American Elsewhere – Robert Jackson Bennett

Résumé : Veillée par une lune rose, Wink, au Nouveau-Mexique, est une petite ville idéale. À un détail près : elle ne figure sur aucune carte. Après deux ans d’errance, Mona Bright, ex-flic, vient d’y hériter de la maison de sa mère, qui s’est suicidée trente ans plus tôt. Très vite, Mona s’attache au calme des rues, aux jolis petits pavillons, aux habitants qui semblent encore vivre dans l’utopique douceur des années cinquante. Pourtant, au fil de ses rencontres et de son enquête sur le passé de sa mère et les circonstances de sa mort (fuyez le naturel…), Mona doit se rendre à l’évidence : une menace plane sur Wink et ses étranges habitants.
Sera-t-elle vraiment de taille à affronter les forces occultes à l’œuvre dans ce lieu hors d’Amérique ?

Edition : Albin Michel Imaginaire

 

Mon Avis : Robert Jackson Bennett ne m’est pas un auteur inconnu, il avait déjà été publié en France aux éditions, maintenant disparu, Eclipse avec Mr Shivers. Le roman m’avait à l’époque offert un sympathique moment de lecture avec une toile de fond prenante et un aspect fantastique efficace, même si les personnages avaient eu du mal à complètement m’accrocher (ma chronique ici). Je ne pensais pas revoir l’auteur en France, mais AMI ont décidé d’en faire, d’une certaine façon, leur tête de proue, pour le démarrage de leur département Imaginaire dans la catégorie fantastique. Concernant la couverture, illustrée par Aurélien Police, je la trouve très réussie.

Ce roman nous fait ainsi suivre Mona, une ancienne policière, qui, suite au décès de son père, apprend qu’elle possède une maison, où aurait vécue sa mère, à Wink une ville complètement perdue au Nouveau-Mexique. Une fois sur place elle va découvrir une bourgade charmante, qui semble figée dans le passé et qui la fait facilement se sentir chez-elle. Pourtant, elle va rapidement se rendre compte qu’elle soulève la suspicion des habitants, peut-être est-ce lié au meurtre qui est survenu dans la ville quelques jours auparavant. Quels secrets va découvrir Mona? Au final je dois bien admettre que ce livre s’est révélé très efficace. Il m’a offert un bon voir même par moment un très bon moment de lecture, mais n’a pas non plus été la « claque » que certains autres lecteurs paraissent avoir ressenti. Attention, cela ne veut pas dire qu’il faut mettre de côté ce livre, pour moi si vous appréciez le fantastique un peu angoissant et perturbant, le livre mérite d’être découvert et au moins se faire son avis. Malgré un démarrage peut-être un chouïa poussif, qui paraît prendre clairement son temps, à l’exception du premier chapitre percutant, je me suis ainsi rapidement retrouvé captivé par la quête de Mona. Il faut dire qu’on sent clairement que l’auteur est un bon conteur, que ce soit dans les rouages de son intrigue comme dans la mise en place de son atmosphère, qu’il maîtrise clairement son sujet et sait jouer avec le lecteur entre rebondissements et mystères pour l’intriguer, le pousser à continuer, à vouloir en apprendre plus. Ainsi, même si le roman fait près de 800 pages, l’ensemble reste globalement fluide et énergique, même si je nuancerai un peu mon propos plus tard.

Le gros point fort de ce roman vient clairement de la toile de fond que construit l’auteur mais aussi, principalement, de l’atmosphère qu’il y amène. On y retrouve clairement tous les ingrédient d’un roman fantastique à, sans trop en dévoiler, légère tendance lovecraftienne et quantique, mais dont Robert Jackson Bennett comme tout bon « cuisinier » arrive à offrir quelque-chose de réussi et de terriblement efficace. On plonge ainsi dans un Wink à la fois petite ville idyllique, mais qui pourtant cache de façon latente des mystères qui peu à peu vont prendre de l’ampleur, amener une impression dissonante, à la fois légèrement angoissante, dérangeant et sombre. On se laisse ainsi rapidement emporter par cette ambiance déroutante, perturbante qui colle parfaitement au récit et offre son lot de questions, d’énigmes, ce qui fait qu’on tourne les pages facilement avec l’envie d’en apprendre plus. Le lecteur peu à peu frissonne, s’inquiète, porté par un travail descriptif et des non-dits prenants et entraînants. C’est clairement cette dualité entre perfection le jour et cauchemar la nuit qui permet à la tension de monter lentement au fil des chapitres. L’Amérique parfaite des années 60 en prend ainsi un coup de façon directe, mais aussi, si on s’y penche un peu, de façon métaphorique, à travers des personnages qui montrent une façade en public, mais « cache » des horreurs la nuit quand on ne les voit pas. Au final une toile de fond qui oscille entre lumière et obscurité, qui s’assombrit peu à peu au fil de la montée en tension de l’intrigue et qui m’a happé facilement.

Concernant les différents personnages, principalement ceux qui sont récurrents, l’auteur nous offre un panel de protagonistes intéressants à découvrir. Ils sont tous plus ou moins attachants selon leurs développements, leurs actes et leurs réflexions, mais ils ne manquent pas d’être soignés et complexes, ce qui fait qu’on les comprend et on les suit assez facilement dans leurs aventures. Le récit nous propose ainsi de découvrir, comme souvent dans le fantastique, le quotidien de personnes très banales, voir un peu clichés, qui vont peu à peu se voir confronter à l’apparition de phénomènes, qui vont devoir faire des choix, d’une certaine façon se surpasser pour simplement tenter d’avancer et de survivre. Je me suis rapidement attaché à Mona, l’héroïne, qui s’avère très intéressante à découvrir, forte, charismatique, mais qui cache pourtant certaines blessures, qui cherche au final un foyer où trouver une certaine paix. Je regretterai par contre l’utilisation de personnages, on va dire « jetables », qui apparaissent un voir deux chapitres et disparaissent sans apporter grand-chose. L’ensemble des personnages nous offre aussi une vision  sur notre société qui ne laisse pas indifférent. C’est d’ailleurs un autre point intéressant, je trouve, la capacité de l’auteur à glisser dans son récit des réflexions que ce soit sur la façon dont on juge les autres, la notion d’aberration, sur la capacité de vouloir s’offrir le meilleur pour soi à n’importe quel prix, ou bien encore, et c’est limite l’axe central du roman, devenir parent, les obligations que cela amène, les souffrances que cela peut créer.

Maintenant, comme je l’ai dit, ce ne fût pas la claque escompté, la faute à quelques points qui m’ont dérangé. J’ai annoncé un peu plus haut que dans l’ensemble le roman est fluide, c’est vrai, maintenant je pense clairement que 100 pages de moins n’aurait en rien dérangé la lecture et aurait, je pense, offert un récit encore plus prenant. Ces longueurs viennent, comme dit plus haut, de chapitres sur des personnages qui disparaissent aussi vite et n’apportent que peu d’intérêt, mais également, par moments, de l’envie de Robert Jackson Bennett de trop en faire dans les explications alors que, globalement, on a déjà compris. J’ai aussi ressenti une ou deux facilités scénaristiques ici ou là qui m’ont légèrement dérangé. Enfin j’ai lu pas mal de fantastique dans le même genre et même si l’auteur offre ici un récit efficace, il reste globalement sur une intrigue classique, ce qui la rend parfois un peu trop prévisible. Maintenant soyons clair, ce genre de fantastique, je trouve, se fait rare et il serait dommage de passer à côté de ce récit qui, même s’il a quelques défauts, s’avère prenant, percutant et efficace. Le tout est porté par une plume simple, entraînante et qui joue facilement avec le lecteur. Cela me donne en tout cas l’envie de lire d’autres écrits de l’auteur, ce qui est une bonne chose, car j’ai deux autres de ses romans dans ma PAL en VO.

En Résumé : American Elsewhere m’a offert un bon, voir par moment un très bon moment de lecture, même s’il n’a pas été la calque que d’autres lecteurs ont eu. Le récit, après pourtant un premier chapitre très percutant, m’a paru un peu longuet à démarrer, mais une fois lancé je me suis retrouvé rapidement captivé. L’intrigue est maîtrisé et on sent que l’auteur possède un certain talent de conteur. Cela se ressent principalement dans la toile de fond et surtout de l’atmosphère qu’il construit, montant en tension de façon efficace au fil des pages. Il joue parfaitement sur cette dualité de la ville de Wink, sa perfection la journée, et son côté angoissant, oppressant la nuit quand se cachent les secrets, les mystères. L’Amérique perd aussi, d’une certaine façon, de son éclat, de son image de perfection. Les personnages récurrents ne manquent pas de s’avérer intéressants, complexes, soignés et ne manquent pas de nous entraîner dans leurs aventures. On découvre ainsi un panel de personnages assez banals, qui doit faire face à des évènements plus ou moins étranges et qui vont devoir faire des choix, faire face. Je regretterai par contre l’utilisation des personnages que je dis « jetables » qui sont présentés sur un ou deux chapitres pour disparaitre vite, sans apporter énormément. J’ai, par conte, trouvé bien venu les réflexions que vient soulever l’auteur sur la société, la façon dont on juge les autres, la notion d’aberration de contre-nature, ou bien encore sur l’aspect de famille, le fait d’être parent. Après, quelques points m’ont quand même dérangés, même si le roman reste fluide 100 voir 150 pages de moins ne lui aurait pas fait de mal, j’ai aussi constaté une ou deux facilités assez frustrantes, enfin même si l’histoire est réussie elle reste sur une intrigue assez classique ce qui rend certains passages prévisibles. Pour Autant si on aime ce genre de fantastique, American Elsewhere est un bon roman, à découvrir pour se faire son avis, bien porté par une plume efficace et entraînante.

 

Ma Note : 7,5/10

 

Autres avis : Xapur, L’épaule d’Orion, Apophis, Just a Word, Boudicca, L’Ours Inculte, Le Chien Critique, Célindanaé, Elhyandra, Chut… Mamant Lit !, …

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  1. Boudicca

    Je suis totalement d’accord avec ta chronique, j’ai passé un bon moment mais il y a quelques petites choses qui m’ont agacé (notamment les longueurs et l’overdose d’explications). Bref, ce n’est pas encore cette fois que nous serons en désaccord 🙂

  2. Je ne peux pas te lire de suite (au delà des 2 premiers paragraphes :-)) Je suis en plein dedans… mais je repasse ici quand j’ai fini.

  3. Merci pour le lien, je vois qu’il y a un nouveau conquis

  4. Très intéressante chronique !
    Au final, un mot pour définir ce roman qui revient dans chaque avis : « efficace ». On aime un peu ou beaucoup le livre mais pour le moment je n’ai lu aucune chronique négative, ce qui en fait je pense le titre « tout public » de notre nouvel AMI 😉

    • Tout public, je ne sais pas, mais oui il trouvera, je pense, plus facilement le lecteur que des romans comme Anatèm ou Les Etoiles sont Légions.

  5. Ce roman a la côte sur la toile depuis quelques temps. Je pense que je le lirai mais sans précipitation.
    Merci pour ton avis éclairé 🙂

    • Ce genre de fantastique est devenu rare avec le temps aussi. Mis à part Stephen King et quelques sorties ici ou là. Par conséquent quand un nouveau roman sort, il risque d’attirer le lecteur.

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