L’Âge des Ténèbres Tome 1, Mage de Guerre – Stephen Aryan

mage de guerreRésumé : La guerre est entre leurs mains…
Balfruss est un Mage de Guerre, qui a juré de se battre jusqu’à la mort pour Seveldrom, un royaume qui redoute pourtant ceux de sa race.
Vargus est un simple soldat qui, lorsque les mages exercent leurs pouvoirs depuis les remparts de sa ville, se bat en première ligne sans craindre de souiller sa lame.
Réunis par le souverain de Seveldrom, ils devront repousser les hordes sauvages du Roi Fou et affronter le terrifiant Nécromancien, le plus féroce des alliés de l’ennemi…

Edition : Bragelonne

 

Mon Avis : Mage de Guerre est le premier « coup de coeur » affiché des éditions Bragelonne de l’année 2016. Il est ainsi clairement présenté comme un roman de Fantasy épique, bourré d’action et dans la veine de Gemmell. Stephen Aryan est d’ailleurs un grand fan de l’auteur de Légende. Je me suis donc assez facilement laissé tenter histoire de voir ce qu’allait bien proposé l’auteur et j’avoue j’avais aussi envie d’une littérature un peu pop-corn avant ma prochaine. A noter aussi la couverture, illustrée par Fred Augis, qui je trouve colle directement dans l’ambiance et se révèle attirante.

On plonge ici dans un monde en pleine guerre, en effet le roi fou Taïkon a réussi à unifier l’Ouest, que ce soit par la force, par convoitise ou par mensonge et décide de se retourner contre Seveldrom.  Le Roi Matthias n’a pas d’autres choix que de lever une armée et de se battre et il aura besoin des meilleurs hommes car dans l’armée de Taïkon se trouve celui comme annoncé le plus puissant guerrier-mage : Le Nécromancien. Au final, alors, que vaut ce livre? Franchement je n’ai pas détesté ma lecture, on sent bien l’héritage de Gemmell dans ce que nous propose l’auteur avec parfois l’impression que « l’élève rejoint le maître » (mêmesi je n’aime pas cette expression). Certes parfois un peu trop, principalement dans le premier quart qui a un peu trop un air de déjà-vu, mais il arrive clairement à nous offrir une histoire qui se révèle explosive, bourrée d’action, de rebondissements et d’envie. On ne peut ainsi pas nier que le rythme est tendu, percutant et on se retrouve à tourner les pages avec un minimum d’envie d’en apprendre plus et de divertissement. Sauf que voilà plusieurs points ont fait que même si je n’ai pas détesté ce roman, il n’a pas non plus réussi à me convaincre de me donner envie de lire la suite. Mais j’y reviendrai plus tard.

L’univers, sans non plus vraiment se révéler des plus denses qui soit, se révèle assez solide et intéressant pour ne pas non plus dérouter le lecteur ou se révéler carton pâte. On se retrouve ainsi plonger dans un monde très typé médiéval, avec une multitude de peuples et de races. L’ensemble est assez bien mis en place et défini et offre ainsi une diversité que j’ai trouvé rafraîchissante. Le contexte politique de départ est simple, mais remplit pleinement son rôle : un roi fou qui en dénigre un autre et lance une guerre. Là ou je suis clairement resté sur ma faim vient de la façon dont cela évolue. En l’état la position de Taïkon manque clairement de remise en question, à quelques exceptions près, lui qui va faire des exactions assez illogiques et surtout dans une coalition si récente qui aurait, je pense, dû imploser plus tôt. Rien de véritablement bloquant mais que je considère frustrant. Concernant la religion, l’ensemble ne manque pas d’attrait avec plusieurs cultes qui donnent envie d’en apprendre plus, surtout avec une petite surprise concernant les dieux qui ne manquent pas d’intriguer, même si là j’ai trouvé certains passages un peu « inutiles » (Par exemple cette réunion tupperware qui ne sert à rien).

Mais le vif du sujet c’est la magie, et plus précisément les guerriers-mages. Clairement il y a un gros potentiel là-dessous, principalement c’est vrai par des scènes de batailles magiques très visuelles, captivantes et qui offrent quelques frissons, mais aussi par une idée de la magie complexe, qui repose autant sur les capacités de chacun que sur la puissance du groupe et reposant sur un équilibre instable. Paul Beorn avait proposé aussi dans son dernier roman une idée de la magie de groupe, mais là Stephen Aryan propose quelque-chose de différent et d’efficace. Sauf que voilà j’ai trouvé quelques points étaient mal gérés, je pense principalement liés à la puissance du Nécromancien et de la magie qu’il peut pratiquer, qui pourrait faire basculer la guerre tellement vite et dont pourtant il se sert de façon très mauvaise, voir catastrophique. Ou le combat final qui est tellement explosif qu’il en devient un peu « c’est quoi ce bordel » style DBZ. C’est dommage.

Concernant les personnages, là on est un peu sur le point qui m’a en partie dérangé du récit. L’auteur tente de nous offrir un roman « choral », proposant ainsi de nombreuses voix différentes permettant ainsi d’offrir un large panel de vision sur cette guerre. On se retrouve ainsi à suivre Vargus vétéran de l’armée qui se réengage en tant que simple soldat mais on dont on va découvrir qu’il cache quelques secrets, Balfruss célèbre Mage de Guerre revenu pour aider son pays, Talandra la princesse qui dirige le réseau d’espionnage, Nirrok l’aide de Taïkon le roi fou et Gunder marchand qui est en fait un espion de la Princesse.

J’ai bien aimé suivre Vargus et Talandra qui offrent des personnages efficaces et un minimum complexes, entre devoirs, secrets et choix, ce qui fait que j’ai suivi leurs aventures avec plaisir. La princesse se révèle d’ailleurs très intéressante dans son évolution et les choix qu’elle doit faire.  Balfruss n’est pas inintéressant non plus loin de là dans son rôle de guerrier mage puissant, mais il manque trop de finesse pour complètement me captiver. L’auteur essaye bien d’offrir une lecture de lui plus ambigüe avec ces rencontres face au Nécromancien, leurs discussions philosophiques et les choix qu’il doit faire, mais cela ne prend jamais franchement tant il parait trop droit pour que ce soit crédible. C’est dommage, car il y a du potentiel. Ensuite viens Nirrok qui est là surtout pour nous présenter Taïkon et j’avoue je n’ai pas accroché, j’ai trouvé ces passages vides. Ce n’est pas tant la folie du roi, qui est largement plausible, que la caricature que j’ai eu l’impression de lire. Enfin Gunder, il est là, je pense, pour montrer l’autre facette de la guerre, l’espionnage, la manipulation, le soucis c’est que je n’ai jamais accroché à cette partie ni au héros. En soit elle n’est pas mal écrite ou incohérente, mais son côté linéaire, sans surprise et un peu facile ajouté à Gunder qui m’a paru trop manqué de profondeur ont fait que si elles étaient retirées du récit  cela ne m’aurait en rien perturbé. Concernant les personnages secondaire, on va dire qu’ils remplissent leurs rôles, même si parfois ils sont un peu trop convenus.

Finalement le principal reproche que je pourrai faire à ce roman c’est qu’il m’a paru trop long, alternant des scènes qui m’ont bien plus, voir parfois emporté avec des scènes que j’ai clairement lu en diagonales espérant les passer rapidement et qui auraient pu être allégées voir sabrés. Ajouter à cela quelques longueurs, des simplicité surprenantes (par exemple sans l’arrivée de Vargus l’armée n’avait aucune notion de lien, c’était une bande pions qui se battaient sans se soucier de leurs camarades), un aspect manichéen un peu facile et parfois un peu trop présent ou bien encore une ambiance qui est certes sombre, violent et sanglant, mais qui m’a paru trop vouloir en faire dans le visuel sans chercher plus loin. La plume de l’auteur se révèle ainsi simple, efficace et entrainant, on sent parfois le premier roman devant des passages mal construits ou des expressions trop familières, mais cela n’empêche pas de plonger assez facilement le lecteur dans son récit. Au final ce Mage de Guerre n’est pas un mauvais roman, il se lit avec un minimum de plaisir et surtout peut être considéré comme un one-shot, ce qui fait que je ne pense pas lire la suite, car même si s’avère assez sympathique il m’a manqué un petit quelque-chose et vu que ma PAL explose je fais des choix.

En Résumé : Au final Mage de Guerre n’est pas une mauvaise lecture se révélant plutôt sympathique, proposant un récit très Gemmelien se révélant haletant, efficace et entraînant. L’intrigue peut paraître convenue mais on se retrouve à tourner les pages avec un minimum de plaisir grâce à un rythme haletant et efficace. L’univers mis en place par l’auteur se révèle solide offrant des aspects politiques, théologiques intéressants, même si parfois un peu simpliste) et surtout une magie intéressante et qui offre des combats très visuels et offrant quelques frissons. Concernant les personnages autant certains m’ont donné envie d’en apprendre plus sur eux, autant d’autres m’ont laissé froid du début à la fin. Les personnages secondaires remplissent bien leurs rôles, même si parfois ils sont un peu convenus. En fait au final mon principal regret concernant ce livre c’est qu’il est, pour moi, trop long. Je regrette aussi quelques longueurs, des simplicité, un aspect parfois légèrement trop manichéen ou bien encore une ambiance sanglante qui joue un peu trop sur le visuel en oubliant le reste, mais de ce côté là rien de non plus trop dérangeant. La plume de l’auteur se révèle fluide et prenante, nous plongeant finalement assez facilement dans le récit, mais voilà il manque à ce récit un petit quelque-chose qui fait que finalement, vu qu’il peut être considéré comme un one-shot, je ne lirai pas la suite. Maintenant si vous cherchez une lecture divertissante, sans prise de tête laissez-vous tenter.

Ma Note : 6,5/10

Autres avis : L’Ours inculte, Apophis, Chess, Herbefol, Sia, …

L’Etrangère – Gardner Dozois

l'etrangereRésumé : La première fois que Joseph Farber vit Liraun Jé Genawen, il la trouva pleine de mystères. C’était durant l’Alàntene, « la Pâque du solstice d’hiver, l’Ouverture-des- Portes-de-Dûn » sur la planète Lisle. Pour l’extraterrestre, Farber bravera tous les interdits et tabous, jusqu’à se faire modifier génétiquement pour pouvoir s’unir à elle. Et pourtant, comme toutes les plus grandes histoires d’amour, leur idylle connaîtra une fin tragique…

Edition : ActuSF

 

Mon Avis : L’auteur, Gardner Dozois, je le connais plus comme anthologiste, dont je suis d’ailleurs en pleine lecture en VO de Dangerous Woman qu’il a dirigé avec son compère Georges R.R. Martin. Par contre en tant qu’auteur j’avoue ne quasiment rien avoir lu de lui. Il fallait donc remédier a cela avec ce court roman, considéré comme un classique de la science-fiction, dont j’ai souvent entendu parler régulièrement en bien. Concernant la couverture, illustrée par Jamy Van Zyl, je la trouve sobre et réussie.

Ce roman nous plonge ainsi dans un avenir où l’humanité, grâce à l’intervention d’une race extraterrestre, s’est vu offrir la possibilité de voyager dans l’espace. Sauf que voilà, elle va très vitre se rendre compte qu’elle n’est pas toujours appréciée des autres races aliens. Joseph Farber est un artiste un peu désabusé par la vie est envoyé sur Lisle et va faire une rencontre qui va le pousser plus loin qu’il n’a jamais été, l’amenant même à faire des « sacrifices » assez surprenants, mais tout cela aura des conséquences des plus surprenantes. Je me suis laissé assez facilement porté par ce roman, qui nous propose un récit que j’ai trouvé envoûtant et intelligent. L’ensemble repose ainsi sur un rythme lent, prenant, offrant une ambiance qui possède une certaine étrangeté, une certaine fascination dans les réflexions mais aussi dans ce que l’auteur développe tout autour. On se retrouve ainsi à tourner les pages avec plaisir et envie d’en apprendre plus, que ce soit sur les Cians, mais aussi sur les nombreuses conséquences que va apporter la relation de Farber avec Liraun. Ne vous attendez donc pas à quelque chose de nerveux ou de frénétique ce n’est sûrement pas le but de l’auteur. On est plus dans un roman découverte, posé, qui décrypte autant une civilisation inconnue que les conséquences de ses liens avec l’Homme. Il m’est par contre difficile de parler de l’intérêt du récit sans trop en dévoiler dans l’intrigue.

Ainsi le gros point fort, je trouve, du récit vient clairement de la présentation de toute cette population extra-terrestre, leurs propre coutumes, leur culture, leurs évolutions, leurs différences par rapport aux humains, leurs propres aspects politiques et jeux de pouvoirs. Il y a un vrai intérêt à découvrir tout cela, permettant à l’auteur de laisser court à son imagination tout en restant cohérent dans ce qu’il construit et met en avant. Surtout qu’il pousse les choses assez loin, proposant même un travail scientifique sur eux. On a ainsi l’impression d’être l’étranger du titre, plongé dans une région, un pays, une planète qu’on ne connait pas et qu’on découvre à travers les yeux du héros proposant ainsi quelque-chose d’étrange, de déroutant et pourtant fascinant tout en dévoilant une certaine beauté. On est aussi captivé par les relations qui se nouent entre les hommes et les Cians, à la fois arrogante par l’humanité qui ne cherche que le commerce et guindée du côté des alien qui considère la terre comme une sous-planète, moins avancée, obligée de se faire aider pour évoluer, ce qui n’est pas sans rappeler, je trouve, certains épisodes colonialistes et la façon dont on a pu traiter certaines régions, certains pays. On se met aussi à réfléchir sur les poids des traditions qui parfois bloquent une société. Au final un univers dense, complexe, qui ne peut se résumer en quelques mots mais qui donne envie d’en apprendre plus.

Autres points très intéressant dans le récit ce sont les idées qui sont soulevées au fil des pages et qui restent terriblement d’actualité. Que ce soit sur la notion d’amour, ce qui l’amène, le pousse à grandir que ce soit d’un point de vue chimique, émotionnel comme aussi par exemple d’un point de vue égoïste tant notre héros fait parfois ses choix plus en réponse aux réactions qu’il occasionne. Et pourtant cette relation dégage une véritable force. Un roman qui traite aussi finalement de la relation entre deux « personne » pas obligatoirement « compatibles » initialement selon telle ou telle idée, ce qui n’est pas sans rappeler certains évènement de notre société il n’y a pas si longtemps que cela, avec toutes les interférences qui savent toujours mieux que les concernés ce qui est bien pour eux. Enfin le dernier point qui me parait important soulevé par l’auteur vient de l’incompréhension. L’Etranger aux regards des autres, qu’on le devienne par nos actes ou qu’on le soit déjà initialement. Incompréhension à tous les niveaux, que ce soit entre nos deux héros malgré leur amour, mais aussi celle des Hommes ou des Cians face aux choix qu’ils ont faits. Comme si nos choix personnel ne reposait pas sur nous, mais devait répondre à certaines normes, certains codes. On se pose ainsi de nombreuses questions au fil des pages, mais surtout sans se sentir brusqué ou forcé, l’auteur nous présentant les choses de façon à ce que chacun développe ses propres réponses.

Les personnages développés par l’auteur ne manquent pas non plus d’attraits, que ce soit Jospeh ou bien Liraun à travers son regard, chacun d’entre eux se révèle complexe, dense et travaillé. Mais c’est surtout selon moi, même si ça reste personnel, sur l’aspect émotionnel que j’ai vraiment été porté par ces héros. Que ce soit dans leur moment de bonheur, comme dans leurs incompréhensions et leurs disputes, l’auteur arrive vraiment à faire ressortir quelque-chose qui ne laisse pas indifférent. C’est d’ailleurs leur relations, cette intensité qui s’en dégage et qui je trouve permet au message d’encore mieux passer auprès du lecteur. Après les personnages ne sont que là pour faire avancer l’intrigue et les réflexions, mais cela ne dérange nullement tant c’est assez bien amené. L’ensemble est aussi porté par une plume qui possède un côté poétique, et qui s’avère efficace, sensible et entraînante, nous plongeant assez facilement dans le récit.

Alors après j’avoue quelques points m’ont tout de même légèrement dérangé dans ma lecture, je pense principalement à un retournement de situation, vers le milieu du roman, qui m’a paru manqué de crédibilité et aussi de consistance scientifique réaliste à mon goût. Ensuite j’ai trouvé que certains passages traînaient peut-être un peu en longueur, principalement après le mariage du héros, mais là rien de bien méchant tant la suite corrige cela. Enfin le dernier point vient peut-être de la conclusion, assez devinable en amont, même si cela ne lui enlève pas son côté surprenant et assez percutant. Au final pas non plus de quoi gâcher ce récit qui m’a offert un très bon moment de lecture et dont je suis content de la découverte.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman qui nous offre une histoire portée par un rythme lent, envoûtant qui happe rapidement le lecteur et l’amène à réfléchir. La relation entre notre héros et Liraun, d’une race extra-terrestre, ainsi que les nombreuses questions que cela soulève que ce soit dans l’incompréhension, l’amour, le regard des autres ou encore les conséquences se révèlent franchement intéressants et pousse le lecteur à la réflexion, sans jamais se sentir forcé, trouvant ses propres réponses. L’univers mis en place au fil des pages est, selon moi, l’un des gros points forts du roman dans la découverte de ce monde complètement différent, de ces Cians avec leurs idées, leurs cultures, leur politique, leurs évolutions, leurs coutumes. Il y a un vrai travail d’imagination complexe et soigné qui se révèle cohérent et captivant, donnant envie d’en apprendre plus. Concernant les personnages ils s’avèrent soignés, denses et vraiment prenants, principalement dans leur relations que ce soit par la force de celles-ci comme de ses incompréhensions. Les personnages secondaires malgré leur manque de densité font avancer l’histoire de façon efficace. Je regretterai juste un retournement de situation qui m’a paru manqué de crédibilité, certains passages qui trainaient légèrement en longueur et une conclusion facilement devinable, même si cela ne lui enlève pas son côté surprenant. La plume de l’auteur s’avère poétique, efficace et entraînante. Une très bon moment de lecture que je suis content d’avoir découvert.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : Lune, Stelphique, …

Les Loups Chantants – Aurélie Wellenstein

les loups chantantsRésumé : Yuri appartient à un clan d’éleveurs de rennes. Il vit dans un village entouré par un perpétuel blizzard. Il y a un an, son amour, Asya, a disparu dans la tempête, attirée par les hurlements hypnotiques des loups chantants. Bien que tout le monde la croie morte, le garçon espère qu’elle soit toujours en vie, quelque part, de l’autre côté du blizzard.
Un jour, la sœur de Yuri, Kira, contracte un mal étrange ; son corps se couvre de glace. Pour le chaman du clan, la jeune fille est maudite par le dieu de l’hiver ; elle est bannie, et condamnée à s’enfoncer seule dans le blizzard. Mais une amie, Anastasia, rejette farouchement ce verdict surnaturel. Selon elle, il s’agit d’une maladie soignable à la capitale, par la chirurgie.
Déterminés à tout tenter pour sauver Kira, Yuri et Anastasia prennent leurs traîneaux à chiens pour emmener la jeune malade à la capitale. Mais aussitôt partis à travers le blizzard, les loups les prennent en chasse.

Edition : Scrinéo

 

Mon Avis : Il y a un peu plus d’un an, j’ai découvert l’auteur avec son roman Le Roi des Fauves qui m’avait offert un très bon moment de lecture avec une intrigue percutante, sauvage et captivante, bien portée par des personnages franchement intéressants (ma chronique ici). C’est donc sans surprise que je me suis laissé tenter par le nouveau roman publié de l’auteur. Puis bon, la couverture, illustrée par Aurélien Police et que je trouve magnifique, a quand même le don d’attirer le regard et de donner envie d’en apprendre plus.

On se retrouve ainsi ici plongé dans une région du Grand Nord ou trois amis vont se lancer dans une quête pour sauver Kira qui est malade et rejetée par le village. Pour réussir ils devront braver le blizzard qui entoure leur village chaque hiver, les loups chantants et de nombreux autres périples. Une fois la dernière page tournée je dois bien avouer que j’ai passé un bon moment de lecture avec ce livre, même si j’avoue je l’ai trouvé un léger ton en dessous que Le Roi des Fauves. L’auteur utilise un peu la même trame que le tome précédent, avec ces trois amis qui doivent d’une certaine façon fuir, certes pour des raisons totalement différentes. C’est un peu surprenant, peur de la répétition, mais finalement l’auteur s’en sort plutôt bien. Certes on reste dans une fuite en avant, mais pour moi Aurélie Wellenstein maîtrise assez bien son récit proposant une intrigue efficace et entraînante avec son lot de rebondissements et de surprises qui font qu’on ne s’ennuie jamais vraiment tout en offrant des réflexions différentes. Le rythme s’avère haletant et palpitant, proposant à nos héros de nombreuses péripéties tout en offrant aussi des scènes plus intimistes. On tourne ainsi les pages avec un minimum de plaisir et d’envie d’en apprendre plus.

Concernant l’univers, je dois bien avouer que c’est l’un des points intéressants du roman, mais aussi un des aspects qui m’a aussi en partie frustré. On y retrouve clairement l’amour de l’auteur pour les régions nordiques, froides, glaciales, ce qui se ressent pleinement dans l’ambiance à la fois oppressante, glaçante, angoissante et qui pourtant dévoile des lieux magiques et magnifiques. Une région sauvage, indomptable, fatale si on ne la connaît pas. Elle patine le tout d’une dose de sombre qui colle parfaitement à l’ambiance. Autre point intéressant, il concerne la passion de l’auteur pour les animaux, ici pour les chiens et les loups. Elle arrive vraiment à faire partager cet amour pour les animaux, tout en montrant d’une certaine façon, parfois sanglante, leur cruauté et leur violence. Là où je me suis senti légèrement frustré c’est avec l’aspect fantastique. Au début il sert plutôt bien le récit que ce soit dans les chamans, la magie le blizzard ou bien encore les loups qui ne manquent pas d’intrigue et de captiver. Mais après l’auteur lui fait prendre une plus grande importance, comme dans le village ou dans l’ancienne capitale, sauf que l’ensemble m’a paru traité beaucoup trop superficiellement sur certains points. J’aurai aimé peut-être un peu plus d’explications, même si rien de non plus trop bloquant au final.

Les personnages sont, selon moi, l’un des points forts du récit. L’auteur arrive vraiment à nous proposer des héros intrigants, complexes, efficaces et attachants qui vont devoir évoluer au fil des aventures, devoir avancer et grandir. Entre Yuri qui a perdu la femme qui l’aime, qui a du mal à s’en remettre et qui doit faire face pour sa sœur. Kira la sœur de Yuri qui est trahie par tout ce qu’elle connaissait et qui se retrouve malade. Anastasia qui va se lancer dans une quête qui la dépasse par l’attache avec ses amis voir plus. C’est surtout dans les liens qui les unissent qu’on se laisse facilement happer, entre tension, amitié, et frustrations leurs liens vont se détendre et se resserrer au fil de ce qu’ils vont vivre. Mais c’est aussi dans les messages sous-jacent que, je trouve, l’auteur arrive à toucher le lecteur. Que ce soit dans ce voyage initiatique qui va faire changer chacun d’entre eux, l’amitié et l’amour, la mort et la solitude ou bien encore sur le deuil, la souffrance, l’abandon et la façon de chacun d’avancer. Je trouve que dans la majorité le message passait de façon juste, même si parfois, c’est vrai, peut-être un peu simpliste. Les personnages secondaires eux subissent peut-être un peu le côté court du roman qui fait qu’ils sont plus là pour faire avancer l’intrigue que des protagonistes complexes.

Après je regretterai peut-être le côté parfois un peu simpliste de certaines résolutions d’intrigue qui se révèlent parfois aussi répétitives. Ensuite j’ai eu le sentiment que certains rebondissements étaient traités trop rapidement ce qui est parfois frustrant, je pense principalement à la scène du village vers la fin. Cela ne m’a pas empêché de passer un bon moment avec ce roman qui aboutit à une conclusion que j’ai trouvé efficace et surprenante. La plume de l’auteur est efficace, entraînante et nous plonge assez facilement dans cette ambiance glaciale, d’immensité dans les paysages et de tension. Un roman certes que j’ai trouvé un peu moins bon que Le Roi des Fauves, mais qui reste efficace et plus que divertissant. Je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

En Résumé : J’ai passé un bon moment de lecture avec ce roman qui, certes, m’a paru un léger ton en dessous que Le Roi des Fauves, mais qui ne manque pas d’intérêt. L’intrigue peut paraître redondante dans sa construction avec ses trois héros qui doivent fuir, mais finalement l’auteur s’en sort bien avec un récit maîtrisé, efficace et offrant de nombreux rebondissements et retournements de situations. L’univers est à la fois intéressant par l’ambiance glaciale qu’il propose ainsi que par la passion de l’auteur pour les animaux, ce qui fait qu’ils en deviennent un peu personnage du récit. Mais voilà j’ai été un peu frustré par l’aspect fantastique qui démarrait bien, mais devient parfois traité de façon trop superficiel par la suite. Les personnages sont l’un des gros points forts du récit, se révélant efficace et attachants tout en soulevant des réflexions qui ne manquent pas d’être touchantes et efficaces. Je regretterai par contre parfois le traitement un peu répétitifs des certains rebondissements, ou bien encore certains aspects traités de façon un peu trop simpliste, mais au final cela n’empêche pas ce récit d’offrir un bon moment de lecture. La plume de l’auteur est entraînante, simple et plonge facilement dans l’ambiance froide et blanche de ces contrées du Nord. Je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 7,5/10

Arslan – M.J. Engh

arslanRésumé : Ancien président du Turkestan, général moitié ouïghour moitié ouzbek, Arslan a conquis le monde. Pour une raison obscure, c’est dans l’insignifiante petite ville américaine de Kraftsville, Illinois, qu’il a décidé de fêter sa victoire finale.
Dès lors, le plus important n’est pas tant qu’Arslan ait conquis le monde, mais ce qu’il va faire avec. Une perspective effrayante… quand on voit les nouvelles règles qu’il impose aux habitants de Kraftsville.

Edition : Denoël Lunes d’Encre (paru le 09/06/2016)
Traducteur : Jacques Collin

 

Mon Avis : J’avoue, ce roman m’intrigue depuis la première fois que j’en ai entendu parler quand les éditions Denoël ont annoncé il y a quelques mois sa publication pour la première fois en France. J’avais aussi déjà vu passer ce roman dans des listes de classiques de la SF sur des sites anglais, mais sans jamais franchement me pencher dessus. Par conséquent quand on m’a proposé de découvrir ce roman, j’avoue m’être rapidement laissé tenter. A noter la couverture, illustrée par Aurélien Police, que je trouve très réussie.

Arslan est un général du Turkestan et il a conquis le monde entier. Kraftsville, petite bourgade perdue des Etats-Unis a du mal à y comprendre ce qui arrive, mais surtout pensait rester loin de ce conflit. Sauf que voilà, Arslan a décidé de faire de cette ville son pied-à-terre et va par la même occasion amener sont lot de règles et d’horreur. Je dis souvent qu’il m’est difficile d’offrir mon ressenti sur un livre, et c’est vrai pour tous les romans que j’ai lu, tant cela repose sur de nombreux aspects et reste subjectif. Arslan fait ainsi parti des plus compliqués à chroniquer que j’ai croisé, tant il m’a paru intéressant sur de nombreux points et sur de nombreuses réflexions, mais tant il a aussi réussi à me dérouter et, il faut le dire, m’a paru dérangeant voir « repoussant » (pas trouver le mot exact que je cherchais). Je pense d’ailleurs que beaucoup de lecteur n’accrocheront pas au récit justement à cause de ça. Après c’est peut-être aussi ce côté choc et sans concession qui peut en faire sa force, mais je ne m’avancerai pas sur ce point.

Déjà, on va commencer par un point qui, je trouve, mérite d’être clarifié. Si vous vous vous lancez dans ce roman pour la partie conquête du monde, alors passer votre chemin. Là n’est pas clairement le propos premier du récit, l’auteur se servant de ce point pour développer ses idées et tenter de faire réagir le lecteur. Pire, les quelques explications que l’auteur tente sur le sujet paraissent irréaliste, ce qui en devient même légèrement frustrant durant la lecture. Même si on se remet dans le contexte de l’époque de sa publication en VO, où on est en pleine guerre froide, avec la pression du nucléaire et de ses bombes et surtout une défaite de l’armée US au Vietnam, ce qui fragilise l’Amérique qui perd de sa superbe ; le fait que Arslan se retrouve maitre du monde reste trop simpliste et trop facile. C’est dommage, j’aurai préféré que le récit garde le mystère plutôt que d’offrir des réponses qui paraissent souvent improbables d’un point de vue géopolitique voir pratique. Après comme je l’ai dit ce n’est pas là l’intérêt du récit puisque la question soulevée est surtout : qu’est ce qui se passe après et les horreurs que cela laisse, mais je comprends parfaitement que cela puisse bloquer.

Maintenant rentrons dans le vif du sujet, je vais essayer de faire au mieux pour vous expliquer mon ressenti. L’histoire va ainsi se dérouler sur une double narration, la première de Franklin Bond directeur de l’école locale qui va travailler pour le « dictateur » tout en se rebellant et tenter de libérer la ville, et la seconde Hunt Morgan jeune enfant qui est abusé par Arslan qui en fait son jouet, tout en tentant de l’éduquer. Ce que je peux déjà vous dire c’est que si vous lisez les deux premiers chapitres, vous verrez clairement dans quoi vous entrez. Le premier pose clairement cette ambiance dérangeante, avec la découverte d’Arslan, tyran et violeur que ce soit dans le sens littéral comme mettant à ses pieds le pays le plus puissant du monde. L’auteur évite par contre de tomber dans le trop glauque ou le trop visuel, mais on est tout de même dérangé par ce personnage par son idéologie et ce qu’il fait subir. Le second chapitre on découvre quel est le but de tout cela, et on se rend compte que ce roman a pour but, je pense, de déranger pour mieux questionner que ce soit sur notre société, notre vision du monde comme dans aussi notre façon de voir et de gérer les autres pays. Qu’on apprécie ou pas ce roman, je pense qu’il ne laissera pas indifférent et surtout qu’il reste terriblement d’actualité.

L’auteur en effet nous propose ainsi de se poser de nombreuses questions. Je pense que le premier point recherché par est de montrer la guerre dans son horreur parfois la plus pure. En effet on est un peu privilégié, que ce soit les US, l’Europe et d’autres pays encore, la guerre on la voit surtout dans les médias, elle ne nous touche pas vraiment, et reste éphémère. D’une certaine façon je dirai que ce récit nous en montre les conséquences, les privations, les contraintes, les violences à la fois physiques et psychologiques et tente de montrer que nous aussi nous ne sommes pas à l’abri. Alors ça reste un peu au second plan, mais je ne sais pas, j’ai été marqué par cette idée. Une sorte de dénonciation, de tentative pour bousculer le lecteur. L’autre point que soulève Arslan est plus philosophique, considérant l’homme comme un prédateur sans barrières, une évolution qui a mal tournée et a rendu celui-ci beaucoup trop dominant et exterminateur que ce soit dans ses actes, dans sa consommation à outrance des ressources, comme dans sa surpopulation. Arslan considère ainsi un peu l’Homme comme un nuisible qu’il faut éliminer. Tort ou raison là n’est pas le but recherché, mais plus les questions qu’on se pose devant cette idée. D’un point de vue des actes du roman, de nouveau l’auteur tombe un peu dans la facilité, les plan d’Arslan manquant quand même de profondeur, même si là par contre ça ne dérange pas, puisqu’il porte bien le message souhaité je trouve. Autre point intéressant, même si j’ai trouvé peu développé ici, c’est la façon dont les autres réagissent à cette intrusion, aux ignominies subies que ce soit par fronde, par soumission, par acceptation ou par lâcheté.

A partir de là on va ainsi découvrir trois personnages, deux comme narrateur, comme je l’ai dit, et Arslan à travers leurs yeux. Bond est ainsi l’américain pure souche, le héros religieux qui ne se laisse pas marcher sur les pieds, mais qui sait reconnaître ses limites et va tenter de s’en servir pour lancer une rébellion, être le coeur de ce qui va faire tomber cette invasion. Arslan, lui, porte le rôle de l’envahisseur, je ne reviendrai pas sur ses idées je les ai déjà développées, mais il est le monstre, le machiste, le violent et pourtant plus on avance plus on se rend compte qu’il est humain avec les nuances que cela offre. C’est d’ailleurs cette dualité qui se révèle aussi dérangeante, il n’est ni une bête, ni un démon, mais un homme qui a une vision du monde et une idéologie complètement différente. un homme qui a aussi connu la perte et la souffrance. Certes on le hait pour ce qu’il fait, mais il a ses raisons, qu’on les comprenne ou pas. Ensuite vient Hunt, l’adolescent construit en partie sur les bases de son éducation et en partie de la souffrance qu’à occasionne Arslan en faisant de lui son objet. Il se sent trahi des deux côtés, et il a raison, et doit se construire une personnalité. On découvre un héros désabusé autant du monstre que de sa famille et de ses amis. Un enfant qui a tout perdu, au point de plonger dans un syndrome de Stockholm, mélange d’amour et de haine pour son bourreau. Un personnage que j’ai trouvé perturbant, mais pourtant dans un certain sens captivant. Ce sont ainsi trois personnalités complètement différentes qu’on découvre, qui ne manquent pas d’intriguer et d’accrocher.

Sauf que voilà, on rentre aussi dans ce qui est un des points faibles que je trouve marquant du roman, la position de la femme. Il manque un personnage féminin qui ressorte car, ici, elles se révèlent être soit des objets de plaisirs ou d’abus, soit des mères et des cuisinières. C’est frustrant. Alors certes, il s’agit d’un roman des années 70, mais quand même je trouve cela clairement dommage. Ensuite autre point qui m’a légèrement dérangé, le fait de ressentir certaines longueurs vers le milieu du livre, comme si l’auteur avait du mal à se renouveler, mais bon là rien de non plus trop perturbant. Enfin dernier point qui peut bloquer, la façon dont l’auteur gère Arslan dans la dernière partie du roman, je ne vous dis rien pour ne pas spoiler, mais qui franchement a de quoi freiner certains. A chacun de voir. Le style de l’auteur se révèle simple, intelligente et efficace. Au final Arslan est un roman intelligent, dérangeant, perturbant, fort et qui devrait ne pas laisser indifférent dans ce qu’il décrit comme dans ce qu’il traite. Encore maintenant je ne sais pas si j’ai aimé ce roman, ou s’il m’a dérangé. C’est d’ailleurs pour cela que je ne lui mettrai pas de note. A vous de voir maintenant en fonction de ce que je viens de dire.

En Résumé : Arlsan est u roman assez étranger, qui m’a à la fois captivé par les idées qu’il soulève et qu’il développe, mais qui m’a aussi paru dérangeant et perturbant au point de me bloqué sur certains aspects. Déjà l’idée d’Arslan qui domine le monde manque de réalisme, certes ce n’est pas l’intérêt premier du livre, cherchant plus à faire réfléchir sur les conséquences, mais c’est parfois tellement frustrant. Concernant les réflexions ce roman n’en manque pas que ce soit sur la guerre, sur notre société ou bien encore sur l’Homme et sa capacité à détruire, il pousse le lecteur à se questionner, à réfléchir, même si certains aspects sont peut être un chouïa simpliste. On suit au fil des pages deux narretrus, Bond et Hunt, qui nous permettent, à travers leur regard de découvrir Arslan. On découvre ainsi trois personnalités complètement différentes, chacun ayant leurs idéologies et leurs philosophies qui nous montre aussi un Arslan humain. Certes on le hait d’une certaine façon, mais il a des raison, il n’est pas un démon qui rêve de détruire le monde simplement parce-que c’est fun. Je regretterai par contre aussi certaines longueurs, mais surtout le fait que la position de la femme soit si mal représentée. Un autre point peut surprendre et bloquer, le choix que prend l’auteur vis-à-vis d’Arslan dans le dernier quart, mais je n’en dirai pas plus pour ne pas spoiler. Le plume de l’auteur est simple, efficace et entrainante. Voilà Arslan je ne peux ni tenter le recommander, ni tenter de le déconseiller, faite-vous votre avis si les points que j’ai avancé vous intéresse. D’ailleurs je ne lui mets pas de note.

 

Ma Note : XXXX

American Gothic – Xavier Mauméjean

american gothicRésumé : A l’heure du maccarthysme, Hollywood est le théâtre d’une lourde rivalité. Pour supplanter Disney, le patron de la Warner Bros projette d’adapter sur grand écran Ma mère d’oie, un recueil de contes et légendes urbaines dont les Américains raffolent. C’est à Jack Sawyer, scénariste obscur, que revient la mission d’enquêter sur l’auteur, Daryl Leyland, et de « nettoyer » sa biographie, rectifiant au passage tout ce qui heurterait le conformisme moral et politique.

Edition : Alma
Poche : 10/18

 

Mon Avis : Xavier Mauméjean fait partie des auteurs que je lis et découvre avec grand plaisir à chaque fois, proposant régulièrement une plongée dans une histoire prenante et qui ne manque pas de finesse. Cette fois ci j’ai donc décidé de me lancer dans ce American Gothic dont j’entends énormément parler en bien. J’en ai tellement entendu parler qu’il a fait parti de ces livres dont on a un peu de mal de sortir de sa PAL, de peur de ne pas avoir le même ressenti général. A noter une illustration de couverture que je trouve sobre et très sympathique.

Ce roman nous emmène ainsi aux Etats-unis au milieu du 20ème siècle, le studio ciné de la Warner ayant décidé pour concurrencer le succès du film Le Magicien d’Oz de réaliser une adaptation des contes de Ma Mère L’Oie, et plus précisément la version de Daryl Leyland. Pour permettre cela et pour éviter tout scandale, une enquête est menée sur l’auteur pour nettoyer sa biographie. C’est cette enquête que l’on suit au fil des pages, à travers de nombreux rapports, interviews et messages qui vont définir l’icône qu’est Daryl Leyland pour les américains. Sauf que voilà, une fois la dernière page tournée je dois bien avouer que je me suis demandé comment j’allais rédiger ma chronique. Posons déjà les bases, j’ai énormément apprécié ce roman, une très grande lecture, mais voilà l’ensemble se révèle un tel patchwork et surtout le feeling reposant sur chaque lecteur, la façon dont il rentre dans cette histoire, il me parait ainsi difficile de franchement pouvoir expliquer et surtout « vendre » mon ressenti. On va essayer quand même.

Pourtant, le récit n’a rien de compliqué, on  ne se lance pas dans un roman au sujet ardu et pointu qui pourrait rebuter. Non, ici on est dans le témoignage, la construction de la personnalité de Daryl Leyland auteur connu et reconnu, avec son compère et ami Max Von Doren, des contes qui ont véritablement bouleversé l’Amérique et se sont posés comme référence dans le pays. Une sorte de biographie à la fois fascinante et étrange qui vient dévoiler un personnage ambigu, à la fois génie, faussaire, monstre et innocent. Chaque chapitre apporte ainsi un nouveau fragment au « héros » qui devient ainsi de plus en plus dense, de plus en plus complexe et qui surtout gagne une vie propre. On découvre ainsi au fil des pages un peu le rêve américain avec ce héros qui vient d’une famille moyenne, pas obligatoirement aimé de ses parents, qui a connu de grands traumatismes et de grandes souffrances, que ce soit par exemple à travers son enfance à l’Orphelinat ou encore la première guerre mondiale, et qui a réussi à s’élever pour devenir l’un des plus grands écrivain américain.

Sauf que voilà, rien n’est jamais simple, de nombreuses zones d’ombres sont aussi présentes dans l’histoire de Daryl, des images discordantes, étranges, disséminées au fil des pages qui font que le lecteur se questionne de plus en plus. Qui est-il vraiment? Quel est son grand projet, son grand dessin? Est-il réellement ce grand prodige que tout le monde voit, ou bien simplement un grand enfant dont le côté sombre transparaît dans ses contes. On découvre ainsi un héros à la fois fascinant, étrange et mystérieux qui ne laisse pas indifférent et dont chaque lecteur devra tirer sa propre conclusion tant les histoires racontées sur lui paraissent toujours un peu biaisées. Il devient ainsi un peu personnage de conte, dans son ambiguïté, dans son questionnement, dans la morale qu’il soulève. Son compère n’est pas non plus en reste tant Max Von Doren oscille lui aussi du génie de l’image au simple copieur d’oeuvres, un personnage énigmatique dont on a du mal à en définir l’intérêt ou la folie. Cela soulève ainsi de nombreuses questions sur la véracité et la profondeur d’une biographie, de la vie d’un personnages qui dépend de points de vues tous faussés les uns les autres par les émotions. Situer ainsi le récit en pleine période du Maccarthysme n’est donc pas anodin.

De plus l’intérêt du récit vient aussi franchement, je trouve, dans ce jeu de faux semblants que propose l’auteur, mélangeant ainsi des fait réels avec des aspects totalement imaginaires. Surtout que l’auteur glisse aussi de nombreuses références, discrètes ou non, que ce soit sur les contes, l’imaginaire et autres, et qui ne manquent pas de titiller le lecteur. On se lance ainsi dans une sorte de jeu de piste, tentant de déconstruire, pour reconstruire et dévoiler la vérité historique de l’ajout. Surtout que l’ensemble est tellement bien amené, construit, que tout parait cohérent, réel, palpable. On a clairement l’impression que l’ensemble qui nous est conté a vraiment existé. American Gothic offre aussi une lecture qui se veut un minimum exigeante, où le lecteur ne reste pas obligatoirement passif, devant de lui-même s’investir pour construire le récit, ce qui je trouve offre un vrai plus.

Le travail de l’auteur se révèle aussi fascinant dans la palette de personnages construite autour, ces multitudes de voix qui viennent parler de Daryl et se révèlent toutes uniques, captivantes, fascinantes, et qui collent parfaitement au récit, mais qui surtout nous offre une image de l’Amérique finalement attendu et pourtant profonde et soignée. C’est d’ailleurs un des autres points intéressants du livre, cette construction en fond des USA qui elle aussi joue de faux-semblants. Pays patchwork lui aussi, qui fait donc écho au héros et aux contes. Il y a ainsi une véritable fascination qui se dégage pour ce pays jeune, que ce soit d’un point de vue de l’Histoire comme des la mythologie et des contes et qui se construit. Ce ressenti se voit d’ailleurs clairement avec le point de vue du traducteur français qui lui possède plus une vision des contes européens. On y retrouve aussi tout cet aspect très « cinématographique » comme par exemple dans la représentation de la mafia, de la grandeur du pays et d’autres encore. C’est d’ailleurs aussi, je pense, parce-que ce pays est jeune que se dégage une certaine liberté et une certaine noirceur, un côté sanglant et violent qui se dégage de ces contes de Ma Mère l’Oie. Cela se ressent aussi dans la période présentée, où le Maccarthysme et ses casses aux « sorcière » sont en pleine explosion. L’ambiance se révèle ainsi à la fois candide et dérangeante, jouant sur le fait que j’ai tourné les pages facilement avec l’envie d’en découvrir plus.

Je ne suis pas sûr d’avoir réussi à mettre en avant dans cette chronique ce qui ressort clairement de ma lecture tant il s’agit d’un mélange à la fois complexe et captivant, où chacun se fera son propre avis et son propre ressenti. Que ce soit mélange des genres, mélange des styles dans les différents témoignages et contes, ou bien encore des mélanges plus profonds qui transparaissent dans les différents personnages, les différentes révélations. On sent aussi que l’ensemble est clairement maîtrisé de la première à la dernière page et je dois bien avouer que je ne me suis pas ennuyé un seul instant avec ce roman qui nous manipule pour mieux nous captiver. Une excellente découverte.

En Résumé : J’ai passé un excellent moment de lecture avec cet American Gothic, et pourtant il est difficile de le chroniquer tant je pense il dépendra de chacun. Ce roman est un véritable Patchwork nous proposant de découvrir, à travers témoignages et retours, Daryl Leyland auteur avec Max Von Doren des contes de Ma Mère l’Oie. On découvre ainsi un personnage à la fois étrange et surprenant dont on ne sait pas s’il s’agit d’un génie ou s’il est fou. Représentant un peu de ce rêve américain, on va aussi se rendre compte qu’il possède une zone plus sombre. J’ai ainsi été fasciné par cet icône ainsi que son compère qui ne manque pas d’intriguer aussi. Mais surtout c’est dans le jeu de faux-semblants que l’auteur réussi à happer je trouve, dans cette sorte de réécriture de l’histoire, mélange de faits historiques et d’invention. On découvre aussi en fond une Amérique à la fois fascinante et imagée, qui ne manque pas de rappeler certains films, et qui pourtant est palpable, captivante. Un pays jeune en pleine construction qui se cherche une mythologie. L’ambiance à la fois candide et angoissante colle aussi parfaitement au récit. Au final ce roman propose un mélange complexe, aux nombreuses clés de lecture, dont chacun se fera son propre avis, son propre ressenti. Moi j’ai passé un excellent moment avec ce récit maîtrisé du début à la fin et où l’auteur joue avec le  lecteur et avec les styles.

 

Ma Note : 9/10

Les rêves dans la Maison de la Sorcière – H.P. Lovecraft & Mathieu Sapin & Patrick Pion

les reves dans la maison de la sorciereRésumé : Le héros de cette histoire est un étudiant en mathématiques, qui vit dans une chambre de bonne d’un quartier similaire au quartier latin parisien. Les rumeurs disent que sa mansarde fut occupée, deux siècles plus tôt, par une vieille femme jugée sorcière par ses contemporains, capable de voyager dans différentes dimensions du réel, et dont l’esprit n’aurait pas tout à fait quitté les lieux. Notre narrateur, à l’esprit aiguisé et fatigué par ses études poussées, fait des rêves de plus en plus étranges.
Perd-il totalement pied ou a-t-il trouvé le chemin, guidé par cette sorcière, vers la contrée des rêves ?

Edition : Le Rue de Sèvres

 

Mon Avis : Cela fait bien longtemps que je n’ai pas rédigé de chroniques sur mes lectures de bandes dessinées. J’avoue qu’entre les nombreux changements IRL et ma capacité à procrastiner, cette catégorie a un peu disparue de mon blog ce qui est quand même dommage. Il fallait donc remédier à cela, et quoi de mieux qu’une BD proposant de retranscrire une nouvelle de Lovecraft pour cela. Comme vous le savez si vous suivez régulièrement ce blog, Lovecraft fait parti de ses auteurs que j’apprécie énormément, offrant un fantastique soigné et angoissant. Je partais donc avec une légère appréhension de savoir comment allait se passer le passage du texte à la bulle. À noter que j’ai déjà lu la nouvelle dont est tiré cet album et que vous pouvez retrouver ma chronique ici.

On suit ainsi au fil des pages Walter, jeune étudiant en mathématiques et féru d’étrangeté qui loge dans une chambre de bonne ou a vécu, deux siècles plus tôt, une sorcière disparue dans d’étranges circonstances. Des rêves surprenants vont alors le visiter et ses idées sur les mathématiques vont prendre des réflexions complètement différentes. Au final, une fois la dernière page tournée, je dois bien avouer que cette Bande Dessinée réussi clairement son pari. Alors tout n’est pas non plus obligatoirement parfait, mais les auteurs ont clairement réussi a retranscrire l’intérêt de cette nouvelle ainsi que son ambiance. Le scénario a arrive ainsi a garder et retranscrire le meilleur du récit tout en le condensant pour le faire rentrer dans la soixantaine de page de cet album. J’ai ainsi été facilement emporté par cette lente descente dans la folie du narrateur qui ne manque pas de surprendre, de fasciner et de déranger. L’ensemble se révèle maîtrisé proposant d’abord un rythme lent, permettant de mettre en place les différent éléments de l’intrigue que ce soit dans les héros comme dans la mythologie, pour s’accélérer d’un coup quand cette « folie » devient de plus en plus présente et pousse Walter à reconsidérer ses actes.

L’ambiance est aussi plutôt bien retranscrite, on sent bien cette oppression, ce côté sombre qui gagne en ampleur au fil du récit. Ce sentiment d’étrangeté qui s’en dégage et qui vient perturber le lecteur à travers de petits détails comme les ombres ou autre, et qui densifient aussi la tension. La folie du héros gagne ainsi en intensité et emporte le lecteur qui se questionne sur la réalité ou non de ce qu’il vit, et le lecteur ne s’ennuie pas c’est peu de le dire. L’univers développé entre les mondes transversaux, le lien entre les mathématiques et la magie, ou encore ce qui est lié au Necronomicon est bien amené, ne devrait pas perturber ceux qui ne connaissent pas Lovecraft, et utilisé pour rendre de façon efficace l’ensemble plus cohérent.  L’ensemble est aussi très bien porté par des dessins, certes qui paraissent aux premiers abords assez classiques dans la représentation, mais qui, je trouve, rendent l’ensemble plus réaliste et plus vivant à travers un crayonné hachuré et un jeu sur les ombres et la lumière plus qu’intéressant. La folie du personnage principal est aussi bien retranscrite, mais là où je trouve que le dessinateur a eu une bonne idée, c’est dans la différenciation entre le monde des rêves et le monde réel. Le fait d’offrir un dessin complètement différent joue à cela et se révèle captivant.

Concernant les personnages Walter se révèle intéressant à découvrir que ce soit à travers son génie ou encore sa folie, on suit ses aventures avec intérêt et un léger frisson, surtout pour ceux qui ne connaîtraient pas la fin. Reste les personnages secondaires où là je suis plus mitigé. La compagne qui sert de point d’ancrage du héros dans le réel est bien construite et remplie parfaitement son rôle, mais que ce soit les voisins ou bien l’ami de Walter, Franck, ils m’ont paru manqué un peu de profondeur et de densité, même si rien de non plus trop gênant. Les deux seuls petits inconvénients que je pourrais souligner concernant cet album viennent que Lovecraft est un auteur à la plume dense, ce qui se retrouve ici à travers une narration bien présente en haut de chaque cas, parfois un peu trop pour une BD, même si rien de non plus trop bloquant. De plus il est parfois  compliqué de suivre la narration et les dialogues qui se mélangent. Enfin le second point vient peut-être d’un démarrage un chouïa trop lent, même si là, une fois emporté, on l’oublie rapidement. Au final une bonne petite bande-dessinée qui nous propose de revisiter (voir de découvrir) une nouvelle de Lovecraft de façon efficace, entraînante et légèrement dérangeante.

En Résumé : J’ai passé un bon moment de lecture avec cette bande dessinée qui propose de revisiter et mettre en image une nouvelle de Lovecraft. Les auteurs ont vraiment réussi à garder l’intérêt de la nouvelle, ainsi que son ambiance, ce qui fait que, malgré peut-être un démarrage un chouïa lent, je me suis retrouvé facilement emporté par le récit. L’intrigue joue ainsi habilement entre réalité et folie pour mieux surprendre le lecteur. L’ambiance est bien retranscrite que ce soit dans son côté angoissant, oppressant, qui gagne en ampleur au fil des pages pour offrir ainsi un final tendu et percutant. L’univers ne manque pas non plus d’attrait et reste accessible même si on ne connaît pas Lovecraft. L’ensemble est ainsi très bien porté par un graphisme qui, certes aux premiers abords peut paraître classique, mais finalement colle parfaitement à l’histoire et offre quelques bonnes idées comme la différence entre rêve et réalité. Le personnage principal se révèle intéressant à suivre dans la gestion de cette folie, mais j’ai trouvé que les personnages secondaires manquaient un peu de profondeur. Un point qui peut se révéler dérangeant vient de la narration qui est parfois très dense, ce qui peut surprendre dans une BD et rend parfois la lecture des dialogues un peu hachée, mais rien de non plus trop dérangeant. Au final un album que j’ai trouvé réussi et efficace.

 

Ma Note : 7,5/10

 

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