1984 – Georges Orwell

Résumé : De tous les carrefours importants, le visage à la moustache noire vous fixait du regard. BIG BROTHER VOUS REGARDE, répétait la légende, tandis que le regard des yeux noirs pénétrait les yeux de Winston… Au loin, un hélicoptère glissa entre les toits, plana un moment, telle une mouche bleue, puis repartit comme une flèche, dans un vol courbe. C’était une patrouille qui venait mettre le nez aux fenêtres des gens. Mais les patrouilles n’avaient pas d’importance. Seule comptait la Police de la Pensée.

Edition : Audible

 

Mon Avis : Je continue mes lectures en audiobook qui me permettent de découvrir ou redécouvrir des classiques, principalement de la littérature de l’Imaginaire. Oui on ne change pas une équipe qui gagne, même si je pense que je me laisserai bien tenter prochainement par des classiques dans d’autres domaine, à voir. Cette fois mon choix s’est porté sur 1984 de Georges Orwell, que j’avais déjà lu il y a quelques années, mais que j’avais envie de redécouvrir avec un oeil différent face à mon bagage de lecture différent, mais aussi, on va dire, avec une vision différente de notre société que celle que j’avais quand j’étais étudiant. Je pense qu’il n’est pas nécessaire de présenter à nouveau 1984, un des chefs d’oeuvre les plus connus de l’auteur, voir son livre le plus connu, utilisé parfois à tort et à travers quand il s’agit de parler de notre société que ce soit par les journalistes et autres. Concernant la narration Christian Gonon, j’avais un peu peur du ton légèrement monotone au début, mais finalement le narrateur étoffe un peu sa palette et offre une lecture efficace et glaçante qui colle bien, je trouve, au livre.

Ce roman nous plonge dans un Londres fictif de 1984. Le monde est divisé en trois grandes puissances, l’Océanaia, l’Eurasia et l’Estasia suite à de grands conflits nucléaires. Ils sont dirigés par des régimes totalitaires présentés comme différentes d’un point de vue idéologique, mais qui sont finalement très proches. Ces trois puissances sont en guerre constante les unes avec les autres sans jamais qu’une seule arrive à prendre le dessus, seul les alliances changent. On se retrouve à suivre Winston Smith, un employé du parti qui travaille au ministère de la Vérité qui, de façade, montre un patriotisme sans faille se sachant surveiller par Big Brother, mais qui au fond de lui doute de plus en plus du régime en place. Winston ne le sait pas encore, mais il va voir sa vie changer. Alors, 1984 fût une claque quand je l’avais lu étudiant, à nouveau j’ai pris une claque en le relisant aujourd’hui. Le livre ne m’a pas laissé indifférent, m’a marqué et offre de nombreuses matières à réflexions. Avec cette chronique je ne vais pas non plus faire un décortiquage complet de l’oeuvre, de nombreux sites l’ont fait et l’ont sûrement mieux fait que moi, je vais simplement, comme d’habitude, vous faire un retour sur mon ressenti concernant le roman. Désolé pour le lycéen qui passerait par là.

Déjà, la première chose qui marque dans ce roman c’est la vision du monde et de l’évolution de nos sociétés qu’offre l’auteur qui s’avère fascinante par son côté oppressant, angoissant et glaçant. On pourrait penser qu’il s’agit d’une critique du Communiste et, à nouveau avec l’auteur, de l’URSS, mais ce roman est surtout une inquiétude de l’auteur de voir le monde tomber sous le joug du totalitarisme. Il nous montre d’une certaine façon de ce qui pourrait arriver si un jour les différents partis au pouvoir venaient à se déconnecter complètement du peuple au point de le considérer comme complètement inutile et à partir de là de devenir un parti autoritaire et oppressif. Il y a un côté captivant dans la façon dont Orwell construit la vision de son monde, offrant une ambiance clairement sombre, angoissante où chacun est surveillé tout le temps et contrôlé, où l’information donnée au peuple est totalement maîtrisé et changé, où la façon même du peuple de penser est imposé. C’est assez angoissant, car l’ensemble parait tellement réaliste, tellement cohérent et logique que la possibilité que cela puisse arriver un jour est non négligeable si on ne fait rien. Surtout ce qui se dégage de ce monde c’est, d’une certaine façon, un abandon de la population mais non pas par absence de rébellion, mais plutôt par un total consentement à cette politique qui leur donne l’impression d’être heureux. Ils aiment Big Brother et savent qu’il fera tout pour les aider.

Concernant les personnages, le narrateur Winston Smith est fascinant à suivre, s’avérant certes assez froid, mais montrant un héros complexe, intriguant et intéressant. Il marque principalement le lecteur dans son évolution, finalement dans la façon dont il va peu à peu tenter de « battre » le système. D’abord à travers de petites incartades, de petites choses interdites qu’il va peu à peu transgresser et il va gagner au fil des pages en profondeur et en intérêt. Ensuite, à travers des souvenirs ou encore la beauté de ce monde comme le chant d’un oiseau il va alors peu à peu changer, découvrir qu’il y a plus que la « propagande » du pouvoir, s’apercevoir d’un décalage avec les autres, mais surtout il va se rendre compte de la peur qui gangrène les membres du parti et qui est l’élément central. Les gens aiment Big Brother, ils ont confiance en lui, mais ont peur de lui, de le décevoir, de trahir ses règles. C’est dans sa relation avec Julia qu’il va passer à un stade supérieur, comme si leur amour interdit et contraire au parti les obligeait d’une certaine façon à résister, à devoir combattre pour simplement pouvoir vivre leurs vies. Julia est aussi intéressante, dans sa vision froide du parti, de la façon dont elle s’en sert pour, de façon minime, retourner et contourner l’idéologie. Au final on croise peu de personnages, mais chacun d’entre eux va avoir son importance, va amener ses réflexions et sa vision de ce monde. On pourrait souligner que certains sont un peu stéréotypés, mais cela parait être fait exprès pour accentuer le message que cherche à faire passer l’auteur.

Le message, les réflexions soulevées sont justement le très gros point fort de ce roman. 1984 est un roman qui est assez effrayant, percutant et marquant dans le monde qu’il imagine, dans la peur que cherche à soulever l’auteur. Ainsi à travers des questionnements sur la réécriture de l’histoire, la transformation et surtout l’existence même du passé, sur la notion de langue et de langage ainsi que l’influence de ce dernier dans nos vies, sur la notion de surveillance totale de la population, mais aussi sur la capacité du pouvoir à manipuler les gens, à les pousser à les croire même quand il est flagrant qu’ils mentent, jouant sur la peur, la haine, mais aussi d’une certaine façon sur la récompense. Il y a surtout un sujet très intéressant, c’est la notion d’humanité qui transparait, principalement dans la fin, que Winston serait d’une certaine façon le dernier humain, que le surhumain est celui qui embrasse le parti qui, obligatoirement, va ainsi s’élever et devenir un nouvel être. La réflexion sur les prolétaires est aussi fascinante, cette idée qu’ils sont la grande majorité de la population de ce monde, mais qu’ils n’arriveront jamais à se soulever ensemble pour changer les choses. L’aspect politique amène aussi de nombreuses questions, ces « grands » pouvoir différents et pourtant si proches qui paraissent conserver le statut-quo en sachant que la guerre est plus bénéfique pour eux que la paix. Le récit brasse ainsi de très nombreuses idées et on va voir le héros évoluer, changer devant ses révélations, devoir faire face à des vérités avec les conséquences que cela va avoir, ne voulant pas révéler la fin même si je me doute que beaucoup la connaisse. D’une certaine façon le Totalitarisme peut naître partout et le jour où il apparaitra il sera peut-être trop tard, nous baignant dans une fausse idée de bonheur.

Le Londres qui nous est présenté colle parfaitement avec le récit, une ville qui parait en déliquescence, limite au bord de la ruine, avec ses bombardements, ses rationnements. Une ville sinistrée, sombre qui amène aussi un parallèle intéressant les rares fois où notre héros la quitte, jouant certes sur une construction un peu binaire entre l’ombre et la lumière. 1984 est un roman qu’on pourrait considérer comme profondément défaitiste, et littéralement c’est le cas, pour autant l’espoir, s’il doit en exister un, n’est pas comment se termine le livre et ce qu’il montre, mais plutôt comment les populations vont réagir pour éviter qu’un tel avenir puisse exister un jour. Alors, il y a bien un ou deux éléments qui pourraient déranger, outre le côté très pessimiste du livre qui dérangera certains, il y a un aspect très froid dans le roman et j’ai trouvé quelques longueurs ici ou là, mais franchement pour ma part là je chipote tant j’ai à nouveau pris une claque avec ce roman qui continue à me faire réfléchir bien longtemps après avoir tourné la dernière page et continuera à le faire. On pourrait croire que le récit ait mal vieilli, pourtant il reste encore terriblement d’actualité. Ja laisse à chacun faire son choix, mais 1984 est clairement un livre à découvrir pour tout ce qu’il peut soulever et après à chacun de se faire son avis.

En Résumé : Cette relecture de 1984 m’a à nouveau marqué, m’offrant une lecture intelligente percutante et qui ne me laisse pas indifférent tant je continue à me questionner bien des semaines après l’avoir terminé. La vision du monde que nous propose l’auteur est vraiment glaçante, angoissante dans sa représentation, dans la façon surtout où elle parait réaliste et plausible. Le Londres qui sert de toile de fond colle parfaitement au récit s’avérant limite en ruine, sombre et qui pourtant reste plein de vie comme si les gens acceptaient ce fait. Le parti avec la façon dont il manipule les gens, la façon dont il les amène à l’aimer à soit-disant s’élever au-delà de sa condition humaine tout simplement pour les obliger à l’aimer est vraiment oppressante et pousse à réfléchir. D’ailleurs finalement c’est le gros point fort de 1984, ce sont les nombreuses réflexions qu’amène le livre que ce soit sur la notion d’humanité, sur le langage et comment il nous conditionne, sur la notion de passé, d’histoire, sur les technologies, sur la transmission de l’information et bien d’autres encore. On ne ressort pas indifférent de tout ce que peut brasser ce récit. Les personnages sont vraiment captivants à découvrir et à suivre, dans la vision de ce mon qu’ils amènent, mais aussi dans leurs évolutions. Le roman possède aussi un côté très défaitiste, pessimiste, pour autant selon moi l’espoir ne vient pas de ce que montre le roman, mais plus de la façon dont on va faire pour éviter qu’il n’arrive jamais. 1984 est, pour moi, un livre qu’il faut lire au moins pour se faire son propre avis.

 

Ma Note : 9,5/10

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  1. Je l’ai relu il y a peu (1 ou 2 ans) après une première lecture en ……… 1984. A l’époque, cela paraissait réellement de la science-fiction car le monde tel qu’on le voyait et le vivait n’avait pas grand-chose à voir avec celui décrit par Orwell : les totalitarismes de l’URSS commençait à se fendiller, chaque foyer était limité encore en équipement et j’ai envie de dire que la démocratie voulait encore dire quelque chose. De plus en tant qu’ado, j’étais encore loin des réflexions sur le langage et l’humanité.
    Depuis, le monde a changé (et moi aussi) et pourtant je trouve comme toi que ses réflexions sont toujours aussi percutantes et fortes (malgré les déformations dont elles font régulièrement l’objet). Et il faut espérer que le monde actuel sera assez fort pour garder l’espoir contre ça.

    • C’est ça le monde change, mais pourtant le roman reste d’actualité. Bon, personnellement je ne l’ai pas lu en 1984 (beaucoup beaucoup trop jeune ^^), mais que ce soit à l’époque ou maintenant certaines idées sont toujours possibles et font peur. Maintenant comme tu dis, à voir ce qu’on va faire dans l’avenir.

  2. Ah tiens en audiobook ce doit être un choix intéressant !
    Lorsque je l’avais lu de façon classique j’avais trouvé certains passages philosophiques un peu lourd à lire.

    • Tout dépendra de ton accroche avec le narrateur, là je l’ai trouvé pour ma part bon, mais ça doit dépendre de chacun.
      Concernant les passages philosophiques c’est vrai qu’ils sont denses et faut rester concentré.

  3. Je n’ai toujours pas lu ce classique de la SF, l’audiobook pourrait effectivement être un bon moyen…^^

  4. Ce livre me fait froid dans le dos. Ou plus exactement la réalité me fait froid dans le dos, car je trouve que l’on s’engouffre de plus en plus rapidement dans ce monde orwellien… Un incontournable. Un gros OUI!

    • C’est ça qui reste inquiétant qu’après tant d’année ce roman soit encore autant d’actualité dans certaines réflexions. Maintenant à voir quel virage la société va prendre pour l’avenir.

  5. L’un des éléments qui m’avaient le plus marqué dans cet excellent roman, c’est la novlangue. C’est le premier livre à m’avoir fait prendre conscience à quel point derrière les mots il y a des idées, des façons de voir, et que supprimer un mot, c’est supprimer une nuance, une connotation, une prise sur la réalité.

    • Déjà merci d’être passé par le blog et du commentaire.
      C’est vrai que l’idée de novlangue fait vraiment se rendre compte de l’importance du langage, des mots et aussi de l’évolution que l’ont veut donner à la société.

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