Une Demi-Couronne – Jo Walton

une demi couronneRésumé : Londres. 1960. Dix ans ont passé depuis l’attentat contre Hitler déjoué par Peter Carmichael. L’homme qui fut un brillant inspecteur de Scotland Yard dirige maintenant le Guet, la redoutable police secrète créée par Mark Normanby pour juguler l’opposition et traquer les Juifs. Il a adopté Elvira Royston, la fille de son ancien adjoint.
Alors que la jeune Elvira se forge lentement mais sûrement une conscience politique et découvre avec effroi les coulisses d’une Angleterre vendue au fascisme, de nouveaux mouvements sur l’échiquier politique secouent le pays. Le retour du duc de Windsor, fasciné par Hitler, n’étant pas le moindre.
En danger, plus que jamais, Carmichael va être confronté au plus grand défi de son existence.

Edition : Denoël Lunes d’Encre

 

Mon Avis : Il y a un peu plus d’un an, les éditions Denoël ont eu la bonne idée de se lancer dans la publication de cette trilogie de Jo Walton, qui m’avait déjà fasciné avec son roman Morwenna (chronique ici), traitant de façon uchronique de la seconde guerre mondiale. Le Cercle de Farthing (chronique ) et Hamlet au Paradis (chronique ) m’avaient  ainsi chacun offert un très bon moment de lecture et c’est donc sans surprise que ce dernier tome a rejoint ma PAL. Chaque tome peut, selon moi, être lu de façon indépendante, mais ce serait dommage, car le lecteur pourrait passer sur l’évolution de certains personnages ainsi que de l’univers. La couverture reste dans le même style que les précédentes, nous mettant clairement dans l’ambiance.

Près de 11 ans après la fin du tome précédent, on retrouve l’inspecteur Carmichael, devenu depuis le patron du Guet, l’équivalent de la Gestapo allemande. L’Angleterre est en paix et pas mal de notions pas très morales et fascistes sont entrées dans les mœurs et acceptées par le peuple. Sauf que de nouveaux mouvements politiques violents vont réveiller le pays et sa population. Au vu de la construction des précédents romans qui dit nouveau tome, dit nouvelle héroïne et on découvre Elvira, pupille de Carmichael, qui est devenue un peu comme sa nièce, qui va ainsi ici représenter cette jeunesse insouciante et qui accepte de nombreuses lois discutables, bien coincé dans leurs conforts et leurs potins. Ce tome oublie ainsi un peu le côté policier des tomes précédents pour clairement se consacrer à l’uchronie développé par l’auteur. Cette idée de départ qui veut que l’Angleterre ait négocié une pais avec l’Allemagne Nazi, amenant ainsi une nouvelle vision de cette guerre.

Pour ce troisième tome on se retrouve ainsi dans l’après-guerre, avec toutes les réflexions que cela soulève sur la valeur de cette paix, la capacité des peuples à accepter certaines « horreurs » pour garder leurs conforts et cette tranquillité acquise. Cet univers devient ainsi la grande force du récit, le lecteur ne reste pas indifférent devant les nombreuses réflexions offertes qui font d’ailleurs parfois encore écho à notre société qui serait parfois prête à certaines extrémités pour leur bien-être. Mais comme toujours il suffit d’un élément déclencheur, un peu trop explosif et marquant pour mettre le feu aux poudres et réveiller le peuple. C’est ce que vont découvrir ici nos héros face à l’apparition de nouvelles voix, parfois violentes, qui vont mettre à mal le gouvernement et le pousser à la répression. Le monde n’est pas non plus en reste, la Russie en a subi les conséquences, mais je vous laisse découvrir sous peine de trop spoiler. Entre les réflexions sur la guerre, le peuple ou encore sur des sujets tels que la position de la femme l’auteur offre ainsi un récit dense. Alors parfois l’auteur développe ses notions de façon un peu simpliste, comme la rencontre d’un des personnages avec une famille juive qui va lui faire ouvrir les yeux qui m’a paru un peu facile, mais dans l’ensemble un univers intelligent, solide et plus qu’efficace qui donne envie d’en apprendre plus.

Les personnages ne sont pas non plus en reste et se révèlent réussis, entraînants et captivants. L’inspecteur Carmichael se dévoile clairement dans ce tome, démontrant un personnage troublé entre son rôle de « monstre » qui doit faire la traque aux juifs et aux ennemis du pouvoir, ainsi que son rôle de sauveur tentant de sauver le maximum de personnes possibles à travers une organisation secrète qui pourrait lui coûter très cher. Il est aussi toujours autant torturé par son amour interdit et secret envers Jack, son domestique, son incapacité à lui offrir la vie qu’il rêve, et aussi la pression que lui met le pouvoir, au courant de ce secret, et qui se sert de lui comme d’un pantin. Elvira elle représente la jeunesse de ce pays, l’avenir et montre à quel point on peut être aveuglé devant certaines horreurs et qu’il faut parfois des situations explosives pour remettre complètement en question son histoire et sa vie. 3Elle représente pourtant un changement, loin de la femme qui voit son avenir dans le rôle de femme au foyer. C’est son évolution qui happe le lecteur, selon moi, la façon dont elle va ouvrir les yeux parfois de façon percutante. Je regretterai par contre que certains personnages secondaires manquent parfois de profondeurs ceux qui influe sur l’impact de certains évènements. Mais bon rien de non plus bloquant au niveau du récit.

J’ai aussi trouvé ce troisième tome mieux maîtrisé dans son intensité, dans son côté prenant qui nous happe dès les premières pages pour ne plus nous relâcher. L’auteur manie ainsi de façon maîtrisée rebondissements et révélations pour offrir un rythme efficace qui nous fait tourner les pages, tout en nous proposant de nombreuses scènes intelligentes et réfléchies qui ne laissent pas le lecteur indifférent. Pourtant deux points ont fait que, malgré que le récit soit très bon, il me manquait un petit quelque chose pour qu’il soit encore meilleur. Le premier vient de certaines facilités qui apparaissent pour faire avancer l’intrigue, mais qui manquent de profondeur comme certains informateurs cru un peu trop facilement. La seconde vient de la conclusion, elle a un côté un peu facile dans sa résolution et surtout beaucoup trop rapide, ce qui fait qu’on tourne la dernière page en se demandant si je n’ai pas loupé un chapitre. Comme si l’auteur se sentait bloqué en nombres de pages.

Alors après comme je l’ai dit cela n’enlève en rien les qualités qui sont présentes dans ce livre, et au final j’ai passé un très bon moment de lecture, mais je suis légèrement frustré car il aurait pu être tellement plus. La plume de l’auteur se révèle efficace, entraînante et soignée, nous plongeant assez facilement dans sa façon de revisiter l’histoire. Il y a toujours ce parallèle que je trouve efficace dans le récit entre ce côté un peu sombre et dérangeant d’un monde fasciste et le côté un peu plus léger. Je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

En Résumé : J’ai de nouveau passé un très bon moment de lecture avec ce troisième qui vient conclure cette trilogie uchronique sur la seconde guerre mondiale. L’histoire nous plonge 11 ans après le tome précédent et nous offre une histoire que j’ai trouvé mieux maîtrisé encore que les tomes précédents que ce soit dans la tension comme dans l’intelligence du récit. En effet c’est le gros point fort du récit, l’univers uchronique de l’auteur prend beaucoup plus d’ampleur et offre ainsi de nombreuses réflexions intelligentes et qui font parfois encore écho à notre société comme la capacité des peuples à accepter certaines lois au prix de la liberté ou de la morale ou encore sur la position de la femme. Les personnages ne sont pas non plus en reste avec un Carmichael tout en ambiguïté, à la fois pantin du pouvoir et rouage d’une section révolutionnaire ou bien encore Elvira qui nous offre un personnage féminin qui va évoluer de façon très intéressante. Je regretterai par contre que certaines évolutions soient simplistes ou que certains personnages secondaires auraient mérité plus de profondeur, mais rien de non plus gênant. La plume de l’auteur se révèle toujours aussi fluide, entrainante et efficace mais voilà deux points ont fait, je trouve, que ce roman manque d’un petit quelque-chose pour se révéler excellent. Le premier vient de certaines simplicités dans la façon de faire avancer l’intrigue, la seconde vient de la conclusion que j’ai trouvé trop rapide et trop facile. Le roman reste très bon, mais il y a un côté frustrant, car il aurait pu être tellement plus. Je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : Acr0, Lune, Mariejuliet, Cyrille, julien, …

Testament Tome 2, Alouettes – Jeanne-A Debats

alouettesRésumé : Je m’appelle Agnès, et je suis orpheline. Ah ! Et sorcière, aussi. Mon oncle m’a engagée dans son étude notariale. Ne croyez pas que le job soit ennuyeux, en fait, ce serait plutôt le contraire. En ce moment, tout l’AlterMonde est en émoi à cause d’une épidémie de Roméo et Juliette. Imaginez : des zombies tombant amoureux de licornes, des vampires roucoulant avec des kitsune, des sirènes jurant un amour éternel à des garous. Et tout ce beau monde défile dans notre étude pour se passer la bague au doigt. Mais la situation commence à sérieusement agacer les hautes autorités.
Et comme l’AlterMonde n’est pas Vérone, à nous de faire en sorte que cette fois l’histoire ne se termine pas dans un bain de sang…

Edition : Actu SF

 

Mon Avis : Fin 2014, l’auteur sortait le premier tome d’un cycle de Fantasy Urbaine dans le même univers que celui de Métaphysique du Vampire dont on en retrouvait le héros, Navarre, mais plus comme un personnage secondaire ; Agnès étant l’héroïne de cette trilogie. Ce premier tome m’avait ainsi offert un excellent moment de lecture, que ce soit dans son histoire entraînante, ses personnages efficaces et attachants ainsi que dans son ton et son humour plus que mordant. C’est donc sans surprise que je me suis rapidement laissé tenter par ce second tome avec l’envie d’en apprendre plus sur notre héroïne et concernant les questions qui sont restées ouvertes dans le tome précédent. À noter la couverture, illustrée par Damien Worm, que je trouve très sympathique. Il est possible, je pense, de lire ce second tome sans avoir lu le premier, mais ce serait dommage je trouve.

On plonge ainsi trois ans après la fin du premier tome, Agnès a clairement du mal à se remettre des terribles évènements qui l’ont marqué dans L’Héritière et  elle commence seulement peu à peu à reprendre pied. C’est là que le destin a décidé de jouer un vilain tour, en effet une vague de Roméo et Juliette se précipite dans l’étude notariale pour demander à se marier. Ajoutez à cela la recherche d’un objet antique disparu, mais des plus surprenants et notre héroïne va avoir des semaines bien chargées. Dès la première page je me suis ainsi retrouvé assez rapidement happé par ce récit qui ouvre avec un premier chapitre surprenant, mais qui nous ramène directement en terrain connu. On y retrouve ainsi avec plaisir le quotidien d’Agnès, un peu comme une vieille amie qu’on a un peu perdu de vue. L’intrigue pourrait paraître classique aux premiers abords, avec cette variation sur le thème de Roméo & Juliette, mais l’auteur arrive clairement à offrir quelque-chose de différent, principalement à travers un ton qui se veut toujours aussi décalé, percutant et plein d’humour. L’histoire alterne ainsi avec réussite entre scène d’action ou de tension, avec des scènes plus de développement. On y retrouve aussi au gré des pages de nombreuses références littéraires, ainsi que de nombreux clins d’oeil envers la littérature, qu’elle soit de l’imaginaire ou non, et pas que. La construction de l’intrigue se fait un peu de la même façon que le premier tome, avec un rythme qui monte lentement au fil des pages pour aboutir à une conclusion qu’on va dire explosive.

Mais là n’est pas l’intérêt principal du roman finalement, certes l’histoire se révèle entrainante et offre même quelques scènes épiques, mais c’est plus ici l’évolution de l’héroïne qui m’a franchement intéressé. Ce tome peut ainsi être considéré comme un tome de transition, pas dans le récit, mais pour Agnès. Elle n’est ainsi plus vraiment la jeune fille enfermée chez-elle qui a peur du monde, elle a découvert que le monde extérieur n’était pas que fantômes et souffrances pour elle, qu’il y a quelque chose de bénéfique à profiter de la vie même si elle offre des coups durs. Elle a commencé à s’ouvrir aux autres, à gagner en tempérament et s’affirme de plus en plus. Elle est devenue ainsi une autre femme et continue à évoluer, à « éclore » d’une certaine façon. Certes, les évènements du premier tome l’ont éprouvé, mais elle montre qu’elle est capable de se relever. C’est ce côté clairement humain, à fleur de peau, avec ses forces et ses faiblesses qui rendent l’héroïne intéressante à suivre et attachante. En effet malgré son pied dans un monde « fantastique » cela ne l’empêche pas d’avoir finalement une vie comme tout le monde, avec ses réflexions et ses tracas. Concernant les personnages qui gravitent autour d’elle, ils ne sont pas non plus en reste, que ce soit ceux du premier tome qui continuent à se densifier comme Géraud par petites révélations ou encore Navarre, mais aussi dans les nouveaux protagonistes qui viennent un peu dépoussiérer certains mythes tout en offrant des personnages secondaires qui ne sont pas toujours là que pour faire avancer l’intrigue tant certains nous donnent envie d’en apprendre plus sur eux. Entre les immortels toujours jeunes et les jeunes trop posés dans leurs têtes, le récit nous offre un large panel de personnages des plus coloré, ravageur et efficace.

Concernant l’univers qui est développé au fil du récit il se révèle toujours aussi accrocheur et captivant. La ville de Paris se révèle toujours aussi intéressante comme décor, mais cette fois elle devient plus sombre, dévoilant une histoire par toujours joyeuse. Surtout l’auteur fait résonner des évènements contemporains dans son univers futuriste de façon intéressante sans se révéler lourd ou ennuyeux. Autour de la ville elle continue aussi à travailler son AlterMonde que ce soit à travers les différents clans où on se retrouve à quitter le classique Loup-garou, vampire pour quelque-chose de beaucoup plus large avec Kitsune, Faune ou encore le Destin. Une vraie mythologie dense, complexe et qui pourtant ne manque pas de cohérence et d’attrait. Un univers plus que solide qui donne encore envie d’en découvrir plus et d’y plonger à nouveau. Là-dessus l’auteur n’oublie pas pour autant de chercher à nous faire réfléchir, offrant ainsi de nombreux sujets de réflexions que ce soit sur la position de la femme, notre société, la jeunesse ou bien encore la sexualité. Car oui le plaisir prend dans ce tome, on va dire, une grande importance, se retrouvant même d’une certaine façon au centre de l’intrigue, mais je vous laisse vous rendre compte pourquoi. Ne fuyez pas, certes il y a du sexe dans ce récit, mais il ne ne s’agit pas de sexe pour du sexe, outre que, comme je l’ai dit il sert l’intrigue, il permet aussi de faire avancer et réfléchir les personnages, car après tout, la vie sans amour dans tous les sens du terme serait ennuyeuse, non ?

Alors après, je regretterai peut-être juste une proportion un peu trop importante à mon goût de biologie dans les explications qui m’a paru parfois même légèrement répétitive ainsi qu’une conclusion un peu calqué sur la même résolution que celle du premier tome, mais franchement rien de franchement bloquant tant je me suis bien amusé avec ce second tome qui ne manque pas non plus d’action et de révélations. La plume de l’auteur se révèle efficace, soignée et joue beaucoup à la fluidité du roman arrivant à transformer des passages qui auraient pu m’ennuyer en quelque chose d’accrocheur à travers un ton décalé et percutant. Je lirai le troisième tome des aventures d’Agnès avec grand plaisir, surtout que certaines questions continuent à se développer en fond sur les origines de l’héroïne dont j’ai hâte de voir ce qui va être proposé.

En Résumé : J’ai de nouveau passé un très bon moment de lecture avec ce second tome qui offre de nouveau une intrigue, efficace, alternant de façon entraînante action et scènes de réflexions tout en revisitant le thème de Roméo & Juliette de façon percutante et avec humour. Mais voilà, malgré l’intrigue intéressante, le principal intérêt vient, selon moi, d’Agnès, de son évolution depuis le premier tome abandonnant de plus en plus l’héroïne cloitrée qui rejette le monde. Elle a gagné en tempérament. Un personnage vraiment humain et attachant qui, malgré son pied dans un monde fantastique, démontre qu’elle a une vie comme les autres avec ses tracas et ses bonheurs. Les personnages qui gravitent autour d’elle ne manquent pas non plus d’attrait, que ce soit ceux qu’on retrouve du premier tome comme les nouveaux. L’univers développé par l’auteur continue à se densifier au fil des pages avec en toile de fond la ville de Paris, se révélant d’ailleurs plus sombre et faisant aussi échos à des évènements actuels. Autre point intéressant les nombreuses réflexions que l’auteur soulève et qui ne laissent pas le lecteur indifférent. Après, je regretterai peut-être un aspect biologique trop détaillé et parfois légèrement répétitif, voir une fin qui reprend certains des mécanismes de résolution du premier tome, mais franchement rien de dérangeant tant finalement j’ai été happé par le récit. La plume de l’auteur s’avère captivante, fluide et vivante et je lirai avec plaisir le dernier tome des aventures d’Agnès, surtout que certaines questions ouvertes ont continué à se développer.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : Mariejuliet, Boudicca, joyeux-drille, …

Dominion of the Fallen Book 1, The House of Shattered Wings – Aliette de Bodard

the house of shattered wingsRésumé : Paris in the aftermath of the Great Magicians War. Its streets are lined with haunted ruins, Notre-Dame is a burnt-out shell, and the Seine runs black, thick with ashes and rubble. Yet life continues among the wreckage. The citizens retain their irrepressible appetite for novelty and distraction, and The Great Houses still vie for dominion over France’s once grand capital.
House Silverspires, previously the leader of those power games, now lies in disarray. Its magic is ailing; its founder, Morningstar, has been missing for decades; and now something
from the shadows stalks its people inside their very own walls.
Within the House, three very different people must come together: a naive but powerful Fallen, an alchemist with a self-destructive addiction, and a resentful young man wielding spells from the Far East. They may be Silverspires’ salvation; or the architects of its last, irreversible fall . . .

Edition : Gollancz

 

Mon Avis : De l’auteur, j’ai déjà lu quelques écrits, principalement son premier tome des Chroniques Aztèques, ou encore quelques-unes de ses nouvelles publiées dans différents magazines et anthologies, qui ont toujours réussis à me happer et à me donner envie d’en découvrir plus. N’ayant peu de chance de voir la suite des Chroniques Aztèques en VF, Eclipse ayant changé leur ligne éditoriale, et vu que je voulais vraiment découvrir ce cycle j’ai donc décidé de me lancer en VO. On notera aussi l’illustration de couverture que je trouve vraiment réussie.

Bien, mais alors que nous propose ce roman? On suit ici le destin et les aventures de trois personnages différents, Philippe, Madeleine et Isabelle, dans un Paris uchronique post-apocalyptique, plusieurs années après la grande guerre qui a vu s’entredéchirer des anges « déchus ». Des décès inexpliqués vont alors apparaitre et un nouveau jeu de pouvoir va alors se mettre en place dans les différentes Maisons qui gèrent la ville. On est ainsi plus plonger dans ce que je pourrai considérer comme de la Fantasy Urbaine, si on me demandait de cataloguer ce livre, avec une forte dose d’enquête sur des assassinats inexpliqués qui a vraiment réussi à me fasciner du début à la fin. Surtout que l’auteur arrive à construire le tout de façon concise et percutante, on n’est clairement pas dans un jeu de machination étendus à la Game of Thrones et pourtant malgré cette, on va dire, « simplicité » l’auteur arrive à y intégrer toute un aspect de complexité et de fascination à ce jeu politique qui se développe en fond tout en restant cohérent et compréhensible.

L’auteur joue clairement sur le mystère, obligeant, d’une certaine façon, chaque lecteur à essayer de reconstruire lui-même le puzzle qui se dessine, pour ainsi nous dévoiler une machination beaucoup plus complexe que l’on croit. Alors certes, elle ne révolutionne pas le thème de l’enquête, mais cela ne l’empêche pas de se révèle plus que solide et captivante. J’ai vraiment été happé par ce jeu de faux-semblants entre les différents protagonistes, les différentes maisons qui se battent pour le pouvoir. Un mélange réussi de sous-intrigues qui viennent ainsi tracer au gré du récit une intrigue plus dense et accrocheuse. Surtout que l’ensemble, sans tomber dans une allure frénétique où se perdre dans des longueurs comme cela peut arriver, trouve son rythme à la fois dynamique, dense et envoutant, prenant son temps pour dévoiler ses révélations et poser son récit, tout en n’oubliant d’offrir des scènes d’action vive et percutantes.

Là où par contre le récit gagne pour moi en intérêt, c’est à travers l’univers qui est construit. Cette idée de nous offrir un monde où les anges, chassés du ciel, tombent sur terre est clairement intéressante. Les plus anciens ont ainsi formé des grandes maisons, se battant pour le pouvoir, tout en tentant de récupérer les plus jeunes anges pour les intégrer. Car oui, un Ange déchu n’est pas immortel, même s’il possède une très longue vie. Sauf que voilà ces êtres ont complètement bouleversé le monde que ce soit à travers leurs guerres, mais aussi à travers les dépendances qu’ils créent car il est aussi possible aux Hommes de leur voler leur magie mais en se tuant à petit feu, ou bien encore dans l’air vicié de la ville. Il est difficile de vraiment parler de cet univers tant il se révèle dense, soigné, captivant, et travaillé. On sent ainsi clairement au fil des pages l’imagination de l’auteur qui vient ainsi mélanger plusieurs mythologies de façon efficace et cohérente, car oui les anges ne sont pas les seuls « mythes » sur Terre, mais je n’en dis pas trop pour éviter de trop spoiler. Autre point intéressant c’est l’utilisation de la ville de Paris comme théâtre du récit, pas parce-que je suis français et que je me sentirai chauvin, mais parce-que j’ai trouvé qu’il collait ainsi parfaitement à l’intrigue. Que ce soit dans son ambiance à la fois lumineuse et sombre tout en se révélant gothique, mais aussi dans le système des maisons ou encore dans toute la « géographie » qui permet à l’auteur de poser son récit. Paris devient ainsi, d’une certaine façon, un personnage entier du roman. Mon seul regret et que devant la densité de l’univers construit par l’auteur, je me suis senti un peu frustré tant je voulais encore en apprendre plus, mais je ne doute pas que la suite comble mon attente.

Concernant les personnages il s’agit là aussi d’un autre des points forts du récit tant l’auteur nous propose des personnages soignés, complexes et qui s’avèrent très intéressants à suivre. Elle construit ainsi des personnages vraiment humains que ce soit à travers leurs envies, leurs colères, leurs besoins, leurs haines ce qui fait que leurs réactions et leurs actions sont ainsi parfaitement compréhensibles. Que ce soit Philippe, personnage mystérieux qui déteste profondément les maisons mais qui va se retrouver lié à la plus puissante, les Silverspires, un peu contre son gré, Isabelle jeune ange déchue qui se retrouve complètement perdue liée de façon forte à Philippe pour des raisons que je vous laisse découvrir ou bien encore Madeleine, humaine et alchimiste de la maison Silverspire complète accro à la magie d’ange au point de savoir qu’il ne lui reste plus grand-chose à vivre, chacun d’entre eux nous offre ainsi un point de vue complètement différent et nous fait découvrir cet univers. Les personnages qui gravitent autour ne sont pas non plus en reste s’avérant tous attrayants, énigmatiques et entraînants. Surtout, la grande force et ainsi de ne pas vraiment avoir de héros dans le sens premier du terme, chaque personnage à ses forces et ses faiblesses et personne ne cherche à sauver le monde ou a se lancer dans une quête héroïque, chacun cherchant juste à évoluer et avancer face aux évènements qui apparaissent. Alors après, on pourrait peut-être se sentir légèrement frustré d’un léger manque d’empathie avec le lecteur des protagonistes, voir même parfois une impression qu’ils ont un peu de mal à s’imposer dans le cadre, mais franchement rien de vraiment marquant ou dérangeant tant ils se révèlent passionnants à découvrir.

Alors après on pourrait constater un léger soucis de « lenteur » en approchant de la fin du récit, mais là aussi ce n’est en rien dérangeant tant finalement je me suis retrouvé emporté par l’intrigue. Le tout est aussi porté par une plume agréable, soignée, efficace et vivante qui nous plonge ainsi facilement dans ce livre. À noter que l’intrigue principale de ce tome trouve sa conclusion et peut, je dirai, être lu de façon indépendante, même si de nombreux points des intrigues secondaires restent ouvert. En tout cas je lirai la suite avec grand plaisir.

Ce roman sortira en VF courant 2017 chez Fleuve Noir dans son édition Outre Fleuve traduit par Emmanuel Chastellière.

En Résumé : J’ai passé un excellent moment de lecture avec ce roman qui nous offre une Fantasy Urbaine avec une intrigue de jeux de pouvoirs efficace, entraînante et complexe sans non plus se perdre dans trop d’intrigues. On plonge ainsi avec envie dans un jeu de faux-semblants qui dévoile la vérité lentement pour mieux nous happer. L’univers est le gros point fort du récit nous emmenant dans un Paris uchronique contrôlé par des anges déchus sur terres qui se battent pour le pouvoir. Un univers dense, travaillé, passionnant dont on aurait aimé en apprendre encore plus. Les personnages ne sont pas non plus en reste, se révélant humains, captivants et surtout complexes, chacun d’entre eux ayant ses forces, ses faiblesses, qui fait qu’on comprend leurs réactions et leurs actions. On est loin du héros au sens premier du terme, mais plus dans des personnages qui doivent avancer, évoluer, face aux évènements. On pourrait regretter un léger manque d’empathie et de force par moment, mais rien de vraiment gênant. On pourrait aussi ressentir une légère « lenteur » vers la fin, mais rien de marquant tant j’ai été emporté, le tout avec une plume agréable, soignée et vivante. Je lirai la suite sans soucis et avec grand plaisir.

 

Ma Note : 8,5/10

Utopiales 2015, Anthologie – Collectif

Utopiales 2015Résumé : Construite autour de la thématique « Réalité », cette anthologie officielle des Utopiales, septième du nom chez Actusf, va vous entraîner dans des jungles mystérieuses avec Fabien Clavel, sur un monde aux mœurs singulières avec M. R. Carey ou encore à la rencontre d’êtres venus d’ailleurs avec Laurent Queyssi… Vous y croiserez également d’anciens pilotes communistes qui ont vu des OVNI pendant la Deuxième Guerre mondiale, des petits robots fugueurs, de vieux copains de bistrot aux paris un peu fous et alcoolisés et des maisons en réalité virtuelle à l’intérieur desquelles tout est possible…
Sans oublier Alain Damasio qui nous offre une belle avant-première avec le premier chapitre inédit de son futur roman, Fusion.
Êtes-vous sûr de votre réalité ? Sont-ils vivants et nous morts ?
Treize nouvelles pour douter de tout…

Edition : Actu SF

 

Mon Avis : C’est devenu une tradition depuis quelques années maintenant, mais à chaque fois que je participe à un festival je repars avec l’anthologie et j’en fais même, selon les festivals, une LC. Sauf que cette année est un peu particulière puisque je n’ai pas pu participer au festival Utopiales de 2015. Cela n’a pas empêché Marie-Juliet de me récupérer et faire parvenir un exemplaire, (dédicacé qui plus est, encore merci), dans le but d’une Lecture Commune. Ce livre comporte ainsi treize nouvelles, ainsi qu’une préface sur le principe de Réalités qui s’avèrent très intéressante, soignée, efficace et ouvre de façon réussie l’anthologie développant de façon intéressante le terme de Réalités.

Les yeux en face des trous d’Alain Damasio : Alors ce texte nous propose de nous plonger dans un groupe d’amis, dans un monde futuriste, dont l’idée de base qui repose sur l’échange de mémoire se révèle clairement intéressant. Le style de l’auteur s’avère toujours aussi efficace, fascinant, soigné et entraînant, même si parfois il en fait peut-être un peu trop dans le jeu de typo. Certes cela offre quelque-chose de plus, principalement dans les souvenirs, l’effet un peu embrouillé, mais parfois il donnait plus l’impression de juste vouloir faire de l’esthétique. Par contre, le point que je trouve frustrant du récit, selon moi vient qu’il s’agit ici du premier chapitre du futur roman de Damasio, ce texte n’a donc pas de « conclusion » comme on pourrait l’attendre d’une nouvelle d’une anthologie.

Immersion d’Aliette de Bodard : Cette nouvelle je l’avais déjà lu lors de sa publication dans l’anthologie Réalité 5.0 dont vous retrouverez ma chronique ici. Je ne reviendrai donc pas dessus, juste pour dire que la seconde lecture m’a conforté dans mon ressenti avec  très bon texte dont l’univers mériterai d’être plus développé.

Welcome Home de Jérôme Noirez : Cette nouvelle nous offre un récit dans un univers où les plus riches peuvent s’offrir un lieu considéré comme en-dehors de la « réalité », où les lois n’ont plus aucunes valeur. Deux potes junkie vont ainsi se retrouver invité à une soirée dans ces subréalités. Un texte que j’ai trouvé efficace, à prendre dans le côté complètement barré, style sexe, drogue & rock’n roll. Certes il ne fait qu’effleurer les notions qu’il soulève sur la moralité et la loi, mais n’empêche pas de faire réfléchir le lecteur. Un texte percutant, prenant dont je regretterai peut-être tout de même certaines facilités ainsi qu’une certaine linéarité qui joue sur le côté surprenant. Au final un bon texte et il faudrait que je sorte d’autres écrits de l’auteur que j’ai dans ma PAL.

Un demi bien tiré de Philippe Curval : Une nouvelle plutôt courte qui propose, à travers un jeu à boire, de traité du paradoxe de Zénon avec humour. Un texte qui, sans se révéler exceptionnel, offre un moment de détente et de divertissement efficace à travers ce délire alcoolique qui termine par une conclusion percutante et surprenante.

Dieu, un, zéro de Joël Champetier : Cette nouvelle nous propose de suivre un mathématicien de renom qui va rejoindre une équipe scientifique dans un ranch. Cette nouvelle offre une idée intéressante avec quelques sujets de réflexions efficaces que ce soit sur la religion, les robots, l’intelligence, mais j’ai trouvé la première partie un peu longue comme par exemple cet acharnement sur la règle à calcul qui aurait pu offrir une réflexion intéressante sur la surutilisation de la technologie et ses contrôles, mais qui perdait de son intérêt devant son incessante répétition. De plus je n’ai pas vraiment compris le rôle du héros face à un problème qui parait déjà résolu face à la conclusion du texte. Pour moi un récit qui, sans se révéler mauvais loin de là, aurait mérité un format plus long je trouve.

Les aventures de Rocket Boy ne s’arrêtent jamais de Daryl Gregory : Un texte qui lorgne plus vers le drame contemporain que vers la SFFF, où l’on suit l’histoire du narrateur à travers une épreuve qui l’a marqué. Un texte touchant, poignant, qui ne m’a pas laissé indifférent développant le sujet de l’adolescence, de l’amitié et aussi la dure réalité de la vie. Le ton de l’auteur s’avère très juste, sans jamais se perdre et offre aussi un amour pour le cinéma, son aspect rêve, imagination, évasion. La conclusion se révèle intéressante avec, selon moi, ce cercle qui, d’une certaine façon, se referme avec le retour de Rocket Boy.

Le vert est éternel de Jean-Laurent Del Socorro : Cette nouvelle nous propose de replonger dans le quotidien de la compagnie du Chariot, présente dans Royaume de Vents et de Colères, en pleine période de l’Édit de Nantes. Une nouvelle qui offre une réflexion sur la différence en pleine guerre de religion, qui n’a pas la force du roman, mais qui se lit vite et se révèle plutôt sympathique avec une héroïne intéressante. À noter aussi une petite réflexion sur la caricature qui n’est pas anodine. Au final un récit qui introduit de façon agréable son univers, même si j’avoue j’espérais peut-être un peu plus.

Coyote Creek de Charlotte Bousquet : Cette nouvelle nous propose de traiter de la maladie d’Alzheimer, jouant ainsi entre vérité et fantastique avec comme fond des légendes indiennes. Un texte touchant, bien porté par une plume efficace, qui offre un texte réussi, même si j’avoue sur le même thème j’avais trouvé le texte de Claude Ecken dans l’anthologie 2012 des Utos m’avait plus marqué. Cela n’empêche pas cette nouvelle d’avoir son propre ton et de mériter d’être découverte, surtout que la plume de l’auteur que j’ai trouvé poétique offre un plus à l’ensemble.

Intelligence extra-terrestre de Stéphane Przybylski : Une nouvelle construite un peu dans le thème de la série X-files, avec une enquête mélangeant fantastique et complot alien. Sauf que voilà le récit a eu un peu de mal à complètement m’emporter. Autant l’auteur a montré que dans un format long il s’en sortait efficacement, autant ici dans un format court je me suis senti frustré comme si j’avais entre les mains un brouillon de résumé d’un roman.

Pont-des-Sables de Laurent Queyssi : Cette nouvelle n’est pas sans rappeler celle de Daryl Gregory, avec une bande d’ami qui vont faire face à un drame, sauf que malgré cette ressemblance, ce texte possède sa propre identité. L’auteur nous offre ainsi un texte intelligent, touchant à travers la quête d’un des personnages. C’est aussi une réflexion intéressante sur le passage à l’âge adulte, tout en proposant un véritable hommage à la SF, au comics, aux jeux de rôle etc… Un très bon texte, à découvrir selon moi.

Versus de Fabien Clavel : Cette nouvelle nous propose de plonger dans une mission militaire qui va mal tourner. Un texte plutôt bien écrit, amusant et agréable à lire, mais qui pêche pas une certaine prévisibilité qui gâche un peu la révélation finale. Un récit tout de même divertissante qui rentre dans le vite lu, apprécié et vite oublié.

Smithers et les fantômes du Thar de Robert Silverberg : Une nouvelle qui nous offre un texte d’aventure en Inde avec la quête d’une cité mystérieuse. Une nouvelle fantastique un peu angoissant très typé qui, sans se révéler des plus marquante ni transcendante, s’est révélé offrir une lecture plutôt sympathique. Les personnages se révèlent intéressant, lié à une époque différente de la nôtre, et portent plutôt bien le récit. De nouveau une nouvelle que je classe dans le vite lu, apprécié, vite oublié.

Visage de Mike Carey : Une nouvelle très SF dans un monde différent du nôtre où un gouverneur écrit une lettre racontant les derniers troubles qu’il a rencontré. Un texte intelligent, traitant de la différence, de la religion, du choix de chacun avec de nombreux aspects intéressant comme cette idée de « visage » qui n’est pas sans rappeler certaines idéologies de notre époque. L’ensemble ne manque pas de subtilité, montrant qu’il n’y a pas obligatoirement de bon et de méchants, principalement dans sa conclusion surprenante. Le tout est porté par un style simple et efficace qui fait que le récit se lit bien et se révèle très réussi.

En Résumé : Un anthologie des Utopiales qui nous offre un cru 2015 assez réussi et qui m’a offert un bon moment de lecture. Alors comme souvent tous les textes ne sont pas au même niveau, certains ont même du mal à se retrouver lier, selon moi, au thème proposé, mais dans l’ensemble il propose de nombreuses nouvelles qui méritent d’être découvert. On pourrait mettre un « bémol » sur le teasing concernant le prochain roman d’Alain Damasio dont ce livre propose le premier chapitre, mais cela ne m’a pas dérangé plus que cela. Au final une anthologie qui mérite d’être découverte et je lirai avec plaisir le cru 2016.

 

Ma Note : 7,5/10

 

L’avis de Marie-Juliet.

 

Autres avis : Xapur, Vert, Boudicca, Shaya, Cyrille, …

CRAAA

Challenge CRAAA 15ème lecture

Sitrinjêta – Christian Léourier

sitrinjetaRésumé : Loin dans le futur, dans le fourmillement d’étoiles, les humains ne sont plus que des créatures parmi d’autres, pas les plus appréciées, ni les plus importantes. Bien au contraire.
Quand Hénar Log Korson, capitaine Terrien sans vaisseau, rencontre le terrifiant Skāatlin pour lui soutirer une astronef, nul ne se doute réellement de ses motivations… à moins que les enjeux de son périple ne soient déjà connus en coulisse !
Pourvu d’un équipage hétéroclite où se greffe une jeune femme imposée par Skāatlin, le Snekkja entreprend alors un long voyage semé d’embûches vers une destination mystérieuse : Sitrinjêta.

Edition : Critic

 

Mon Avis : Si vous suivez ce blog régulièrement, vous devez donc savoir que Christian Léourier fait parti des auteurs qui ont réussi à me marquer avec son cycle Lanmeur, dont j’ai d’ailleurs le quatrième tome qui m’attend dans ma PAL, et que je suis régulièrement. J’ai d’ailleurs préféré plutôt me lancer dans la lecture de Sitrinjêta, car il m’a été présenté comme une lecture plus fun et vu que mon cerveau comate depuis plusieurs semaines je me suis donc plus facilement laisser tenter. On notera aussi la couverture, illustrée par François Baranger, que je trouve soignée et réussie.

On se retrouve ainsi à suivre les aventures de Hénar Log Korson, capitaine du vaisseau le Snekkja, qui se lance une quête qui va rapidement le dépasser. Cette quête c’est le Sitrinjêta. J’évite de trop en raconter, pour la simple et bonne raison que l’ensemble du récit joue, de façon efficace, sur le faux-semblant. L’auteur s’amuse ainsi d’une certaine façon avec le lecteur pour mieux tenter de le surprendre au fil des pages devant les révélations qu’il dévoile, cherchant à le dérouter jusqu’à la conclusion. Alors comme je l’ai dit l’auteur ne cherche pas ici à faire du Lanmeur, mais plutôt un roman de Space-opera percutant, divertissant et vivant. Donc si vous cherchez quelque chose de plus dense, passez votre chemin, pour les autres laissez-vous tenter tant je trouve que l’auteur réussi plutôt bien son pari. Clairement on est dans le récit d’aventure, où le héros va rencontrer de nombreuses péripéties pour aboutir à son but. Entre trahisons, tensions et manipulations j’ai été assez rapidement happé par le récit et cette intrigue complexe, où la vérité n’est pas obligatoirement ce que l’on croit. Entre rebondissements et révélations, on se retrouve à tourner les pages facilement avec l’envie d’en apprendre plus. Attention, certes, il s’agit d’un roman de divertissement, mais on est loin du récit qui ne repose que sur l’action, cherchant à offrir quelque chose de plus profond. La conclusion se révèle ainsi franchement surprenante, l’auteur y ajoutant alors une bonne dose de réflexion et de philosophie avec une pointe d’onirisme à la tension présente pour offrir, selon moi, quelque chose de terriblement efficace.

Concernant l’univers il se révèle intéressant, tout en possédant je trouve un côté frustrant. On est plongé dans un avenir lointain, un univers où de nombreuses races cohabitent, pas toujours dans la paix. L’auteur nous offre ainsi une vraie diversité et, sans non plus se révéler le monde le plus original qui soit, il s’avère plus que solide et efficace. L’aspect politique ne manque pas non plus d’attrait, prenant un peu plus d’ampleur au fil des pages, dévoilant ainsi jeux de pouvoirs et turbulences efficaces dans les forces en présence. Pareil concernant l’aspect plus social, loin d’être révolutionnaire, il ne manque pas non plus de se révéler attrayant, avec surtout cette idée prenante de la position de l’Homme qui est loin d’être dominante, mais plutôt vu par les autres comme de jeune chiens fous incontrôlables, limite à éviter. Pareil concernant tout l’aspect religion qui va s’avérer bien plus complexe qu’on peut le croire. Sauf que voilà, certes je l’ai dit et je me répète je ne m’attendais pas à du Lanmeur, mais j’ai quand même été légèrement frustré tant certaines idées m’ont paru être traitées rapidement, voir à peine qu’effleuré et que j’aurai aimé en apprendre plus. Cela n’empêche pas cet univers d’offrir une toile de fond plus que tangible au récit et à l’intrigue, j’espère juste le retrouver dans d’autres récit tant il possède du potentiel qui mérite d’être encore exploité.

Le héros, Hénar Log Korson, se révèle intriguant à suivre à travers ses péripéties et ne manque pas, au fil du récit, de s’avérer attachant devant son histoire. Il a un petit côté héros cassé, idéaliste, qui traine sa bosse dans un monde qu’il souhaite différent et qui cherche la gloire, qui, je trouve le rend touchant. Il se dévoile au fur et à mesure de l’intrigue et on se rend compte qu’il cache quelque-chose, un mystère, même si cet aspect m’a paru manquer un peu de finesse par moment. Il possède un vrai rêve. Ensuite sort du lot son second et pilote Svaun ainsi que Ullinn, que ce soit à travers leurs différences, mais aussi dans leurs interactions avec notre héros. Le soucis c’est que le roman est plutôt court, certes cela rend l’histoire acéré, mais fait que les personnages plus secondaires m’ont paru manquer de profondeur. Sans nier leur intérêt, ils paraissent parfois plus là pour faire avancer l’intrigue, ou retarder certaines révélations, qu’autre chose. Rien de non plus trop bloquant.

Je regretterai par contre que, parfois, l’auteur cherche à trop en faire, principalement au niveau de certaines manipulations, ce qui enlève un peu l’effet de surprise. J’ai trouvé aussi que certains aspect de l’intrigue m’ont paru un peu simpliste., mais rien de très dérangeant tant l’ensemble réussi son pari d’offrir un récit divertissant, qui se lit avec un minimum de plaisir et d’envie. Ce qui fait aussi la différence c’est la plume de l’auteur qui ne perd rien de son intérêt, se révélant captivante, efficace, avec une pointe de poésie qui offre un véritable plus, je trouve, au récit. Alors certes on n’est pas au niveau de Lanmeur, mais un roman qui mérite tout de même d’être découvert et qui offrira pourquoi pas, un très bon moment de détente entre deux romans plus dense.

En Résumé : J’ai passé un agréable moment de lecture avec ce roman qui nous propose de découvrir un récit divertissant et entrainant à travers la quête de Hénar Log Korson. L’auteur joue ainsi au fil des pages avec le lecteur de façon efficace, dévoilant ses révélations au compte goutte pour mieux surprendre, aboutissant à une conclusion percutante, entrainante avec une pointe d’onirisme et de poésie. Alors certes son est loin de la densité de Lanmeur, l’auteur cherchant plus le fun, ce qui pourrait en surprendre certains, mais pour autant l’auteur ne tombe pas dans la facilité de l’action à tout va non plus. L’univers, sans s’avérer révolutionnaire, se révèle plus que solide et aurait d’ailleurs, selon moi, mérité plus de développement sur certains points tant il a du potentiel. Concernant les personnages, le héros nous happe assez facilement dans ses aventures, personnages bancal avec ses forces et ses faiblesses, qui devient rapidement attachant. Les deux autres personnages principaux qui gravitent autour de lui ne manquent pas non plus d’attrait, par contre les personnages secondaires m’ont parfois paru manquer de profondeur et d’intérêt. Alors certes parfois l’auteur en fait un peu trop enlevant certains effets de surprise, et parfois certains aspects paraissent un peu simpliste, mais l’ensemble se révèle efficace, bien porté par une plume qui se révèle un véritable plus étant captivante, efficace avec une légère pointe poétique.

 

Ma Note : 7,5/10

 

Autres avis : Lorhkan, joyeux-drille, …

Les Sentiers des Astres Tome 2, Shakti – Stefan Platteau

le sentier des astres 2 shaktiRésumé : Sept hommes, une femme et une enfant.
Ce sont les derniers compagnons qu’il reste au barde Fintan Calathynn pour mener à bien la quête du Roi-diseur, à travers une forêt boréale plus menaçante que jamais. Neuf survivants aux abois, retranchés dans la grotte des Teules, encerclés par l’ennemi. À l’heure où la gabarre livre ses derniers secrets, et où les arbres tremblent de la colère des géants, les fugitifs devront jouer cartes sur table et révéler les ombres issues de leur passé. À commencer par l’énigmatique Shakti…

Edition : Les Moutons Electriques

 

Mon Avis : Ah, ce livre je l’attendais avec impatience. Il faut dire que le premier tome de ce cycle, Manesh, m’avait offert un excellent moment de lecture offrant un récit dense, magnifique et foisonnant, avec des personnages captivants (ma chronique ici). Ensuite l’auteur a publié, toujours dans le même univers, une sympathique et agréable mise en bouche avec Le Dévoreur (ma chronique ), histoire de patienter, mais j’avais clairement hâte de voir ce que l’auteur allait nous proposer avec ce second tome. A noter de nouveau une très belle couverture, illustrée par Melchior Ascaride, ainsi que, comme toujours avec l’éditeur, un très bel objet.

On avait ainsi laissé nos héros en bien fâcheuse posture à la fin du tome précédent, encerclé et poursuivi par l’ennemi, les enfants de l’hermine et leurs géants, ils avaient dû quitter le fleuve pour se cacher dans une grotte de la forêt du Vyanthryr. Ils vont alors devoir trouver un plan pour s’enfuir. Je dois bien avouer qu’on replonge finalement facilement dans le récit, surtout que la première partie va se révéler furieusement entraînante. En effet, on va se retrouver véritablement happé par cette course poursuite entre nos héros et leurs ennemis, cette traque sanglante qui va offrir son lot d’action et de bataille épiques. Un démarrage énergique qui nous plonge aussi dans cette forêt mystérieuse et vient rapidement répondre au cliffangher de la fin du tome précédent concernant Manesh. Le danger est présent, la tension monte au fil des pages pour ainsi offrir une première partie percutante et vivante, avec pour point d’orgue le barde Fintan qui va se dévoiler pour aider les siens d’une façon vraiment surprenante et envoûtante. La seconde partie va se révéler plus calme, plus lente mais tout aussi prenante, reprenant la construction du tome précédent avec un personnage qui va conter sa vie, et son histoire : Shakti la courtisane.

On se retrouve ainsi de nouveau plongé dans ce qui apparaît comme un conte dans le conte, qui va ainsi offrir un dépaysement complet au lecteur. On se retrouve à quitter la forêt du Vyanthryr pour la forêt de l’enfance de Shakti, tout aussi luxuriante et mystérieuse, mais totalement différente dans sa beauté et dans sa représentation. On plonge dans un pays ou la forêt possède ses lois et ses traditions, ses guerres souterraines et mystiques et dont la courtisane en est une chamane. Elle en connaît ainsi les clés, les paroles de passage, d’hommages et d’apaisement. Ici, contrairement à Manesh ou notre héros était à la recherche de son identité et de la vérité sur son côté féérique, le récit de Shakti va tourner plus sur son enfance, la difficulté de l’adolescence, la faute, le rejet face aux traditions qui ont détruit sa famille, mais aussi face à l’amour aveugle. Un récit tout en nuance, où l’héroïne va devoir faire face à ses peurs, ses failles, ses forces et le tout conté par le regard adulte qu’est maintenant la Courtisane, avec ce ton de désillusion. Le passage ainsi d’une adolescente vers l’âge adulte qui ne se fera pas sans sacrifices, sans souffrances ni sans difficultés. L’auteur nous offre aussi quelques réflexions intéressantes sur le fond que ce soit sur la position de la femme, le respect des traditions anciennes ou encore de la famille.

L’univers que développe l’auteur autour de son récit se révèle toujours aussi fascinant et prenant. Il possède toujours cette beauté sauvage qui rend ce monde attirant, tout en conservant cette part sombre, angoissante, cette part mystérieuse, ce qui lui offre quelque chose de magique. On quitte par contre le fleuve pour en découvrir plus sur la forêt qui en devient alors la toile de fond du récit. Que ce soit Vyanthryr ou la forêt de la courtisane, chacune va ainsi se révéler plus qu’une simple forêt, que ce soit à travers la magie, êtres mystiques ou encore par son aspect, on va dire, « surnaturel », féérique. Chacune d’entre elle va ainsi s’imposer dans la lecture. On traverse ainsi des lieux à la fois luxuriants, mais qui cachent une zone d’ombre, une zone d’angoisse. L’auteur continue aussi au fil du récit à travailler sa mythologie que ce soit, dans un premier temps concernant les anciens, les solaires et tout ce qui tourne autour de notre héros, puis ensuite à travers le peuple de Teules qui va se révéler un peuple fascinant, original dont je ne dévoilerai rien pour éviter de spoiler et qui m’a offert de très belles surprises et ouvre pas mal de questionnements, et enfin dans cette nouvelle mythologie liée à la courtisane qui devrait prendre de l’ampleur dans le prochain tome et se rattacher, je pense, à l’intrigue principal. De nouveau on sent tout le soin qu’apporte l’auteur à travailler sur cet univers, où le moindre détail va se révéler avoir son importance et offrant ainsi quelque chose de dense, de complexe et d’envoutant qui donne envie d’y plonger à nouveau et d’en découvrir encore plus.

Le travail sur les personnages n’est pas non plus en reste, outre la courtisane dont j’ai déjà pas mal parler et qui captive, on retrouve avec plaisir les autres protagonistes qui continuent à se densifier au fil des pages. Certains sortent ainsi du lot, comme Fintan la barde qui va nous révéler pas mal de surprises, mais aussi d’autres héros comme Brun dont on va nous dévoiler une partie de son passé des plus divertissant, offrant une légère dose d’humour au milieu du récit épique. Dans tous les cas on découvre des personnages humains, denses, complexes et touchants, avec leurs envies, leurs quêtes, entre trahisons, solidarité, mensonges et passions ils vont facilement nous happer dans leurs aventures, leurs quêtes de survie. On est aussi loin des grands héros aux grandes destinées, plus des hommes lancés dans une mission dont ils n’imaginaient pas les tenants et les aboutissants, ce qui, je trouve, les rends encore plus attachants. Les personnages secondaires ne sont pas non plus en reste, comme principalement les Teules qui nous offrent une vision de société complètement différente.

Alors après je dois bien avouer un point m’a tout de même légèrement frustré, le fait de me sentir dans ce que j’appellerai un tome de transition, avec simplement une introduction à la vie de Shakti. J’avoue, je ne m’étais pas renseigné ni vraiment suivi la communication sur le cycle, je n’ai pas non plus tilté en remarquant que ce second tome faisait une centaine de page de moins que le premier, mais une fois la dernière page tournée et quelques recherches effectuées j’ai appris que la trilogie était devenue tétralogie. Ce second tome est ainsi coupé en deux ce qui crée ainsi, je trouve, un léger décalage au niveau du récit de vie de la courtisane qui parait légèrement séparé de l’intrigue principal. Attention, cela n’enlève en rien les qualités du récit, mais me laisse un sentiment de trop peu devant le cliffangher dévoilé et l’esquisse de vie de la courtisane qui va devoir plonger dans des villes qui vont, selon moi, la transformer. Dans tous les cas ce second tome se révèle réussi, toujours porté par une plume aussi soignée, dense, poétique et captivante, qui plonge facilement le lecteur dans cette histoire pleine d’aventures et de surprises. Je lirai la suite avec plaisir.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec le second tome de ce cycle qui offre une première partie captivante, suite direct de la fin du premier tome avec cette traque. Une course poursuite entraînante, prenante, pleine de tension qui happe rapidement le lecteur pour connaître un point d’orgue vraiment surprenant et envoutant avec le barde Fintan. La seconde partie va se révéler plus calme avec Shakti qui va conter sa vie, se révélant tout aussi fascinante, nous dévoilant de nouvelles contrées dépaysantes et nous montre une héroïne adolescente qui va découvrir que tout n’es pas blanc ou noir et va difficilement entrer dans l’âge adulte. L’auteur n’hésite pas non plus a offrir quelques réflexions sur l’amour, la famille ou encore la position de la femme. L’univers construit se révèle toujours aussi fascinant et magique, avec cette fois comme image de fond la forêt qui va se révéler bien plus qu’un décor à la fois accueillante et sombre. Les personnages, outre la courtisane, se révèlent toujours aussi soignés, complexes et attachants, offrant au fil des pages des héros humains, face à leurs envies et leurs doutes. Mon seul regret et que finalement le découpage de la trilogie en tétralogie fait que ce tome m’a paru un peu de transition, n’offrant finalement que l’introduction de la vie de la courtisane. Cela n’enlève rien à la qualité du texte, mais m’a paru légèrement frustré. L’ensemble est toujours porté par une plume travaillée, dense, poétique et captivante et je lirai la suite sans soucis et avec grand plaisir.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : joyeux drille, …