Le Jeu du Démiurge – Philippe-Aubert Côté

Résumé : 2901 – Calendrier universel terrestre
Les Éridanis, lointains descendants hermaphrodites des humains, ont entrepris de coloniser la Voie lactée en s’établissant de planète en planète. À bord du Lemnoth, ces posthumains de chair et de métal s’apprêtent à accomplir un nouveau saut interstellaire afin de fonder une autre colonie sur Selckin-2. Parmi eux, Nemrick, de la caste des Ludis, qui a intégré la mission afin de suivre l’amour de sa vie, le Techno Rumack, qui rêve de créer un milieu de vie idéal pour leurs descendants…
3045 – Calendrier universel terrestre
Plus d’un siècle après l’arrivée des Éridanis, de nombreuses cités s’éparpillent sur Selckin-2. Elles sont habitées par les Mikaïs, une race à mi-chemin entre homo habilis et homo sapiens créée par Rumack. Ce sont eux qui ont construit les prodigieux édifices de ces villes pourtant prévues pour des Éridanis.
Takeo habite Nagack, la somptueuse ville qui s’élève sur le flanc du mont Lemnoth. Comme ses congénères, il vénère les « Maîtres », mais ne s’en inquiète pas moins de la progression du Mal de Rumack qui les condamne à sombrer dans la sauvagerie s’ils ne reçoivent pas l’aide des arbres-machines. Pendant que des rumeurs de guerre se propagent dans la ville, Takeo cherche à sauver son grand-père de la régression. Mais une rencontre fortuite avec le fantôme de Rumack fera de lui la pièce maîtresse d’un jeu qui a débuté bien avant sa naissance, celui du Démiurge !

Edition : A Lire

 

Mon Avis : Lors du festival des Imaginales de l’année dernière (donc celui de 2016), j’ai été fortement intrigué par la couverture de ce roman. L’illustration, réalisée par Gregory Fromenteau, n’arrêtait pas d’attirer mon regard se révélant, je trouve, très réussie et accrocheuse. Je me suis donc arrêté au stand des éditions A Lire, où le quatrième de couverture plutôt accrocheur et une discussion avec l’auteur m’ont convaincu de le faire entrer dans ma PAL. J’avoue j’ai un peu traîné à l’en faire sortir, comme souvent avec une PAL comme la mienne. Il faut dire aussi que c’est un joli pavé de plus de 700 pages, mais il y a peu j’ai décidé de lui laisser sa chance et de me lancer dans sa découverte.

Le roman nous plonge dans un futur lointain où des descendants humains fortement modifiés, les Eridanis, se retrouvent obliger de coloniser l’espace pour survivre. Le récit se construit sur deux narrations, celle de Takeo un mikaï, race crée par les Eridanis pour les aider dans la colonisation de la planète Selckin-2, qui cherche à sauver son grand-père et les souvenirs de Nemrick qui nous présente la mission de colonisation et les aventures et péripéties qu’elle a vécu. La quête de Takeo va alors soulever de nombreux secrets et bouleverser la vie sur la planète. J’avoue qu’en me lançant dans ce roman, je ne savais pas trop à quoi m’attendre, mais je dois bien admettre qu’une fois la dernière page tournée, même si certaines erreurs de jeunesse se font ressentir, j’ai passé un bon moment de lecture, divertissant et efficace. L’auteur nous propose ainsi une intrigue qui, même si elle possède un côté assez classique, ne manque pas d’attraits ni de mystères et que l’auteur déroule à un rythme plutôt calme, posé, permettant au lecteur d’entrer facilement dans l’histoire et de s’approprier l’univers. Cela ne veut pas pour autant dire que le récit est lent ou ennuyeux, plusieurs scènes de tension et d’action venant régulièrement parsemé le récit et font qu’on ne s’ennuie jamais malgré la taille du roman. Le début du roman demande par contre de s’accrocher un peu, on peut se sentir un peu perdu dans ce monde foisonnant le temps que les repères et les premières places se mettent en place.

Le gros point intéressant du roman vient, selon moi, de l’univers que construit l’auteur et plus précisément de sa cohérence et sa solidité. On sent clairement que l’auteur cherche à proposer quelque chose d’un minimum dense, de logique et cela fonctionne plutôt bien. On se retrouve ainsi facilement emporté par l’ambiance et le contexte, ainsi que par les nombreux secrets, complots et trahisons qu’il cache et qui se dévoile au fil des pages. Ainsi le travail sur l’évolution de l’humanité, les castes, le besoin de conquête de l’univers pour survivre, mais aussi celle sur les Mikaïs, l’aspect limite divin des Eridanis et toutes les questions que cela soulève dans le contrôle de ce peuple et dans la notion de liberté ne manquent pas d’attrait. Ainsi le récit ne laisse pas complètement indifférent et offre plusieurs réflexions intéressantes, comme par exemple sur le pouvoir, les technologies ou encore plus personelles, sans non plus se révéler trop lourd ou trop ennuyeux. Alors c’est vrai parois l’auteur nous présent son monde de façon un peu trop didactique, j’ai trouvé, mais voilà rien de non plus trop gênant. D’ailleurs il est a noté que Philippe-Aubert Côté a fait des études en Biologie, ce qui se ressent dans son univers, offrant une certaine crédibilité supplémentaire, sans jamais, je trouve, tomber dans de la Hard-Science qui pourrait perdre certains lecteurs. L’aspect technologique s’avère aussi intéressant à découvrir, même si par moment il cherche à trop en faire. Au final un univers plus qu’agréable et efficace qui ne manque pas, selon moi, d’attrait et que l’auteur construit efficacement.

Concernant les personnages, ils ne sont, en soit, pas mauvais, mais ils auraient pu être un peu plus surprenant je trouve. Ils s’avèrent pourtant bien construits, avec un minimum de profondeur et un minimum entrainants, sauf que voilà j’ai trouvé qu’ils avaient un peu de mal à sortir de leurs rôles d’archétypes par moment ce qui les rend aussi d’une certaine façon, assez prévisible dans leurs actes comme dans leurs réflexions. Cela n’empêche pas pour autant pas de s’intéresser et s’attacher un minimum à eux à eux et ainsi de les suivre avec un minimum de plaisir, mais voilà il manque ce petit plus qui aurait pu les rendre franchement marquants. Que ce soit Takeo notre héros Mikaï qui va par la force des choses révéler les sombres secrets des Eridanis pour sauver ses amis et sa famille ou bien Nemrick qui joue un peu le rôle de mentor au grand coeur, mais qui cache de nombreux secrets, ils possèdent tous un peu cet air de déjà-vu. Ils restent quand même solides et entraînants. Les personnages secondaires ne sont pas non plus en reste, s’avérant eux-aussi un minimum soignés et construits, offrant ainsi plus que de simple vis-à-vis servant à faire avancer l’intrigue. La double narration entre présent et passé permet aussi à certains d’entre eux d’offrir une complexité supplémentaire qui est bienvenue et éviter de tomber pour certaine dans un côté un peu binaire.

Je regretterai par contre deux, trois points concernant ce roman. Le premier c’est l’oubli parfois de l’auteur de la fameuse règle du « Show, don’t tell », du montrer plutôt que de le dire. Hors ici l’auteur utilise un peu trop les dialogues pour tenter de montrer ce qui est parfois dommage. Cela se ressent principalement d’ailleurs dans le dialogue entre Nemerick, le Prince et Takeo où le prince nous raconte tout par dialogue, stoppé régulièrement dans son récit par Nemrick qui vient y apporter des ponts supplémentaires. J’ai trouvé ce passage plutôt froid et haché, alors que romancé il aurait gagné en puissance je trouve. Ensuite, certaines longueurs se font parfois ressentir, surtout dans le démarrage l’auteur prenant parfois un peu trop son temps à construire son monde. Enfin l’autre point qui m’a laissé perplexe c’est la conclusion qui m’a paru traité par contre un peu trop rapidement. Il y a de nombreuses lignes d’intrigues et l’auteur donne l’impression qu’il lui restait une cinquantaine de pages pour tout boucler ce qui est, sur certains points, comme le retour de Takeo à Nagack, j’ai trouvé cela un peu frustrant. Au final malgré ces quelques défauts j’ai trouvé ce roman solide et sympathique à lire, je me suis ainsi plongé dedans avec un minimum de plaisir, le tout bien porté par une plume simple et efficace. Je lirai sans doute d’autres écrits de l’auteur pour voir ce qu’il pourra proposer par la suite.

En Résumé : J’ai pass un agréable moment de lecture avec ce roman qui nous plonge dans un futur lointain à la découverte des Éridanis et des Mikaïs et leurs nombreux secrets qui vont être dévoilés par la quête de Takeo qui cherche à sauver son grand-père. Le gros point fort du roman, selon moi, vient de l’univers que construit l’auteur qui s’avère très solide et efficace, bien porté par un aspect technologique et scientifique soigné et qui soulève des réflexions intéressantes. Les personnages ne sont pas mauvais, s’avérant un minimum soignés et complexes, mais ont du mal à sortir des archétypes dans lequel ils sont construits. Ce n’est en rien gênant, mais ils auraient pu offrir plus je trouve. Les personnages secondaires sont eux aussi intéressant à découvrir, apportant ainsi plus qu’un simple vis-à-vis faisant avancer l’intrigue. Je regretterai par contre quelques longueurs ici ou là, une conclusion qui m’a paru un peu précipité pour tout boucler correctement et parfois le fait que l’auteur oublie la règle du « Show, don’t tell » abusant des dialogues là où une explication romancée aurait eue plus de force. La plume de l’auteur s’avère simple et efficace et nous plonge assez facilement dans son monde, malgré un démarrage où le lecteur pourrait se sentir perdu le temps que les pièces se mettent en place. Au final un roman sympathique, efficace et je lirai avec plaisir d’autres écrits de l’auteur pour voir ce qu’il proposera.

 

Ma Note : 7/10

La Cité du Futur – Robert Charles Wilson

Résumé : Pour cinq ans seulement, jusqu’en 1877, la cité de Futurity dresse ses immenses tours jumelles au-dessus des grandes plaines de l’Illinois. Depuis Futurity, des hommes du futur viennent visiter le XIXe siècle. Et, contre une fortune en métaux précieux, les autochtones peuvent dormir dans la tour n° 1, véritable vitrine technologique d’un incompréhensible XXIe siècle.
C’est dans cette cité, construite à partir d’un futur parallèle, que travaille, comme agent de sécurité, Jesse Cullum, un autochtone. Parce qu’il a sauvé le président Ulysse Grant d’une tentative d’assassinat, Jesse se voit proposer une promotion : assisté d’une femme du XXIe siècle, il va devoir mener l’enquête.
Mais que va-t-il réellement découvrir? Un complot pour tuer le président… ou les inavouables secrets de Futurity?

Edition : Denoël (parution le 18/05/2017)
Traduction : Henry-Luc Planchat

 

Mon Avis : J’avoue, depuis ma découverte de Robert Charles Wilson avec son roman Spin, je me laisse facilement convaincre par ses différentes publications qui m’offrent régulièrement une SF intéressante et humaine, bien porté par des personnages efficaces et charismatiques. C’est donc sans surprise que son dernier roman ait rapidement rejoint ma bibliothèque, surtout que le quatrième de couverture se révélait franchement accrocheur. Concernant la couverture, illustrée par Aurélien Police, je la trouve très réussie et colle bien à l’ambiance décalé du récit entre science-fiction et western.

Ce roman va ainsi nous plonger dans un 1877 alternatif, où des hommes du futur venant du 21ème siècle viennent s’installer pendant cinq ans. Le passé et le futur deviennent ainsi lieu de tourisme et des échanges entre le futur et le passé vont commencer à se créer. Bien entendu cela n’est pas sans conséquences et de la contrebande apparait. On se retrouve ainsi à suivre Jesse Cullum, embauché par cette cité du futur pour mener plusieurs enquêtes. Bon j’avoue une fois la dernière page tournée, je n’ai pas détesté ce roman, j’y ai même trouvé un certain plaisir de lecture dans ce qu’il développe et l’ensemble se révèle divertissant, mais voilà je ne l’ai pas trouvé non plus pour autant marquant que ce que j’espérais. Il lui manque, selon moi, un petit quelque-chose qui aurait pu le faire passer de roman simplement sympathique et distrayant, à quelque chose d’un peu plus marquant. Ce qu’on ne peut pas enlever à ce roman c’est qu’il se révèle facile à lire, fluide et un minimum entraînant. On se retrouve ainsi à tourner les pages avec un minimum de plaisir et d’envie d’en apprendre plus, surtout que l’auteur parait partir sur une narration un peu plus « légère », plus humoristique par moment et ça fonctionne plutôt bien.

Concernant l’univers on ne peut pas dire que l’auteur offre quelque chose de révolutionnaire, l’incursion du futur dans le passé avec toutes les notions et idées que cela soulève est plutôt déjà vu, mais cela ne l’empêche pas pour autant de nous offrir quelque chose de solide et d’efficace. L’intérêt principal vient surtout, selon moi, de la façon dont l’auteur amène cette collision entre le passé et le présent. Cela se ressent principalement dans la relation entre Jesse et Elisabeth, ce qui a pour conséquence d’apporter un certain choc des cultures, amené de façon assez subtile et efficace. Surtout un questionnement apparait alors sur l’influence que va obligatoirement avoir les gens du futur sur le passé, mais aussi inversement. Alors c’est vrai, parfois c’est un peu simpliste et, il faut bien l’admettre, Jesse a une capacité de résilience parfois un peu trop surprenante, tant il accepte avec facilité les choses, mais rien de non plus trop bloquant. L’aspect social est aussi intéressant, les changements et les bouleversements que vont apporter cette intrusion dans le passé ne manquent pas d’attrait et soulèvent de nombreuses idées intéressantes. Ce qui est dommage de ce point c’est que ce soit parfois traité qu’en surface. Je prends pour exemple toute la partie sur la fille de Kemp et ses revendications qui manque quand même d’un peu de profondeur, surtout concernant les causes et les conséquences que cela va avoir. L’autre intérêt du récit, je trouve, est de concentrer sa narration sur le passé. On voit des gens du futur, mais on ne va jamais dans ce futur. Celle offre une petite dose de mystère intéressante, et surtout permet une caractérisation des personnages différente je trouve, principalement dans les questionnements.

D’ailleurs, comme toujours avec Robert Charles Wilson, l’un des points forts du roman vient clairement des héros. On y retrouve à nouveau ce côté profondément humain, proche de nous et touchant qui les caractérise toujours dans ces différents romans. Il arrive clairement, en quelques mots, à rendre ses personnages vrais. Cela ne veut pas dire qu’ils ne tombent pas parfois dans certains archétypes, mais voilà il arrive à créer cette alchimie qui fait qu’on s’attache facilement à eux je trouve. Ainsi Jesse, le personnage principal que l’on découvre tout du long, ne manque ainsi pas d’attrait et surtout se révèle intéressant à suivre dans son évolution. Alors certes, comme je l’ai dit il accepte par moment un peu facilement les choses, mais on sent clairement que l’auteur l’a travaillé pour créer un personnage d’époque crédible dans sa vision du monde et dans ses réflexions. Il va aussi offrir de nombreux questionnements, principalement sur cette société futuriste proche de la nôtre avec toutes ces révolutions sociales et à travers les rencontres qu’il fait va montrer que, futur ou passé, le paradis social n’existe pas. Elisabeth ne manque pas non plus d’attrait, même si elle est un peu moins travaillée que Jesse, et se révèle elle aussi complexe, mélange à la fois de mère, de femme et de guerrière sans jamais tomber dans la caricature. Par contre, les personnages secondaires m’ont paru un peu léger, je pense principalement à la famille Kemp qui sans non plus se révéler creuse, l’auteur les travaillant tout de même un minimum, ils auraient quand même mérité, je trouve, d’être un peu plus soigné.

La narration est majoritairement celle contée par Jesse, excepté trois ou quatre passages qui offrent un narrateur différent. Alors j’en comprends l’utilité, elle permet de développer des passages ou Jesse n’est pas obligatoirement présent et surtout offrent aussi un peu d’action différente, mais voilà d’un point de vue personnel ce genre de narration me laisse toujours un peu sceptique. Concernant les réflexions qu’apporte ce récit, comme je l’ai dit, elles ne manquent pas non plus d’intérêt, surtout dans le travail entre le futur et le passé comme par exemple concernant les idéologies sur la position de la femme, le racisme ou encore d’un point de vue on va dire « colonial » ; la population du futur ayant une vision très figée et « sauvage » de cette époque alors qu’ils ne sont finalement pas si différent les uns des autres. Il y a aussi un travail intéressant sur l’Homme et sa capacité à gérer les nouvelles technologies, le voyage dans le temps ne servant finalement ici qu’à créer un grand parc d’attraction dans le passé pour se faire de l’argent. Il y a aussi un travail intéressant sur le côté un peu « divin » de ce voyageur du futur et sur les actes qui sont menés. Doit-il ou non modifier le passé ? Doit-il apporter des technologies et des avancées qui vont obligatoirement bouleverser l’Histoire ? L’auteur laisse, de façon efficace, à chacun le choix de se faire son propre avis.

Ce qui est dommage c’est que parfois ces réflexions sont à peine survolées. Je prends pour exemple cette idée, sans trop en révéler, qui tourne autour de comment a été obtenue la technologie pour voyager dans le temps, qui est franchement intéressante, mais étant à peine développée en devient légèrement décevante. L’auteur voulait peut-être rester dans un format court pour conserver le côté énergique du récit, mais c’est parfois légèrement frustrant. Je regretterai aussi une collusion d’évènements téléphonés qui amènent à la conclusion, je pense principalement à tout ce qui tourne au passé du héros. Enfin un autre regret vient de l’intrigue un peu policière que construit l’auteur sur les enquêtes du héros. Certes elle n’est pas mauvaise, mais bon sang ce que je l’ai trouvé mollassonne. Alors c’est vrai, elle sert simplement à travailler le propos de l’auteur, mais un peu de tension n’est jamais une mauvaise chose, surtout que bon certaines résolutions sont aussi un peu faciles. La plume de l’auteur est simple, efficace et un minimum entraînante. Au final on a là, selon moi, un roman qui n’est pas mauvais, avec de bonnes idées, mais qui aurait pu être tellement plus. Cela ne m’a pas empêché d’avoir passé un sympathique moment de lecture, mais il lui manque un petit quelque-chose, je trouve, pour se révéler marquant, surtout face à d’autres romans de l’auteur, ou alors Robert Charles Wilson recherchait simplement ce côté détente.

En Résumé : J’ai passé un sympathique moment de lecture avec ce roman qui se lit plutôt bien et assez rapidement, mais j’avoue une fois terminé je pense que j’en attendais tout de même plus. L’univers présenté n’a rien de révolutionnaire, ce qui n’empêche pas l’auteur de le rendre efficace et intéressant, principalement dans le choc des cultures et dans les questions qu’il soulève. Les personnages sont comme souvent un point fort des récit de l’auteur, nous proposant des héros humains, vrais et touchants, même si je trouve que certains personnages secondaires auraient mérité d’être un peu plus travaillés. Les nombreuses idées et réflexions développées ne manquent pas d’attrait, que ce soit dans les différentes comme les ressemblances entre présent et passé, dans la gestion de la technologie ou bien encore dans cette idée un peu « divine » de l’influence des hommes du futur sur l’Histoire. Ce qui est dommage c’est que l’auteur reste parfois trop en surface de ses idées ce qui est par moment légèrement frustrant. Je regretterai aussi quel le recoupement des différentes sous-intrigues dans la conclusion m’a, sur certains points, paru téléphonés et surtout une intrigue policière sur fond d’enquête qui s’avère quand même plutôt mou. Cela n’enlève en rien le côté divertissant du récit et les questions qu’il soulève, mais je trouve qu’il lui manque un petit quelque-chose pour se révéler encore plus marquant. La plume de l’auteur est toujours aussi fluide, entraînante et efficace et même si j’ai trouvé ce roman un peu en dessous par rapport à d’autres de l’auteur, je lirai sans soucis ses autres publications.

 

Ma Note : 6,5/10

 

Autres avis : Apophis, Yogo, Lune, Le Fictionaute, …

Contes du Soleil Noir : Invisible – Alex Jestaire

Résumé : À la dérive dans les rues de Bruxelles, un SDF prend conscience qu’il est en train de devenir invisible aux yeux des passants – réellement invisible. Facétieux, il tire parti de cette nouvelle donne en se jouant des barmen, des touristes, des policiers et des femmes…

 

Edition : Au Diable Vauvert

 

Mon Avis : Alex Jestiare nous livre avec Invisible le troisième conte de son cycle qui tourne autour des Contes du Soleil Noir. Après Crash, qui m’avait offert un sympathique moment de lecture et des réflexions intéressantes (ma chronique ici), puis Arbre qui m’avait laissé sur ma faim devant une certaine incompréhension du côté mystique et de la conclusion (ma chronique ), je me demandais bien ce qu’allait pouvoir proposer l’auteur dans ce troisième tome. Concernant la couverture, illustrée par Olivier Fontvieille, je la trouve moins intéressante que celles des autres tomes. Le personnage version kaléidoscope me fascine moins je trouve. Le livre est toujours porté par des illustrations internes de Pablo Melchor qui apportent un petit plus à l’ambiance du récit.

Ce récit reprend un peu le même genre de construction que Crash, le Geek nous présentant ainsi Joffrey, un SDF qui vit dans les rues de Bruxelles avec son chien et qui tente de survivre. Le genre d’individu que personne ne remarque jamais ; cela en devient d’ailleurs à un tel point que quand il se réveille il est devenu invisible. Il a beau tout tenter pour se faire voir et entendre, personne ne le remarque. Il se rend rapidement compte de l’intérêt de ce pouvoir, des avantages qu’il offre et des nombreuses « blagues » qu’il va pouvoir faire. Sauf que très vite Joffrey va découvrir que ce don est finalement une malédiction. Ce court roman se révèle finalement plus classique, la notion d’invisibilité d’un point de vue sociale ayant déjà été traité plusieurs fois, mais voilà j’ai trouvé que l’auteur s’en sortait plutôt bien. Le traitement légèrement angoissant, avec ce côté un peu misérabiliste qui, sans tomber dans la caricature, fait réfléchir et offre un certain intérêt au récit, font que j’ai trouvé que ce tome offrait un moment de lecture plus que sympathique et divertissant.

L’auteur reprend ici, comme je l’ai dit, le même type de construction que Crash, se concentrant plus sur une seule ligne d’intrigue, celle de Joffrey, ce qui permet ainsi à l’auteur d’offrir un héros très intéressant à découvrir. Alors pas tant dans ce qu’il montre obligatoirement, que dans ce qui est sous-entendu et les non-dits. La plume est toujours aussi incisive dans la construction de ce personnage, paumé, abandonné du système, qui a bien tenté pendant de trouver sa voie, pour mieux retomber dans la rue. Il est un peu le soucis d’un système d’élite qui ne s’intéresse pas, et ne veut surtout pas s’y intéresser, aux personnes qui ne n’arrivent pas à s’y intégrer. Mais surtout ce qui marque c’est cette lente compréhension du « don » que reçoit notre héros. Cette lente transition entre un pouvoir qui peut lui permettre de réaliser ce qu’il a envie, jusqu’à plonger au fur et à mesure dans une solitude encore plus angoissante, douloureuse et dérangeante. On découvre ainsi au départ un Joffrey tragi-comique, parfois jusqu’à l’absurde idiot, qui va peu à peu se rendre compte du manque des autres. Il découvre alors que la vie sans contact, sans rencontre, sans discussion n’est finalement qu’horreur et angoisse. Autant on peut ne pas être accroché par le personnage en lui-même, tant parfois j’ai trouvé que l’auteur en faisait un peu trop, mais sa descente aux « enfers » ne manque pas de faire réfléchir et de soulever de nombreuses questions et parfois même de toucher le lecteur.

Les réflexions que soulève l’auteur sont d’ailleurs un des axes principaux des différents contes qu’il propose. Il cherche ainsi clairement à offrir un conte social, à nous présenter une vision du monde sombre, angoissante, ou finalement notre société se dirigerait vers sa fin, le tout de façon cohérente et efficace. On se retrouve ainsi à se poser de nombreuses questions que ce soit concernant les laissé pour compte, ces SDF qui n’intéressent personne, sur la technologie et la manière dont elle est présente en permanence dans nos vies et enregistre tout ou bien aussi d’un point de vue social. On se met ainsi d’un certaine façon à se poser des questions sur notre société, cette façon qu’elle a d’isoler finalement chacun d’entre nous, de nous rendre indifférent à ce qui peut se passer autour de nous. Les axes de réflexions sont durs, percutants, mais ne sont jamais non plus imposés ; chacun se faisant son propre avis. Alors parfois, c’est vrai, ils se révèle traités de façon un peu facile voir simpliste. Il faut dire que le format est assez court, ce qui joue forcément, mais c’est quand même un peu dommage. J’ai par contre bien accroché à la conclusion de ce récit, teinté de fantastique, qui reste ouverte et colle bien au récit.

Concernant notre narrateur, le Geek, j’ai trouvé les passages le concernant mieux maîtrisé que dans Crash, même si par moment il continue à en faire un peu trop. Les passages où on le suit m’ont paru plus fluides et plus intéressants dans ce tome. Il continue par contre a en faire légèrement trop sur la véracité de son récit, cherchant à faire germer le doute dans la tête du lecteur, mais je ne trouve pas que cela apporte grand-chose, même si ça ne dérange pas non plus de trop la lecture. La plume de l’auteur est toujours aussi vive, incisive, percutante et efficace ce qui rend ainsi cette histoire encore plus saisissant. Je vais ainsi me laisser tenter par le quatrième tomes de ces contes qui devrait sortir dans quelques mois, histoire de voir ce que va proposer l’auteur.

En Résumé :  J’ai passé un sympathique moment de lecture avec ce troisième conte du soleil noir. On découvre ainsi ici Joffrey, un SDF qui va se rendre compte qu’il est devenu invisible. Il va alors décider de profiter de ce don, mais va se rendre rapidement compte qu’il en devient une malédiction. On plonge ainsi dans un récit dont l’angoisse va monter lentement au fil des pages, dévoilant une certaine solitude qui entoure notre héros, accentué par son nouveau « pouvoir ». L’auteur ne cherche pas l’horreur de son récit, mais plus le questionnement qui se dégage devant ce récit troublant. On se retrouve ainsi à se poser des questions sur notre société, la technologie, mais aussi principalement d’un point de vue social, sur ces laissés pour compte, ces abandonnés sur lesquels on ferme les yeux. Surtout les réflexions ne sont jamais imposées ou forcé, chacun se fait ainsi on propre avis. Alors c’est vrai, parfois elles sont quand même amenées de façon un peu simpliste et facile, mais rien de non plus trop bloquant. Les passages sur le Geek m’ont paru plus intéressant que dans Crash, même s’il continue à en faire un peu trop sur la véracité de son récit, cherchant trop à instiller le doute, mais bon rien de gênant. La plume est toujours incisive, efficace et percutante et je pense que je vais me laisser tenter par le quatrième conte prévu dans quelques mois.

 

Ma Note : 7/10

Contes du Soleil Noir : Arbre – Alex Jestaire

Résumé : Une journaliste use du pouvoir du Soleil Noir pour obtenir le matériau de ses articles, tandis qu’en Inde, l’ascension d’un Soleil Noir au-dessus d’un arbre sacré connecte un couple d’éleveurs, un riche philanthrope et un temple hindouiste.

 

Edition : Au Diable Vauvert

 

Mon Avis : Après avoir découvert le premier conte de cette série, Crash, qui sans non plus se révéler exceptionnelle, s’avérait sympathique à découvrir avec quelques axes de réflexions intéressants (ma chronique ici), je me suis donc lancé dans la lecture d’un second Conte du Soleil Noir : Arbre. J’étais intrigué de savoir ce qu’allait bien pouvoir nous proposer l’auteur. Je ne reviendrai pas trop sur les références cités, j’en ai déjà dit assez lors de ma précédente chronique, juste que je confirme qu’elles me paraissent trop « lourdes » à porter pour cette série je trouve. Concernant la couverture, illustrée par Olivier Fontvieille, je la trouve plutôt réussie et les illustration intérieures de Pablo Melchor offrent toujours une ambiance légèrement angoissante.

On retrouve ainsi le Geek, notre guide de ses différents contes, qui après l’histoire de Malika vient ici nous présenter deux lignes d’intrigues. La première concerne Janaan, jeune indienne qui officie à Londres en tant que journaliste et qui possède le pouvoir en parlant, grâce au soleil noir, d’imposer sa volonté aux autres. Comme personne ne lui résiste, elle arrive ainsi à récolter toutes les informations qu’elle le souhaite, même les plus sensibles. Elle va ainsi se retrouver à enquêter auprès de la jeunesse aristocratique anglaise la plus riche, mais aussi la plus décadente. Sauf que rien ne va franchement se passer comme elle l’espérait. La seconde intrigue nous emmène en Inde, où un sage va tenter, suite à d’étranges phénomènes qu’il ressent, d’en découvrir la cause. Alors j’avoue ce second conte est moins, l’on va dire, ésotérique que le premier, le fantastique est clairement annoncé ici et pourtant j’ai moins accroché. Certains points et certaines transitions m’ont ainsi laissé plus que perplexe j’avoue.

Alors, il y a quand même des points intéressants dans ce court roman. Le récit se révèle plus énergique que Crash, peut être aussi moins introspectif aussi dans le piège que cherche à tendre Janaan, mais qui va finalement se retourner contre elle où de chasseuse elle va en devenir la proie. On est ainsi porté par un rythme plus tendu. L’héroïne offre aussi une approche différente que celle de Malika du précédent tome. Toutes les deux « étrangères », elles offrent pourtant des trajectoires diamétralement opposées qui font obligatoirement réfléchir. L’ambiance est aussi saisissante, que ce soit dans le côté angoissant que développe l’auteur autour du récit proposé ici, mais du sentiment d’impuissance qui est ressenti lorsque le piège se referme sur Janaan. On y retrouve aussi cette lucidité dans la plume qui se veut sobre, simple et pourtant tellement incisive. Autre point qui ne laisse pas indifférent c’est finalement la représentation de cette société, que ce soit Janaan qui abuse de son pouvoir pour ses simples envies personnels de réussite, ou bien les personnes qui vont la piéger et qui sont loin d’être des saints.

L’auteur nous offre aussi, même si j’ai trouvé cela moins marquant que dans Crash, de nombreux points de réflexions. En effet on y découvre ainsi une bourgeoisie Anglaise totalement déconnectée, qui se plonge dans la dépravation, les drogues et les fêtes pour son simple plaisir. On y voit aussi apparaitre une différence de classes accentuées où seuls les sélectionnés sont acceptés, que va être obligée de découvrir Janaan par la force des choses, allant jusqu’à en apercevoir les désirs les plus pervers et aberrants. On en vient à se poser des questions sur les envies humaines les plus sombres, Ce vernis de morale qui s’effrite, mais aussi sur l’inhibition qu’apporte l’argent et le pouvoir. Certes c’est du déjà vu, mais pourtant cela fonctionne ici plutôt bien, porté grâce à cette ambiance étrange et dérangeante. Obligatoirement, si on extrapole et qu’on sort du premier degré du récit, on pense aussi se questionner sur la violence présente dans notre société, à cette impuissance que l’on ressent qu’elle soit aussi bien physique, morale que même plus globale.

Sauf que voilà une fois la dernière page tournée, je dois bien avouer que je ne suis pas sûr d’avoir tout compris, principalement dans le dernier tiers quand les deux lignes d’intrigues se rejoignent. Il faut dire que toute la partie Indienne n’a pas totalement réussi à me happer, se perdant dans des notions mystiques que j’ai eu du mal à comprendre et à appréhender. Par conséquent quand on arrive dans le dernier tiers où tout se relie, je me suis senti un peu perdu. Certes c’est étonnant, surprenant, mais énormément de questions restent ouvertes, trop même pour moi qui pourtant aime ce genre de conclusion. J’en ai compris le côté un peu philosophique sur Janaan qui va découvrir son côté sombre, l’appréhender et s’en relever, mais de mon côté ça s’arrête là, ce qui est quand même frustrant. Alors après quelques recherches j’ai vu que l’auteur a construit ces contes sous la forme de 30 textes qui pourraient se répondre, on pourrait donc trouver nos réponses dans un autre livre de l’auteur, mais je trouve cela quand même un peu dommage. Je suis peut-être aussi passé à côté, n’ayant que peu de connaissances que le côté mystique indien que met en avant l’auteur. La plume de l’auteur est par contre toujours aussi fluide, entraînante et efficace et je lirai le troisième conte histoire de me faire un avis plus complet.

En Résumé : Je suis sorti de ma lecture de ce court roman Arbre, deuxième récit des contes du Soleil noir, avec un sentiment mitigé. J’avoue avoir bien accroché à la partie sur Janaan qui cherche à tendre un piège, mais qui va finalement se refermer sur elle. On ressent l’angoisse et ce léger sentiment d’horreur que met en avant l’auteur, ainsi que les réflexions qu’il soulève. On se trouve ainsi à se poser des questions sur la violence dans notre société, notre sentiment d’impuissance générale face à une population déconnectée, ou bien encore sur cette part sombre qui se cache en chacun d’entre nous et qui peut surgir. Le soucis c’est que je suis complètement passé à côté de toute la mythologie Indienne qu’on découvre dans la seconde ligne d’intrigue, ce qui fait que quand les deux se rejoignent dans la conclusion je ne suis pas sûr d’avoir tout compris ce qui est quand même un peu dommage. Certes cela peut venir clairement de moi, mais voilà cela a forcément jouer sur mon ressenti. La plume de l’auteur est fluide, vive et efficace et je lirai le troisième tome histoire de me faire un avis plus complet.

 

Ma Note : 6/10

Contes du Soleil Noir : Crash – Alex Jestaire

Résumé : La vie précaire d’une jeune mère isolée tourne au cauchemar après un accident. Clouée sur son lit d’hôpital, face à la télévision, elle se dissout peu à peu dans le flux de l’information mondiale catastrophiste.

 

Edition : Au Diable Vauvert

 

Mon Avis : Ce livre a terminé sa course dans ma PAL un peu par hasard. En effet on m’a proposé, il y a peu, de découvrir les premiers exemplaires de la série de contes écrite par l’auteur. Il y a ainsi cinq volumes qui vont être publiés courant de l’année 2017, chacun d’entre eux proposant une histoire et un personnage qui lui est propre. J’avoue alors avoir été intrigué par le concept, ainsi que par le côté très fantastique qui se dégageait des premiers résumés. À noter aussi une couverture, illustrée par Olivier Fontvieille, qui je trouve colle parfaitement à l’ambiance un peu étrange que veux mettre en avant l’auteur. Les illustrations intérieures, réalisées par Pablo Melchor, fonctionne bien aussi, proposant des dessins étranges et légèrement oppressants qui collent parfaitement au récit.

Je vais par contre faire un point. Je reviens rarement sur les références citées en quatrième de couverture, souvent parce que je trouve qu’elles ne servent à pas grand-chose et qu’à force de trop vouloir faire de comparaison on en oublie finalement l’auteur. Pour Crash je vais faire une exception, car je trouve que les noms cités en quatrième de couverture (King, Barker, Cronenberg ou encore Moore) me paraissent de trop pour les épaules de ce récit, ne sachant pas encore pour les autres tomes. Il serait ainsi dommage de se lancer dans la lecture de ce livre grâce à ces simples arguments, on risquerait d’en sortir déçu alors qu’il possède quand même une certaine originalité je trouve.

Plonger dans Les Contes du Soleil Noir c’est un peu comme plonger, si je devais proposer une référence (qui comme toute référence est bancale), dans Les Contes de la Crypte, mais avec un côté plus angoissant d’un pont de vue social. Le narrateur n’est pas ici un squelette, mais un geek qui dans les tréfonds du réseau à noter de drôles d’irrégularités et se retrouve à mener différentes enquêtes pour nous offrir des histoires. On y croit où pas, chacun est libre en fonction de ce qu’il présente, mais le doute est toujours là. Crash va nous faire suivre l’histoire de Malika qui tente de survivre dans le 94. Séparée d’un mari qui s’est « radicalisé » dans la religion, elle se retrouve à élever seul son fils grâce à un boulot pourri et est forcée à compter chaque sous deux fois avant de le dépenser. Un jour en rentrant du boulot elle subit un AVC ce qui provoque un grave accident de voiture. Enfermée dans un hôpital et devenue limite un légume, elle passe ses journées devant la TV. Elle va alors commencer peu à peu à voyager, à se « dissoudre » dans les programmes. Alors j’avoue une fois la dernière page tournée, tout n’a pas fonctionné avec moi concernant ce récit, mais dans l’ensemble j’ai passé un sympathique moment de lecture.

Déjà ce qui marque, selon moi, c’est l’acuité de la plume de l’auteur dans la construction du personnage de Malika. On découvre ainsi une héroïne, pure produit de notre société qui a de plus en plus de mal, qui s’avère profondément humaine dans ses blessure et ses envies. Elle évite ainsi de tomber dans un côté cliché, misérable et propose un personnage émouvant, dont on sent les failles, mais aussi le besoin de s’en sortie d’avancer. Entre rêve et réalité on se rend compte ainsi qu’elle a dévié, plus par la force des choses que par véritable choix, du chemin qu’elle s’imaginait plus jeune. D’une certaine façon elle arrive, je trouve, à toucher le lecteur car on a tous, à un moment ou un autre, été confronté à des choix importants, à être pressé par notre société. Ainsi on comprend un peu, d’une certaine façon, qu’elle lâche prise après l’accident et préfère s’évader dans la télévision, vivant de voyages qu’elle ne fera jamais, plutôt que vivre d’une réalité morne et qui parait foncer dans un cul de sac. Le tout est aussi porté par une ambiance légèrement stressante, angoissante, qui monte doucement en tension au fil des pages.

Cela ouvre par conséquent de nombreuses réflexions, que ce soit sur notre société, notre façon d’aborder notre vie et de faire nos choix, l’influence de la technologie aussi à travers l’enquête que mène le Geek, mais aussi le besoin de faire disparaitre les informations les contrôler. Surtout l’idée qui, selon moi, se démarque, vient de l’évasion de l’héroïne à travers la télévision, sa capacité à fuir une réalité pour rejoindre un rêve, une vision. L’auteur la présente ainsi de façon neutre, ne cherchant pas à juger ou à montrer une dévire de notre société comme on le voit souvent à droite ou à gauche, mais nous dévoilant plus un constat dont chacun doit en tirer ses propres conclusions. Certes la technologie permet d’une certaine façon de « fuir », mais est-ce si grave de vouloir parfois se libérer des contraintes qui nous bloquent. Après c’est à chacun de ne pas dépasser les limites. Cela ne veut pas dire pour autant que ces avancées technologiques sont le rêve. Reste aussi, sans trop en dévoiler ni trop spoiler (j’espère), un questionnement sur l’avenir de notre monde, mais là je vous laisse découvrir.

Pourtant, quelques points m’ont tout de même dérangé. Déjà, comme je l’ai dit, le récit propose de nombreux points de réflexions, mais au vu de la taille du roman (une centaine de pages environ) parfois certaines ne sont à peines qu’esquissés ce qui est parfois frustrant. Ensuite, certains messages et certains axes de développements sont construits de façon un peu convenus à mon goût. De plus, l’auteur tente de s’amuser avec le lecteur, en jouant sur la véracité ou non de ses faits, sauf que parfois ça n’apporte rien, je trouve, à l’intrigue. Qu’il y ait du mystère je le comprends, mais voilà j’ai eu l’impression qu’il appuyait trop dessus pour tenter de nous dérouter sans que cela fonctionne complètement. Enfin le dernier point vient de la narration, le récit nous étant présenté à travers le geek qui en partie romance l’histoire de Malika et en partie vient lui-même apporter des précisions au lecteur et j’avoue que je n’ai pas toujours trouvés ces détails pertinents, alourdissant même parfois le récit. La plume de l’auteur est concise, simple, fluide et efficace qui vient coller parfaitement au récit, proposant ainsi un portrait à la fois tragique et intéressant qui, certes, et loin d’être parfait, mais m’a offert un sympathique moment de lecture.

En Résumé : J’ai passé un moment de lecture sympathique avec cette novella qui nous propose de découvrir un conte contemporain intéressant et légèrement angoissant, même si tout n’a pas réussi à m’accrocher. L’un des points forts du récit c’est la capacité de l’auteur à brosser une héroïne complexe, blessée par la vie et qui a du mal à tout gérer dans une société qui oublie de plus en plus la notion de social, le tout sans jamais tomber dans la caricature. On s’attache ainsi un minimum à elle et on la comprend. L’ambiance, légèrement oppressante, colle parfaitement à l’histoire et monte doucement en tension au fil des pages. De nombreuses réflexions nous sont proposés que ce soit sur l’influence de la technologie, sur nos choix de vie, sur la société mais aussi sur le besoin de fuir une réalité parfois trop oppressante. Alors parfois elles sont traités de façon un peu trop simplistes, ou rapides, mais dans l’ensemble ce récit ne laisse pas indifférent et nous questionne. Je regretterai aussi que certains axes de développements soient un peu convenus. Ensuite que l’auteur cherche un peu trop à créer le doute chez le lecteur ce qui ne fonctionne pas toujours bien. Enfin j’ai trouvé que les interventions du geek ne sont pas toujours utiles et alourdissent même, je trouve, le récit. La plume de l’auteur s’avère simple, efficace, incisive et fluide et je me laisserai tenter par les autres contes qu’il propose.

 

Ma Note : 7/10

Les Dieux Sauvages Tome 1, La Messagère du Ciel – Lionel Davoust

Résumé : Mériane est une trappeuse, une paria, une femme. Autant de bonnes raisons d’en vouloir aux Dieux qui ont puni le peuple de la Rhovelle pour les fautes de ses aïeux. Car depuis la chute du glorieux Empire d’Asrethia, le monde est parcouru de zones instables qui provoquent des mutations terrifiantes, les gens ont faim, et une religion austère qui prêche la haine des femmes soutient un système féodal.
Pourtant, quand les Dieux décident de vider leur querelle par l’intermédiaire des humains, un rôle crucial échoit à Mériane. Pour elle débute une quête qui la verra devenir chef de guerre et incarner l’espoir de tout un peuple.

Edition : Critic

 

Mon Avis : Lionel Davoust est un auteur dont je suis assidument les différentes publications depuis ma lecture de son premier livre La Volonté du Dragon. Il faut dire que, outre sa capacité à proposer des romans accrocheurs et efficaces, la construction de son univers Evanégyre au travers des différentes textes indépendants qu’il propose est vraiment fascinante et complexe. Cela permet aussi de proposer une large panel d’histoires, sur une ligne temporelle assez grande. D’ailleurs pour situer ce texte dans la chronologie il se situe avant Port d’Âmes, mais après la chute Saint Empire d’Asrethia. Cette fois l’auteur nous propose de revisiter  dans cet univers l’histoire de Jeanne d’Arc. Concernant la couverture, illustrée par Alain Brion, colle bien à l’ambiance du roman.

On plonge ainsi dans le royaume de Rhovelle, composé de sept duchés et gouverné par le roi Eol. Sauf que le roi n’a plus toute sa tête et a été obligé de laisser le pouvoir à un conseil composé d’un membre de chaque duché et de la reine. Sauf que certains se verraient bien redorer le blason du royaume à la place d’un roi malade. D’un autre côté les dieux Wer, dieu actuel de la Rovelle, et Aska se préparent à livrer une grande bataille, mais pour mener à bien cette bataille décisive ils vont devoir se reposer sur des Hérault. Mériane va alors se retrouver Hérault de Wer. Problème, la religion mise en avant par le dieu est une religion patriarcale, où les femmes n’ont pas d’autres rôle que de gérer le foyer et faire des enfants. Une fois la dernière page tournée j’ai passé un très bon moment de lecture avec le premier tome de cette trilogie. Certes, on ressent un peu le tome d’introduction, servant aussi bien à mettre en avant les personnages qu’à poser les bases de l’intrigue, mais le récit le fait de façon très efficace, pertinente et réussie. L’auteur construit ainsi son histoire en se servant d’une narration multiple, ce qui permet d’enchevêtrer de façon prenante différentes intrigues, que ce soit aussi bien Mériane qui devient Héraut du dieu, les dieux et leurs querelles, ou bien encore les jeux de pouvoirs et de trahisons porté par différents personnages. L’ensemble s’avère ainsi maîtrisé, bien porté par une tension qui monte lentement au fil des pages.

J’ai aussi replongé avec plaisir dans l’univers d’Evanégyre qui a bien changé depuis l’empire d’Asrethia bien connu avec ses technologies et son énergie quasi mystique, l’Artech, qui s’est depuis effondré pour laisser un monde en pleine reconstruction. Un avenir finalement plus moyenâgeux, mais contaminé par des zones instables qui transforment tout ce qu’il touche en abomination et poison. Une fusion entre biologie et technologie des plus immonde et effrayante. L’auteur montre ainsi qu’il continue clairement à s’amuser avec son univers, ce qui au final est plutôt une bonne chose, car cela permet d’éviter de s’enfermer dans la routine et par la même occasion offrir au lecteur régulièrement quelque chose de nouveau. Alors oui, c’est toujours risqué, mais je trouve que Lionel Davoust s’en sort bien, offrant ainsi un monde solide, plus âpre, plus violent et plus sauvage, mais qui aussi questionne sur ce qui a bien pu l’amener à une telle situation. On plonge aussi dans une construction qui peu paraitre binaire, avec d’un côté les fervents religieux et de l’autre les fervents technologiques, mais qui va finalement se révéler plus complexe au fil des récits. On découvre ainsi que chaque camp est loin de proposer le paradis et qu’en plus les humains ne sont pas non plus en reste pour venir tout compliquer. Au final j’ai plongé avec plaisir dans l’univers qui est proposé ici, bien porté par une ambiance sombre et efficace et qui offre de nouvelles perspectives. L’aspect politique est toujours bien présent et même s’il se révèle plutôt classique dans ces révélations (surtout si on connait un peu l’histoire de France) cela ne l’empêche pas de se révéler prenant et d’offrir tout de même quelques surprises.

Concernant les personnages le gros point fort du roman est ainsi d’arriver à offrir plusieurs points de vues, sans jamais vraiment donner l’impression d’ennuyer le lecteur ou de le perdre dans quelque chose de trop dispersé ou qui manque d’harmonie. Au final, ce roman propose des personnages sortent vraiment du lot. Je pense par exemple à Mériane l’héroïne qui ne cherche qu’à vivre sa vie en marge d’une société qui la rejette pour ses idées, ses choix de vie, et qu’elle ne comprend pas, qui va se retrouver guider par le dieu qui a justement crée cette société. C’est d’ailleurs elle qui soulève le plus de questions que ce soit sur la religion, notre regard sur les autres et sur les femmes ou bien encore la notion de bonheur et de connaissance. Il y a aussi Juhel, plus classique dans sa construction, mais qui s’avère efficace et offre quelques surprises. Les dieux Wer et Askaqui, au fil du récit, dévoilent une relation plus complexe qu’une simple haine. Je pense aussi à Chunsène qui a eu un peu de mal à me convaincre au début, mais qui très vite offre un regard intéressant et surtout permet de croiser certains personnages qui, je pense, vont se révéler par la suite. Au fil du récit l’auteur propose ainsi de suivre de nombreux protagonistes intéressants, certes parfois un peu convenus par moment, mais qui s’avèrent plus que solides, entraînants et proposant une intrigue captivante avec son lot de rebondissements entre complots, trahisons et conquêtes. Les dialogues ne manquent pas non plus de se révéler percutants.

Alors après, je ne regretterai finalement que deux petits points qui m’ont légèrement dérangés. Le premier, c’est une transition dans l’intrigue autour du Duc Juhel qui m’a paru un peu trop rapide. L’ellipse utilisé m’a paru peut-être un chouïa précipitée par rapport aux évolutions qui surviennent, surtout quand parfois l’auteur donne l’impression de bien prendre son temps pour expliquer d’autres changements, principalement au début. Enfin, j’ai trouvé que dans les scènes de batailles, l’utilisation de l’arc par Mériane m’a paru un peu trop facile. Elle donne franchement l’impression de positionner une flèche et de tirer trop rapidement je trouve ce qui fait qu’elle parait enchaîner les tirs à une vitesse hors norme. Bon après ce ne sont que deux petits points qui n’ont en rien gâché ma lecture, tant l’auteur offre un premier tome réussi, captivant, qui vient tout mettre en place pour la suite tout en offrant une tension qui monte crescendo et qui fait que je me suis retrouvé à tourner les pages avec plaisir et envie d’en apprendre plus. La plume de l’auteur est fluide, dense, prenante et j’ai hâte de découvrir la suite des aventures de Mériane tant j’ai de nombreuses questions qui me trottent dans la tête pour la suite.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce premier tome de cette trilogie qui offre une intrigue qui, certes, fait un peu à penser à un tome d’introduction, mais remplit parfaitement son rôle. On plonge ainsi dans une intrigue solide, efficace et entraînante avec son lot de rebondissements et de trahisons. J’ai replongé avec plaisir dans l’univers d’Evanégyre qui continue surtout à évoluer, proposant même une sacrée variation avec ce qu’on connaissait. C’est finalement ce que je trouve intéressant, arriver à renouveler l’univers, à lui proposer des variations logiques et solides. C’est à nouveau le cas ici, avec un univers âpre, violent, sauvage et prenant, avec un aspect social et politique intéressant. Les personnages ne manquent clairement pas d’attrait, certains sortant vraiment du lot comme Mériane, Juhel ou bien encore Chunsène et les protagonistes secondaires ne sont pas non plus en reste, me donnant envie d’en apprendre plus sur certains d’entre eux. Après, je regretterai peut-être une transition que j’ai trouvé un peu précipité, ainsi que la capacité à Mériane d’utiliser son arc, qui m’a paru un peu trop facile, mais rien de trop bloquant. La plume de l’auteur est fluide, soignée et prenante et j’ai maintenant hâte de découvrir la suite.

 

Ma Note : 8/10

 

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