Anatèm, Tome 1 – Neal Stephenson

Résumé : Fraa Erasmas est un jeune chercheur vivant dans la congrégation de Saunt-Edhar, un sanctuaire pour les mathématiciens et les philosophes. Depuis des siècles, autour du sanctuaire, les gouvernements et les cités n’ont eu de cesse de se développer et de s’effondrer. Par le passé, la congrégation a été ravagée trois fois par la violence de conflits armés. Méfiante vis-à-vis du monde extérieur, la communauté de Saunt-Edhar ne s’ouvre au monde qu’une fois tous les dix ans. C’est lors d’une de ces courtes périodes d’échanges avec l’extérieur qu’Erasmas se trouve confronté à une énigme astronomique.

Edition : Albin Michel Imaginaire

 

Mon Avis : Ce roman, Anatèm, je dois bien l’attendre depuis maintenant 10 ans. C’est bien simple, c’est depuis l’annonce, à l’époque faite par Bragelonne, de la publication de ce dernier qui devait initialement être prévue courant de l’année 2009, avant d’être repoussé régulièrement, puis complètement abandonné par l’éditeur. Alors j’aurais pu me lancer en Anglais, mais j’avoue que des retours que j’avais concernant ce roman annonçait un récit exigeant et je n’étais pas assez sûr de mon niveau d’anglais pour pouvoir m’y plonger dans la langue de Shakespeare. Limite je m’étais fais une raison de ne jamais pouvoir lire ce roman, considéré comme beaucoup de lecture anglophones comme un livre marquant, avant que le, nouvellement crée, département Imaginaire de chez Albin Michel, annonce il y a quelques mois la publication de ce roman en diptyque, pour éviter le pavé de 1500 pages. Il a par conséquent très rapidement fini dans ma PAL. Concernant la couverture, illustrée par Gaëlle Marco, je la trouve très sympathique.

Ce roman nous plonge ainsi dans un monde qui est futuriste, sur Arbre, et va nous faire suivre Fraa Erasmas, un érudit scientifique et philosophe qui vit dans un sanctuaire coupé du monde, sauf à quelques exceptions près. Ainsi son sanctuaire est « ouvert » au public tous les dix ans, ce qui est d’ailleurs prochainement le cas. Sauf qu’en plus de devoir retrouver le monde extérieur, notre héros va voir apparaitre de nombreuses perturbations qui vont bouleverser sa vie et celle de son sanctuaire. Alors, je l’avoue, je partais avec des attentes assez importantes concernant ce livre que j’espérais depuis longtemps, tout en restant sur mes gardes ayant été un peu déçu du diptyque Les Deux Mondes du même auteur qui m’avait principalement dans sa seconde partie eu du mal à m’accrocher. Alors, autant le dire tout de suite, j’ai adoré ma lecture, pour autant je pense que c’est le genre de roman qui ne plaira pas à tout le monde. En effet il s’agit d’un livre qui va demander beaucoup de travail au lecteur, que ce soit dans ses thématiques, mais aussi dans sa présentation et dans sa construction. Attention, pour ma part j’ai trouvé cela fascinant, mais j’avertis juste que si vous cherchez un récit qui vous tient par la main du début à la fin, alors il vaut mieux passer votre chemin. Rien que dans la notion de vocabulaire, et d’ailleurs il faut je pense féliciter le travail de traduction de Jacques Collin, on sent que ce monde diffère du nôtre et, surtout, d’une certaine façon il donne l’impression d’avoir vécu, d’exister depuis bien avant notre plongée dans ce monde. Cela se ressent à travers la création de nouveaux mots, d’adaptations et autres qui, pour ma part, offre un vrai plus dans l’ancrage du récit, mais pourra en bloquer.

On plonge ainsi littéralement dans  un monde complètement différent du nôtre, qui a connu une très longue existence, de nombreux bouleversements, qui a dévié de nombreux points du nôtre, mais qui possède quand même des racines en commun. Ainsi que ce soit d’un point de vue langage, expression, technologies, aspects sociaux, politiques, on est clairement dans quelque-chose, je ne dirai pas pour autant inconnu, mais qui va demander au lecteur un travail d’assimilation et d’adaptation important. Surtout qu’on n’est jamais vraiment « tenu par la main » par l’auteur, sans pour autant, de mon côté, que je me sois senti perdu. C’est d’ailleurs là que les outils narratifs ont finalement leur importance. Ainsi en plongeant d’abord dans un sanctuaire, avant de plonger dans le monde, cela permet d’une certaine façon de ne pas nous noyer sous l’information, mais aussi au lecteur de s’acclimater, s’intégrer à cet univers. Certes, cela risque de demander plus ou moins de pages d’adaptation selon chacun, mais pour autant d’une certaine façon j’ai trouvé cela captivant et fascinant. On est vraiment dans la découverte, l’émerveillement, ce sentiment  d’égarement, de changement qui nous « force » ainsi d’une certaine façon à être encore plus concentré, attentif à tout ce que nous propose l’auteur et nous fait découvrir le narrateur. L’autre point qui aide à ne pas trop se sentir complètement perdu, vient du rythme qui s’avère posé, très lent. Attention cela ne veut pas dir ennuyeux pour autant, loin de là, mais le fait de prendre son temps permet, je trouve, de prendre le temps de bien assimiler toutes ces nouvelles informations. Alors soyons clairs, si vous cherchez un roman sans prise de tête, qui va vite, plein d’action, passez votre chemin.

L’univers que l’on découvre ainsi au fil des pages va se révéler de plus en plus captivant à découvrir. En effet, au final plus des pièces viennent se mettre en place, des révélations sont faites, plus j’avais franchement envie d’en apprendre plus. Le lecteur se retrouve ainsi à se poser de nombreuses questions sur Arbre, ses sanctuaires, ses ordres scientifiques qui tend vers une religion moyen-âgeuse mais qui diffère sur de nombreux points comme par exemple tout l’aspect Historique que l’on découvre par petite tranche avec une planète qui a connu des hauts et des bas ou bien encore l’aspect technologique qui étonne par moment par son côté « archaïque » et par d’autre moment par son côté futuriste. Plus on avance, plus on découvre une toile de fond dense, envoûtante, qui en devient limite un personnage à part entière du roman tant on aimerait encore en découvrir plus. Il faut dire que l’auteur maîtrise parfaitement son univers et donne l’impression de travailler dessus depuis longtemps, nous offrant ainsi une planète finalement complexe dans ses interactions et son développement, travaillée et qui ne manque pas de séduire. Mais surtout ce qui m’a fasciné, c’est finalement cette notion de sanctuaire, de la préservation du savoir, des sciences et des philosophies dans ces lieux fermés du monde, pour éviter ainsi de le voir finalement corrompu par le monde extérieur, de la voir périr, disparaître, mais qui va aussi amener son lot de contraintes, de barrières une fois dans le monde « extérieur ». La construction, à travers Fraa Erasma qui découvre lui aussi ce monde, permet ainsi aussi de découvrir ce monde à travers un regard encore novice, innocent qui ajoute à notre dépaysement et, d’une certaine façon, notre émerveillement. Arbre est ainsi un monde complexe, rempli de mystères qui se révèlent lentement et donne envie d’en apprendre plus.

L’ensemble est aussi porté, je trouve par des personnages qui ne manquent pas non plus de se révéler soignés, efficaces et qui, surtout, restent humains dans leurs actions dans leurs visions, leurs besoins et leurs envies. Certains arrivent même à se dégager clairement du récit, à ne pas disparaitre devant la force des autres éléments du récit. Ainsi, on arrive d’une certaine façon à s’attacher à eux, à les suivre dans leur façon d’avancer et d’évoluer, mais aussi à se laisser porter par tout l’aspect réflexion. Car en effet le gros point fort de ce roman vient finalement de tout ce « côté » philosophique, intellectuel, qui se dégage des échanges de chacun et de ce roman dans son ensemble. En effet être enfermé pendant des années dans un sanctuaire où l’on ne fait qu’apprendre, rationaliser, pousse finalement à toujours discuter, remettre en cause régulièrement, essayer de comprendre. Alors je ne vais pas lister les différents points que traite ce roman tant ils sont nombreux et concernent des sujets aussi vastes que les mathématiques, la mécanique quantique, la sociologie, la physique, l’astronomie, mais aussi sur notre société, l’Homme, sur des théorèmes connus, sur les religions, la notion de foi, sur les guerres, et bien d’autres points encore. Anatèm est ainsi un roman clairement stimulant intellectuellement, qui a clairement mis à contribution le peu de neurones qui me reste et j’ai trouvé cela fascinant et continue à me faire cogiter plusieurs jours après avoir terminé ma lecture. J’apprécie énormément quand un livre va plus loin que raconter une simple histoire et c’est le cas ici. Alors, certains trouveront que le roman en fait peut-être trop, mais pour ma part j’ai accroché, bien aidé aussi par lente montée en tension après la moitié du roman.

Bien entendu, il ne s’agit que de la première moitié du récit, mon avis ne repose finalement que sur celui-ci et, d’une certaine façon, sur les attentes élevées que j’ai pour la suite, maintenant j’ai passé un excellent moment de lecture avec ce premier tome. Il y a même des passages plus « légers », offrant un peu d’humour, un décalage qui permet aussi au lecteur de se « poser », d’éviter ainsi une certaine saturation. J’ai bien ressenti une légère baisse d’intérêt sur la partie dans la montagne, qui m’a paru un peu tirer sur la corde, mais franchement cela se ressent à peine et s’oublie vite devant les nombreuses qualités de ce roman. Concernant la plume de l’auteur je l’ai trouvée soignée, riche et efficace et, pour ma part, je lirai la suite de ce roman dès sa sortie tant j’ai envie d’en apprendre plus et de connaître la fin. Maintenant, je le répète, ce roman n’est clairement pas fait pour tout le monde, si vous ne vous y retrouvez pas dans ma chronique, que les lectures exigeantes et demande un investissement vous rebute, alors il vaut peut-être mieux passer votre chemin.

En Résumé : Depuis le temps que j’attendais ce roman, Anatèm, j’avoue j’avais des attentes assez importantes tout en restant sur mes gardes, ayant été déçu d’une autre série de l’auteur, mais je dois bien admettre que j’ai passé un excellent moment avec ce roman. Certes c’est le genre de récit exigeant, qui demande de s’adapter et où l’auteur ne prend jamais par la main le lecteur, ce qui fait que je pense qu’il ne plaira pas à tout le monde, mais pour autant j’ai été captivé de la première à la dernière page. Ainsi que ce soit à travers la découverte de ce monde, Arbre, cette plongée directe sans présentation dans un monde qui a vécu, changé, connait ses propres règles, son propre vocabulaire. Que ce soit dans la découverte de son côté social, technologique, historique dans son idée de savoir, de sanctuaire on sent que l’auteur maîtrise son univers. Il offre ainsi une toile de fond complexe  et je me suis retrouvé complètement dépaysé et captivé. Les personnages sont intéressants, soignés et humains. Ils arrivent ainsi à se dégager de ce récit, à ne pas finir étouffer par les autres « forces » du récit. Mais l’intérêt de ce roman, pour moi, vient clairement de toutes les réflexions tout le travail philosophique sur de nombreuses thématiques que vient nous offrir ce livre. Je me suis ainsi tout du long retrouvé stimulé par les nombreux débats, les nombreuses idées, parfois complexes, que viennent développer les différents personnages. J’adore quand un livre continue à me travailler après l’avoir reposé et ce fût clairement le cas ici. L’auteur alterne aussi tous ces éléments avec des passages plus »légers », on va dire, qui permettent ainsi un peu de respirer, de se détendre. Alors, j’ai bien ressenti une légère baisse d’intérêt sur la partie dans la montagne, mais franchement elle est vite oubliée devant les nombreuses qualités du roman. La plume est soignée et efficace et je lirai la suite rapidement et avec plaisir.

 

Ma Note : 8,5/10

 

Autres avis : Apophis, Just a Word, Yogo, Tachan, Anudar,

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  1. J’ai exactement le même ressenti : exigeant, intellectuellement stimulant, donnant envie d’en savoir plus, mais clairement pas taillé pour tous les publics. Très belle chronique, bravo !

    • Merci, j’ai galéré à l’écrire en plus pour tenter de montrer au mieux mon ressenti. A la fin j’ai juste tout écrit en un bloc en espérant que cela fonctionne et fasse passer mon sentiment concernant ce premier tome.

      • Je confirme, ça marche, j’ai eu l’impression de retourner sur Arbre.

        Et ça donne encore plus envie de lire la suite, plus que 2 petites semaines avant la sortie du tome II.

        Sinon, il me semble que Jacques Collin à 2 L 😉

        • C’est tout à fait ça. 2 semaines ça reste long quand même.

          Merci de me le faire remarquer je vais corriger cela tout de suite.

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