reste, s’avérant aux aussi travaillés et intéressant à découvrir. L’auteur offre de nombreuses réflexions que ce soit sur la société, la position de la femme, la tolérance, l’art, la science, la maladie, les personnes âgées ou encore la famille le tout de façon subtil et sans trop en faire ou imposer son point de vue. Après je regretterai peut-être par moment un travail trop descriptif ainsi qu’une conclusion un peu trop convenue, mais rien de trop bloquant. La plume de l’auteur est toujours aussi soignée, efficace et entraînante et je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : Lune, Lorhkan, Xapur, Apophis, Bibliocosme, Lutin, Samuel Ziterman, Celindanaé, Marie Juliet,  …