Category Archives: Science-Fiction

La Mort du Temps – Aurélie Wellenstein

Résumé : Un séisme temporel a dévasté la Terre, massacrant une large partie de la population et mélangeant les époques entre elles. Callista se retrouve seule survivante dans un Paris ravagé où s’amalgament deux mille ans d’architecture. Tous ses repères chamboulés, la jeune fille n’a plus qu’un espoir : retrouver en vie sa meilleure amie, restée dans l’Est de la France. Callista part à pied pour un long périple, talonnée par la monstrueuse réplique du séisme qui semble la suivre pour l’anéantir. Si elle s’arrête, si elle ralentit, le cataclysme la dévorera. Au côté d’étranges compagnons, issus de siècles différents, elle va tout faire pour échapper au chaos.

Edition : Scrinéo

 

Mon Avis : Depuis quelques années maintenant, et ma découverte du récit Le Roi des Fauves de l’auteur, je me laisse facilement tenter par les nouveaux romans d’Aurélie Wellenstein. Il faut dire que pour l’instant j’ai toujours passé de bons moments de lecture avec les précédents romans de l’auteur, offrant des récits plutôt sombres, efficaces, percutants et bien porté par des personnages intéressants et entraînants. Il était donc logique que je reparte des dernières Imaginales avec son tout dernier livre dans ma PAL. Concernant la couverture, illustrée par Benjamin Carrée, je la trouve très sympathique et qui colle plutôt bien au récit.

On se retrouve ainsi ici à suivre Callista qui se réveille dans un hôpital suite à un incident dont elle ne se souvient pas vraiment. Son père, présent à son réveil, n’a pas le temps de lui expliquer la situation qu’un grand flash et un énorme séisme surviennent et commencent à détruire la ville de Paris. Cette catastrophe va aussi provoquer d’étranges phénomènes incompréhensible liés au temps. Callista, une des rares survivantes, va alors se lancer dans un long périple pour survivre et tenter de retrouver sa meilleure amie. Je dois bien admettre qu’une fois encore l’auteur a réussie à me happer assez facilement et rapidement dans son récit, avec une intrigue qui se révèle plus qu’efficace et qui offre aussi un certain nombre de surprises et de révélations terriblement efficaces. Le démarrage, haletant, maîtrisé, offrant de nombreux rebondissements, fait aussi qu’on se retrouve rapidement happé par ce récit. On en vient ainsi à tourner les pages facilement et rapidement, avec l’envie d’en apprendre plus sur les mystères au coeur de ce livre.

Le gros point fort du récit vient de ce que construit l’auteur d’un point de vue  de l’univers et principalement de son côté fantastique/SF. Principalement dans les nombreuses questions qu’il soulève, mais aussi dans l’aspect plut émotionnel et philosophique que l’histoire développe à travers les rencontres que fait Callista. On plonge clairement dans un récit où la survie est primordiale, où les relations sont loin d’être idylliques et qui ne tombe jamais dans une sorte de « guimauve » qu’on retrouve parfois dans d’autres romans et qui m’a toujours étonné quand on sait que le seul but et de sauver sa peau. On découvre donc un univers cohérent, âpre avec cette touche de SF étrange qui apporte un plus. L’auteur nous propose toujours aussi cette ambiance assez sombre, plutôt sauvage, violente, qui colle parfaitement à ses récits et offre un côté que je trouve plus réaliste au récit.

La thématique sur les animaux est aussi présente, en parallèle avec l’homme, sauf que contrairement au Roi des Fauves qui se servait de l’Homme/Animal comme réflexion sur la sauvagerie qui se tapie en chacun d’entre nous, ici elle amène plus une réflexion, certes parfois un peu simpliste mais efficace, sur la différence et l’acceptation des autres. On y retrouve aussi d’autres réflexions intéressantes et bien amenées que ce soit sur la perte d’un être cher, les conséquences que cela peut avoir ou bien encore sur la notion de morale et de choix. Le travail historique et architectural de l’auteur est cohérent, même si je suis loin de pouvoir le juger, mais en tout cas il colle très bien à l’ambiance et à l’histoire. Le dernier tiers du roman prend une tournure complètement différente et réussie, avec un message sous-jacent plus mystique qui ne manque pas non plus d’attrait, mais dont je ne dirai rien pour éviter de trop en révéler et de vous gâcher la conclusion.

Concernant les personnages, ils s’avèrent eux aussi intéressants à suivre et à découvrir, principalement l’héroïne qui va rapidement se retrouver perdue dans ce monde en pleine apocalypse étrange et surprenante. Son évolution au fil des pages, ne manque pas de toucher, de marquer le lecteur devant les choix qu’elle va devoir faire et les conséquences que cela va avoir. On se retrouve ainsi avec une héroïne qui se révèle dense et soignée, humaine, ce qui fait, je trouve, qu’on s’attache ainsi rapidement à elle et que, même si on peut remettre en cause ce qu’elle fait, on la comprend. Elle porte ainsi efficacement le récit, que ce soit dans son combat pour survivre et avancer, comme à travers les nombreux mystères et réflexions qui vont se révéler autour d’elle. Ce qui est toujours un peu dommage avec un personnage principal qui prend une telle place et qui marque, c’est que les personnages secondaires se retrouvent un peu effacés. Alors, rien de non plus trop dérangeant, cela n’empêche pas par exemple Rolland de se révéler intéressant à découvrir, ou bien encore Emma qui ne manque pas non plus d’attrait, se révélant humaine, mais voilà ils paraissent quand même un peu éclipsés.

Mon seul regret concernant ce roman vient d’un léger ralentissement qui se ressent au milieu du récit. Autant le premier tiers nous happe s’avérant incisif, sans temps morts avec de nombreux rebondissements et de mystères, le dernier tiers captive par ses révélations et la tournure inattendu et efficace que prend le récit, autant le milieu m’a paru par moment un peu tourner en rond. Cela se ressent surtout, je trouve, au niveau de la construction des péripéties qui reposaient un peu sur le même type de construction, avec une péripétie qui est souvent résolue en un voir deux chapitres maximum avant d’en proposer une nouvelle. Alors ce n’est en rien gênant, et ne gâche pas franchement la qualité du roman, mais se ressent tout de même un peu. J’ai aussi trouvé une ou deux facilités ici ou là, mais là, clairement, rien de très gênant de ce point de vue là. Au final, j’ai de nouveau passé un bon moment de lecture avec ce nouveau roman de l’auteur qui offre en plus un final percutant et surprenant, le tout porté par une plume efficace, entraînante et qui a réussi à me happer dès la première page. Je lirai sans soucis et avec plaisir d’autres de ses écrits.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman qui nous propose un récit efficace avec son lot de surprises. On est happé dès la première page par un rythme percutant et sans temps morts qui fait qu’on se retrouve à tourner les pages avec plaisir et envie d’en apprendre plus. L’univers  ainsi que les notions de science-fiction présentées ne manquent pas d’attraits, offrant leurs lots de révélations et quelques originalités. On plonge ainsi dans un monde où la survie est au centre des préoccupations, où nos héros vont devoir tout donner pour avancer. L’ambiance sombre, violente colle parfaitement au récit et se révèle réaliste. Le personnage principal de Callista s’avère très intéressant à suivre et à découvrir, principalement dans la façon dont elle évolue et les choix qu’elle se retrouve à devoir faire. On s’attache ainsi assez facilement à elle, l’auteur nous offrant une héroïne touchante et charismatique. Ce qui est un peu dommage c’est qu’elle s’impose tellement qu’elle en éclipse un peu les personnages secondaires même si rien de trop gênant. Je regretterai par contre un certain coup de mou dans le milieu du livre, une impression de tourner un peu en rond dans la construction des péripéties. Rien de bien dérangeant tant le dernier tiers compense, s’avérant marquant et surprenant offrant une conclusion plus que réussie, mais cela se ressent quand même un peu. La plume est fluide, entraînante et efficace et je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 7,5/10

 

Autres avis : Dup (Book en Stock), Le Comptoir de l’Ecureuil, Boudicca (Bibliocosme), Saiwhisper, …

Le Jeu du Démiurge – Philippe-Aubert Côté

Résumé : 2901 – Calendrier universel terrestre
Les Éridanis, lointains descendants hermaphrodites des humains, ont entrepris de coloniser la Voie lactée en s’établissant de planète en planète. À bord du Lemnoth, ces posthumains de chair et de métal s’apprêtent à accomplir un nouveau saut interstellaire afin de fonder une autre colonie sur Selckin-2. Parmi eux, Nemrick, de la caste des Ludis, qui a intégré la mission afin de suivre l’amour de sa vie, le Techno Rumack, qui rêve de créer un milieu de vie idéal pour leurs descendants…
3045 – Calendrier universel terrestre
Plus d’un siècle après l’arrivée des Éridanis, de nombreuses cités s’éparpillent sur Selckin-2. Elles sont habitées par les Mikaïs, une race à mi-chemin entre homo habilis et homo sapiens créée par Rumack. Ce sont eux qui ont construit les prodigieux édifices de ces villes pourtant prévues pour des Éridanis.
Takeo habite Nagack, la somptueuse ville qui s’élève sur le flanc du mont Lemnoth. Comme ses congénères, il vénère les « Maîtres », mais ne s’en inquiète pas moins de la progression du Mal de Rumack qui les condamne à sombrer dans la sauvagerie s’ils ne reçoivent pas l’aide des arbres-machines. Pendant que des rumeurs de guerre se propagent dans la ville, Takeo cherche à sauver son grand-père de la régression. Mais une rencontre fortuite avec le fantôme de Rumack fera de lui la pièce maîtresse d’un jeu qui a débuté bien avant sa naissance, celui du Démiurge !

Edition : A Lire

 

Mon Avis : Lors du festival des Imaginales de l’année dernière (donc celui de 2016), j’ai été fortement intrigué par la couverture de ce roman. L’illustration, réalisée par Gregory Fromenteau, n’arrêtait pas d’attirer mon regard se révélant, je trouve, très réussie et accrocheuse. Je me suis donc arrêté au stand des éditions A Lire, où le quatrième de couverture plutôt accrocheur et une discussion avec l’auteur m’ont convaincu de le faire entrer dans ma PAL. J’avoue j’ai un peu traîné à l’en faire sortir, comme souvent avec une PAL comme la mienne. Il faut dire aussi que c’est un joli pavé de plus de 700 pages, mais il y a peu j’ai décidé de lui laisser sa chance et de me lancer dans sa découverte.

Le roman nous plonge dans un futur lointain où des descendants humains fortement modifiés, les Eridanis, se retrouvent obliger de coloniser l’espace pour survivre. Le récit se construit sur deux narrations, celle de Takeo un mikaï, race crée par les Eridanis pour les aider dans la colonisation de la planète Selckin-2, qui cherche à sauver son grand-père et les souvenirs de Nemrick qui nous présente la mission de colonisation et les aventures et péripéties qu’elle a vécu. La quête de Takeo va alors soulever de nombreux secrets et bouleverser la vie sur la planète. J’avoue qu’en me lançant dans ce roman, je ne savais pas trop à quoi m’attendre, mais je dois bien admettre qu’une fois la dernière page tournée, même si certaines erreurs de jeunesse se font ressentir, j’ai passé un bon moment de lecture, divertissant et efficace. L’auteur nous propose ainsi une intrigue qui, même si elle possède un côté assez classique, ne manque pas d’attraits ni de mystères et que l’auteur déroule à un rythme plutôt calme, posé, permettant au lecteur d’entrer facilement dans l’histoire et de s’approprier l’univers. Cela ne veut pas pour autant dire que le récit est lent ou ennuyeux, plusieurs scènes de tension et d’action venant régulièrement parsemé le récit et font qu’on ne s’ennuie jamais malgré la taille du roman. Le début du roman demande par contre de s’accrocher un peu, on peut se sentir un peu perdu dans ce monde foisonnant le temps que les repères et les premières places se mettent en place.

Le gros point intéressant du roman vient, selon moi, de l’univers que construit l’auteur et plus précisément de sa cohérence et sa solidité. On sent clairement que l’auteur cherche à proposer quelque chose d’un minimum dense, de logique et cela fonctionne plutôt bien. On se retrouve ainsi facilement emporté par l’ambiance et le contexte, ainsi que par les nombreux secrets, complots et trahisons qu’il cache et qui se dévoile au fil des pages. Ainsi le travail sur l’évolution de l’humanité, les castes, le besoin de conquête de l’univers pour survivre, mais aussi celle sur les Mikaïs, l’aspect limite divin des Eridanis et toutes les questions que cela soulève dans le contrôle de ce peuple et dans la notion de liberté ne manquent pas d’attrait. Ainsi le récit ne laisse pas complètement indifférent et offre plusieurs réflexions intéressantes, comme par exemple sur le pouvoir, les technologies ou encore plus personelles, sans non plus se révéler trop lourd ou trop ennuyeux. Alors c’est vrai parois l’auteur nous présent son monde de façon un peu trop didactique, j’ai trouvé, mais voilà rien de non plus trop gênant. D’ailleurs il est a noté que Philippe-Aubert Côté a fait des études en Biologie, ce qui se ressent dans son univers, offrant une certaine crédibilité supplémentaire, sans jamais, je trouve, tomber dans de la Hard-Science qui pourrait perdre certains lecteurs. L’aspect technologique s’avère aussi intéressant à découvrir, même si par moment il cherche à trop en faire. Au final un univers plus qu’agréable et efficace qui ne manque pas, selon moi, d’attrait et que l’auteur construit efficacement.

Concernant les personnages, ils ne sont, en soit, pas mauvais, mais ils auraient pu être un peu plus surprenant je trouve. Ils s’avèrent pourtant bien construits, avec un minimum de profondeur et un minimum entrainants, sauf que voilà j’ai trouvé qu’ils avaient un peu de mal à sortir de leurs rôles d’archétypes par moment ce qui les rend aussi d’une certaine façon, assez prévisible dans leurs actes comme dans leurs réflexions. Cela n’empêche pas pour autant pas de s’intéresser et s’attacher un minimum à eux à eux et ainsi de les suivre avec un minimum de plaisir, mais voilà il manque ce petit plus qui aurait pu les rendre franchement marquants. Que ce soit Takeo notre héros Mikaï qui va par la force des choses révéler les sombres secrets des Eridanis pour sauver ses amis et sa famille ou bien Nemrick qui joue un peu le rôle de mentor au grand coeur, mais qui cache de nombreux secrets, ils possèdent tous un peu cet air de déjà-vu. Ils restent quand même solides et entraînants. Les personnages secondaires ne sont pas non plus en reste, s’avérant eux-aussi un minimum soignés et construits, offrant ainsi plus que de simple vis-à-vis servant à faire avancer l’intrigue. La double narration entre présent et passé permet aussi à certains d’entre eux d’offrir une complexité supplémentaire qui est bienvenue et éviter de tomber pour certaine dans un côté un peu binaire.

Je regretterai par contre deux, trois points concernant ce roman. Le premier c’est l’oubli parfois de l’auteur de la fameuse règle du « Show, don’t tell », du montrer plutôt que de le dire. Hors ici l’auteur utilise un peu trop les dialogues pour tenter de montrer ce qui est parfois dommage. Cela se ressent principalement d’ailleurs dans le dialogue entre Nemerick, le Prince et Takeo où le prince nous raconte tout par dialogue, stoppé régulièrement dans son récit par Nemrick qui vient y apporter des ponts supplémentaires. J’ai trouvé ce passage plutôt froid et haché, alors que romancé il aurait gagné en puissance je trouve. Ensuite, certaines longueurs se font parfois ressentir, surtout dans le démarrage l’auteur prenant parfois un peu trop son temps à construire son monde. Enfin l’autre point qui m’a laissé perplexe c’est la conclusion qui m’a paru traité par contre un peu trop rapidement. Il y a de nombreuses lignes d’intrigues et l’auteur donne l’impression qu’il lui restait une cinquantaine de pages pour tout boucler ce qui est, sur certains points, comme le retour de Takeo à Nagack, j’ai trouvé cela un peu frustrant. Au final malgré ces quelques défauts j’ai trouvé ce roman solide et sympathique à lire, je me suis ainsi plongé dedans avec un minimum de plaisir, le tout bien porté par une plume simple et efficace. Je lirai sans doute d’autres écrits de l’auteur pour voir ce qu’il pourra proposer par la suite.

En Résumé : J’ai pass un agréable moment de lecture avec ce roman qui nous plonge dans un futur lointain à la découverte des Éridanis et des Mikaïs et leurs nombreux secrets qui vont être dévoilés par la quête de Takeo qui cherche à sauver son grand-père. Le gros point fort du roman, selon moi, vient de l’univers que construit l’auteur qui s’avère très solide et efficace, bien porté par un aspect technologique et scientifique soigné et qui soulève des réflexions intéressantes. Les personnages ne sont pas mauvais, s’avérant un minimum soignés et complexes, mais ont du mal à sortir des archétypes dans lequel ils sont construits. Ce n’est en rien gênant, mais ils auraient pu offrir plus je trouve. Les personnages secondaires sont eux aussi intéressant à découvrir, apportant ainsi plus qu’un simple vis-à-vis faisant avancer l’intrigue. Je regretterai par contre quelques longueurs ici ou là, une conclusion qui m’a paru un peu précipité pour tout boucler correctement et parfois le fait que l’auteur oublie la règle du « Show, don’t tell » abusant des dialogues là où une explication romancée aurait eue plus de force. La plume de l’auteur s’avère simple et efficace et nous plonge assez facilement dans son monde, malgré un démarrage où le lecteur pourrait se sentir perdu le temps que les pièces se mettent en place. Au final un roman sympathique, efficace et je lirai avec plaisir d’autres écrits de l’auteur pour voir ce qu’il proposera.

 

Ma Note : 7/10

La Cité du Futur – Robert Charles Wilson

Résumé : Pour cinq ans seulement, jusqu’en 1877, la cité de Futurity dresse ses immenses tours jumelles au-dessus des grandes plaines de l’Illinois. Depuis Futurity, des hommes du futur viennent visiter le XIXe siècle. Et, contre une fortune en métaux précieux, les autochtones peuvent dormir dans la tour n° 1, véritable vitrine technologique d’un incompréhensible XXIe siècle.
C’est dans cette cité, construite à partir d’un futur parallèle, que travaille, comme agent de sécurité, Jesse Cullum, un autochtone. Parce qu’il a sauvé le président Ulysse Grant d’une tentative d’assassinat, Jesse se voit proposer une promotion : assisté d’une femme du XXIe siècle, il va devoir mener l’enquête.
Mais que va-t-il réellement découvrir? Un complot pour tuer le président… ou les inavouables secrets de Futurity?

Edition : Denoël (parution le 18/05/2017)
Traduction : Henry-Luc Planchat

 

Mon Avis : J’avoue, depuis ma découverte de Robert Charles Wilson avec son roman Spin, je me laisse facilement convaincre par ses différentes publications qui m’offrent régulièrement une SF intéressante et humaine, bien porté par des personnages efficaces et charismatiques. C’est donc sans surprise que son dernier roman ait rapidement rejoint ma bibliothèque, surtout que le quatrième de couverture se révélait franchement accrocheur. Concernant la couverture, illustrée par Aurélien Police, je la trouve très réussie et colle bien à l’ambiance décalé du récit entre science-fiction et western.

Ce roman va ainsi nous plonger dans un 1877 alternatif, où des hommes du futur venant du 21ème siècle viennent s’installer pendant cinq ans. Le passé et le futur deviennent ainsi lieu de tourisme et des échanges entre le futur et le passé vont commencer à se créer. Bien entendu cela n’est pas sans conséquences et de la contrebande apparait. On se retrouve ainsi à suivre Jesse Cullum, embauché par cette cité du futur pour mener plusieurs enquêtes. Bon j’avoue une fois la dernière page tournée, je n’ai pas détesté ce roman, j’y ai même trouvé un certain plaisir de lecture dans ce qu’il développe et l’ensemble se révèle divertissant, mais voilà je ne l’ai pas trouvé non plus pour autant marquant que ce que j’espérais. Il lui manque, selon moi, un petit quelque-chose qui aurait pu le faire passer de roman simplement sympathique et distrayant, à quelque chose d’un peu plus marquant. Ce qu’on ne peut pas enlever à ce roman c’est qu’il se révèle facile à lire, fluide et un minimum entraînant. On se retrouve ainsi à tourner les pages avec un minimum de plaisir et d’envie d’en apprendre plus, surtout que l’auteur parait partir sur une narration un peu plus « légère », plus humoristique par moment et ça fonctionne plutôt bien.

Concernant l’univers on ne peut pas dire que l’auteur offre quelque chose de révolutionnaire, l’incursion du futur dans le passé avec toutes les notions et idées que cela soulève est plutôt déjà vu, mais cela ne l’empêche pas pour autant de nous offrir quelque chose de solide et d’efficace. L’intérêt principal vient surtout, selon moi, de la façon dont l’auteur amène cette collision entre le passé et le présent. Cela se ressent principalement dans la relation entre Jesse et Elisabeth, ce qui a pour conséquence d’apporter un certain choc des cultures, amené de façon assez subtile et efficace. Surtout un questionnement apparait alors sur l’influence que va obligatoirement avoir les gens du futur sur le passé, mais aussi inversement. Alors c’est vrai, parfois c’est un peu simpliste et, il faut bien l’admettre, Jesse a une capacité de résilience parfois un peu trop surprenante, tant il accepte avec facilité les choses, mais rien de non plus trop bloquant. L’aspect social est aussi intéressant, les changements et les bouleversements que vont apporter cette intrusion dans le passé ne manquent pas d’attrait et soulèvent de nombreuses idées intéressantes. Ce qui est dommage de ce point c’est que ce soit parfois traité qu’en surface. Je prends pour exemple toute la partie sur la fille de Kemp et ses revendications qui manque quand même d’un peu de profondeur, surtout concernant les causes et les conséquences que cela va avoir. L’autre intérêt du récit, je trouve, est de concentrer sa narration sur le passé. On voit des gens du futur, mais on ne va jamais dans ce futur. Celle offre une petite dose de mystère intéressante, et surtout permet une caractérisation des personnages différente je trouve, principalement dans les questionnements.

D’ailleurs, comme toujours avec Robert Charles Wilson, l’un des points forts du roman vient clairement des héros. On y retrouve à nouveau ce côté profondément humain, proche de nous et touchant qui les caractérise toujours dans ces différents romans. Il arrive clairement, en quelques mots, à rendre ses personnages vrais. Cela ne veut pas dire qu’ils ne tombent pas parfois dans certains archétypes, mais voilà il arrive à créer cette alchimie qui fait qu’on s’attache facilement à eux je trouve. Ainsi Jesse, le personnage principal que l’on découvre tout du long, ne manque ainsi pas d’attrait et surtout se révèle intéressant à suivre dans son évolution. Alors certes, comme je l’ai dit il accepte par moment un peu facilement les choses, mais on sent clairement que l’auteur l’a travaillé pour créer un personnage d’époque crédible dans sa vision du monde et dans ses réflexions. Il va aussi offrir de nombreux questionnements, principalement sur cette société futuriste proche de la nôtre avec toutes ces révolutions sociales et à travers les rencontres qu’il fait va montrer que, futur ou passé, le paradis social n’existe pas. Elisabeth ne manque pas non plus d’attrait, même si elle est un peu moins travaillée que Jesse, et se révèle elle aussi complexe, mélange à la fois de mère, de femme et de guerrière sans jamais tomber dans la caricature. Par contre, les personnages secondaires m’ont paru un peu léger, je pense principalement à la famille Kemp qui sans non plus se révéler creuse, l’auteur les travaillant tout de même un minimum, ils auraient quand même mérité, je trouve, d’être un peu plus soigné.

La narration est majoritairement celle contée par Jesse, excepté trois ou quatre passages qui offrent un narrateur différent. Alors j’en comprends l’utilité, elle permet de développer des passages ou Jesse n’est pas obligatoirement présent et surtout offrent aussi un peu d’action différente, mais voilà d’un point de vue personnel ce genre de narration me laisse toujours un peu sceptique. Concernant les réflexions qu’apporte ce récit, comme je l’ai dit, elles ne manquent pas non plus d’intérêt, surtout dans le travail entre le futur et le passé comme par exemple concernant les idéologies sur la position de la femme, le racisme ou encore d’un point de vue on va dire « colonial » ; la population du futur ayant une vision très figée et « sauvage » de cette époque alors qu’ils ne sont finalement pas si différent les uns des autres. Il y a aussi un travail intéressant sur l’Homme et sa capacité à gérer les nouvelles technologies, le voyage dans le temps ne servant finalement ici qu’à créer un grand parc d’attraction dans le passé pour se faire de l’argent. Il y a aussi un travail intéressant sur le côté un peu « divin » de ce voyageur du futur et sur les actes qui sont menés. Doit-il ou non modifier le passé ? Doit-il apporter des technologies et des avancées qui vont obligatoirement bouleverser l’Histoire ? L’auteur laisse, de façon efficace, à chacun le choix de se faire son propre avis.

Ce qui est dommage c’est que parfois ces réflexions sont à peine survolées. Je prends pour exemple cette idée, sans trop en révéler, qui tourne autour de comment a été obtenue la technologie pour voyager dans le temps, qui est franchement intéressante, mais étant à peine développée en devient légèrement décevante. L’auteur voulait peut-être rester dans un format court pour conserver le côté énergique du récit, mais c’est parfois légèrement frustrant. Je regretterai aussi une collusion d’évènements téléphonés qui amènent à la conclusion, je pense principalement à tout ce qui tourne au passé du héros. Enfin un autre regret vient de l’intrigue un peu policière que construit l’auteur sur les enquêtes du héros. Certes elle n’est pas mauvaise, mais bon sang ce que je l’ai trouvé mollassonne. Alors c’est vrai, elle sert simplement à travailler le propos de l’auteur, mais un peu de tension n’est jamais une mauvaise chose, surtout que bon certaines résolutions sont aussi un peu faciles. La plume de l’auteur est simple, efficace et un minimum entraînante. Au final on a là, selon moi, un roman qui n’est pas mauvais, avec de bonnes idées, mais qui aurait pu être tellement plus. Cela ne m’a pas empêché d’avoir passé un sympathique moment de lecture, mais il lui manque un petit quelque-chose, je trouve, pour se révéler marquant, surtout face à d’autres romans de l’auteur, ou alors Robert Charles Wilson recherchait simplement ce côté détente.

En Résumé : J’ai passé un sympathique moment de lecture avec ce roman qui se lit plutôt bien et assez rapidement, mais j’avoue une fois terminé je pense que j’en attendais tout de même plus. L’univers présenté n’a rien de révolutionnaire, ce qui n’empêche pas l’auteur de le rendre efficace et intéressant, principalement dans le choc des cultures et dans les questions qu’il soulève. Les personnages sont comme souvent un point fort des récit de l’auteur, nous proposant des héros humains, vrais et touchants, même si je trouve que certains personnages secondaires auraient mérité d’être un peu plus travaillés. Les nombreuses idées et réflexions développées ne manquent pas d’attrait, que ce soit dans les différentes comme les ressemblances entre présent et passé, dans la gestion de la technologie ou bien encore dans cette idée un peu « divine » de l’influence des hommes du futur sur l’Histoire. Ce qui est dommage c’est que l’auteur reste parfois trop en surface de ses idées ce qui est par moment légèrement frustrant. Je regretterai aussi quel le recoupement des différentes sous-intrigues dans la conclusion m’a, sur certains points, paru téléphonés et surtout une intrigue policière sur fond d’enquête qui s’avère quand même plutôt mou. Cela n’enlève en rien le côté divertissant du récit et les questions qu’il soulève, mais je trouve qu’il lui manque un petit quelque-chose pour se révéler encore plus marquant. La plume de l’auteur est toujours aussi fluide, entraînante et efficace et même si j’ai trouvé ce roman un peu en dessous par rapport à d’autres de l’auteur, je lirai sans soucis ses autres publications.

 

Ma Note : 6,5/10

 

Autres avis : Apophis, Yogo, Lune, Le Fictionaute, …

Poumon Vert – Ian R. MacLeod

Résumé : LORS DE SA DOUZIÈME ANNÉE standard, pendant la saison des Pluies Douces habarienne, Jalila quitte les hautes plaines de Tabuthal. Un voyage sans retour — le premier. Elle et ses trois mères s’installent à Al Janb, une ville côtière bien différente des terres hautes qui ont vu grandir la jeune fille. Jalila doute du bien-fondé de son déménagement. Ici, tout est étrange. Il y a d’abord ces vaisseaux, qui percent le ciel tels des missiles. Et puis ces créatures d’outre-monde inquiétantes, qu’on rencontre parfois dans les rues bondées. Et enfin, surtout, la plus étrange des choses étranges, cet homme croisé par le plus pur des hasards — oui, un… mâle. Une révélation qui ne signifie qu’une chose : Jalila va devoir grandir, et vite ; jusqu’à percer à jour le plus extraordinaire secret des Dix Mille et Un Mondes…

Edition : Le Bélial’

 

Mon Avis : J’avoue, avant de me lancer dans la lecture de cette novella, je n’avais jamais rien lu de Ian R. MacLeod. J’avais déjà entendu parler de l’auteur, principalement parce que j’ai l’habitude depuis plusieurs années de suivre de loin les différents prix internationaux, mais jamais aucun de ses écrits n’a rejoint ma bibliothèque. Je profite donc de la publication de cette novella, dans l’excellente collection Une Heure Lumière de la maison d’édition Le Bélial’, pour le découvrir. A noter la couverture, illustrée par Aurélien Police, que je trouve franchement superbe offrant comme toujours avec cette collection un superbe écrin au livre.

Ce récit nous fait suivre Jalila qui, lors de sa douzième année avec ses mères, quitte son chez soi dans les plaines qu’elle a toujours connu, pour aller vivre dans une ville côtière. Cette nouvelle vie ne va pas être de tout repos et on va la suivre au grès de ses pérégrinations, la voir grandir, évoluer et changer. Alors je dois bien admettre qu’une fois la dernière page de cette novella tournée, j’ai passé un très bon moment de lecture. Certes on est dans un récit qui ne plaira clairement pas à tous, mais moi il m’a réussi à m’emporter et à me fasciner à travers sa toile de fond et aussi dans ce qu’il développe. On plonge ainsi dans un récit profondément mélancolique, porté par un rythme lent qui va se révéler, je trouve, envoutant. Il n’y a ainsi pas ou peu d’action, mais plus la plongée dans une tranche de vie de l’héroïne, d’éléments et de découvertes qu’elle partage et qui la font avancer et évoluer. On découvre ainsi ce monde comme elle le voit elle-même, ce qui pourrait légèrement dérouter, mais de mon côté a réussi à me captiver. Il n’y a pas de véritable but ni de quête dans cette novella, simplement une jeune fille qui grandit dans un monde différent, à la fois du lecteur, mais aussi de ce qu’elle a toujours connu dans les plaines et qui va découvrir que devenir adulte n’est jamais simple.

Le premier point qui fascine dans ce texte c’est l’univers que développe l’auteur qui s’avère franchement originale, dense, soigné et fascinant. On plonge ainsi sur Habara une planète à la fois pleine de beauté et d’étrangeté, bien porté par un travail de description poétique, prenant et séduisant. Il y a quelque chose de réellement magique et magnifique qui se dégage de ce monde, travaillé jusqu’au moindre détail et qui dépayse clairement le lecteur. Je pense par exemple à cette idée de Poumon Vert, une spore qui permet à chacun de respirer l’air de cette planète. Ce côté vaste est aussi présent dans les non-dits, dans cette idée de Dix Mille et Un Mondes, dans cette façon qu’il va faire lever les yeux du lecteur et de l’héroïne vers les étoiles, ou bien encore dans la mythologie et l’Histoire qu’il construit montrant un univers d’une plus grande richesses encore. De mon côté ce fut à la fois enchanteur de le découvrir, mais aussi parfois légèrement frustrant, car obligatoirement une telle densité dans un format si court fait que de nombreux aspects restent à peine esquissés. Alors après ce n’est en rien bloquant tant l’ensemble est plus que réussi, mais voilà j’ai trouvé cela légèrement déroutant.

L’autre point intéressant, je trouve, du récit vient surtout du côté social qui est développé, l’auteur nous plongeant ainsi dans une société matriarcale. L’héroïne ne découvrant finalement son premier homme qu’une fois dans la ville d’Al Janb où un père et son fils se sont installés. L’intérêt principal de ce récit est finalement de ne jamais tenter d’offrir de comparatif, de vouloir essayer de montrer l’intérêt premier de sa société par rapport à une autre comme celle que l’on connaît. Il prend même le parti qu’il n’y a parfois que peu de différences entre une société d’hommes et une société de femmes, surtout quand on est adolescent et que les émotions priment parfois sur la logique. Attention je ne dis pas qu’elles sont identiques, juste que chacune d’entre elle aura ses forces et ses faiblesses et que parfois on y retrouve les mêmes défauts, juste qu’ils sont présentés différemment. Qui dit changement social, dit aussi pour l’auteur altération du langage qui devient à majorité féminin ce qui rend l’ensemble encore plus immersif. Cet ensemble fait qu’on se retrouve ainsi à se poser des questions, où l’on découvre aussi une société qui parait plus ouverte, mais qui finalement offre aussi ses jugements, ses rejets et sa violence. L’auteur traite ainsi de nombreux sujets de réflexions qui ne laissent pas indifférent allant de l’acceptation de soi, des autres mais aussi de ses différences, ou bien encore sur la notion d’avenir, d’amour de rêve et d’adolescence.

En ce qui concerne les personnages, là aussi Ian R. MacLeod nous propose quelque chose de profond, de solide, d’humain et de passionnant. Il aborde ainsi le passage de l’adolescence à l’âge adulte de Jalila avec une terrible acuité et une finesse qui font qu’on s’attache assez rapidement et facilement avec elle. L’auteur traite ainsi de la découverte, des premières fois et des premiers émois de cette période de la vie avec justesse et efficacité. Jalila quitte ainsi le monde de l’enfance où tout parait féérique et facile, pour entrer dans un monde où les relations deviennent compliqués et où il faut faire des choix pas toujours faciles. Jalila va ainsi se rendre compte que la vie est parfois complexe, dure, que ses rêves et ses envies changent, que ses choix et ses actes ont des conséquences sur elle-même, mais aussi sur les autres. On découvre ainsi une héroïne avec ses forces et ses faiblesses, ses doutes et ses envies, qui va devoir apprendre à trouver sa propre voie. Les protagonistes qui gravitent autour d’elle ne sont pas non plus en reste, apportant aussi leurs écots à la construction de Jalila tout en possédant leurs personnalités propres, progressant et allant aussi de l’avant au fil des pages.

Au final j’ai plongé avec plaisir dans ce récit qui m’a clairement dépaysé, nous rappelant la beauté des étoiles, tout en offrant une histoire finalement très ordinaire mais qui est magnifiée par sa justesse, par la fantaisie et l’imagination de l’auteur, ainsi que par les réflexions qu’il soulève de façon intelligente et efficace. Mon principal regret vient du fait que le récit est tellement dense, que ce soit dans ce qu’il présente que dans les questions qu’il propose, que le format novella ne me parait pas assez suffisant pour traiter l’ensemble de façon efficace. Ce n’est pas vraiment bloquant, mais c’est parfois légèrement frustrant tant j’aurais aimé que certains aspects soient un peu plus travaillés. La plume de l’auteur s’avère soignée, dense, poétique, envoutante et je lirai sans soucis et avec plaisir d’autres de ses écrits.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman qui, aux premiers abords, parait nous offrir une histoire ordinaire d’une adolescente qui grandit et évolue, mais qui finalement va se révéler bien plus que cela. J’ai ainsi plongé avec plaisir dans l’univers futuriste que construit l’auteur autour de l’héroïne que ce soit par la beauté des paysages et leurs dépaysements, comme par l’aspect social d’une société matriarcale, où ne sont présents que deux hommes, qui fait réfléchir. Un univers riche, dense et soigné qui donne envie d’en apprendre plus. On découvre des personnages humains, avec leurs forces et leurs faiblesses, leurs envies et leurs doutes et suit avec plaisir Jalila, héroïne attachante qui va devoir grandir et évoluer pour continuer à avancer. L’auteur offre aussi de nombreuses réflexions que ce soit sur l’acceptation de soit, des autres, mais aussi sur la notion de choix, d’amour ou bien encore sur l’adolescence. L’ensemble est porté par un rythme lent, limite mélancolique qui pourra en déranger certains, mais qui je trouve colle parfaitement au récit et offre une ambiance envoutante. Je regretterai simplement que face à la densité proposée dans ce récit, le format novella fait que certains aspects sont à peine esquissés ce qui est parfois un peu frustrant. Rien de non plus trop bloquant ou dérangeant. La plume de l’auteur est poétique, dense, soignée et je lirai sans soucis d’autres de ses écrits.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : Apophis, L’Ours Inculte, Yuzine, Boudicca (Bibliocosme), …

Capitaine Futur Tome 1, L’Empereur de l’Espace – Edmond Hamilton

Résumé : Il y a Simon Wright, dit le Cerveau, ce qu’il est, littéralement, et dans un bocal de sérum : un scientifique exceptionnel. Et puis Grag, la montagne de fer indestructible dotée d’outils intégrés étonnants. Sans oublier Otho, l’androïde synthétique, spécialiste du combat rapproché, de l’infiltration et du camouflage. Ils sont les Futuristes, la plus stupéfiante association qui puisse s’imaginer. Et enfin il y a celui qu’ils ont élevé, celui qu’ils ont juré de protéger, celui qui est devenu leur leader : Curt Newton, le géant roux, le sorcier de la science doté d’un esprit hors normes, infatigable justicier connu des peuples du Système sous le nom de capitaine Futur.
Tous quatre veillent sur les neuf mondes et au-delà, attentifs, depuis leur base lunaire à l’emplacement secret.
Or un fléau court à travers le Système solaire, une épouvantable pandémie derrière laquelle semble se tapir un mystérieux criminel, l’empereur de l’Espace. Il n’est alors qu’un seul recours : celui du capitaine Futur ! Les tuyères du Comète, le formidable vaisseau des Futuristes, crachent déjà la puissance de l’atome : l’empereur de l’Espace n’a qu’à bien se tenir !

Edition : Le Bélial’

 

Mon Avis : Il faut savoir que ce roman se classe dans de la Science-Fiction qu’on pourrait considérer comme Pulp. J’avoue ce n’est pas obligatoirement la littérature que je lis le plus, et j’hésitais un peu à me lancer à la découverte de ce tome. Babelio a alors proposé de recevoir ce roman lors de son dernier Masse Critique et étant dans un état d’esprit un peu « fatigué », me détendre avec une lecture efficace et pleine d’aventure ne me déplaisait pas. Par conséquent j’ai tenté ma chance et j’ai eu la chance d’être sélectionné. Je remercie donc Babelio et les éditions Le Bélial’ de m’avoir permis de découvrir ce récit. Concernant la couverture, illustrée par Philippe Gady, elle colle parfaitement au récit je trouve avec ce côté un peu vintage et sympathique. Il est aussi à noter que cette série  Capitaine Futur a été librement adaptée en animé sous le titre, connu par beaucoup de monde je pense, de Capitaine Flam.

Il me parait intéressant de définir pour moi le mot pulp, on évitera ainsi tout malentendu. Le Pulp est à la base un magazine imprimé sur du papier de qualité très moyenne et qui a connu un véritable succès aux USA. Il proposait ainsi des histoires de genres divers et variés mettant principalement en avant l’aventure, l’action, avec des héros chevaleresques et des situations toutes plus périlleuses les unes que les autres. C’est d’ailleurs ce que propose ce roman puisque qu’il nous plonge dans un futur lointain, où l’humanité aura colonisé l’ensemble des planètes du système solaire, et où une terrible maladie inconnue fait régresser les personnes qui sont touchées. Le président de la terre et de l’univers n’a pas d’autre choix alors que d’appeler le Capitaine Futur et son équipe pour résoudre ce mystère et peut-être même affronter leur pire ennemi. Si ce genre de récit, qui ne cherche que le divertissement, proposant une histoire efficace, sans temps morts, alignant péripéties et action ne vous intéresse pas alors je doute que vous puissiez vous laisser tenter par ce livre. Moi de mon côté, j’avoue avoir passé un agréable moment avec cette aventure du Capitaine Futur. Ce récit possède quelque chose de captivants qui fait qu’on se retrouve à avancer facilement dans l’histoire, avec l’envie d’en apprendre plus. C’est un véritable page turner maîtrisé et tendu que nous propose l’auteur et qui, même s’il n’a rien de très révolutionnaire, ne manque pas pour autant d’intérêt.

L’univers qui est présenté et mis en avant tout du long est franchement intéressant à découvre, que ce soit dans son aspect imaginatif mais aussi dans son côté scientifique. Alors oui clairement il a vieilli, il a gagné ce côté un peu suranné, grandiloquent et kitsch d’un univers qui était fascinant et d’une certaine façon cohérent à l’époque, mais dont on sait aujourd’hui qu’il est improbable. Cela doit-il être bloquant ? Tout dépend de quelles seront vos attentes avec ce livre, en tout cas moi je me suis laissé porté par ce que construit l’auteur, l’imagination débordante dont il se sert pour tenter d’imaginer un futur plausible et surprenant. Que ce soit dans les différentes races rencontrées, les différentes planètes visitées ou bien encore les technologies qu’on croise, on sent bien que ce que l’on découvre possède une certaine densité qui fait qu’il n’est pas qu’une simple toile en fond. On retrouve ainsi un peu l’esprit de cette époque où la conquête spatiale n’était qu’un rêve qu’on pouvait satisfaire à travers différents récits de frissons et d’actions aux mondes flamboyants, sauvages et dangereux. Il faut dire que l’auteur rend aussi son univers plus cohérent par un travail scientifique soigné, tout en restant accessible. Alors bien sûr la science a énormément évolué depuis les années 40, par conséquent les hypothèses d’époque ont bien changé, mais cela n’est en rien bloquant pour peu qu’on se laisse porter.

Concernant les personnages on se retrouve dans du très classique avec le Capitaine Futur, héros sans peur et sans reproches qui possède un sens de l’honneur poussé, ayant décidé de protéger l’univers du « Mal » qui lui a pris ses parents. Autour de lui gravite une équipé hétéroclite et surprenant avec un robot, un androïde et Simon Wright, génie dont on a, face à la maladie, transféré le cerveau dans une boîte qui le maintient envie indéfiniment. Il va ici faire face à l’Empereur de l’Espace aux motivations sombres et dangereuses. On trouve aussi quelques personnages féminins qui, même si elles sont loin d’être les pires clichés qui soient, manquent quand même de profondeurs et ne sont là que pour mettre en avant les héros. Oui c’est assez caricatural, et c’est un peu le reproche qu’on pourrait leur faire, ce côté un peu binaire et sans surprises, mais cela ne les empêche pas d’apporter chacun d’entre eux leur pierre à l’édifice de ce récit, d’offrir rebondissements et surprises. On y trouve aussi ce côté très optimiste, avec ce héros sûr de lui et qui ne se remet jamais franchement en question tant il parait imbattable et son combat est juste. Si je devais faire une comparaison (qui comme toute comparaison ne vaut pas grand-chose), il me fait un peu penser à la naissance des super-héros des comics, ces premiers tomes ou tout était clairement défini, avec une luette entre le bien et le mal. Cela pourra en déranger certains, de mon côté , le fait que le roman soit court (moins de 200 pages) a fait que cela ne m’a pas dérangé plus que cela, même si je ne nie pas que parfois j’ai souri devant certaines situations. Par contre dans un roman plus long, je pense que je me serai à force déconnecté d’eux.

Autre point intéressant selon moi, le récit nous offre quelques réflexions intéressantes, que ce soit sur la notion d’humanité et d’intelligence, principalement par les piques entre Otho et Grag, mais aussi par moment sur la notion de colonisation, d’égalité. Bien entendu il ne faut pas se leurrer, c’est fait de façon très simpliste pour éviter de casser le rythme du récit, mais ça fonctionne tout de même un minimum. On pourra aussi reprocher au récit une certaine linéarité et une conclusion sans surprise avec son happy-end, mais voilà ca colle parfaitement à ce genre de récits et n’est en rien bloquant je trouve. La plume de l’auteur est simple, efficace et percutante nous plongeant assez facilement dans son récit. Au final ce roman a rempli pleinement son rôle de simple divertissement et devrait plaire si vous cherchez un récit fun, sans temps mort, efficace et pleins de surprises ou si comme moi vous cherchez un petit moment de détente entre deux romans plus « imposants », alors je pense que cette aventure du Capitaine Futur devrait vous plaire.

En Résumé : J’ai passé un sympathique moment de divertissement avec cette aventure du Capitaine Futur. On plonge ainsi clairement dans un roman d’aventures pulp, sans temps morts et bien porté par de nombreux rebondissements et de nombreuses surprises qui font qu’on tourne les pages assez facilement. Certes on y retrouve ce côté un peu suranné et vintage des romans de l’époque, mais pour autant ce récit n’a pas si mal vieilli tant il s’avère efficace et entraînant. L’univers, bien porté par l’imagination de l’auteur débordante et un travail scientifique un minimum soigné, s’avère dépaysant et donne envie d’en apprendre plus. Alors certes les concepts scientifiques ont évolué et les hypothèses d’époques sont devenues impossibles, cela pourra en bloquer certains devenant un peu farfelu, tout dépendra de vos attentes. Concernant les personnages ils s’avèrent très classiques avec le héros, chevalier blanc, aidé d’une équipe hétéroclite avec un robot, un androïde et le cerveau d’un génie dans une boîte où il peut vivre indéfiniment. L’ensemble est très binaire, avec le bien d’un côté et le mal de l’autre, et les personnages féminins manquent un peu d’intérêt, je l’avoue, mais vu que le roman est assez court, ça ne m’a pas dérangé plus que cela. Le récit se permet même de soulever quelques réflexions, certes de façon simpliste, mais qui fonctionne tout de même un minimum. La plume de l’auteur est simple, percutante et entraînante. Au final ce court roman à pleinement rempli son rôle de simple divertissement et pourrait plaire à ceux qui cherchent des récits d’aventures ou à ceux qui, comme moi, sont à la recherche d’un moment de détente entre deux romans plus « complexes ».

 

Ma Note : 7/10

 

Autres avis : Apophis, Maks, …

Planetfall – Emma Newman

Résumé : Touchée par la grâce, Lee Suh-Mi a reçu la vision d’une planète lointaine, un éden où serait révélé aux hommes le secret de leur place dans l’Univers. Sa conviction est telle qu’elle a entraîné plusieurs centaines de fidèles dans ce voyage sans retour à la rencontre de leur créateur. Vingt-deux ans se sont écoulés depuis qu’ils sont arrivés là-bas et qu’ils ont établi leur colonie au pied d’une énigmatique structure extraterrestre, la Cité de Dieu, dans laquelle Lee Suh-Mi a disparu depuis lors.
Ingénieur impliquée dans le projet depuis son origine, Renata Ghali est la dépositaire d’un terrible secret sur lequel repose le fragile équilibre de la colonie, qui pourrait voler en éclats avec l’entrée en scène d’un nouveau membre, un homme qui ressemble étrangement à Suh-Mi, trop jeune pour faire partie de la première génération de colons…

Edition : J’ai Lu Nouveaux Millénaires

 

Mon Avis : Emma Newman est une auteur anglaise qui est surtout connu pour ses romans d’Urban Fantasy à l’époque victorienne, dont j’ai vu passer des échos sur les blogs VO que je suis régulièrement. D’ailleurs je suis bien tenté par son dernier roman qui vient d’être publié en Anglais de Gaslamp Fantasy, mais là n’est pas le sujet. Planetfall est, si je ne me trompe pas, son premier roman SF, mais aussi surtout son premier roman publié en France et j’avoue avoir rapidement craqué au vu des chroniques que j’ai vu passer à droite et à gauche. Concernant la couverture, elle reprend celle en VO que je trouve plutôt sympathique.

Ce roman nous plonge dans un futur où, entrainé par Lee Suh-Mi une jeune femme qui a reçu une vision, des centaines de personnes sont allé coloniser une planète où ils ont trouvé la Cité de Dieu. Bien des années plus tard, ils vivent paisiblement dans un village dans l’attente du retour de la Cité de Dieu de Lee Suh-Mi qui viendra leur montrer la voie. Sauf qu’un nouvel arrivant va venir bouleverser l’équilibre nait dans cette colonie. Une fois la dernière page de Planetfall tournée je dois bien admettre que j’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman, qui pourra même ravir différents types de lecteurs. Ce que j’entends par là c’est qu’on plonge ici dans une histoire à la fois efficace et pleine de rebondissements et de surprises, mais aussi dans un récit intelligent qui nous offre de nombreux axes de réflexions. Il faut dire qu’on est rapidement happé par ce roman, déjà grâce une narration à la première personne maîtrisée qui devient rapidement immersive, mais aussi par la tension qui se dégage tout le long du récit et qui gagne lentement en intensité. On se retrouve ainsi à tourner rapidement et facilement les pages avec l’envie d’en apprendre plus sur les nombreux secrets qui se cachent au niveau de cette colonie et que vient voler en éclat ce nouvel arrivant qui ne parait pas si étranger que cela.

L’univers futuriste que l’on découvre au fil des pages ne manque pas  d’attrait, que ce soit d’un point de vue technologique comme d’un point de vue social. On découvre ainsi un futur ou tout le monde est connecté pour permettre de faciliter les échanges et d’être tous liés dans un monde possiblement hostile, ce qui a certes ses avantages, mais aussi ses inconvénients. On a l’impression que tous sont connectés à un immense réseau social et qu’au final chacun connaît tout sur tout le monde, même si une certaine vie privée reste en partie préservée. Cela influence aussi la façon de communiquer et on se rend rapidement compte que le réseau est limite devenu l’élément central d’échange, comme si toute information devait être su de tous, ce qui finalement nous fait réfléchir sur nous-même et la façon de transmettre des informations. Dans ce futur l’imprimante 3D est devenue un élément essentiel de la colonie, elle permet de construire l’ensemble des désirs de chacun, il faut simplement maîtriser les ressources globales, et permet ainsi de nombreuses choses fascinantes. L’aspect technologique se fond surtout parfaitement dans le décor que construit l’auteur, s’avérant cohérent et efficace et donnant envie d’en apprendre plus.

L’aspect social est aussi l’un des gros points à découvrir. En effet dans un tel monde on pourrait penser qu’il se révèle apaisé, ouvert, où tous vont dans le même sens, et même si par certains aspects il est libéré, par d’autres on se rend rapidement compte que c’est loin d’être le cas. Malgré toutes les technologies on y découvre une colonie qui cache de nombreux secrets, de nombreux non-dits, de nombreux mensonges, mais aussi des manipulations et des jeux de pouvoirs. L’Homme a beau avancer, évoluer, améliorer sa vie, avoir un but commun il reste ainsi toujours égal à lui-même et c’est ce qu’on découvre à travers le regard de Renata qui n’est pas non plus exempte de tous défauts loin de là. Une colonie gangrenée qui partait à la recherche d’un monde meilleur, mais qui finalement va devoir faire face à elle-même et ses contradictions. Mais surtout ce qui porte efficacement le récit c’est Renata elle-même. L’auteur nous dresse un portrait fascinant et intimiste d’une héroïne loin d’être fiable et qui cache une affection que l’on va peut à peut découvrir. On n’est pas dans l’héroïne classique, mais plus dans une personne abimée en profondeurs, pleine de souffrances, de trahisons, de rêve brisés, d’espoirs déçus, dont les nombreux secrets et mensonges la ronge en plus de sa déficience et qui au fil des pages marque le lecteur. On s’attache ainsi rapidement et facilement à elle et le regard des autres nous touche tant l’auteur maîtrise son sujet, ce qui nous pousse à réfléchir.

L’autre point captivant de ce récit vient des réflexions que nous propose l’auteur que ce soit sur la vie en communauté, la notion de vie privée, la maladie, l’équilibre, ou bien encore des sujets la foi et ce qui la motive, le parallèle entre la science et la foi ou bien encore la notion de vie extra-terrestre, ce récit brasse de nombreux sujets et en grande majorité de façon plus qu’efficace. L’existence de dieu devient ainsi un point central du récit et, sans trop en dire, l’auteur arrive à construire quelque chose d’efficace, d’ambigu, sans tomber dans le poncif ou dans une argumentation trop lourde. Elle nous fait ainsi réfléchir sur cette notion, tout ce qu’on peut y mettre derrière et surtout la façon dont certains peuvent s’en servir que ce soit en bien ou en mal.  La maladie est aussi traitée de façon intelligente et sobre, sur le regard qu’on peut porter et la norme qu’on met derrière ce mot.

Alors, tout n’est pas non plus parfait, déjà le fait de ne se concentrer que sur Renata a pour effet d’éclipser énormément les autres personnages, ce que j’ai trouvé légèrement dommage, surtout concernant Marks ou Sung-Soo qui aurait peut-être mérité un travail un peu plus en profondeur. Ensuite j’ai trouvé que certains évènements, vers la fin, étaient traités un peu trop rapidement, cela permet certes d’offrir une accélération dans le dernier quart du récit, mais qui s’avère aussi légèrement frustrant. Enfin concernant la conclusion, elle n’est pas mauvaise en soit, restant très ouverte, mais voilà je ne sais pas pourquoi elle m’a paru « facile ». L’auteur donnant pour moi l’impression de vouloir contenter tout le monde en évitant d’offrir des réponses trop tranchées, mais joue trop à l’équilibriste. Après ce ne sont que quelques détails, j’ai passé un très bon moment avec ce bouquin, bien porté par une plume efficace, vivante et entraînante et je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec Planetfall qui nous offre à la fois une histoire efficace, entrainante et pleine de rebondissements, mais aussi un récit intelligent. On plonge rapidement dans ce récit qui offre dès le départ une tension qui gagne en intensité au fil des pages et des révélations. L’univers construit est plus qu’efficace, que ce soit d’un point de vue technologique avec ces outils de communication ou ces imprimantes 3D, mais aussi d’un point de vue social. On découvre ainsi une colonie qui malgré son vernis de paix et d’entente cache finalement de nombreux secrets, des luttes de pouvoir et des mensonges. Mais surtout ce qui porte le récit c’est la voix de Renata, l’auteur construisant une héroïne que j’ai trouvé passionnante et touchante. On est loin du personnage parfait, se révélant d’une certaine façon abîmée, pleines de rêves déçus, d’espoirs brisés, de trahisons et de mensonges qui la ronge. Une héroïne malade, qui nous marque et nous pousse à réfléchir sur le regard qu’on peut avoir. C’est d’ailleurs l’autre point efficace du récit, les questions soulevées sur la vie en groupe, la notion de vie privée, la notion de foie ou encore sur la possibilité d’une vie extra-terrestre. Alors après quelques points m’ont quand même dérangé, comme le fait que la narration à la première personne, certes immersive, éclipse les autres personnages, certains évènement m’ont paru traité un peu trop rapidement et enfin la conclusion même si elle n’est pas mauvaise m’a un peu laissé sur ma faim. Mais rien de non plus bloquant tant j’ai passé un bon moment avec ce roman, bien porté par une plume vive, efficace et je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : Joyeux-Drille, Elessar, Yogo, …