L’Enchâssement – Ian Watson

Résumé : Il y a cet institut médical anglais qui, discrètement, se livre à des expériences linguistiques extrêmes sur des orphelins coupés du monde… Dans le même temps, au Brésil, dans un coin de jungle amazonienne promise à la submersion par un barrage titanesque, l’ethnologue français Pierre Darriand étudie le langage enchâssé réservé aux mythes du peuple xemahoa, une langue qu’on ne peut comprendre que sous l’emprise d’une drogue sacrée… Ailleurs, au coeur du Névada désertique, Russes et Américains connaissent le vertige d’un premier contact extraterrestre secret avec les Sp’thra, une race engagée dans une quête infinie, mystique, du langage… Avant que tout ne se lie, ne s’enchâsse, donc, avec pour horizon potentiel l’ultime libération, celle des esprits.

Edition : Le Bélial’

 

Mon Avis : L’Enchâssement est un roman qui a initialement été publié en 1973 en VO et 1974 en VF. Il s’agit du premier roman publié de l’auteur, mais aussi celui qui a le plus marqué le milieu et est encore à ce jour considéré par de nombreuses personnes comme un chef-d’oeuvre. Chef-d’oeuvre que je n’avais pas encore découvert pour ma part. Par conséquent, quand les éditions du Bélial’ ont décidé d’offrir une nouvelle publication à ce récit, avec une magnifique couverture illustrée par Manchu, j’ai su rapidement qu’elle terminerait dans ma PAL. A noter aussi que ce livre possède une préface de l’auteur très intéressante malgré son petit air décousu, ainsi qu’une postface sur la linguistique et la SF qui est travaillée et captivante, permettant aussi, si besoin est, de comprendre et approfondir les hypothèses du récit.

Ce roman va ainsi nous plonger dans les aventures deux personnages principaux. Chris Sole, linguiste travaillant dans un institut sur un projet « secret », où des Orphelins cloitrés et coupés du monde dans un sous-sol apprenne le langage enchâssé avec l’aide d’un nouveau médicament. Pierre Darriand, ethnologue qui rêve de changer le monde et qui est parti étudier dans les confins du Brésil le peuple Xemoha qui utilise un double langage, traditionnel pour communiquer et enchâssé pour tout ce qui est rites, mysticisme et traditions. Ces deux personnages vont voir leurs vies bouleversés quand Chris Sole va apprendre que des aliens s’approchent de notre terre et qu’ils proposent un échange bien spécifique. Clairement l’intérêt premier de ce roman vient du sujet traité qui est la linguistique qui est étonnamment peu traité dans des romans de science-fiction, même si cela commence à changer. En effet beaucoup voit, à raison, la SF comme des récits de sciences dites « dures ». Pourtant des romans comme l’Enchâssement justement, Babel 17 de Delany ou bien encore Les Langages de Pao de Jack Vance et quelques autres d’époque qui construisent leurs intrigues sur le langage, montrent qu’il est possible aussi de construire des récits sur des sujets sur d’autres aspects de la science plus sociales.

C’est d’ailleurs finalement la grande force du récit, selon moi, le travail de l’auteur sur toute cette notion de langage et d’enchâssement, que je ne connaissais pas plus que cela mais que j’ai découvert avec plaisir. Il propose ainsi à travers ces arguments de montrer qu’avec le langage il est possible de s’élever et de dépasser nos différences, le tout avec la notion d’une langue, d’une grammaire universelle qui serait innée au plus profond de nous. Il considère aussi le langage comme un élément qui permet d’ouvrir et d’offrir un grand nombre de richesses et au bout de s’élever, cela se ressentant principalement lors de la rencontre avec les extra-terrestres qui proposent un travail de réflexion plutôt intéressant. Surtout il nous est finalement représenté comme une représentation personnelle de l’univers, de son univers. Une même phrase n’aura ainsi pas la même signification profonde pour chacun d’entre nous par exemple.

Le langage gagne aussi en densité et en intérêt avec le peuple Xemoha qui propose un double langage et surtout un langage plus « vivant » que celui que l’on peut connaître, qui se comprend aussi bien dans l’importance des mots que dans les mouvements. C’est ainsi un langage d’ouverture, qui permet une compréhension du monde plus large. La drogue est aussi au coeur de cette idée, celle utilisée par les Xemoha lors de leurs transes et celle injectés aux enfants dans le centre pour leur permettre d’utiliser le langage enchâssé, comme si la compréhension du monde, de sa beauté passe par une ouverture de l’esprit impossible sans aide. J’ai trouvé cette idée très liée à l’époque où a été publié le roman, où dans les années 70 l’art, la culture et les drogues ont souvent été très présentes dans ces milieu, mais qui n’a plus vraiment les mêmes références aujourd’hui. Enfin autre point intéressant du récit vient clairement de l’enchâssement des intrigues et sous-intrigues qui finalement colle parfaitement au récit et aux notions développés.

Sauf que voilà ce genre d’expérience n’est pas non plus sans contrainte, sans souffrance, Chris Sole en est d’ailleurs la preuve, son étude sur des enfants orphelins cloisonnés, poussé à apprendre le langage enchâssé part bien d’une idée de développement novateur, mais plonge dans les plus sombres  idéologies ou la morale disparait au profit du résultat et des avancées et où notre héros devient aveuglé par le but et le gain. J’ai toujours un peu peur avec cette notion qui tombe régulièrement dans la caricature du scientifique diabolique, mais là l’auteur l’intègre parfaitement dans le récit de façon nuancé et terriblement efficace. Le récit n’est pas obligatoirement facile d’accès aux premiers abords, demandant un minimum de concentration. Au final même si dans l’ensemble l’auteur arrive à rendre en grande partie le tout cohérent, accessible et que la postface apporte aussi son lot d’éclaircissement, il pourrait quand même en bloquer certains. Pour autant de mon côté c’est clairement cette partie scientifique qui m’a fasciné, dans les idées qu’elle soulève et dans les réflexions qu’elle propose. Certes certaines tombent un peu à plat devant les avancées obtenues depuis (je pense principalement à l’idée du langage universel), ou sont traités un peu trop facilement je trouve, mais l’ensemble est franchement efficace et ne m’a pas laissé indifférent, amenant des questions aussi simples que la compréhension de l’autre, mais aussi sur la définition de nos propres connaissances ou encore sur la notion de réalité.

Là où par contre j’ai eu de mon côté plus de mal et que je trouve que l’auteur pêche un peu dans son récit, c’est au niveau de son intrigue qui n’est pas à la hauteur j’ai trouvé. On a ainsi l’impression qu’elle n’est là que pour soutenir le message de l’auteur, sans chercher à la développer ou la densifier ce qui fait qu’au final elle a eu un peu de mal à me captiver et complètement m’entraîner. Pour autant l’idée proposée avec les aliens est intéressante et permet de développer un certain nombre de manipulations et de trahisons, mais voilà  l’ensemble est traité trop simplement et repose sur beaucoup trop de coïncidences tellement  faciles et bienvenues qu’elles en deviennent par moment improbable. Je pense par exemple à la conclusion sur les extra-terrestre ou encore la mission sur le barrage. C’est frustrant, car certains aspects de manipulation sont très bien amenés et soignés, je pense principalement à celle qui concerne l’ethnologue et son guide qui m’a surpris.

Je trouve aussi dommage que pour un roman qui met en avant une science comme le langage, une science de contact, il propose des personnages qui manquent de profondeurs, ce qui fait que je les ai trouvés constamment distants, voir légèrement froids. On sent aussi par moment le premier roman, principalement dans certains dialogues qui manquent de finesse. Attention cela n’enlève en rien les nombreuses qualités qu’offre ce roman que ce soit sur la notion linguistique, mais aussi dans certains axes de réflexions ou bien encore aussi certains aspects mystiques comme « l’accouchement » dans le peuple Xenoha qui sont franchement intéressantes, mais voilà au final je pense que j’attendais quand même un peu plus de ce roman principalement dans le travail sur son fil conducteur. J’ai quand même passé un bon moment de lecture, porté par une plume simple et efficace et je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur pour voir comment sa plume et ses idées ont pu évoluer.

Résumé : Ma lecture de L’Enchâssement a été un peu particulière. Au final j’ai passé un bon moment de lecture, emporté principalement par le travail effectué sur le langage ainsi que toutes les idées qu’il soulève. Proposant des notions vraiment riches sur l’important de celui-ci dans la compréhension de l’univers, ces contraintes, mais aussi sa capacité de nous élever, de nous améliorer. Il nous fait aussi réfléchir sur la notion de science, l’utilisation des drogues ou bien encore sur la capacité humaine à s’entredéchirer. Sauf que voilà autant les axes de réflexion et les idées développées, même si parfois ne sont pas parfaites où on un peu vieilli, sont captivantes, j’ai trouvé l’intrigue un peu faible. Comme si elle n’était là que pour offrir un cadre aux concepts présentés. Pour autant l’idée de départ est intéressante, même si classique, mais voilà entre les coïncidences trop faciles, les passages traités trop rapidement et parfois le manque de densité je me suis senti légèrement frustré. De même les personnages présentés m’ont paru un peu distant et froid, ce qui est dommage pour un roman traitant du langage et donc d’une certaine façon de l’échange, du contact et certains dialogues m’ont paru mal amenés. Après l’intrigue possède aussi de très bons passages, comme certaines manipulations ou certains aspects mystiques. Au final une bonne lecture, pas obligatoirement la claque annoncée par le statut du livre, mais un récit intelligent bien porté par une plume simple et efficace.

 

Ma Note : 7,5/10

 

Autres avis : Lorhkan, Iluze, …

Bilan 2016 !

Bonjour à tous et à toutes, déjà je me permets de vous souhaiter à nouveau une très bonne année 2017. Qui dit nouvelle année, dit normalement bilan et bonnes résolutions (que je ne tiens jamais). A la base je n’étais pas très motivé pour me lancer dans un tel exercice, l’année 2016 ayant été un peu chaotique que ce soit aussi bien IRL que pour le blog et ayant du retard dans mes chroniques, je ne voyais pas obligatoirement l’importance d’un tel bilan. Sauf que voilà, après une demande significative (il faut dire que j’i posé la question donc bon ^^) pour que je me lance dans un tel exercice. Voilà donc mon bilan pour 2016.

Le Blog

Comme je l’ai dit, 2016 a été plutôt mouvementée, principalement IRL avec une année éprouvante physiquement de mon côté, ayant accumulé une grande dose de fatigue et de stress et un déménagement en fin d’année qui a apporté de nombreux changements positifs, ce qui devrait me permettre de trouver plus de temps à moi et pour le blog. Car oui, au final, le blog aussi a, d’une certaine façon, pâti de cette situation avec par exemple la disparition au fil des mois de mon article sur mes achats, ou encore l’apparition de nouvelles chroniques qui n’ont pas eu le temps de percer. Normalement tout cela devrait revenir courant de l’année.

Qui dit bilan, dit aussi chiffres. Je ne suis pas obligatoirement un grand admirateur des chiffres, on leur fait dire ce qu’on veut et je me bats tous les ans avec analytics pour minimiser l’impact des visiteurs spams, mais en tout cas voilà les chiffres bruts epurés pour 2016 (année à 366 jours) :

  • 27 284 visiteurs sur l’année, soit environ 74,5 visites par jour
  • 40 707 pages visitées en 2016, soit 111,2 par jour

Si je compare avec 2015, je constate une légère diminution du nombre de visiteurs (ce qui n’est pas étonnant au vu de la baisse de régime du blog sur la fin de l’année) et un nombre de pages visitées qui est plutôt stable.

Au final d’un point de vue comptable, 2016 reste tout de même une très belle année pour le blog et cela est en grande partie dû à vous qui continuez à venir passer un peu de temps dessus à me lire. Je vous en remercie grandement et j’espère que vous serez toujours en rendez-vous en 2017.

Concernant la provenance visites, hors référencement google et visites directes, elles viennent principalement dans l’ordre de :

Bilan Lecture

Je ne savais pas trop ce qu’allait donner l’année 2016 avec tous ces changements, mais au final je suis plutôt étonné. Je suis certes toujours à la traîne concernant ma lecture des différents magazines ainsi qu’au niveau des BD/Mangas/Comics, mais j’ai quand même lu 105 livres en 2016. Soit 8 de plus qu’en 2015 là où je pensais justement lire encore moins. Comme quoi le RER aide beaucoup. Ce rythme devrait par contre normalement changer en 2017, justement dû à la forte diminution de trajet en transports en commun. Tout du moins, mes « moments lectures » vont devoir se réadapter aux différents changements survenus. Le principal restant de prendre du plaisir dans ce que je fais.

En 2016, j’ai aussi découvert la lecture audio, principalement grâce à Audible (pour ceux qui voudraient en savoir plus cliquer ici), et je dois bien avouer que ce nouveau format a quelques avantages. Je n’ai pas encore pu chroniquer le livre que j’ai écouté à cause du retard pris dans mes chroniques, mais je trouve que cela a l’avantage de me permettre de « plonger » dans un roman tout en effectuant d’autres tâches. Je continuerai donc la lecture sous ce format en 2017. J’ai aussi lu en VO, avec 8 livres chroniqués en Anglais. C’est pas mal, mais au vu de ma PAL VO qui connait une croissance importante, je vais essayer d’atteindre la dizaine de livres en 2017.

Je ne me lancerais pas, comme les années précédentes, dans un listing des livres qui m’ont marqué cette année, car je trouve la forme utilisée l’année dernière « lourde ». Je n’ai pas eu le temps de penser à une présentation différente, mais je suis plutôt satisfait des découvertes lectures rencontrées cette année. Il est à noter  aussi qu’en 2016 je n’ai participé à aucun challenge.

Prévisions pour 2017

C’est donc le moment où je me lance dans des résolutions que j’ai toujours du mal à tenir. Bon en fait pas vraiment, j’ai de vrais objectifs pour 2017, tout dépendra de comment je vais trouver mon rythme d’un point de vue personnel. Je pense donc enfin lancer mes comptes-rendus de lecture BD/Comics/Mangas, je vais aussi continuer mes chroniques de nouvelles lues à l’unité à droite, à gauche et enfin je vais enfin me lancer dans un index des articles, histoire de permettre à chacun de trouver un article plus facilement. Je vais aussi voir si je me lance dans quelques challenges, j’en ai vu d’intéressants passer, mais bon pas sûr d’avoir la motivation ni l’envie de m’enfermer dans des « objectifs » de lecture. Même si je sais qu’ils sont facultatifs, mon esprit cartésien veut que je remplisse tous mes objectifs, je me connais.

Franchement c’est déjà pas mal. Par contre il y a quelques semaines j’ai écrit un article qui n’avait rien à voir avec la lecture, mais concernait des films, je voulais donc savoir si ce genre d’article pourrait vous intéresser dans l’avenir ou non, surtout quand on sait que ce blog parle normalement que de livres et que je ne pense pas être le plus à même d’offrir un retour soigné. Faites-le moi savoir, je réfléchirai ou non à la question à ce moment là.

Voilà, il ne me reste plus qu’à clôturer ce bilan en vous remerciant encore grandement de votre fidélité et je vous souhaite de très bonnes choses pour cette nouvelle année et si possible de très bonnes lectures.

La Femme d’Argile et l’Homme de Feu – Hélène Wecker

Résumé : Lorsqu’elle se réveille en cette fin du XIXe siècle, Chava est enfermée dans une malle au fond d’un navire qui les emmène, elle et son nouveau mari, vers New York, loin de la Pologne. Faite d’argile, c’est une golème, créée par un rabbin qui s’est détourné de Dieu pour se consacrer à l’occultisme.
Lorsqu’il se réveille, le djinn est violemment projeté sur le sol de l’atelier d’Arbeely, un artisan syrien. L’instant d’avant, c’est-àdire mille ans plus tôt, cet être de feu aux pouvoirs exceptionnels errait dans le désert.
La golème et le djinn, fantastiques immigrés, se rencontrent au hasard d’une rue. Eux seuls se voient tels qu’ils sont réellement. Chacun sait que l’autre n’est pas humain. Tous deux incapables de dormir, ils se donnent rendez-vous une fois par semaine, la nuit, pour arpenter les rues de Manhattan, qu’ils découvrent avec émerveillement.
Mais une menace plane sur eux. Le créateur de la golème, d’un âge très avancé, est prêt à tout pour échapper à la mort. Et il a vu ou se cachait le secret de la vie éternelle : à New York.

Edition : Robert Laffont

 

Mon Avis : Ce roman a beaucoup fait parler de lui lors de sa sortie aux USA, fortement plébiscité et apprécié au vu des quelques critiques que j’ai vu, j’avais donc hâte de le découvrir. Ce fut donc sans surpris que lorsqu’il a été publié en VF, il a rapidement rejoint ma PAL, même si j’avoue, comme cela arrive parfois, il y a un peu trainer. Concernant la couverture je la trouve franchement sympathique dans son ton et ses choix de couleurs. Il est à noter que ce roman a de nouveau été publié, un an après sa sortie chez Robert Laffont, aux éditions Bragelonne avec une couverture « mois du cuivre » sous le titre, plus proche de la version originale Le Golem et le Djinn.

Ce roman nous emmène ainsi à New York, fin du 19ème siècle, où l’on va suivre et découvrir le destin Chava, une golème qui a perdu son maître quelques heures après sa « naissance » et vient d’arriver en ville, et Ahmad un djinn qui vient par erreur d’être libéré d’une fiole sans se souvenir comment il a pu terminer entravé. Deux êtres perdus, déracinés qui errent dans cette ville en pleine expansion et dont les chemins vont se croiser. On plonge ainsi dans un roman qui va nous offrir un rythme très contemplatif et poétique, prenant le temps de bien poser à la fois ses personnages, son univers ainsi que les notions que l’auteur cherche à soulever. Par conséquent si vous êtes un adepte des récits nerveux, avec de l’action ou avec une certaine tension, il vaut mieux passer votre chemin ce n’est pas du tout le but de ce récit. Pourtant je dois bien avouer qu’une fois la dernière page tournée je n’ai pas eu la « claque » de lecture espérée, même si cela n’empêche pas ce roman de se révéler intéressant  à découvrir et plus que sympathique à lire. J’avais peut-être, au final, un peu trop d’attentes.

Le premier gros point qui m’a happé dans ce roman vient du travail de l’auteur, qu’il soit aussi bien culturel qu’historique, pour rendre son récit clairement prenant, vivant, cohérent et efficace. Je ne sais pas si la ville de New York à l’époque est fidèlement retransmise, mais je sais par contre qu’elle a réussi à la rendre envoutante, attrayante, en pleine évolution et donner envie au lecteur de la découvrir de s’y balader. L’aspect culturel s’avère aussi soigné et dense, que ce soit du point de vue de la communauté syrienne liée au Djinn, comme de la communauté Juive liée au Golem. On sent qu’Hélène Wecker n’a rien voulu laisser au hasard, nous offrant ainsi un contexte riche et plaisant sans tomber dans la caricature. Cela ajoute ainsi au récit une bonne dose de tradition et de mythes parfois « pittoresques » mais socialement intéressants, qui permettent au lecteur de se sentir dépayser, de voyager d’une certaine façon.

Autres aspect très intéressant qui est lié aussi bien à la ville qu’à l’époque, c’est tout ce qui tourne autour de New York, de l’immigration, du contexte de l’époque et l’idée de se lancer dans nouvelle vie. L’auteur soulève ainsi de nombreuses réflexions sur l’importance des choix, le changement, le rêve ou encore les envies de chacun d’entre eux qui a rejoint New York pour y trouver une vie différente, une vie meilleure. Elle traite aussi de l’acceptation des autres, les inégalités ou encore la solitude. Mais c’est aussi une histoire d’adaptation, devoir ainsi s’adapter à tous les bouleversements qu’un tel changement apporte, mais aussi à l’époque qui évolue. Par conséquent le fait d’avoir deux héros « vierge » de toute connaissance de ce monde offre ainsi un sentiment plus puissant et marquant de ce que c’est de voir sa vie complètement chamboulée et de devoir reconstruire.

Les différents personnages croisés au fil des pages ne sont pas non plus en reste et donnent envie d’en apprendre plus sur eux. Que ce soit les deux héros ou bien aussi les personnages secondaires, ils s’avèrent ainsi très intéressant à découvrir et à suivre. L’auteur nous dépeint ainsi des portraits complexes de héros exilés qui sont obligés de se reconstruire et de trouver une nouvelle voie dans un nouveau monde, dont on s’attache assez facilement et rapidement. La vie n’est ainsi pas facile pour eux, entre « l’ancienne » génération encore plongé dans les mythes et les tradition de leurs anciennes vies et la « nouvelle » qui cherche à profiter pleinement des changement apparus. Le couple que constitue la Golème et le Djinn ne manque pas non plus de nous captiver, que ce soit dans leurs façon de voir ce « nouveau » monde, de le gérer, mais aussi dans leurs différentes confrontation, que ce soit entre eux lors de leurs rencontres, mais aussi parfois avec les autres. C’est ainsi leurs façons d’évoluer et d’apprendre, leurs visions du monde qui est aussi en plein bouleversement qui fait qu’on se laisse happer assez facilement par eux avec leurs envies et leurs frustrations. L’auteur construit aussi une relation entre les deux protagonistes efficace et surtout sans jamais tomber dans la guimauve ou l’histoire facile. On est ainsi devant deux héros humains et qui ne laissent pas le lecteur indifférent.

Autres aspect intéressant du livre, c’est la plume de l’auteur qui s’avère à la fois poétique, ciselée, délicate et pourtant simple dans la construction ce qui, je trouve, est une force pour ce récit. Ainsi sans tomber dans un langage trop alambiqué ou dense, elle arrive à créer une ambiance envoutante, qui n’est pas sans rappeler non plus les Milles et une Nuits que ce soit dans les passages du passé du djinn comme dans cette intrigue fil rouge sur le sorcier.  On a ainsi franchement l’impression de lire un conte moderne. Pourtant, quelques points m’ont tout de même dérange dans ce récit, le premier vient que, comme je l’ai dit, on est dans un récit très contemplatif, parfois même de trop. J’ai eu l’impression que l’auteur prenait par moment trop son temps sur la construction de son univers poétique au profit parfois d’élément d’intrigue qui auraient mérité plus de développement, voir moins de simplicité. Autre point, je ne sais pas trop comment l’expliquer mais ce roman ne m’offrait pas ce sentiment de « reviens-y »; de rappel. J’ai aimé me plonger dedans et suivre les aventures qui s’y déroule, mais quand je le posais je n’avais pas ce ressenti plus ou moins pressant qui me pousse à me replonger dans un roman. Peut-être une légère tension ou une légère nervosité supplémentaire dans l’intrigue aurait apporté un plus. Enfin j’ai trouvé la conclusion un peu abrupte et reposant sur certaines facilités, comme si l’auteur était pressé de boucler son récit. Cela n’a pas pour autant empêché cette lecture de s’avérer sympathique et agréable et même si je devais avoir trop d’attentes par rapport aux retours que j’avais vu passer, j’en reconnais ses qualités et je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

En Résumé : Au final même si ce roman n’a pas complètement répondu aux attentes que j’avais en me lançant dans sa lecture, j’ai tout de même passé un très agréable moment de lecture. L’auteur nous plonge ainsi dans un New York du 19ème siècle réaliste, vivant et qui donne envie d’être découvert. On se retrouve à suivre le destin d’une golème et d’un djinn, , héros déracinés et perdus, qui vont se croiser et tenter d’oublier leurs solitudes. On découvre ainsi des personnages soignés, denses humains, que ce soit les héros principaux comme les protagonistes secondaires et on se retrouve à les suivre avec un minimum de plaisir. Mais ce récit traite aussi de sujet important comme la notion d’immigration, l’acceptation de l’autre, les choix que chacun fait ou bien encore la notion de changement très présent à cette époque. J’ai trouvé aussi que la relation entre nos deux héros sonnaient juste, l’auteur la maitrisant parfaitement sans jamais tomber dans le côté guimauve. Le style s’avère ainsi simple, riche, ciselé et poétique, présentant ainsi le récit comme un conte moderne rappelant parfois aussi dans la construction comme dans certains passages Les Mille et une Nuits. Sauf que voilà j’ai trouvé que ce récit possédait quelques longueurs, que la conclusion m’a paru trop abrupte et enfin quand je posais ce livre je n’avais pas cet empressement et cette envie de m’y replonger rapidement dedans comme s’il manquait une légère tension. Cela n’enlève en rien les qualité du récit, surtout qu’il s’agit d’un premier roman, et même s’il n’a pas complètement répondu aux attentes que je pouvais avoir je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 7/10

 

Autres avis : Xapur, Lhisbei, Ptitelfe, nymeria, Koré, …

Latium, Tome 2 – Romain Lucazeau

Résumé : Dans un futur lointain, l’espèce humaine a succombé à l’Hécatombe. Reste, après l’extinction, un peuple d’immenses nefs stellaires, confrontées à une redoutable invasion extraterrestre.
Plautine fut l’une d’elles. À présent réduite à un corps unique, hantée par de mystérieuses réminiscences, elle accompagne Othon, automate obsédé par sa propre gloire, dans l’Urbs, siège du pouvoir impérial. Mais le complot qu’elle y met au jour dépasse ses pires craintes. Réfugiés à bord du vaisseau géant Transitoria, traqués par leurs ennemis et confrontés à la fronde des hommes-chiens, peuple homérique aussi redoutable que primitif, Plautine et Othon se lancent dans une quête métaphysique dont l’enjeu n’est autre que le retour du Dernier Homme.

Edition : Denoël Lunes d’Encre

 

Mon Avis : Il y a quelques semaines je me suis laissé tenter par le premier tome de ce diptyque, qui proposait un récit de Science-Fiction fortement teinté de philosophie, de tragédie et de réflexion, qui m’avait offert un très bon moment de lecture. Je me suis donc très rapidement lancé dans cette suite avec, j’avoue, de fortes attentes tant le premier tome mettait en avant de nombreux aspects captivants. A noter une couverture, toujours illustrée par Manchu, qui vient s’associer parfaitement avec le premier tome et que je trouve superbe. Par contre, comme souvent avec un tome deux, je risque de spoiler un peu le premier tome.

On se retrouve ainsi plongé à la suite directe du premier tome. Othon a gagné une grande victoire face aux barbares grâce à sa création des hommes-chiens qui lui permet ainsi de contourner le carcan lui interdisant de tuer tout être vivant. Sauf que cette bataille a aussi démontré que les barbares maîtrisaient le déplacement instantané, ce qui signifie que la guerre approche. Fort de ces informations et de sa nouvelle arme, Othon décide d’emmener ses hommes-chiens ainsi que le réceptacle biologique de Plautine sauvé lors de cette bataille sur l’Urbs centre politique des Intelligences et cela malgré son bannissement. Sauf que de nombreux complots vont se révéler au grand jour, les masques vont tomber et rien ne se passera comme il l’avait prévu. Alors une fois la dernière page tournée, je dois bien avouer que ce second tome n’a pas obligatoirement répondu complètement à toutes les attentes que j’avais. Maintenant autant être clair, c’est de nouveau un très bon tome, mais voilà je l’ai trouvé un poil moins prenant que le premier, la faute à quelques petits défauts présents ici ou là sur lesquels je reviendrai au cours de ma chronique.

Ce second tome va par contre se révéler un peu plus énergique que le premier. Pour ceux qui trouvaient peut-être le premier tome un peu trop verbeux voir philosophique, ce qui ne m’avait pas dérangé de mon côté, ce second tome va laisser plus la part belle à l’action et offrir un rythme plus nerveux et plus soutenu. Ce second tome répond ainsi encore plus que le premier à la notion de Space-opera avec son lot de batailles épiques, vivantes et percutantes. L’auteur n’oublie pas pour autant son travail philosophique ainsi que le développement de ses axes de réflexions qui sont toujours présents et toujours aussi riches, mais qui prennent un peu moins d’importance. Le premier tome servait ainsi plus à mettre en place les différents éléments et à introduire les différents acteurs, là ou ici on monte en tension au fil des pages ce qui fait que je me suis retrouvé à tourner les pages tout aussi facilement avec l’envie de découvrir la conclusion de cette intrigue aux nombreuses surprises. C’est d’ailleurs aussi l’un des points forts du livre, offrir un récit visuellement virevoltant et entrainant tout en proposant des notions plus profondes et réfléchies. On va ainsi découvrir au fil des pages de nombreux complots et de nombreuses trahisons qui vont peu à peu lever le voile sur la fameuse quête de nos héros de retrouver le dernier humain. Le tout est aussi porté par des scènes vraiment marquantes, comme par exemple celle de la naissance d’Othon ou bien aussi par exemple certaines scènes dans l’Urbs ou sur Mars.

Autre point intéressant, il vient de la conclusion que construit l’auteur, j’ai ainsi été en partie surpris par ce que propose l’auteur qui nous offre un final en apothéose, plus que fascinant et percutant. Alors certes, certains points sont largement prévisibles, mais dans l’ensemble elle réussit franchement à surprendre et à étonner je trouve alors que finalement elle est tellement logique. Une grande partie des éléments soulevés dans le récit et la mythologie viennent ainsi y trouver leur place et les dernières pièces du puzzle vont dévoiler l’image finale pour le plus grand plaisir du lecteur tout en maintenant de façon cohérent son récit légèrement ouvert, soit pour une suite soit pour le plaisir d’imagination de chacun. L’auteur continue aussi à développer de nombreuses idées intéressantes qui, certes, ne révolutionne pas obligatoirement le genre, mais s’avèrent efficaces et collent parfaitement au récit. Je pense principalement à la façon dont l’auteur développe les IA et leurs façon de gérer le Carcan ou encore sur les consciences qu’elles développent, mais aussi sur la notion de liberté ou encore l’aspect technologique et l’évolution de cette société. Les personnages sont toujours aussi intéressants à découvrir et à suivre, proposant ainsi des héros aux liens et aux relations complexes qui vont devoir faire face à des choix qui ne vont pas se révéler aisés, surtout devant leurs logiques. L’apparition de nouveaux protagonistes secondaires vient aussi apporter son lot de mystères et de questions. Dans l’ensemble l’auteur nous propose ainsi une galerie de personnages efficaces et soignés, qui collent parfaitement à cette tragédie Grecque que ce soit dans leurs questionnements, comme dans leurs façons de gérer leurs choix et leurs relations.

Mais au final, comme je l’ai dit, quelques points sont venus, non pas ternir ce n’est pas le bon terme, mais rendre cette lecture un peu moins fascinante. Le premier point vient de certaines longueurs qui se font ressentir dans la lecture. C’est d’ailleurs assez surprenant, car d’autres aspects m’ont paru au contraire être traités de façon trop rapide ce qui donne ainsi une impression d’une mauvaise gestion dans le développement de ses sous-intrigues. Ensuite j’ai trouvé que certains passages manquaient de développements, soit  n’apportaient pas grand chose à l’histoire. Je pense principalement à l’importance de la plebeii dans la première partie qui finalement disparait d’un coup, ou encore tout le passage sur Europe la lune de Jupiter, qui ne m’a pas paru des plus nécessaires, comme si l’auteur cherchait simplement à faire durer son récit. Après cela vient aussi peut-être du fait que j’ai trouvé ce passage traité beaucoup trop simplement, ce qui fait que les idées développées n’ont pas eu l’impact souhaité je pense. Enfin dernier point, je trouvais déjà dans le premier tome que l’auteur se servait de Deus Ex Machina un peu facile, là c’est de nouveau le cas. Maintenant soyons clairs, certes cette seconde partie possède quelques défauts, mais cela n’enlève en rien la grandeur et la puissance de l’oeuvre que propose l’auteur, surtout quand on sait qu’il s’agit d’un premier roman. On a peut-être pas le livre le plus parfait qui soit, mais je trouve qu’il s’agit d’une très bon diptyque, qui mérite je trouve d’être découvert, au moins pour se faire un avis. L’ensemble est toujours porté par une plume dense, soignée, riche et entraînante et je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

En Résumé : J’ai de nouveau passé un très bon moment de lecture avec ce second tome. Alors certes, il possède quelques défauts qui ont fait qu’il n’a pas complètement répondu aux attentes que j’avais suite au premier tome, mais cela n’empêche pas ce tome de se révéler plus qu’efficace et prenant. Cette suite nous offre ainsi plus d’action que le premier qui servait principalement à mettre en place les éléments. La tension monte ainsi au fil des pages entre trahisons, révélations et apparition de complots et de manipulations réussis et percutantes. L’auteur n’oublie pas pour autant son côté philosophique et ses axes de réflexions qu’il continue à développer comme par exemple son travail sur les IA, sur la notion de liberté ou bien encore sur l’évolution de cette société. Les personnages sont toujours aussi intéressants à suivre et à voir évoluer face à leurs choix, leurs façon de gérer le carcan, mais aussi dans leurs relations et leurs non-dits. Les nouveaux protagonistes apportent aussi son lot de sang neuf et de mystères. Après comme je l’ai dit le récit a aussi des défauts, certaines longueurs se font ressentir là où d’autres idées sont traitées trop rapidement, certains aspects manquaient clairement de profondeur voir n’apportaient rien au récit et l’auteur use un peu trop de Deus Ex Machina. Maintenant comme je l’ai dit ces points n’enlève en rien la qualité de ce diptyque. C’est juste une question d’attente que j’avais suite au premier tome et qui n’ont pas complètement été remplies, mais dans l’ensemble on a là un bon space opéra épique et riche en réflexion qui mérite d’être découvert. Surtout qu’il s’agit d’un premier roman. La plume de l’auteur est toujours aussi riche, soignée et entraînante.

 

Ma Note : 7,5/10

 

Autres avis : Apophis, Lhisbei, Le Mont des Rêves, …

Sous la Colline – David Calvo

Résumé : Le 9 février 2012, un incendie défigure l’Unité d’Habitation Le Corbusier, à Marseille. Au cours des travaux de réhabilitation, la découverte d’un placard non répertorié va révéler au grand jour un secret gardé depuis l’Antiquité. Archéologue déchue de la direction des fouilles, Colline va poursuivre clandestinement ses recherches, sans se douter que son arrivée va bouleverser l’équilibre d’une fragile utopie et peut-être changer à tout jamais le visage de la radieuse cité phocéenne.

Edition : La Volte

 

Mon Avis : J’avoue, ce roman a rejoint ma PAL un peu sur un coup de tête. Je l’ai croisé lors d’une de mes nombreuses visites de librairie et je suis tombé par hasard sur sa couverture qui a attiré rapidement mon regard. Pourtant, je ne suis pas obligatoirement à la base pas un grand admirateur du Corbusier. Ajouter à cela un résumé intrigant ajouté au fait que je souhaitais découvrir un roman de l’auteur depuis un petit moment déjà, ce livre a donc terminé sa course rapidement dans ma bibliothèque.

On plonge ainsi avec ce récit dans la ville de Marseille, plus précisément dans la cité du Corbusier, qui a subi un terrible incendie ce qui a révélé la présence d’un étrange placard non répertorié sur les plans. Colline, jeune archéologue, s’en va enquêter sur cet étrange mystère et ce qu’elle va y trouver va complètement la changer, ainsi que la vie de cette cité. J’avoue j’ai bien aimé ce roman et même si certains points m’ont laissé perplexe, j’ai facilement été emporté par ce que propose l’auteur. Déjà ce qui m’a fasciné c’est cette plongée dans cette cité du Corbusier, ensemble de bâtiments à la fois complexes, fascinants, déroutants et plein de mystères. J’avoue, je suis rarement allé à Marseille et encore moins près de cette cité d’habitation et pourtant l’auteur arrive à la rendre vivante, à la transformer limite en personnage central du livre qui donne franchement envie d’être découverte.

On est ainsi loin du simple cube de béton que laisse entrevoir les photos et qui caractérise régulièrement ce genre d’édifices de nos jours. On est ainsi plus dans une sorte d’idéal social où chaque détail et chaque élément est pensé exprès pour faciliter la vie de tous. A la base ce bâtiment devait être autonome, tout devait y être présent pour faciliter la vie de tous ainsi que leurs cohésions. Mais surtout ce qui fascine c’est son étrangeté, lié sûrement à la fascination de David Calvo et aussi à l’excentricité du Corbusier lui-même, qui donne ainsi à cette unité d’habitation une ambiance énigmatique, étrange, déroutante et pourtant tellement fascinante. L’auteur vient ainsi y ajouter au fil des pages une touche de fantastique, où le réel se mélange facilement avec l’impossible, ce qui je trouve apporte un plus à l’ensemble. Marseille n’est pas non plus en reste car, même si on reste durant tout le livre dans et autour de l’unité d’habitation, elle se ressent dans son atmosphère à la fois ensoleillée, étouffante qui cache une certaine beauté et qui colle parfaitement au récit tout en gardant aussi ce sentiment de danger et de corruption lié à la ville, même si parfois un peu théâtral je trouvais. Tout cela rend ainsi cette visite et cette plongée dans ce bâtiment unique et captivante.

Autre point très intéressant du roman, il vient des nombreuses réflexions offertes ainsi que du travail sur la mythologie qui est réalisé tout du long. Que ce soit sur le thème de l’identité, de l’évolution, du partage, du pouvoir mais aussi sur la manière de vivre ensemble ou aussi, et c’est un point important que lequel je reviendrai, sur la notion de genre l’auteur amène le lecteur à se poser de nombreuses questions. Mais surtout c’est aussi la possibilité à l’auteur de montrer que Marseille c’est bien plus que la ville que l’on peut voir dans les journaux, c’est aussi une ville de mythes et d’histoire. Et c’est un peu aussi la force du roman, arriver à lier des mythes et des légendes avec le Corbusier, mélanger aussi le vrai et le faux pour mieux surprendre et dérouter le lecteur. L’immeuble aussi possède son propre folklore qui vient se mélanger aux autre pour finalement offrir, je trouve, un tout cohérent et attrayant, même si parfois un peu barré, mais j’y reviendrai. L’auteur joue aussi avec le récit, nous offrant des interludes qui nous font découvrir la ville et son histoire autrement. Au fil des pages on en vient, moi qui n’étais pas plus tenté que cela par visiter la ville, à l’apprécier et à reconnaître son importance à la fois historique et culturelle. Limite je me laisserai bien tenter par une visite approfondie des trésors de la ville.

Enfin dernier point que j’ai trouvé réussi, il vient de la galerie de personnages haut en couleurs et hétéroclite que nous propose l’auteur tout du long, avec en tête d’affiche Colline. Elle est clairement l’un des pivot central du récit. Outre le fait qu’elle soit un élément primordial de l’intrigue soulevée , elle est aussi un élément important de réflexion et d’évolution à travers les nombreux changements et développements qu’elle va vivre. C’est ainsi ce personnage, à la fois perdue et sûre d’elle, en pleine quête d’identité, qui découvre une féminité qu’elle a toujours cachée et qui doit faire face aux regards des autres qui aimeraient parfois justement remettre en cause son identité, ne rentrant pas dans leurs cases pré-définies. On découvre alors une personnalité complexe, soignée et captivante à découvrir avec ses peurs, ses faiblesses, mais aussi ses convictions et ses forces. Un personnage meurtri qui doit se reconstruire. Les protagonistes qui gravitent autour d’elle ne sont pas non plus en reste, à la fois entraînants, drôles, curieux, angoissés ou angoissants, ils sont très intéressants à découvrir et à suivre et offrent des héros clairement atypiques, mais qui collent parfaitement, je trouve, au ton du récit.

Un roman qui nous m’a captivé par le voyage proposé, plus que par l’enquête étrange, et dont il faut se laisser porter, parfois même accepter ne pas tout comprendre. Et c’est un peu, par moments, ce que je pourrai reprocher au roman, c’est que l’auteur parte parfois dans des fulgurances et des passages mythologiques et poétiques qui lui sont tellement propres, qu’on a du mal à franchement entrer dedans et à parfois bien comprendre où il veut nous emmener. Cela peut se révéler frustrant, car j’ai eu par moment l’impression de manquer quelque-chose, mais ce n’est en rien non plus bloquant tant cette ballade m’a offert un très bon moment. Le tout est porté par une plume efficace, soignée et entraînante et je me laisserai bien tenter par d’autres romans de l’auteur.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman qui nous propose plus un voyage, une ballade dans ce Marseille étrange et cette mystérieuse cité du Corbusier qu’une simple enquête teintée de fantastique. En effet ce qui fascine c’est cette cité, la vie  de ses habitants mis aussi pour moi une découverte de cette cité qui est loin du blocs de bétons qu’elle laisse imaginer, mais dévoilant initialement un idéal social et un véritable travail architectural qui donne envie d’être découvert. L’ambiance de Marseille vient aussi, je trouve, se coller à merveille au récit à la fois étouffante, élégante tout en dévoilant en fond un léger sentiment de danger et de corruption. Limite maintenant je me laisserai bien tenter par une visite de la ville. Les autres points intéressants sont les nombreuses réflexions que soulève l’auteur que ce soit sur la cohésion sociale, l’identité, la reconnaissance et l’acceptation des autres ainsi que le travail mythologique à la fois captivant et soigné. Les personnages ne sont pas non plus en reste proposant une galerie de protagoniste haut en couleurs, bien porté par Colline héroïne complexe, déroutante et efficace. Au final je regretterai simplement que parfois l’auteur s’enfer dans des passages qui lui sont tellement propres qu’on a du mal à y entrer et les comprendre, ce qui m’a parfois donné l’impression de passer à côté de quelque-chose, mais rien de non plus trop bloquant. La plume de l’auteur s’avère efficace, soignée et je lirai sans soucis d’autres de ses écrits.

 

Ma Note : 8/10

Bonne année 2017 !

(Image trouvée sur ce site)

Je vous souhaite une bonne et heureuse année 2017 !

En vous souhaitant le meilleur pour cette nouvelle année ainsi que de bonnes lectures.