IRL – Agnès Marot

Résumé : Je m’appelle Chloé Blanche et j’ai grandi à Life City. Comme tous ses habitants, j’ignorais que nous étions filmés en permanence. J’ignorais que nous étions un divertissement pour des milliers et des milliers de foyers. J’ignorais que nous étions les personnages de Play Your Life, l’émission qui fait fureur hors de Life City, IRL. J’ignorais surtout à quel point nous étions manipulés. Puis j’ai rencontré Hilmi, le nouveau à la peau caramel. Le garçon qui faisait battre mon cœur, mais que ceux qui tirent les ficelles ne me destinaient pas. C’est ainsi que j’ai découvert ce que nous étions, à Life City : les personnages d’un immense jeu vidéo.

Edition : Gulf Stream

 

Mon Avis : Ce roman a atterri dans mes mains un peu, on va dire, par un concours de circonstance inattendu. A la base il avait surtout rejoint la bibliothèque de la Marmotte qui, après sa lecture, m’a annoncé que quelques points la dérangeaient et que, si je le lisais, on pourrait en discuter plus facilement. Au vu du quatrième de couverture très SF, proposant manipulation et réflexions sur la technologie et plus principalement sur les IA, j’avoue je me suis facilement laissé tenter et décidé de lui laisser une chance. Le livre est en soit un très bel objet, comme souvent avec l’éditeur Gulf Stream qui, je trouve, propose régulièrement des maquettes très réussies avec des couvertures accrocheuses. Alors, je m’excuse par avance mais pour faire ma chronique je vais devoir spoiler.

Ce roman va ainsi nous plonger dans le quotidien de Chloé Blanche, jeune adolescente qui va prochainement passer le bac. Un jour elle va découvrir découvrir que sa vie est entièrement filmée. Pire elle va apprendre par la suite qu’elle est en fait programme informatique et que tous ces faits et gestes ne lui appartiennent pas obligatoirement, pouvant être dirigée par un humain IRL. Sa vie va alors être complètement bouleversé et elle va alors tout faire pour changer cela. Bon, je suis désolé, mais une fois la dernière page tournée je dois admettre que je n’ai pas du tout accroché à ce récit. Je n’ai jamais réussi à y entrer complètement dedans alors que, je ne peux pas le nier, il possède tout de même quelques bonnes idées. Alors vous allez peut-être vous dire que je ne suis pas un gros lecteur de livres ados et jeunesses, par conséquent je n’étais pas obligatoirement le lecteur cible. C’est vrai, je vous l’accorde. Sauf que là, pour moi, ce n’est pas qu’une question d’attente et de regret face à la simplicité d’un récit pour un public plus jeune. Non. Pour faire simple les nombreuses incohérences, impossibilités, facilités et deux ex machina font que pour moi ce roman ne tient pas debout. Même les réflexions que tentent de soulever l’auteur n’ont jamais réussi à faire mouche, manquant de complexité.

Outre le fait du démarrage clairement convenu, présentant une héroïne à la vie difficile, abandonnée par son père, faisant plutôt parti du groupe des laissés pour compte, mais qui a comme meilleures amies les filles les plus cool du lycée (karma quand tu nous tiens), c’est sa réaction lors de la découverte des caméras qui m’a fait comprendre que la logique j’allais m’asseoir dessus. Imaginez, vous apprenez  que votre vie entière est basée sur un mensonge, que le socle même sur laquelle vous avez construit votre existence s’effondre, car il n’est qu’artifice et fumée, que faites-vous? Je vous laisse quelques secondes pour y réfléchir. Chloé, elle, elle décide de repartir à la conquête d’Himli, l’amour de sa vie, qu’elle a perdu bêtement. Je … non rien finalement j’ai décidé de ne pas chercher à comprendre. Franchement le déni, la haine, la tristesse,la violence,ou autre j’aurai pu accepter beaucoup de choses, sauf peut-être aller tenter de se mettre en couple. C’est sûr que c’est essentiel quand on apprend que des millions de caméras filment ta vie. Et le soucis c’est que plus j’avançais dans le récit, plus ce genre d’incohérences apparaissaient et me déconnectaient un peu plus à chaque fois de l’histoire. C’est bien d’avoir des idées, mais si il n’y a pas une intrigue un tant soit peu solide derrière, désolé mais moi ça me bloque.

Que ce soit l’imprimante à humain qui permet a Chloé de venir dans le monde IRL, mais qui ne repose sur aucune information ni logique. Que ce soit le côté « Bella » de l’héroïne qui dès qu’elle arrive quelque part elle se fait de nombreux amis qui sont prêts à mourir pour elle, simplement pour ces beaux yeux j’ai eu du mal. Mais celle qui m’a complètement déconnecté, c’est la grande scène d’évasion où notre héroïne, après s’être fait arrêter par le grand méchant en train de fomenter un complot pour le faire tomber, se retrouve enfermée chez lui, dans un monde qu’on nous présente comme limite sous surveillance et manipulation constante, décide fièrement d’ouvrir la porte prendre ses affaires puis d’ouvrir la fenêtre et de partir. Car oui tout le monde le sait les vilains ils laissent toujours les portes et les fenêtres ouvertes, sans surveillances et permet au héros de s’échapper comme ça. Là je me suis agrippé aux barreaux de la cage des ratons en leur demandant « Pourquoi? », mais remarquant que je les dérangeais dans leur petite sieste de 20 heures de sommeil, je me suis donc replongé dans ma lecture. Et ce n’était pas fini, on apprendra plus tard que notre méchant pouvait renvoyer l’héroïne dans son monde informatique quand il le souhaitait et, bien entendu, il ne le fait qu’au moment où ça ne sert pas à grand chose mis à part ralentir l’intrigue.

D’ailleurs j’ai trouvé cette troisième partie encore plus illogique pour moi que les deux précédentes. Déjà il va falloir m’expliquer la raison de la salle CSA, salle non connecté qui permet à l’héroïne soit-disant d’avoir des moments libres à elle. Cette salle CSA est une obligation du comité éthique qui ne reconnaît pourtant pas Chloé comme « humaine ». Si elle n’est pas « humaine » à quoi sert donc la salle CSA? Toi aussi tu la sens la grosse ficelle facile? De plus dans un monde informatique encore plus sous contrôle d’Arn, le méchant du récit, personne ne remarque que la styliste de Chloé, qui s’était liée d’amitié avec elle IRL, a créée un personnage exprès pour la retrouver et qu’elles vont gentiment s’enfermer dans la salle CSA alors qu’elles se rencontrent à peine. Tout comme personne ne réagit aux nombreuses phrases que lâche notre héroïne qui dévoile limite son plan. Ou encore, et promis j’arrête là, c’est quoi cette idée de bracelet. Franchement, pourquoi pas, imaginer un bracelet qui empêcherait les IA du jeu de subir les ordres venus d’IRL. J’accepte aussi l’idée qu’il doit être obligatoirement fabriqué à l’intérieur du jeu et vu que le créateur du bracelet, Link, est le fils de Arn, il ne veut en créer qu’un seul, pour protéger la mère de Chloé tout en empêchant l’héroïne de détruire le jeu. Elle ne doit donc pas savoir comment en fabriquer un, pour éviter de le dupliquer. Donc à quel moment il est intelligent que Link, qui prend le contrôle d’un personnage dans le jeu, ne construit pas le bracelet lui-même et demande à Chloé (qui je le rappelle ne doit pas savoir le créer) de le fabriquer.

Concernant les personnages, là aussi j’ai eu du mal à vraiment m’intéresser ou m’accrocher à eux. Entre l’héroïne  qui manque de finesse et de logique, Arn le patron du jeu qui, mis à part avoir un regard et une attitude de méchant très, très méchant, n’a finalement pas l’air très fut fut et les personnages secondaires qui ne servent pas à grand chose mis à part reconnaitre Chloé comme une personne trop géniale et qui se bat pour ses convictions, j’avoue ils m’ont laissé de marbre. Dommage, car il y avait le potentiel pour plus. Concernant l’univers, là aussi de nombreux soucis apparaissent. L’auteur a tellement envie de mélanger Sims et Truman Show qu’elle oublie de construire un univers cohérent. Déjà une IA n’est pas un humain et l’inverse c’est pareil. De nombreux récits de SF ont traités du sujet, et oui une IA devrait pouvoir se faire passer sur de nombreux points pour un humain sans problèmes, cela arrivera sûrement un jour. Sauf que là, Chloé dans sa présentation, dans ses actes et dans sa narration n’est en rien une IA. C’est une humaine qu’on essaie de nous déguiser en IA, histoire d’ajouter des axes de réflexion en se disant que personne ne verra rien.

Ensuite on parle d’un jeu vidéo, donc d’un programme, qu’est-ce-que vous faites quand un de vos personnages ne réagit pas, mais alors pas du tout comme vous l’espérez ou le voulez ? Bah vous éteignez et vous reprenez la sauvegarde précédente, sauf que là personne n’a l’air d’y penser. Mais bon, vu comme l’auteur imagine les hacker, je pense surtout qu’elle n’a pas obligatoirement la base de connaissance nécessaire en informatique et en codage. En effet, le piratage informatique est juste ici un outil pour faire avancer ou ralentir l’intrigue selon les besoins. On modifie les lignes de codes pour créer une nouvelle pièce, ou autre, mais par contre il est impossible de modifier les lignes de codes que composent Chloé sans une « énorme » mise à jour qui demande l’arrêt du jeu et donc laisser un max de temps à notre héroïne pour se libérer. C’est facile. Enfin vient les éléments de références et de pop culture que place l’auteur au fil des pages et qui sonnent trop désuet. On est en 2089 et on a pourtant l’impression que tout l’aspect culturel c’est arrêté dans les années 2010.

Alors après on pourrait me dire que le principal intérêt de ce récit vient des idées qu’il cherche à soulever, sauf que même là ça a eu du mal à passer. L’auteur présente ses réflexions de façon trop binaire et parfois même ils tombent dans le sensationnel. On est un peu dans l’idée que les nouvelles technologies vont nous bouffer la vie et même pire, complètement pirater notre existence en nous manipulant, par conséquent il faut se déconnecter pour se rendre compte de la beauté du monde et de la vie. Mouais. On sent bien une légère influence de Farenheit 451, mais le tout donne l’impression de manquer de finesse et de complexité là où le travail de Bradbury était quand même plus soigné. Au final c’est trop binaire, soit c’est bien soit c’est mal, comme si il n’y avait pas d’entre deux. J’ai aussi eu l’impression de voir certains arguments de journaux qui cherche le sensationnel, du genre les jeux vidéos rendent violents ou les jeux de rôle tendent à désociabilier les gens, alors que c’est beaucoup plus compliqué que cela. Je vais m’arrêter je pense que vous avez compris que ce livre n’était pas fait pour moi.

Je tiens tout de même à dire que ma chronique n’est pas là pour simplement casser ce roman, ce n’est pas mon but. Mes arguments ne représentent finalement que mon simple point de vue qui repose sur les attentes que je pouvais avoir, mais aussi dépend des lectures précédentes que j’ai eu dans ma vie. Ici je n’étais tout simplement pas le public cible. Je sais que de nombreux lecteurs ont adoré ce récit, y ont trouvé matière à réflexions et du plaisir, ce n’est pas parce que moi je suis complètement passé à côté, que le livre est mauvais. Chacun y trouve ce qu’il a envie d’y trouver. Je ne cherche pas à me dédouaner de mes propos, je tiens juste à clarifier ma position qui n’est pas ici de descendre ce récit, mais simplement de montrer ma déception face à des attentes qui n’ont pas du tout été comblées. Je laisse ainsi à chacun le soin de se faire son propre avis s’il a envie, surtout que tout n’est pas non plus mauvais, le traitement de l’adolescence vers l’âge adulte est plutôt intéressant dans ses thématiques secondaires et certains passages s’avèrent efficace. De plus la plume de l’auteur, même si elle n’a rien de révolutionnaire ou de marquant, s’avère simple et plutôt efficace. Voilà, maintenant c’est à vous de voir.

En résumé : J’avoue je suis complètement passé à côté de ce roman qui n’a jamais vraiment répondu aux attentes que je pouvais avoir et dont l’intrigue manque, selon moi, de logique. Ce sont d’ailleurs les incohérences telles que le besoin de l’héroïne a reconquérir son grand amour alors qu’elle vient d’apprendre que des milliers de caméras la filmait 24h sur 24 ou encore sa grande évasion après avoir été attrapé en ouvrant la porte et en partant qui m’ont complètement déconnecté. Et il y en a d’autres. Les personnages ne m’ont jamais paru touchants ou attachants avec Chloé, l’héroïne, qui manque de finesse et de logique, un méchant qui, mis à part lancé des regards de méchants, n’a pas l’air très fut fut et des personnages secondaires qui tombent en pâmoison devant la géniale et magnifique Chloé, j’avoue ça manque un peu de complexité. Ensuite pour tout ce qui concerne l’image de fond, entre l’envie de l’auteur de mettre des références qui donnent l’impression que le monde s’est figé en 2010, des technologies que le lecteur doit accepter sans réfléchir et l’impression qu’elle ne maîtrise pas du tout son sujet, que ce soit sur les IA ou l’informatique, ne m’ont pas convaincu non plus. Après ce retour m’est personnel, je sais que ce roman a plus a de nombreux lecteurs, je ne devais simplement pas être le lecteur cible et de plus, mon bagage de lecture SF a fortement joué sur mon ressenti final. Tout n’est pas non plus mauvais, certaines idées s’avèrent sympathique, mais voilà ce roman n’était tout simplement pas pour moi.

 

Note : 3/10

Kel Tome 4, Le Général Taureau – Andréa Schwartz

Résumé : Au nord, les Kel’yon ; au sud, les Kel’bai – et entre eux dix mille ans de rivalité… À travers le continent de Kaek’tun, les trompettes des Deux-Empereurs annoncent une nouvelle guerre. Kel’yon et Kel’bai, Noble et Fils du Peuple, Oshin Ieran est né à la frontière entre mille mondes. Ni d’un côté ni de l’autre, il s’efface dans l’obscurité appropriée pour ceux de son sang. Mais la déesse Destin est une divinité capricieuse – et la déesse Honneur, vénérée par les Kel’yon et les Kel’bai, est plus cruelle encore. Les cors du Dragon et du Phénix tonnent à travers le Continent et en pays kel’bai, le sang-mêlé du nord est appelé à brandir un drapeau que jamais il n’avait imaginé porter, pour défendre ceux que jamais il n’avait imaginé protéger.

Edition : Rebelle

Mon Avis : Il y a quelques années maintenant on m’a proposé de découvrir cette série de Fantasy. Je m’étais facilement laissé tenter, malgré le côté un peu classique du résumé du premier tome et j’avais été agréablement surpris tant l’histoire s’avérait solide, captivante et entraînante (ma chronique ici). Les tomes 2 et 3 venaient confirmer le bien que je pensais de cette série, se révélant même plus denses et plus aboutis encore à mon goût (chronique du tome 2, du tome 3). C’est donc sans surprise que je me suis rapidement lancé dans la lecture de ce quatrième volume et, malgré ce que je pensais, avant-dernier tome de la série. En effet un cinquième tome devrait être publié. Concernant la couverture, elle reste dans le même thème que les précédentes et je la trouve très sympathique.

Ce quatrième volume est construit de la même façon que les trois premiers, nous présentant, d’une certaine façon, en protagoniste un « nouveau » personnage. Je mets nouveau entre guillemet, car il ne l’est pas vraiment, il a été un personnage secondaire important du premier tome et il est aussi apparu dans d’autres tomes : il s’agit d’Oshin Ieran. Sauf que ce tome va enfin le mettre en avant, dévoilant son histoire et ce qui a fait de lui le personnages qu’on découvre dans les autres volumes. J’avoue, j’avais hâte d’en apprendre plus sur ce protagoniste ambigu et complexe. Pourtant une fois la dernière page tournée, je dois bien avouer que, sans trouver ce roman mauvais, loin de là, il est pour moi clairement un ton en dessous des précédents. Attention il reste une lecture plus que sympathique et agréable, et le travail sur le héros se révèle prenant, mais voilà je pense qu’il n’a pas complètement répondu aux attentes que je pouvais avoir. Après, contrairement aux tomes précédents qui avaient, d’une certaine façon, leurs propres fins, ici le tome 4 est lié au tome 5. Par contre je soulèverai un point, plus sur l’édition que sur le récit en lui-même, il y a énormément de familles et de noms qui gravitent dans ce cycle, un petit lexique des personnages et des familles aurait, je pense, apporté un plus. Je n’ai jamais été franchement perdu, cela n’a pas gâché ma lecture, mais parfois j’ai pris du temps à retrouver qui est qui.

Comme je l’ai dit plus haut, l’auteur construit son récit un peu comme les trois précédents, présentant un personnage qu’on découvre et qu’on voit évoluer au fil du temps. Le tour de force qu’elle réussit à chaque tome est d’arriver à proposer une intrigue qui, certes dans les grandes lignes ressemble aux autres, maais arrive finalement à se différencier que ce soit dans le travail sur le personnage et sa découverte, comme dans la vision qui est proposée. D’une certaine façon elle arrive ainsi à se renouveler et à proposer quelquechose de différent qui fait que j’ai de nouveau été happé assez facilement dans le récit. Le fait d’avoir un nouveau personnage central à chaque fois joue aussi, car cela oblige le lecteur à avoir une vision différente du monde présenté et des jeux de pouvoirs, mais cela oblige aussi à s’attacher de nouveau à un héros. Et là Andrea Schwartz a démontré qu’à chaque nouveau tome elle a réussi à construire un personnage central qui donne toujours envie d’en apprendre plus. D’autant qu’ici, le personnage a une grande importance dan le cycle.

Certes, je ne le nie pas, certains aspects dans la construction du récit possèdent un air de déjà-vu par rapport les tomes précédents, ce qui rend parfois  l’histoire prévisible, sans que cela soit dérangeant, tant dans l’ensemble le récit s’avère solide et efficace. Le rythme, plutôt lent, permet d’offrir une certaine densité à la narration, tout en sachant offrir des scènes plus vives et percutantes pour ne pas ennuyer le lecteur. Je regretterai peut-être tout de même quelques facilités ici ou là, comme par exemple la capacité des personnages à se retrouver gravement blessés et pourtant à être en pleine forme et tenir leurs rangs quelques jours à peine après l’incident.

Un autre point intéressant est, comme je l’ai dit, la découverte du passé de Ieran qu’on avait rencontré déjà dans le premier tome quand il avait décidé d’aider Shelun. Ce n’est jamais facile de construire le passé complet d’un personnage qu’on suit déjà depuis quelques temps et à propos duquel l’imagination du lecteur a déjà pas mal travaillé, mais je trouve que ce tome s’en sort plutôt bien, sans non plus trop révolutionner le genre. On découvre ainsi un héros, coincé entre deux mondes, mi Kel’yon mi Kel’bai, fils d’un homme influent. Quand les circonstances le demandent il va découvrir que finalement, malgré ce qu’il espérait, il doit s’effacer et n’avoir aucune place dans la guerre qui arrive, non à cause ses capacités mais simplement de par sa situation familiale. Son évolution au fil des pages, les découvertes qu’il va faire, les changements que vont opérer sur lui cette guerre sont bien menés et efficaces. On découvre ainsi un personnage complexe, qui ne connait la guerre qu’à travers sa formation et qui va tomber de haut. C’est un héros qui se trouve coincé entre deux fronts du fait de son sang et de sa naissance. A la fois naïf et surprenant, on suit ses aventures avec intérêt et envie d’en apprendre plus. J’attends de voir ce que va proposer l’auteur dans la suite, car son histoire est loin d’être terminée, mais pour le moment elle réussit à nous offrir un personnage dense, soigné et prenant. Les personnages secondaires ne sont pas non plus en reste, s’avérant efficaces et complexes, amenant leurs propres réflexions, leurs visions spécifiques et leurs envies. J’ai hâte de savoir comment certains vont se développer dans le dernier tome.

L’univers, même s’il paraît évidemment moins nouveau depuis quatre tomes, s’avère toujours solide, même si j’avoue que j’aurai aimé un peu plus de renouvellement sur certains points. En effet comme on découvre durant tout ce tome un long flashback, on plonge finalement dans une nouvelle dualité entre Kel’bai et Kel’yon. Alors attention, même si le conflit est dans les grandes lignes un peu le même, les motivations de chacun sont différentes, c’est ce qui fait que les complots, trahisons et jeux de pouvoir sont toujours intéressants à suivre et à découvrir. Sauf que les trois premiers tomes avaient déjà amené énormément d’intrigues de ce type et j’espérais les voir évoluer, ce qui joue obligatoirement sur le ressenti du lecteur. Cela ne m’a pas non plus empêché de plonger de nouveau avec plaisir dans le monde que nous présente Andrea Schwartz qui est toujours aussi vivant, immersif et qui donne envie d’en apprendre plus. porté par des descriptions vives et soignées. Le jeu des différentes familles ainsi que des différents clans, les tensions que cela crée et les questions que soulève la guerre, la violence et la haine sont bien amenées et ne laissent pas indifférent, même si parfois j’avoue que l’argumentaire est un peu facile, mais là je chipote. Les scènes d’actions sont très visuelles, efficaces et offrent clairement un plus à l’ensemble et une certaine tension.

Mais alors au vu de ma chronique vous devez vous demander pourquoi j’ai un peu moins accroché à ce tome, c’est bien simple pour moi il est trop indépendant du cycle qu’a construit l’auteur. Les trois précédents tomes étaient plus ou moins liés et avaient amenés en ligne de fond de nombreux jeux politiques et questions. Ce quatrième volume nous entraine dans un flashback qui, finalement, met un peu les trois autres tomes en « pause » le temps de tracer le vie du général ce qui j’avoue m’a légèrement frustré. Je ne m’y attendais pas obligatoirement. Qui plus est, ce tome donne l’impression d’un tome d’introduction, vu qu’on ne découvre que la première partie de la vie du héros, ce qui est quand même dommage quand on parle de quatrième tome. C’est ainsi clairement au niveau de mes attentes que s’est joué mon ressenti et non sur les qualités du livre, je ne m’attendais pas à un tome qui aurait peut-être mérité d’être traité de façon indépendante, je ne sais pas. Cela ne m’a pas non plus empêché de passer un agréable moment de lecture avec ce roman, toujours bien porté par une plume fluide, dense et terriblement efficace qui a fait que j’ai tourné les pages avec plaisir. Je lirai sans soucis le dernier tome de ce cycle.

En Résumé : J’ai passé un agréable moment de lecture avec ce quatrième tome, même si j’avoue il n’a pas non plus répondu à mes attentes. Ce livre nous propose ainsi de découvrir l’histoire d’Ieran, personnage que l’on a déjà rencontré dans les tomes précédents en tant que héros secondaire. Comme les tomes précédents l’auteur nous présente un nouveau personnage et elle arrive à le faire de façon entraînante et efficace. C’est une des grandes forces du cycle de se renouveler en proposant à chaque fois un nouveau personnage central tout en arrivant à le rendre dense, touchant et captivant à découvrir. Alors certains passages sont légèrement prévisible, voir parfois offrent quelques facilités, mais rien de bloquant dans ma lecture. Les personnages secondaires que l’on découvre ne sont pas non plus en reste, offrant des protagonistes complexes et intéressants. L’univers, même s’il parait moins nouveau, reste solide et attrayant, bien porté par des descriptions soignées et denses. L’intrigue est portée sur un rythme plutôt lent qui permet de bien développer le récit, tout en offrant des scènes d’actions vivantes et percutantes qui font qu’on ne s’ennuie jamais. Au final mon regret vient du fait que ce roman étant un flashback, il donne l’impression de mettre en pause tous les éléments mis en avant depuis trois tomes et, limite, d’être un récit indépendant. Ce tome donne aussi l’impression d’être un tome d’introduction, ne présentant qu’une partie de la vie du héros, ce que je trouve un peu dommage pour un quatrième tome. Reste tout de même une lecture très sympathique, bien porté par une plume soignée et entraînante. Je lirai le cinquième tome avec grand plaisir.

Ma Note : 7/10

Extinction Game – Gary Gibson

Résumé : Dans un univers de mondes parallèles à l’infini, la vie est une denrée fragile et l’humanité plus encore. Toutes les apocalypses sont possibles. Entre l’hiver volcanique, l’astéroïde dévastateur et l’épidémie ultime, qu’elle soit d’origine naturelle ou délibérément provoquée, le choix est sans limites.
Telle que racontée par lui-même, ce livre est l’aventure de Jerry Beche, le dernier homme d’une Terre ravagée où il sombrait dans la folie. Il est désormais un éclaireur des mondes éteints. Avec ses compagnons, tous survivants d’autres Terres agonisantes, il explore les ruines des civilisations disparues pour le compte d’une mystérieuse « Autorité » qui les tient sous son joug.
Par quels moyens ? Dans quel but ? Les éclaireurs l’ignorent. Mais ils cachent eux aussi à Jerry des vérités insupportables. Et des accidents inexplicables ne viennent-ils pas gangrener leurs missions ? Le voile devra se lever s’il faut continuer de vivre.

Edition : L’Atalante

 

Mon avis : Ce livre, j’avoue, au départ je suis passé complètement à côté sans être tenté plus que cela. Le résumé n’avait pas réussi franchement à m’accrocher, dévoilant une SF explosive et, je dirais, sans finesse qui avait du mal à me convaincre. Attention j’apprécie de temps en temps de la SF sans prise de tête, mais là il me manquait clairement un truc pour me convaincre. Puis j’ai vu passer quelques avis positifs sur des blogs que je suis régulièrement qui ont commencé à titiller ma curiosité. J’ai donc décidé de lui laisser une chance. A noter une couverture, illustrée par Raphaël Defossez, que je trouve plutôt sympathique même si, je ne sais pas trop pourquoi, elle me fait trop penser au film Le Jour d’Après ce qui a peut-être d’ailleurs jouer sur ma première impression.

On découvre ainsi au fil des pages Jerry Beche, qui pense être le seul survivant sur terre, jusqu’au jour où il va se retrouver « enrôlé » par une organisation, l’Autorité, qui a la possibilité de voyager dans des mondes parallèles et cherche des éclaireurs pour les visiter et découvrir leurs secrets. Au final, une fois la dernière page tournée, je suis bien content d’avoir découvert ce roman. Alors c’est clairement de la science-fiction nerveuse et explosive, mais l’auteur brosse une image de fond qui ne manque pas d’idées, ni d’un minimum d’intérêt ce qui permet à ce roman, je trouve, d’offrir un peu plus au lecteur. Certes dans l’ensemble cela reste tout de même un roman qu’on pourrait appeler « pop-corn », qui ne cherche pas non plus à trop nous retourner le cerveau et dont le gros point fort vient clairement du rythme tendu et sans temps morts qui est proposé. On se retrouve ainsi à tourner les pages avec envie d’en apprendre plus que ce soit sur notre héros, comme sur cette fameuse organisation. L’auteur alterne ainsi efficacement entre des scènes plus d’actions et des passages plus explicatifs et descriptifs sans jamais tomber dans l’ennui ou dans la longueur. Le récit oscille ainsi de façon efficace entre aventures, survie et SF et je me suis laissé facilement porté malgré, c’est vrai, un démarrage que j’ai trouvé peut-être un chouïa longuet. Les différentes lignes d’intrigues et de sous-intrigues s’avèrent efficaces et offrent aussi un minimum de densité et d’intérêt au récit.

Là où, selon moi, le récit gagne principalement en intérêt vient de ce que construit l’auteur autour de son univers et la façon dont il le lie à son intrigue. Pourtant, les premières pages laisse entrevoir quelque-chose de finalement assez classique avec l’idée de voyage dans le temps et la fin du monde. Mais voilà au fil des pages il vient construire quelque-chose qui, sans non plus se révéler révolutionnaire, apporte un plus à l’ensemble avec cette idée d’ensemble de mondes post-apo, d’organisation, principalement sur  leurs buts, mais surtout dans les problématiques qui sont dévoilées. En effet, comme on peut s’en douter, l’Autorité n’est pas obligatoirement ce que l’on peut croire. Autre point intéressant vient que, certes, les mondes visités sont très classiques, mais l’auteur arrive vraiment, dans l’ensemble, à les rendre solides, vivants et entraînants même si parfois il essaie de trop en faire. Mais bon rien de non plus trop bloquant. On découvre ainsi des mondes très visuels, nous proposant ainsi plusieurs fins du monde. La notion de voyage dans les mondes parallèles est aussi développé de façon intéressante et solide, avec une particularité que je vous laisse découvrir pour ne pas trop spoiler. Reste peut-être le côté plus organisationnel qui m’a paru un peu trop classique par moment, mais bon je chipote un peu. Au final c’est l’alchimie que crée l’auteur en associant ses idées qui offre son originalité au récit.

Concernant les personnages, là par contre, je suis peut-être un peu plus circonspect dans mon analyse. Sur le papier les héros sont des personnages plutôt intéressants, que ce soit dans leurs constructions, dans leurs passés comme dans leurs façons d’appréhender la vie. La côté soumission à l’Autorité, que chaque éclaireur montre, pour ne plus être le seul survivant de son monde est bien amené, travaillée et efficace. On ressent d’ailleurs plutôt bien leurs besoins profonds à chacun de pouvoir vivre, profiter et non plus survivre avec tous les soucis que cela peut entrainer après des années de solitude. Sauf que voilà d’un autre côté ils sont plombés parfois, dans un premier temps par un manque de finesse flagrant, mais aussi par le côté émotionnel. Que certains indices soient par moments révélés par les héros concernant tel ou tel secret, je peux le comprendre, quand ces indices manquent à tel point de subtilité, ça en devient légèrement frustrant. Alors après ce n’est pas non plus trop grave, cela ne concerne qu’une seule grosse révélation que je voyais venir quasiment dès le début, mais quand même. Par contre, ce que je trouve dommage concernant les héros c’est clairement leurs manques d’émotions, ce qui arrive même à transformer certaine scène qui auraient pu être prenante et touchante en quelque chose d’étrange et dérangeant. Concernant les personnages secondaires ils remplissent bien leurs rôles de faire avancer l’intrigue, même si je trouve qu’ils sont un peu trop binaires et on devine trop rapidement qui sont les « bons » des « méchants ».

Au final ce livre a parfaitement rempli les attentes que j’avais, c’est-à-dire de m’offrir un récit sans temps morts, nerveux et efficace sans non plus tomber dans le trop déjà-vu. Surtout l’auteur arrive à offrir une intrigue solide avec quelques idées intéressantes malgré cette impression de déjà-vu que l’intrigue laissait penser initialement. Certes comme je l’ai dit le roman n’est pas non plus exempt de quelques défauts, mais rien de vraiment rédhibitoire durant ma lecture. Le style de l’auteur n’a certes rien de très marquant, mais il remplit parfaitement son rôle se révélant simple, efficace, entraînante et nous happe plutôt facilement, pour peut qu’on se laisse porter par ce récit pop-corn. Parfois, c’est vrai, il en fait un peu trop, tirant un peu certaines scènes, mais rien de vraiment marquant. Après j’avoue, la fin ouverte sur l’un des personnages mystérieux et le deus ex machina qu’il apporte dans l’évolution de l’intrigue m’ont légèrement laissé perplexe, mais j’ai lu que ce livre faisait partie d’un diptyque, j’attends donc ma lecture de cette suite avant de juger en espérant qu’elle soit bientôt publiée en France. Si vous cherchez de la SF mélangeant post-apocalyptique et mondes parallèles ce roman pourrait vous intéresser proposant un récit un minimum soigné et intriguant.

En Résumé : J’ai passé un bon moment de lecture avec ce roman qui pourtant aux premiers abords avait eu du mal à me convaincre de me laisser tenter. L’histoire offre ainsi un mélange de récit post-apocalyptique, d’aventures et de mondes parallèles intéressant, solide et plutôt bien construit le tout mené à un rythme haletant et efficace alternant de façon réussie des phases plus d’action avec des phases plus explicatives sans jamais non plus tomber dans la lourdeur ou l’ennui. Les questionnements que soulève l’Autorité par son côté mystérieux s’avère, certes par certains aspects assez classiques, mais  qui ne manque pas non plus d’un minimum d’intérêt plus on avance dans le récit et que se dévoile la vérité. Alors après l’auteur en fait parfois un peu trop, tirant un peu trop sur quelques scènes ou développant mal, pour moi, certains aspects, mais rien de non plus bloquant. Concernant les personnages j’avoue je suis un peu circonspect, l’auteur offre bien des héros plutôt soignés et intéressants à découvrir dans leurs envies de vivre et leurs histoires, mais voilà d’un autre côté il manque parfois quand même de subtilité et surtout d’un aspect émotionnel. Cela rend ainsi certaines scènes parfois légèrement déroutantes. Les personnages secondaires malgré un côté assez binaire remplissent parfaitement leurs rôles je trouve. La plume de l’auteur n’a rien de révolutionnaire mais s’avère simple, efficace et un minimum entraînante. Je ne jugerai pas certains points car ils restent ouverts et pourraient être développés dans le second tome que j’espère voir publier en France.

 

Ma Note : 7,5/10

 

Autres avis : Lune, Apophis, Maks, …

Les Enfantômes – Joëlle Wintrebert

Résumé : Avec Les Enfantômes, Joëlle Wintrebert (Les Olympiades truquées, Pollen, La Créode) s’aventure sur les terres du fantastique, sans pour autant délaisser la science-fiction. Les enfants qu’elle met en scène se battent à leur manière pour s’affranchir d’une vie qu’ils n’ont pas choisie : ainsi la fille-lune s’échappe de la ville sous-marine où on la retient prisonnière, la jeune migrante triomphe d’un enchantement qui la condamnait, le garçon malade s’évade dans le miroir qui lui rend sa force et ses jambes, la petite tisseuse verrouille la cruauté de son patron dans une tapisserie… Et souvent l’espoir jaillit de la rencontre avec l’autre, qu’il soit baladour, chimère, zorro des réseaux ou même, un autre enfant.

Edition : ActuSF

 

Mon Avis : Joëlle Wintrebert, j’avoue que je connais plus son travail de traductrice, c’est elle qui a réalisé la traduction de Blitz et All Clear de Connie Willis, que son travail d’auteur. Quand on m’a proposé de découvrir un recueil de l’auteur reprenant quelques-unes de ses nouvelles, je n’ai pas hésité longtemps avant de me laisser tenter. Concernant la couverture, illustrée par Philippe Caza, je la trouve réussie et sympathique. Il est à noter que ce recueil de nouvelles est disponible que en numérique, en effet la maison d’édition ActuSF a décidé de publier tous les mois des livres 100% numériques. Ce livre comporte ainsi douze nouvelles.

Les enfantômes : Une nouvelle très courte, d’à peine quelques pages, qui est loin d’être la plus marquante, mais qui se lit vite, facilement et met en place les grands axes des textes de l’auteur que sont les enfants. Quelques idées sont aussi soulevées concernant la guerre et la position des enfants face à cette tragédie. Cela fait réfléchir et s’avère fluide et vivant, mais aurait mérité plus de profondeur à mon goût.

L’oeil rouge du coutelier : Une nouvelle fantastique qui va lier une jeune fille avec d’étrange pouvoir et un couteau au rubis envoutant. J’avoue j’ai trouvé ce texte très agréable à lire et à découvrir. La plume de l’auteur, envoutante et captivante, marche à la perfection ici happant rapidement le lecteur. L’intrigue, certes linéaire, est mené sur un rythme efficace, montant en tension au fil des pages. On y trouve aussi des notions, présentes dans la plupart des textes, sur la jeunesse, mais aussi ici sur le vide, la fin. Un bon texte, intrigant et entraînant.

Le miroir magique : Cette nouvelle nous parle de la grave maladie d’un enfant et d’un miroir magique. Un très joli conte, qui traite, je trouve, de façon efficace et touchante de la maladie et de tout ce que cela entraîne. Le côté fantastique apporte un plus au récit qui développe une conclusion touchante, à la fois triste et pleine d’espoir. Certains passages sont peut-être traités trop rapidement, mais rien de trop bloquant.

Bébé tigre : Cette nouvelle traite de façon concise et, certes, un peu courte du travail des enfants à travers une jeune fille prodige dans le tissage de tapis vendu à un tisserand loin d’être un ange. Une histoire plutôt sympathique, courte et percutante, qui manque quand même de profondeur pour franchement se révéler marquant. Un texte que je classerai vite lu, apprécié, mais vite oublié, même si quelques idées sortent du lot.

Le ciboire : On entre ici dans la nouvelle fantastique légèrement teinté d’angoisse. On suit ainsi un frère et une soeur qui vadrouille à travers la région et qui vont découvrir une chapelle abandonnée. Entre conte et récit sombre, le texte se révèle plus que plaisant et entraînant, même si de nouveau je trouve que certains aspects sont traités un peu trop rapidement. J’ai bien aimé la chute qui a pris à contre-pied, je trouve, un des éléments fantastiques.

La voix du sang : Voilà une des nouvelles dont j’ai le moins accroché dans ce recueil. Elle traite de l’histoire d’un enfant qui, martyrisé par son père, cherche à se venger pour vivre paisiblement avec sa mère. J’en ai vu les idées, mais voilà j’y ai retrouvé les défauts des autres textes mais accentués. Elle manquait de profondeur, de complexité pour ma part et de plus la chute, qui se veut percutante, n’a pas réussi à me toucher. Clairement, je suis passé à côté de ce récit.

Victoire : De nouveau on plonge avec ce récit dans le fantastique légèrement angoissant, mais avec peut-être un peu moins de réussite à mon goût que Le Ciboire. On découvre ainsi Victoire, une vieille dame qui sent sa fin proche et part à la recherche d’une « héritière ». Le texte n’est pas mauvais, plutôt bien écrit et fluide, mais voilà le côté déjà-vu fait que l’ensemble est un peu prévisible. De plus, un personnage tombe un peu dans la caricature je trouve, comme si le texte avait mal vieilli. Rien de bien méchant non plus, offrant tout de même une sympathique lecture.

Les enfants du vent : Une courte nouvelle qui nous présente un peuple sédentaire qui va voir passer, comme c’est le cas à fréquence régulière, un peuple nomade. Cette nouvelle ne m’a pas laissé un souvenir impérissable, se révélant trop courte selon moi, manquant de profondeur et surtout proposant une fin que j’ai trouvé abrupte. La nouvelle n’est pas mauvaise en soit, mais ne correspond pas aux attentes que je pouvais avoir une fois celle-ci terminée.

L’enfant du lignage : On suit dans cette nouvelle Niall, jeune garçon qui va découvrir qu’on lui a menti depuis tout petit sur sa vie, le tout dans un monde qui a connu une grande tragédie. Un texte que j’ai trouvé très efficace et intéressant dans les idées soulevées, que ce soit dans les notions d’écologie, d’acceptations des autres  ou bien encore sur la société décrite. La tension monte lentement au fil des pages pour aboutir à une conclusion explosive dont mon seul léger regret est qu’elle m’a paru un peu trop ouvert et avec un petit happy-end un peu facile. Pourtant j’accroche souvent ben aux conclusions ouvertes.

L’oasis : Cette nouvelle nous fait découvrir Khadija qui va devoir faire face à une épidémie qui menace d’emporter sa mère. Un texte pas mauvais, qui soulève quelques questions sur le côté scientifique et la capacité des hommes à corrompre leurs expériences. Certes le questionnement est légèrement binaire, mais plutôt intéressant. L’intrigue, sans révolutionner le genre, fonctionne plutôt bien. Mon seul regret vient de la fin qui est beaucoup trop rapide, reposant sur des deus ex machina faciles et qui offre une conclusion en happy end qui en fait un peu trop.

La fille lune : La fille lune est une histoire d’amour interdite sur fond de science-fiction. Un texte plutôt sympathique et agréable, bien porté je trouve par les deux héros, mais qui de nouveau manque un peu de complexité pour clairement dévoiler son potentiel ainsi que son univers à mon goût. Comme si l’auteur avait peur de développer  un peu plus la toile de fond qu’elle propose et de s’y perdre. Reste une lecture agréable et divertissante.

Le don des chimères : La nouvelle la plus longue du récit et aussi une des plus intéressantes, même si on y retrouve certains des défauts habituels que j’ai noté dans les différentes nouvelles. Un texte intéressant, qui nous présente un avenir proche qui a réussi à, d’une certaine façon, évoluer dans le bon sens. Des découvertes ont permis d’éviter certaines crises, mais les grands groupes restent toujours au pouvoir. Un récit qui offre ainsi un minimum de réflexion, tout en proposant une ligne d’intrigue efficace et surprenante. Alors après je regretterai à nouveau un manque de profondeur sur certains points, des transitions émotionnelles un peu frustre et une fin qui cherche un peu trop la fin heureuse, mais rien de non plus trop dérangeant.

En Résumé : J’ai passé un sympathique moment de lecture avec ce recueil de nouvelles qui offre un ensemble de textes aux idées intéressantes, portés par une plume que j’ai trouvée soignée et par moment envoutante. On sent aussi clairement l’envie de l’auteur de mettre en avant comme héros l’enfant dans son innocence, sa découverte de la vie mais aussi et surtout dans ses nuances, ses souffrances, et ses contraintes qu’il peut se voir imposer. On découvre ainsi des personnages complexes et souvent denses, intéressants à découvrir dans leurs actes et leurs envies. Après, tout n’est pas non plus parfait et on retrouve souvent dans ces textes les même défauts, ou tout du moins des éléments qui ne répondaient pas à mes attentes. J’ai ainsi trouvé que par moment l’auteur n’allait pas toujours assez en profondeur de ce qu’elle met en place, souvent dans la création de ses univers qui ne sont finalement là que pour soutenir ses idées. Le rythme est parfois trop rapide et saccadé principalement vers la fin comme si l’auteur se limitait en pages. Parfois cela manque aussi de complexité ; je ne cherche pas toujours de la SF dure ou du fantastique pointu, mais par exemple énoncer de nombreuses technologies ou évolutions sans jamais les expliciter et les rendre cohérentes à l’univers construit m’a un peu frustré. Enfin, dernier point qui est peut-être aussi clairement personnel, mais offrir des conclusions ou tout s’arrange parfaitement à la fin avec embrassades et cotillons m’a paru parfois trop facile. Attention au final j’ai plutôt apprécié ce recueil qui se lit facilement et ne manque de divertir un minimum, j’avais juste peut-être plus d’attentes.

 

Ma Note : 7/10

Le Portrait de Dorian Gray – Oscar Wilde

Résumé : Par la magie d’un vœu, Dorian Gray conserve la grâce et la beauté de la jeunesse. Seul son portrait vieillira. Le jeune dandy s’adonne alors à toutes les expériences, s’enivre de sensations et recherche les plaisirs secrets et raffinés.
« Les folies sont les seules choses qu’on ne regrette jamais », « il faut guérir l’âme par les sens, guérir les sens par l’âme ».

Edition : Audible

 

Mon Avis : Comme je l’avais annoncé il y a quelques semaines sur FB, grâce à une offre qu’Audible m’a faite je me suis lancé dans la découverte du livre audio. J’avoue de mon côté j’ai toujours eu un peu de mal à accrocher psychologiquement à cette façon de « lire ». Pas tant concernant l’outil en lui-même, que sur ma capacité à rester concentrer sur le récit sans avoir les mots devant les yeux. J’ai toujours été plus visuel qu’auditif sur la durée, c’est un fait. Finalement je suis content, j’ai réussi à rester concentrer et cette pratique me permet de découvrir un roman pendant des activités où je ne peux pas avoir obligatoirement de livre en main. Pour ceux qui souhaiteraient aussi découvrir le livre audio, Audible propose une offre d’essai avec le premier livre audio gratuit. Concernant le choix d’écoute Le Portrait de Dorian Gray,  cela fait un petit moment que je souhaitais le découvrir et j’ai donc profité de l’occasion. A noter aussi le très bon travail du narrateur qui, je trouve, a bien retranscrit le récit et son ambiance.

On plonge avec cette histoire en pleine époque victorienne, où l’on suit le destin de Dorian Gray présenté par Basil, un peintre reconnu qui en peint actuellement le portrait, comme de nature simple et belle. Lord Henry, ami proche de Basile aux positions bien affirmées et limite décadentes, intrigué par cette présentation va rencontrer Dorian et, à travers les paroles qu’il va prononcer, commencer à le corrompre. J’avoue, je me lançais dans la découverte de ce livre avec une légère appréhension tant j’en avais eu de bons échos. J’avais un peu peur de ne pas pouvoir rentrer dans ce récit à la plume d’époque qui aurait pu mal vieillir ou m’ennuyer par une propension à tourner parfois en rond. Finalement, même si tout n’est pas parfait, j’ai passé un très bon moment à la découverte de Dorian Gray. On est clairement ici dans le roman psychologique et philosophique. Certes le rythme est lent, ce qui pourra en déranger certains, mais les points que soulèvent l’auteur et la façon dont il amène ses idées font que j’ai été facilement et rapidement happé par la richesse et la profondeur d. Alors, je n’ai pas toujours été d’accord avec ce que cherche à mettre en avant Oscar Wilde et certaines idées ont très mal vieillies, mais dans l’ensemble la narration est fluide, intelligente et intriguante.

Le premier point que j’ai trouvé intéressant dans cette oeuvre c’est le travail de l’auteur sur ses personnages principaux qui s’avère terriblement efficace. Dorian, Basil et Henry représentes ainsi trois facettes dans ce roman, trois pièces différentes, mais qui pourtant se répondent. Entre amour, passion, rejet et haine il nous offre trois héros fascinants, soignés et surtout complexes qui se vouent l’un à l’autre une certaine fascination. Un lien voilé unit ses trois là, qui vont finalement se révéler beaucoup plus proche les uns des autres, malgré leurs visions parfois complètement différentes. En effet Basile possède une vision plus poétique de la beauté ou de la vie, là où Lord Henry offre une vision plus matérialiste dans la quête des plaisirs. Dorian aurait pu être ainsi le pion central du livre, tiraillé entre ces deux visions antinomiques de Basil et Henry, devant se construire lui-même dans la société et pourtant c’est loin d’être le cas. En effet il propose ainsi une personnalité beaucoup plus complexe et indépendante, offrant sa propre conception de la vie. Finalement, ce qui va lier ces trois hommes c’est surtout le portrait, la vision que chacun s’en fait et, d’une certaine façon, les convoitises qu’il va lever et les conséquences qu’il va avoir sur chacun d’entre eux soulevant ainsi de nombreuses questions. Mais surtout, comme l’a dit l’auteur, ces trois personnages sont un peu les représentations de sa vie, de ce qu’il est de comment il est jugé. Au final trois héros complexes, humains qu’on peut par moment détester, mais dont on comprend les motivations et les sentiments.

L’autre point fort vient de l’image d’époque proposée, cette toile de fond que j’ai trouvé attrayante. Cette époque victorienne à la fois décadente et d’une grande beauté ou la séparation entre la bourgeoise et les pauvres se fait de plus en plus ressentir, où les tensions sociales et aussi ethniques sont très présents et où la ville de Londres oscille entre une beauté étrange et fantastique et des bas-fonds sombres et dangereux. Entre constat désabusé et poésie, on oscille et on se laisse porter par cette époque et cette ambiance prenante, déroutante et envoûtante. La ville de Londres, bien retranscrit par des descriptions vivantes et denses, donne envie d’être découverte, d’être visité que ce soit dans ses coins les plus ensoleilles comme dans les plus sombres. Il se dégage une véritable atmosphère de cette ville. Le côté fantastique permet à l’auteur de soulever de façon différente les réflexions qu’il amène et apporte, je trouve, un plus à l’ensemble. L’intrigue de cette lente chute en enfer du héros s’avère clairement entraînante et captivante, même si j’y reviendrai plus tard je me suis quand même parfois retrouve déconnecté du récit. On suit cette déchéance, cette souffrance en se demandant jusqu’où il va bien pouvoir aller. L’histoire aboutit ainsi à une conclusion, logique, percutante et qui colle bien au texte.

Mais comme je l’ai dit le gros point captivant vient clairement des réflexions et des notions philosophiques qu’il soulève. En effet Oscar Wilde développe ainsi de nombreuses questions bien porté par une plume incisive et des dialogues percutants et croustillants. Un des point important que cherche à traiter le récit, qui est d’ailleurs clairement annoncé dès la préface, c’est l’art, de la pensée de chacun sur le sujet et de l’utilisation qu’en font les différents personnages. L’art n’est ainsi qu’un outil, un objet, c’est ce que chacun en fait qui l’élève ou le descend. Il traite aussi de nombreux autres sujets comme la jeunesse, la beauté, les plaisirs, la notion de bien et de mal, la société, sa superficialité et son insouciance, ou bien encore par exemple les notions d’amour, de moral et d’âme. Le roman brasse ainsi de nombreux sujets, de façon intéressantes et même si certains ont mal vieilli, je ne peux pas nier la densité des réflexions proposé et les questions qu’elles soulèvent. Au final je regretterai juste un point concernant ce livre, c’est que par moment il en fait trop. certes la plume est riche, soignée et entraînante, mais par moment l’auteur donnait clairement l’impression de tirer son histoire sur la longueur. J’ai ainsi été sur certains passages déconnecté, me demandant si il cherchait à mettre quelque-chose en avant où s’il ne faisait que remplir ses pages. Mais bon rien de non plus trop dérangeant et j’ai au final passé un très bon moment de lecture avec cette histoire.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment devant le récit du Portrait de Dorian Gray. J’avoue que j’avais un peu peur de m’y lancer, de ne pas accrocher au style d’époque qui peut se révéler parfois trop riche, mais finalement non. Certes le roman est porté sur un rythme assez lent, se voulant à la fois philosophique et intimiste ce qui pourra en déranger certains, mais l’auteur a réussi à me happer. Que ce soit les différents personnages, qui s’avèrent complexes, soignés et bien porté par des dialogues incisifs, ou bien encore l’époque Victorienne et la découvert de la ville de Londres, j’ai trouvé au récit un certain charme et un côté immersif. L’ambiance fantastique permet aussi à l’auteur de souligner les idées de son récit et apporter un plus à l’ensemble. Car oui, le principal intérêt de ce roman vient clairement des nombreuses réflexions qu’il soulève que ce soit sur l’art, la jeunesse, la futilité, la société, la moralité, la beauté ou bien encore le plaisir. De nombreux sujets sont amenés, on peut ne pas être d’accord avec ce que présente l’auteur, certains sujets ont aussi mal vieilli, mais dans l’ensemble il pousse le lecteur à se poser des nombreuses questions. La plume de l’auteur est riche, dense, soignée et s’avère entraînante, même si je ne peux pas le nier par moment j’ai eu l’impression qu’il tombait dans le verbeux. En effet certains passages m’ont paru être du remplissage, qu’apporter clairement quelque-chose au récit, ce qui a fait que je me déconnectais légèrement de l’histoire, même si rien de non plus trop bloquant devant la qualité du livre.

 

Ma Note : 8/10

SS-GB – Len Deighton

Résumé : Angleterre, 1941. Londres est occupé par l’armée nazie. Churchill est mort, le roi George croupit au fond d’une cellule et la loi martiale terrorise le pays. Douglas Archer, commissaire à Scotland Yard, se voit confier une enquête de la plus haute importance : le Dr Spode, brillant physicien qui travaillait pour les nazis, a été assassiné et retrouvé avec d’étranges brûlures sur les bras. Et si ce meurtre était le signe avant-coureur de bouleversements autrement plus graves? Et si le monde était sur le point de changer pour toujours?…

Edition : Denoël Sueurs Froides (parution le 12/01/2017)
Traduction : Jean Rosenthal

 

Mon Avis : Len Deighton je le connaissais plus comme auteur de romans d’espionnage. J’avoue n’avoir, avant la lecture de ce SS-GB, jamais lu un seul de ces romans, mais j’en ai croisé régulièrement quelques-uns dans les bibliothèques de connaissances féru de ce genre de récits. Concernant ce roman, je me suis principalement laissé tenter par son aspect Uchronique qui veut que l’Allemagne aurait gagné la seconde guerre mondiale. Certes de nombreux romans traitent de ce sujet, avec plus ou moins de réussite, mais le résumé accrocheur et le fait que l’auteur soit aussi historien m’ont convaincu de tenter ma chance à découvrir ce livre. A noter que ce roman a été initialement publié en VO en 1979 et devrait être prochainement adapté en série TV sur la BBC.

Février 1941, l’Angleterre capitule, l’Allemagne vient de conquérir le pays et par la même occasion signer une des plus grandes victoires de cette seconde guerre mondiale. Churchill est discrètement assassiné, le roi est enfermé dans une cellule et la famille royale restante a fuit le pays pour se réfugier en Nouvelle-Zélande. Le peuple se retrouve donc sous le joug de la force allemande, tentant de survivre comme il le peut entre résignation, acceptation et résistance. Novembre 1941, Archer, commissaire de Scotland Yard, est envoyé enquêté sur un meurtre facile aux premiers abords et qui pourtant va révéler des indices étranges aux yeux de l’enquêteur. Encore plus lorsqu’un membre proche de Himmler va venir superviser son enquête. Déjà, pour ceux qui souhaiteraient plus de renseignement, on est clairement ici dans le roman qui pose la question « Et si? ». Si vous vous attendez à une histoire étrange comme le proposait Le Maitre du Haut Château, alors vous risquez de ne pas vous y retrouver. Le but est clairement de proposer une histoire, une reconstitution d’une Angleterre qui se serait retrouvé sous le joug Allemand. Et je dois bien avouer que l’auteur réussit son pari dans l’ensemble, m’offrant un bon moment de lecture, le récit aurait pu être encore plus prenant si, selon moi, il n’était pas passé à côté d’un ou deux aspects qui m’ont laissé perplexe.

Déjà le gros point fort du roman vient justement de la reconstitution de cette Angleterre tombée, soumise, ayant à peine eu le temps de comprendre l’attaque éclair et qui est maintenant obligée d’obéir aux envahisseurs sans même avoir pu franchement se défendre. La paix est fragile, une résistance s’est mise en place et on découvre ainsi au fil des pages une grande variété de la population, qui tente de survivre du mieux qu’ils peuvent. C’est cette plongée dans le quotidien de ces gens, dans la façon dont ils survivent et ce qu’ils doivent traverser sous cette occupation. Entre rationnements, souffrances et arrestations en masse chacun d’entre eux se retrouve à faire des choix, que ce soit aussi bien dans la lutte que dans l’acceptation. C’est un peu le moteur du roman je trouve, de tenter de nous faire vivre ce qui aurait pu arriver (et ce qui est finalement arrivé en France) et pose ainsi la question au lecteur de savoir quel choix nous, on aurait pu faire. Il n’est jamais simple de prendre de telles décisions et je trouve que dans cette partie du roman, ce que propose l’auteur, sonne juste, principalement grâce au personnage d’Archer qui est obligé de travailler avec les Allemands. La scène de l’école est aussi pour moi le véritable point d’orgue de la vie sous l’occupation Allemande dans ce roman. Alors bien sûr il y en a toujours qui arrivent à s’en sortir, à s’enrichir et à vivre plus qu’honorablement à force de négociations, de magouilles et de courbettes, mais qui, même ici, sont loin d’être des personnes caricaturales voir manichéennes. On est véritablement happé par cet univers rude, difficile et sans pitié.

L’autre point très intéressant du récit, mais qui pourra peut-être en déranger certains, c’est la qualité du travail travail d’historien proposé tout le long du récit. Cela se ressent aussi bien dans les termes employés en Allemand, mais aussi concernant les grades, les positions ou encore les documents, ou bien encore dans le travail descriptif  des organisations. Dans l’ensemble on peut facilement situer ce qui nous est présenté, mais parfois cela pourra demander un travail de recherches, qui ne me dérange pas, mais pourra en bloquer certains. Cela permet ainsi, je trouve, de rendre l’ensemble plus réaliste, plus concret, sans justement jamais faire tomber le lecteur dans un livre d’histoire, restant cohérent, fluide et collant bien au récit. Surtout que l’auteur offre aussi un point de vue aussi plus interne de la machine, montrant une Allemagne certes supérieur, mais possédant aussi ces soucis bureaucratiques et ces rivalités. Enfin l’un des derniers points qui a réussi à m’accrocher, c’est le travail qui est réalisé sur le jeu de manipulations, de mensonges, de trahisons qui entourent les personnages. Chacun d’entre eux doit jouer sur de nombreux niveaux, au milieu d’une situation loin d’être claire et où tout pourrait s’écrouler. Entre résistance et acceptation le chemin n’est pas aisé et la conclusion offre son lot de révélation et de tension.

Mais voilà, quelques points font que ce roman, même s’il offre un bon moment, aurait pu je pense se révéler encore meilleur. Le premier vient de l’intrigue policière. Que l’auteur ait besoin de cette intrigue pour faire avancer son récit, c’est logique, mais qu’elle se révèle si nonchalante, voir même fainéante dans son évolution est un peu frustrant. Les indices tombent limite comme un cheveu sur la soupe et de nombreuses révélations reposent plus sur l’énorme chance de notre héros que sur ces véritables compétences d’enquêteur. D’ailleurs il réussit même à passer à côté du seul indice important. Cela ne dérange en rien le côté immersif du récit, mais bon un travail plus soigné aurait quand même été plus accrocheur. L’autre point qui m’a, on ne va pas dire complètement dérangé, mais laissé perplexe : il vient des personnages. Je ne le nie pas, l’auteur offre des protagonistes un minimum soignés et profonds, que ce soit dans leurs actes, leurs envies et leurs passés. Sauf que voilà, déjà, niveau émotion c’est zéro, je n’ai jamais ressenti le moindre tressaillement devant la mort de certains ou les arrestations.

On le retrouve ainsi par exemple dans la tentative de construction d’une histoire d’amour a notre héros qui n’a jamais réussi à me toucher. Pire je trouve même que la journaliste dont il tombe amoureux ne sert pas à grand chose. D’ailleurs ça se ressent même dans les actes des personnages qui restent amorphes devant les drames. Ensuite ils est clairement difficile de comprendre leurs actes. Si on prend Archer il fait différents choix qui vont changer sa vie, sans qu’on comprenne pourquoi. Limite il pourrait lancer une pièce en l’air pour décider  et j’ai trouvé ça un peu dommage. Alors on pourra me dire que c’est la guerre, mais je trouve qu’il y a une différence entre cacher ses émotions et ne rien ressentir du tout. Alors au final ces quelques points, comme je l’ai dit, ne gâche en rien le plaisir de lecture que j’ai ressenti et l’aspect immersif proposé lié à l’univers et à la survie à cette époque. L’ensemble est aussi porté par une plume qui s’avère solide, entraînante et offrant un rythme plutôt captivant sans tomber dans le côté effréné.

En Résumé : J’ai passé un bon moment de lecture avec ce roman qui nous propose d’imaginer ce que serait devenue l’Angleterre si elle avait perdu la guerre. Le principal intérêt du roman vient clairement de son côté immersif dans cette société qui se retrouve sous le joug de l’Allemagne et tente de survivre en prenant des choix. Cela nous force aussi à nous demander ce que l’on aurait fait si on s’était trouvé dans la même situation. L’autre point clairement intéressant, mais qui pourra en bloquer certains, et l’important travail d’historien mis en avant par l’auteur que ce soit dans les expressions allemandes, les grades, les documents et autre. Certes, parfois ça demande un peu de recherche, mais j’ai trouvé que cela rendait ce récit encore plus  réaliste et concret. Autre point intéressant l’angle d’approche mis en avant par l’auteur qui nous présente une armée Allemande certes puissante, mais avec ses travers, ses rivalités et sa bureaucratie. Là ou par contre j’ai un peu moins accroché c’est concernant l’intrigue policière, qui m’a paru un peu nonchalante et aux révélations trop faciles, et aussi, d’une certaine façon, concernant les personnages. Alors ils ne sont pas mauvais, se révélant soignés avec un minimum de profondeur, mais vil manque clairement d’empathie n’ayant jamais réussi à m’attacher à eux . De plus les choix qu’ils font sont parfois très difficilements compréhensible, comme s’ils avaient pris la décision sur un lancé de pièce. La plume de l’auteur est entraînante, efficace et solide offrant ainsi une rythme un minimum entraînant.

 

Ma Note : 7,5/10

 

Autres avis : Apophis, Daidin, Joyeux Drille,