Aux Douze Vents du Monde – Ursula K. Le Guin

Résumé : Un double retour dans les îles enchanteresses de l’archipel de Terremer, où connaître le nom véritable de chaque chose octroie un pouvoir crucial… Des voyages temporels dans une chambre de bonne du IVe arrondissement de Paris… Un premier contact avec une intelligence extraterrestre fondamentalement autre… Dans une contrée rongée par l’obscurantisme, un astronome trouve la vérité dans les ténèbres d’une mine… Dix clones identiques vivent en symbiose: quand neuf d’entre eux meurent brutalement, que se passe-t-il pour le survivant? Une ville radieuse dont le bonheur éclatant dépend du malheur d’un seul.

Edition : Le Bélial’

 

Mon Avis : Il y a peu, suite à ma lecture du Bifrost consacré à Ursula K. Le Guin, j’ai décidé de replonger dans la bibliographie de l’autrice vu que j’ai de nombreuses lacunes dans ses écrits. Avant de me lancer dans ses grands cycles, j’ai profité de la publication de ce recueil de nouvelles pour me permettre une incartade dans ses différents univers possibles, surtout que ce recueil couvre une période très vaste d’écriture de l’autrice. Cela permet aussi, d’une certaine façon comme elle le dit, de voir son évolution dans sa façon de raconter et sa plume. Concernant la couverture, illustrée par Aurélien Police, je la trouve très jolie et qui donne envie de plonger dans ce livre. Ce recueil est composé de 17 nouvelles.

Le Collier de Semlé : Cette nouvelle offre un mélange de genres, entre Fantasy et Science-Fiction, qui nous fait découvrir Semley, jeune femme qui vient de se marier, mais qui devant la pauvreté de son peuple décide de retrouver un collier appartenant à sa famille. Elle espère ainsi qu’avec ce collier elle pourra permettre à elle et son mari de redevenir fier auprès de leur peuple et surtout rendre son mari encore plus heureux, malgré que ce dernier ne soit pas d’accord, considérant ce collier comme un simple objet. Un texte très intéressant, bien porté par la passion de l’héroïne qui va nous faire voyager dans ce monde et au-delà pour retrouver son collier. Sauf qu’un tel voyage ne se fait jamais sans risques ni sans conséquences, offrant une conclusion percutante et qui s’avère aussi d’une certaine façon tragique. Un récit qui nous fait réfléchir sur le patrimoine, la notion de fierté, de pouvoir, mais aussi d’une certaine façon sur l’amour ou la spoliation culturelle. Après c’est vrai que la construction est très classique, mais cela n’empêche pas ce premier tome de s’avérer plus qu’intéressant.

Avril à Paris : Cette nouvelle va nous faire voyager dans le temps avec la rencontre improbable entre un alchimiste du passé et un scientifique du 20ème siècle. Ils pensent que grâce au hasard de leur rencontre ils vont pouvoir échanger un savoir et ainsi changer leur époque. Pour autant ils vont rapidement se rendre compte que c’est plus compliqué que ce qu’ils avaient imaginé. Une nouvelle plutôt sympathique, où on y voit l’importance de la caractérisation des personnages pour l’autrice, jouant efficacement sur la notion de solitude. D’une certaine façon le texte touche par ses rencontres et les questions qu’il soulève. Maintenant je trouve qu’il a du mal à marquer, surtout face à d’autres écrits du recueil. Reste un texte plaisant à lire qui rentre dans ce que je considère comme lu, apprécié, mais qui manque d’un quelque-chose pour se révéler encore plus percutant.

Les Maîtres : Une nouvelle très intéressante, qui démarre de façon surprenante nous plongeant dans une introduction dont on a du mal à comprendre les tenants et les aboutissants, qui happe rapidement je trouve. On se retrouve ainsi rapidement plonger et captiver par le texte et ses mystères. On découvre ainsi Ganil qui devient maître de son art : Le calcul. Sauf qu’on se rend vite compte qu’il est surtout devenu un maître de la mémorisation, car ce monde interdit toute recherche scientifique hors du dogme déjà écrit. Un texte clairement très intéressant sur les thématiques qu’il soulève, sur la notion d’utopie, de science, d’obscurantisme et ce que cela peut amener. Mais c’est aussi un récit d’amitié, de partages avec des personnages qui ne laissent pas indifférent et qui offre une conclusion percutante. Pour ma part une très bonne nouvelle.

La Boîte d’ombre : Une nouvelle de Fantasy qui va nous faire suivre un enfant qui va découvrir une boîte d’ombre ce qui va avoir pour conséquence de changer la vie du royaume. Une nouvelle à nouveau plutôt sympathique dans sa construction et la façon dont on découvre ce monde étrange, d’une certaine façon figé. A nouveau l’autrice construit quelques personnages intéressants à suivre et à découvrir. Pour autant à nouveau, un récit à qui il manque un petit truc pour vraiment marquer le lecteur. De plus je trouve qu’Ursula K. Le Guin se disperse un peu offrant de nombreuses idées qui ne sont qu’exploité que sommairement je trouve ce que j’ai trouvé dommage.

Le Mot de déliement : J’ai déjà lu cette nouvelle dans le Bifrost n°78 consacrée à l’autrice et donc vous pouvez retrouver ma chronique ici.

La Règle des noms : Cette nouvelle a un petit air de récit à la Tolkien, je trouve. Elle nous fait découvrir une petite île où vit un certain M. Taupin qui est sorcier. Il s’agit d’un sorcier plutôt médiocre, mais vu qu’il est le seul de l’île il est toléré et tout de même un minimum apprécié par les autres habitants. Pour autant un jour un certain Barbenoire va accoster sur l’île et va bouleverser la vie de cette île. Un texte qui, si j’ai bien compris, ouvre les prémices du cycle de Terremer, qui se lit plutôt facilement et s’avère sympathique, coloré, mais qui m’a paru pour ma part un peu trop classique et prévisible. Par contre j’ai bien aimé l’idée des noms et le twist qu’elle apporte ici.

Le Roi de Nivôse : Cette nouvelle nous fait suivre un Roi dans un royaume androgyne qui a subi un conditionnement mental. De peur de détruire son royaume il décide de fuir sur un autre monde et aussi espérer se libérer de son conditionnement. Une nouvelle que j’ai trouvé intéressante pour tout son travail politique, les manipulations et la façon dont va évoluer cette planète après le départ de son roi. A nouveau on découvre des personnages qui ne manquent pas d’attraits et s’avèrent soigné. Les réflexions soulevées sont aussi très intéressantes, que ce soit devant cette planète androgyne qui nous fait réfléchir sur position sociale homme / femme, mais aussi sur la notion de pouvoir. La conclusion ne manque pas non plus de se révéler surprenante et percutante.

Voyage : Cette nouvelle va ainsi nous proposer un voyage sous acide d’un héros qui cherche à faire face aux soucis de santé de sa femme en se perdant dans la drogue. Un récit à nouveau plutôt sympathique par son côté barré, qui se lit facilement avec une idée classique mais efficace, mais à qui il manque un petit truc pour vraiment marquer. Reste un voyage psychédélique et étrange qui dépayse.

Neuf existences : Une nouvelle qui nous emmène sur une station ou deux hommes vont se voir fournir l’aide de dix clones. Sans surprise l’autrice laisse un peu de côté l’intérêt scientifique pour tenter de mettre en avant l’aspect humain et principalement les relations entre les personnages. C’est très intéressant, je trouve, et il s’agit d’ailleurs du point fort de ce texte, cet aspect sociologique et la façon dont la vie d’un groupe de clone peut s’avérer complètement différente, n’ayant pas la même approche entre eux qu’avec les autres. Un texte qui soulève de nombreuses réflexions que ce soit sur nous-même, sur la notion d’unicité, de conscience et d’autre encore. C’est aussi un récit sur la communication, la façon dont nous voyons les autres, dont nous jugeons, dont aussi nous construisons notre vie. Un texte au final efficace, intelligent et qui m’a bien accroché.

Les Choses : J’avoue cette nouvelle me laisse perplexe. Il s’agit d’une sorte de texte à l’ambiance de fin du monde, de fin de tout, où les Hommes paraissent vouloir retourner à la simplicité la plus primitive, où les choses, l’évolution, doivent disparaitre. Il y a ainsi une ambiance vraiment prenante qui se dégage de ce récit, une mélancolie prenante et envoûtante dans la présentation de cet homme qui tente d’avancer dans ce monde qu’il ne comprend plus. Les personnages ont aussi un petit quelque-chose qui les rends touchants. Pour autant le texte m’a paru tellement étrange que j’ai aussi, une fois la dernière page tournée, avoir eu l’impression d’être passé en partie à côté, sans que je puisse dire clairement pourquoi. Pour autant je suis content d’avoir découvert ce conte.

La Forêt de l’oubli : Cette nouvelle est construite à la façon d’un dialogue entre deux personnages dont l’un d’entre eux ne se souvient plus comment il s’appelle. J’avoue, j’en ai perçu les thématiques, mais je crois que ce texte n’était tout simplement pas fait pour moi, car je suis complètement passé à côté.

Plus vaste qu’un empire : Cette nouvelle nous propose de suivre une expédition qui va visiter des univers très, très, lointains. Une nouvelle que j’ai trouvé très intéressante dans sa thématique sur la communication, que ce soit entre les Hommes, mais aussi la notion de communication et de compréhension avec une « race » alien différente. Les aspect humains entre les différents personnages, et principalement un des héros autiste qui suite à un traitement a réussi à s’en sortir, mais est devenue agressif, m’ont paru efficaces et intéressants dans les questions qu’ils soulèvent. Il y a ainsi une lente montée en tension, avec aussi une découverte des héros au fil des pages qui fonctionne plutôt bien. Alors certes, l’ensemble est plutôt prévisible et linéaire, mais j’ai bien apprécié cette nouvelle.

Étoiles des profondeurs : Une nouvelle qui vient à nouveau traiter de la notion d’obscurantisme, reprenant ainsi d’une certaine façon l’histoire de Galilée avec un astronome réputé qui est banni suite à certaines de ses découvertes et prises de position qui ne vont pas dans le sens de l’idée actuelle. Un texte que j’ai trouvé sympathique, dans sa construction, avec ce parallèle entre les mines et les étoiles. Les réflexions sur la notion de science, de vérité est toujours d’actualité et continue à faire réfléchir, même si je trouve que l’ensemble ici reste peut-être un peu simpliste et moins marquant que Les Maîtres. Le voyage dans la mine à travers le regard du héros et sa rencontre avec les mineurs apportent par contre un plus au récit.

Le Champ de vision : Une nouvelle qui nous fait suivre des explorateurs revenus d’une fouille sur Mars et qui ont « ramené » d’étranges symptômes. L’un parait avoir ainsi développé une hypersensibilité à la lumière, tandis qu’un autre paraît s’enfermer dans son monde et ne parle à plus personne. Une nouvelle qui m’a offert un bon moment de lecture, jouant sur une construction intéressante et mystérieuse, jouant avec le lecteur avant la révélation finale. Les personnages ne manquent pas non plus d’attraits, principalement dans les discussions avec le psychologue. Je suis juste un peu resté sur ma faim avec la conclusion qui m’a paru chercher un peu trop à vouloir percuter le lecteur sans prendre de gants. Rien de bien méchant non plus et la nouvelle reste intéressante à découvrir, mais voilà au vu du reste du texte j’ai été un peu déçu.

Le Chêne et la mort : Cette nouvelle nous offre finalement de découvrir les mémoires d’un arbre. J’avoue il s’agit d’un texte étrange, Ursula Le Guin ayant vraiment eu envie de nous plonger dans l’esprit d’un arbre telle qu’elle l’imagine, avec toutes les variations que cela peut amener d’un point de vue spatial, temporel et aussi de la vision qu’il a. Pour autant j’ai passé un très bon moment avec ce récit. Certes, c’est barré, mais pour ma part j’ai trouvé ce récit très intéressant et prenant, que ce soit à travers l’imagination de l’autrice, mais aussi dans finalement la vision du monde qu’il offre que ce soit dans la notion d’environnement, mais aussi de temps. Finalement on on vit peut-être notre vie de plus en plus précipitamment, sans prendre le temps d’admirer ce qu’il peut y avoir autour de nous et avec tout ce que cela peut amener comme conséquences.

Ceux qui partent d’Omelas : J’ai déjà lu cette nouvelle dans le Bifrost n°78 consacrée à l’autrice et donc vous pouvez retrouver ma chronique ici.

A la veille de la révolution : Un texte qui nous fais suivre une héroïne, révolutionnaire, qui va voir le monde changer et, d’une certaine façon, va faire un point sur sa vie, son histoire, comment elle est arrivée là où elle est actuellement. Un texte que j’ai trouvé très prenant et captivant dans l’ambiance qu’il met en place, dans cet mélancolie qui se dégage de la vie de cette héroïne ce qui, je trouve, touche le lecteur et la rend facilement attachante. L’aspect révolutionnaire, de changement, qui se met en place en toile de fond parait peut-être, selon moi, trop peu, mais ne manque pas d’offrir un parallèle intéressant avec les souvenirs de l’héroïne. Un texte intéressant qui clôture efficacement le recueil.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce recueil de nouvelles d’Ursula K. Le Guin. On se rend assez rapidement compte que l’autrice a toujours préféré se consacrer à l’aspect social et humain de ses récits, nous proposant régulièrement des héros et des interactions entre les protagonistes intéressantes, touchantes, mais aussi pleine de réflexions. Elle démontre aussi ici sa capacité à nous faire réfléchir sur de nombreux sujets et aussi à nous plonger dans des univers qui ne manquent pas d’attrait et donnent envie d’en apprendre plus. Il y a, je trouve, une vraie richesse, un vrai dépaysement qui se dégage aussi de l’ambiance de ses écrits, de la façon dont il nous happe, nous fait voyager voir nous fait réagir. Alors oui, c’est vrai, tous les textes du recueil ne m’ont pas touché, captivé, de la même façon, mais pour autant je ne regrette pas du tout ma lecture de ce recueil intelligent, qui m’a offert un bon voir un très bon moment de lecture.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : Vert, Just a Word, L’Epaule d’Orion,

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  1. Bah voilà, tu n’as plus qu’à lire tout ce que tu n’as pas lu d’elle maintenant 😀

  2. Je pense que je vais me plonger dedans, vu ton impression favorable !

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