Category Archives: Science-Fiction

Poumon Vert – Ian R. MacLeod

Résumé : LORS DE SA DOUZIÈME ANNÉE standard, pendant la saison des Pluies Douces habarienne, Jalila quitte les hautes plaines de Tabuthal. Un voyage sans retour — le premier. Elle et ses trois mères s’installent à Al Janb, une ville côtière bien différente des terres hautes qui ont vu grandir la jeune fille. Jalila doute du bien-fondé de son déménagement. Ici, tout est étrange. Il y a d’abord ces vaisseaux, qui percent le ciel tels des missiles. Et puis ces créatures d’outre-monde inquiétantes, qu’on rencontre parfois dans les rues bondées. Et enfin, surtout, la plus étrange des choses étranges, cet homme croisé par le plus pur des hasards — oui, un… mâle. Une révélation qui ne signifie qu’une chose : Jalila va devoir grandir, et vite ; jusqu’à percer à jour le plus extraordinaire secret des Dix Mille et Un Mondes…

Edition : Le Bélial’

 

Mon Avis : J’avoue, avant de me lancer dans la lecture de cette novella, je n’avais jamais rien lu de Ian R. MacLeod. J’avais déjà entendu parler de l’auteur, principalement parce que j’ai l’habitude depuis plusieurs années de suivre de loin les différents prix internationaux, mais jamais aucun de ses écrits n’a rejoint ma bibliothèque. Je profite donc de la publication de cette novella, dans l’excellente collection Une Heure Lumière de la maison d’édition Le Bélial’, pour le découvrir. A noter la couverture, illustrée par Aurélien Police, que je trouve franchement superbe offrant comme toujours avec cette collection un superbe écrin au livre.

Ce récit nous fait suivre Jalila qui, lors de sa douzième année avec ses mères, quitte son chez soi dans les plaines qu’elle a toujours connu, pour aller vivre dans une ville côtière. Cette nouvelle vie ne va pas être de tout repos et on va la suivre au grès de ses pérégrinations, la voir grandir, évoluer et changer. Alors je dois bien admettre qu’une fois la dernière page de cette novella tournée, j’ai passé un très bon moment de lecture. Certes on est dans un récit qui ne plaira clairement pas à tous, mais moi il m’a réussi à m’emporter et à me fasciner à travers sa toile de fond et aussi dans ce qu’il développe. On plonge ainsi dans un récit profondément mélancolique, porté par un rythme lent qui va se révéler, je trouve, envoutant. Il n’y a ainsi pas ou peu d’action, mais plus la plongée dans une tranche de vie de l’héroïne, d’éléments et de découvertes qu’elle partage et qui la font avancer et évoluer. On découvre ainsi ce monde comme elle le voit elle-même, ce qui pourrait légèrement dérouter, mais de mon côté a réussi à me captiver. Il n’y a pas de véritable but ni de quête dans cette novella, simplement une jeune fille qui grandit dans un monde différent, à la fois du lecteur, mais aussi de ce qu’elle a toujours connu dans les plaines et qui va découvrir que devenir adulte n’est jamais simple.

Le premier point qui fascine dans ce texte c’est l’univers que développe l’auteur qui s’avère franchement originale, dense, soigné et fascinant. On plonge ainsi sur Habara une planète à la fois pleine de beauté et d’étrangeté, bien porté par un travail de description poétique, prenant et séduisant. Il y a quelque chose de réellement magique et magnifique qui se dégage de ce monde, travaillé jusqu’au moindre détail et qui dépayse clairement le lecteur. Je pense par exemple à cette idée de Poumon Vert, une spore qui permet à chacun de respirer l’air de cette planète. Ce côté vaste est aussi présent dans les non-dits, dans cette idée de Dix Mille et Un Mondes, dans cette façon qu’il va faire lever les yeux du lecteur et de l’héroïne vers les étoiles, ou bien encore dans la mythologie et l’Histoire qu’il construit montrant un univers d’une plus grande richesses encore. De mon côté ce fut à la fois enchanteur de le découvrir, mais aussi parfois légèrement frustrant, car obligatoirement une telle densité dans un format si court fait que de nombreux aspects restent à peine esquissés. Alors après ce n’est en rien bloquant tant l’ensemble est plus que réussi, mais voilà j’ai trouvé cela légèrement déroutant.

L’autre point intéressant, je trouve, du récit vient surtout du côté social qui est développé, l’auteur nous plongeant ainsi dans une société matriarcale. L’héroïne ne découvrant finalement son premier homme qu’une fois dans la ville d’Al Janb où un père et son fils se sont installés. L’intérêt principal de ce récit est finalement de ne jamais tenter d’offrir de comparatif, de vouloir essayer de montrer l’intérêt premier de sa société par rapport à une autre comme celle que l’on connaît. Il prend même le parti qu’il n’y a parfois que peu de différences entre une société d’hommes et une société de femmes, surtout quand on est adolescent et que les émotions priment parfois sur la logique. Attention je ne dis pas qu’elles sont identiques, juste que chacune d’entre elle aura ses forces et ses faiblesses et que parfois on y retrouve les mêmes défauts, juste qu’ils sont présentés différemment. Qui dit changement social, dit aussi pour l’auteur altération du langage qui devient à majorité féminin ce qui rend l’ensemble encore plus immersif. Cet ensemble fait qu’on se retrouve ainsi à se poser des questions, où l’on découvre aussi une société qui parait plus ouverte, mais qui finalement offre aussi ses jugements, ses rejets et sa violence. L’auteur traite ainsi de nombreux sujets de réflexions qui ne laissent pas indifférent allant de l’acceptation de soi, des autres mais aussi de ses différences, ou bien encore sur la notion d’avenir, d’amour de rêve et d’adolescence.

En ce qui concerne les personnages, là aussi Ian R. MacLeod nous propose quelque chose de profond, de solide, d’humain et de passionnant. Il aborde ainsi le passage de l’adolescence à l’âge adulte de Jalila avec une terrible acuité et une finesse qui font qu’on s’attache assez rapidement et facilement avec elle. L’auteur traite ainsi de la découverte, des premières fois et des premiers émois de cette période de la vie avec justesse et efficacité. Jalila quitte ainsi le monde de l’enfance où tout parait féérique et facile, pour entrer dans un monde où les relations deviennent compliqués et où il faut faire des choix pas toujours faciles. Jalila va ainsi se rendre compte que la vie est parfois complexe, dure, que ses rêves et ses envies changent, que ses choix et ses actes ont des conséquences sur elle-même, mais aussi sur les autres. On découvre ainsi une héroïne avec ses forces et ses faiblesses, ses doutes et ses envies, qui va devoir apprendre à trouver sa propre voie. Les protagonistes qui gravitent autour d’elle ne sont pas non plus en reste, apportant aussi leurs écots à la construction de Jalila tout en possédant leurs personnalités propres, progressant et allant aussi de l’avant au fil des pages.

Au final j’ai plongé avec plaisir dans ce récit qui m’a clairement dépaysé, nous rappelant la beauté des étoiles, tout en offrant une histoire finalement très ordinaire mais qui est magnifiée par sa justesse, par la fantaisie et l’imagination de l’auteur, ainsi que par les réflexions qu’il soulève de façon intelligente et efficace. Mon principal regret vient du fait que le récit est tellement dense, que ce soit dans ce qu’il présente que dans les questions qu’il propose, que le format novella ne me parait pas assez suffisant pour traiter l’ensemble de façon efficace. Ce n’est pas vraiment bloquant, mais c’est parfois légèrement frustrant tant j’aurais aimé que certains aspects soient un peu plus travaillés. La plume de l’auteur s’avère soignée, dense, poétique, envoutante et je lirai sans soucis et avec plaisir d’autres de ses écrits.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman qui, aux premiers abords, parait nous offrir une histoire ordinaire d’une adolescente qui grandit et évolue, mais qui finalement va se révéler bien plus que cela. J’ai ainsi plongé avec plaisir dans l’univers futuriste que construit l’auteur autour de l’héroïne que ce soit par la beauté des paysages et leurs dépaysements, comme par l’aspect social d’une société matriarcale, où ne sont présents que deux hommes, qui fait réfléchir. Un univers riche, dense et soigné qui donne envie d’en apprendre plus. On découvre des personnages humains, avec leurs forces et leurs faiblesses, leurs envies et leurs doutes et suit avec plaisir Jalila, héroïne attachante qui va devoir grandir et évoluer pour continuer à avancer. L’auteur offre aussi de nombreuses réflexions que ce soit sur l’acceptation de soit, des autres, mais aussi sur la notion de choix, d’amour ou bien encore sur l’adolescence. L’ensemble est porté par un rythme lent, limite mélancolique qui pourra en déranger certains, mais qui je trouve colle parfaitement au récit et offre une ambiance envoutante. Je regretterai simplement que face à la densité proposée dans ce récit, le format novella fait que certains aspects sont à peine esquissés ce qui est parfois un peu frustrant. Rien de non plus trop bloquant ou dérangeant. La plume de l’auteur est poétique, dense, soignée et je lirai sans soucis d’autres de ses écrits.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : Apophis, L’Ours Inculte, Yuzine, Boudicca (Bibliocosme), …

Capitaine Futur Tome 1, L’Empereur de l’Espace – Edmond Hamilton

Résumé : Il y a Simon Wright, dit le Cerveau, ce qu’il est, littéralement, et dans un bocal de sérum : un scientifique exceptionnel. Et puis Grag, la montagne de fer indestructible dotée d’outils intégrés étonnants. Sans oublier Otho, l’androïde synthétique, spécialiste du combat rapproché, de l’infiltration et du camouflage. Ils sont les Futuristes, la plus stupéfiante association qui puisse s’imaginer. Et enfin il y a celui qu’ils ont élevé, celui qu’ils ont juré de protéger, celui qui est devenu leur leader : Curt Newton, le géant roux, le sorcier de la science doté d’un esprit hors normes, infatigable justicier connu des peuples du Système sous le nom de capitaine Futur.
Tous quatre veillent sur les neuf mondes et au-delà, attentifs, depuis leur base lunaire à l’emplacement secret.
Or un fléau court à travers le Système solaire, une épouvantable pandémie derrière laquelle semble se tapir un mystérieux criminel, l’empereur de l’Espace. Il n’est alors qu’un seul recours : celui du capitaine Futur ! Les tuyères du Comète, le formidable vaisseau des Futuristes, crachent déjà la puissance de l’atome : l’empereur de l’Espace n’a qu’à bien se tenir !

Edition : Le Bélial’

 

Mon Avis : Il faut savoir que ce roman se classe dans de la Science-Fiction qu’on pourrait considérer comme Pulp. J’avoue ce n’est pas obligatoirement la littérature que je lis le plus, et j’hésitais un peu à me lancer à la découverte de ce tome. Babelio a alors proposé de recevoir ce roman lors de son dernier Masse Critique et étant dans un état d’esprit un peu « fatigué », me détendre avec une lecture efficace et pleine d’aventure ne me déplaisait pas. Par conséquent j’ai tenté ma chance et j’ai eu la chance d’être sélectionné. Je remercie donc Babelio et les éditions Le Bélial’ de m’avoir permis de découvrir ce récit. Concernant la couverture, illustrée par Philippe Gady, elle colle parfaitement au récit je trouve avec ce côté un peu vintage et sympathique. Il est aussi à noter que cette série  Capitaine Futur a été librement adaptée en animé sous le titre, connu par beaucoup de monde je pense, de Capitaine Flam.

Il me parait intéressant de définir pour moi le mot pulp, on évitera ainsi tout malentendu. Le Pulp est à la base un magazine imprimé sur du papier de qualité très moyenne et qui a connu un véritable succès aux USA. Il proposait ainsi des histoires de genres divers et variés mettant principalement en avant l’aventure, l’action, avec des héros chevaleresques et des situations toutes plus périlleuses les unes que les autres. C’est d’ailleurs ce que propose ce roman puisque qu’il nous plonge dans un futur lointain, où l’humanité aura colonisé l’ensemble des planètes du système solaire, et où une terrible maladie inconnue fait régresser les personnes qui sont touchées. Le président de la terre et de l’univers n’a pas d’autre choix alors que d’appeler le Capitaine Futur et son équipe pour résoudre ce mystère et peut-être même affronter leur pire ennemi. Si ce genre de récit, qui ne cherche que le divertissement, proposant une histoire efficace, sans temps morts, alignant péripéties et action ne vous intéresse pas alors je doute que vous puissiez vous laisser tenter par ce livre. Moi de mon côté, j’avoue avoir passé un agréable moment avec cette aventure du Capitaine Futur. Ce récit possède quelque chose de captivants qui fait qu’on se retrouve à avancer facilement dans l’histoire, avec l’envie d’en apprendre plus. C’est un véritable page turner maîtrisé et tendu que nous propose l’auteur et qui, même s’il n’a rien de très révolutionnaire, ne manque pas pour autant d’intérêt.

L’univers qui est présenté et mis en avant tout du long est franchement intéressant à découvre, que ce soit dans son aspect imaginatif mais aussi dans son côté scientifique. Alors oui clairement il a vieilli, il a gagné ce côté un peu suranné, grandiloquent et kitsch d’un univers qui était fascinant et d’une certaine façon cohérent à l’époque, mais dont on sait aujourd’hui qu’il est improbable. Cela doit-il être bloquant ? Tout dépend de quelles seront vos attentes avec ce livre, en tout cas moi je me suis laissé porté par ce que construit l’auteur, l’imagination débordante dont il se sert pour tenter d’imaginer un futur plausible et surprenant. Que ce soit dans les différentes races rencontrées, les différentes planètes visitées ou bien encore les technologies qu’on croise, on sent bien que ce que l’on découvre possède une certaine densité qui fait qu’il n’est pas qu’une simple toile en fond. On retrouve ainsi un peu l’esprit de cette époque où la conquête spatiale n’était qu’un rêve qu’on pouvait satisfaire à travers différents récits de frissons et d’actions aux mondes flamboyants, sauvages et dangereux. Il faut dire que l’auteur rend aussi son univers plus cohérent par un travail scientifique soigné, tout en restant accessible. Alors bien sûr la science a énormément évolué depuis les années 40, par conséquent les hypothèses d’époque ont bien changé, mais cela n’est en rien bloquant pour peu qu’on se laisse porter.

Concernant les personnages on se retrouve dans du très classique avec le Capitaine Futur, héros sans peur et sans reproches qui possède un sens de l’honneur poussé, ayant décidé de protéger l’univers du « Mal » qui lui a pris ses parents. Autour de lui gravite une équipé hétéroclite et surprenant avec un robot, un androïde et Simon Wright, génie dont on a, face à la maladie, transféré le cerveau dans une boîte qui le maintient envie indéfiniment. Il va ici faire face à l’Empereur de l’Espace aux motivations sombres et dangereuses. On trouve aussi quelques personnages féminins qui, même si elles sont loin d’être les pires clichés qui soient, manquent quand même de profondeurs et ne sont là que pour mettre en avant les héros. Oui c’est assez caricatural, et c’est un peu le reproche qu’on pourrait leur faire, ce côté un peu binaire et sans surprises, mais cela ne les empêche pas d’apporter chacun d’entre eux leur pierre à l’édifice de ce récit, d’offrir rebondissements et surprises. On y trouve aussi ce côté très optimiste, avec ce héros sûr de lui et qui ne se remet jamais franchement en question tant il parait imbattable et son combat est juste. Si je devais faire une comparaison (qui comme toute comparaison ne vaut pas grand-chose), il me fait un peu penser à la naissance des super-héros des comics, ces premiers tomes ou tout était clairement défini, avec une luette entre le bien et le mal. Cela pourra en déranger certains, de mon côté , le fait que le roman soit court (moins de 200 pages) a fait que cela ne m’a pas dérangé plus que cela, même si je ne nie pas que parfois j’ai souri devant certaines situations. Par contre dans un roman plus long, je pense que je me serai à force déconnecté d’eux.

Autre point intéressant selon moi, le récit nous offre quelques réflexions intéressantes, que ce soit sur la notion d’humanité et d’intelligence, principalement par les piques entre Otho et Grag, mais aussi par moment sur la notion de colonisation, d’égalité. Bien entendu il ne faut pas se leurrer, c’est fait de façon très simpliste pour éviter de casser le rythme du récit, mais ça fonctionne tout de même un minimum. On pourra aussi reprocher au récit une certaine linéarité et une conclusion sans surprise avec son happy-end, mais voilà ca colle parfaitement à ce genre de récits et n’est en rien bloquant je trouve. La plume de l’auteur est simple, efficace et percutante nous plongeant assez facilement dans son récit. Au final ce roman a rempli pleinement son rôle de simple divertissement et devrait plaire si vous cherchez un récit fun, sans temps mort, efficace et pleins de surprises ou si comme moi vous cherchez un petit moment de détente entre deux romans plus « imposants », alors je pense que cette aventure du Capitaine Futur devrait vous plaire.

En Résumé : J’ai passé un sympathique moment de divertissement avec cette aventure du Capitaine Futur. On plonge ainsi clairement dans un roman d’aventures pulp, sans temps morts et bien porté par de nombreux rebondissements et de nombreuses surprises qui font qu’on tourne les pages assez facilement. Certes on y retrouve ce côté un peu suranné et vintage des romans de l’époque, mais pour autant ce récit n’a pas si mal vieilli tant il s’avère efficace et entraînant. L’univers, bien porté par l’imagination de l’auteur débordante et un travail scientifique un minimum soigné, s’avère dépaysant et donne envie d’en apprendre plus. Alors certes les concepts scientifiques ont évolué et les hypothèses d’époques sont devenues impossibles, cela pourra en bloquer certains devenant un peu farfelu, tout dépendra de vos attentes. Concernant les personnages ils s’avèrent très classiques avec le héros, chevalier blanc, aidé d’une équipe hétéroclite avec un robot, un androïde et le cerveau d’un génie dans une boîte où il peut vivre indéfiniment. L’ensemble est très binaire, avec le bien d’un côté et le mal de l’autre, et les personnages féminins manquent un peu d’intérêt, je l’avoue, mais vu que le roman est assez court, ça ne m’a pas dérangé plus que cela. Le récit se permet même de soulever quelques réflexions, certes de façon simpliste, mais qui fonctionne tout de même un minimum. La plume de l’auteur est simple, percutante et entraînante. Au final ce court roman à pleinement rempli son rôle de simple divertissement et pourrait plaire à ceux qui cherchent des récits d’aventures ou à ceux qui, comme moi, sont à la recherche d’un moment de détente entre deux romans plus « complexes ».

 

Ma Note : 7/10

 

Autres avis : Apophis, Maks, …

Planetfall – Emma Newman

Résumé : Touchée par la grâce, Lee Suh-Mi a reçu la vision d’une planète lointaine, un éden où serait révélé aux hommes le secret de leur place dans l’Univers. Sa conviction est telle qu’elle a entraîné plusieurs centaines de fidèles dans ce voyage sans retour à la rencontre de leur créateur. Vingt-deux ans se sont écoulés depuis qu’ils sont arrivés là-bas et qu’ils ont établi leur colonie au pied d’une énigmatique structure extraterrestre, la Cité de Dieu, dans laquelle Lee Suh-Mi a disparu depuis lors.
Ingénieur impliquée dans le projet depuis son origine, Renata Ghali est la dépositaire d’un terrible secret sur lequel repose le fragile équilibre de la colonie, qui pourrait voler en éclats avec l’entrée en scène d’un nouveau membre, un homme qui ressemble étrangement à Suh-Mi, trop jeune pour faire partie de la première génération de colons…

Edition : J’ai Lu Nouveaux Millénaires

 

Mon Avis : Emma Newman est une auteur anglaise qui est surtout connu pour ses romans d’Urban Fantasy à l’époque victorienne, dont j’ai vu passer des échos sur les blogs VO que je suis régulièrement. D’ailleurs je suis bien tenté par son dernier roman qui vient d’être publié en Anglais de Gaslamp Fantasy, mais là n’est pas le sujet. Planetfall est, si je ne me trompe pas, son premier roman SF, mais aussi surtout son premier roman publié en France et j’avoue avoir rapidement craqué au vu des chroniques que j’ai vu passer à droite et à gauche. Concernant la couverture, elle reprend celle en VO que je trouve plutôt sympathique.

Ce roman nous plonge dans un futur où, entrainé par Lee Suh-Mi une jeune femme qui a reçu une vision, des centaines de personnes sont allé coloniser une planète où ils ont trouvé la Cité de Dieu. Bien des années plus tard, ils vivent paisiblement dans un village dans l’attente du retour de la Cité de Dieu de Lee Suh-Mi qui viendra leur montrer la voie. Sauf qu’un nouvel arrivant va venir bouleverser l’équilibre nait dans cette colonie. Une fois la dernière page de Planetfall tournée je dois bien admettre que j’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman, qui pourra même ravir différents types de lecteurs. Ce que j’entends par là c’est qu’on plonge ici dans une histoire à la fois efficace et pleine de rebondissements et de surprises, mais aussi dans un récit intelligent qui nous offre de nombreux axes de réflexions. Il faut dire qu’on est rapidement happé par ce roman, déjà grâce une narration à la première personne maîtrisée qui devient rapidement immersive, mais aussi par la tension qui se dégage tout le long du récit et qui gagne lentement en intensité. On se retrouve ainsi à tourner rapidement et facilement les pages avec l’envie d’en apprendre plus sur les nombreux secrets qui se cachent au niveau de cette colonie et que vient voler en éclat ce nouvel arrivant qui ne parait pas si étranger que cela.

L’univers futuriste que l’on découvre au fil des pages ne manque pas  d’attrait, que ce soit d’un point de vue technologique comme d’un point de vue social. On découvre ainsi un futur ou tout le monde est connecté pour permettre de faciliter les échanges et d’être tous liés dans un monde possiblement hostile, ce qui a certes ses avantages, mais aussi ses inconvénients. On a l’impression que tous sont connectés à un immense réseau social et qu’au final chacun connaît tout sur tout le monde, même si une certaine vie privée reste en partie préservée. Cela influence aussi la façon de communiquer et on se rend rapidement compte que le réseau est limite devenu l’élément central d’échange, comme si toute information devait être su de tous, ce qui finalement nous fait réfléchir sur nous-même et la façon de transmettre des informations. Dans ce futur l’imprimante 3D est devenue un élément essentiel de la colonie, elle permet de construire l’ensemble des désirs de chacun, il faut simplement maîtriser les ressources globales, et permet ainsi de nombreuses choses fascinantes. L’aspect technologique se fond surtout parfaitement dans le décor que construit l’auteur, s’avérant cohérent et efficace et donnant envie d’en apprendre plus.

L’aspect social est aussi l’un des gros points à découvrir. En effet dans un tel monde on pourrait penser qu’il se révèle apaisé, ouvert, où tous vont dans le même sens, et même si par certains aspects il est libéré, par d’autres on se rend rapidement compte que c’est loin d’être le cas. Malgré toutes les technologies on y découvre une colonie qui cache de nombreux secrets, de nombreux non-dits, de nombreux mensonges, mais aussi des manipulations et des jeux de pouvoirs. L’Homme a beau avancer, évoluer, améliorer sa vie, avoir un but commun il reste ainsi toujours égal à lui-même et c’est ce qu’on découvre à travers le regard de Renata qui n’est pas non plus exempte de tous défauts loin de là. Une colonie gangrenée qui partait à la recherche d’un monde meilleur, mais qui finalement va devoir faire face à elle-même et ses contradictions. Mais surtout ce qui porte efficacement le récit c’est Renata elle-même. L’auteur nous dresse un portrait fascinant et intimiste d’une héroïne loin d’être fiable et qui cache une affection que l’on va peut à peut découvrir. On n’est pas dans l’héroïne classique, mais plus dans une personne abimée en profondeurs, pleine de souffrances, de trahisons, de rêve brisés, d’espoirs déçus, dont les nombreux secrets et mensonges la ronge en plus de sa déficience et qui au fil des pages marque le lecteur. On s’attache ainsi rapidement et facilement à elle et le regard des autres nous touche tant l’auteur maîtrise son sujet, ce qui nous pousse à réfléchir.

L’autre point captivant de ce récit vient des réflexions que nous propose l’auteur que ce soit sur la vie en communauté, la notion de vie privée, la maladie, l’équilibre, ou bien encore des sujets la foi et ce qui la motive, le parallèle entre la science et la foi ou bien encore la notion de vie extra-terrestre, ce récit brasse de nombreux sujets et en grande majorité de façon plus qu’efficace. L’existence de dieu devient ainsi un point central du récit et, sans trop en dire, l’auteur arrive à construire quelque chose d’efficace, d’ambigu, sans tomber dans le poncif ou dans une argumentation trop lourde. Elle nous fait ainsi réfléchir sur cette notion, tout ce qu’on peut y mettre derrière et surtout la façon dont certains peuvent s’en servir que ce soit en bien ou en mal.  La maladie est aussi traitée de façon intelligente et sobre, sur le regard qu’on peut porter et la norme qu’on met derrière ce mot.

Alors, tout n’est pas non plus parfait, déjà le fait de ne se concentrer que sur Renata a pour effet d’éclipser énormément les autres personnages, ce que j’ai trouvé légèrement dommage, surtout concernant Marks ou Sung-Soo qui aurait peut-être mérité un travail un peu plus en profondeur. Ensuite j’ai trouvé que certains évènements, vers la fin, étaient traités un peu trop rapidement, cela permet certes d’offrir une accélération dans le dernier quart du récit, mais qui s’avère aussi légèrement frustrant. Enfin concernant la conclusion, elle n’est pas mauvaise en soit, restant très ouverte, mais voilà je ne sais pas pourquoi elle m’a paru « facile ». L’auteur donnant pour moi l’impression de vouloir contenter tout le monde en évitant d’offrir des réponses trop tranchées, mais joue trop à l’équilibriste. Après ce ne sont que quelques détails, j’ai passé un très bon moment avec ce bouquin, bien porté par une plume efficace, vivante et entraînante et je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec Planetfall qui nous offre à la fois une histoire efficace, entrainante et pleine de rebondissements, mais aussi un récit intelligent. On plonge rapidement dans ce récit qui offre dès le départ une tension qui gagne en intensité au fil des pages et des révélations. L’univers construit est plus qu’efficace, que ce soit d’un point de vue technologique avec ces outils de communication ou ces imprimantes 3D, mais aussi d’un point de vue social. On découvre ainsi une colonie qui malgré son vernis de paix et d’entente cache finalement de nombreux secrets, des luttes de pouvoir et des mensonges. Mais surtout ce qui porte le récit c’est la voix de Renata, l’auteur construisant une héroïne que j’ai trouvé passionnante et touchante. On est loin du personnage parfait, se révélant d’une certaine façon abîmée, pleines de rêves déçus, d’espoirs brisés, de trahisons et de mensonges qui la ronge. Une héroïne malade, qui nous marque et nous pousse à réfléchir sur le regard qu’on peut avoir. C’est d’ailleurs l’autre point efficace du récit, les questions soulevées sur la vie en groupe, la notion de vie privée, la notion de foie ou encore sur la possibilité d’une vie extra-terrestre. Alors après quelques points m’ont quand même dérangé, comme le fait que la narration à la première personne, certes immersive, éclipse les autres personnages, certains évènement m’ont paru traité un peu trop rapidement et enfin la conclusion même si elle n’est pas mauvaise m’a un peu laissé sur ma faim. Mais rien de non plus bloquant tant j’ai passé un bon moment avec ce roman, bien porté par une plume vive, efficace et je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : Joyeux-Drille, Elessar, Yogo, …

Mes Vrais Enfants – Jo Walton

Résumé : Née en 1926, Patricia Cowan finit ses jours dans une maison de retraite. Très âgée, très confuse, elle se souvient de ses deux vies. Dans l’une de ces existences, elle a épousé Mark, avec qui elle avait partagé une liaison épistolaire et platonique, un homme qui n’a pas tardé à montrer son véritable visage. Dans son autre vie, elle a enchaîné les succès professionnels, a rencontré Béatrice et a vécu heureuse avec cette dernière pendant plusieurs décennies. Dans chacune de ces vies, elle a eu des enfants. Elle les aime tous… Mais lesquels sont ses vrais enfants : ceux de l’âge nucléaire ou ceux de l’âge du progrès? Car Patricia ne se souvient pas seulement de ses vies distinctes, elle se souvient de deux mondes où l’Histoire a bifurqué en même temps que son histoire personnelle.

Edition : Denoël Lunes D’Encre

 

Mon Avis : J’ai découvert Jo Walton il y a quelques années avec son premier roman publié en France, Morwenna, qui m’avait offert un excellent moment de lecture et m’avait touché. Depuis je me suis régulièrement laissé tenter par ses différentes publications sans jamais ressortir déçu de mes lectures. Il était donc logique que le dernier roman de l’auteur termine assez rapidement dans ma PAL et que je me laisse rapidement tenter. Concernant la couverture, illustrée par Aurélien Police, je la trouve magnifique.

On découvre à travers ce roman Patricia , une femme âgée atteinte de sénilité qui finit ses jours dans une maison de repos. Elle va alors nous raconter non pas sa vie, mais ses  vies, car Patricia en a vécue deux. Le point de divergence viendra de la demande en mariage effectuée par son fiancé où le choix de Patricia va différer. Dans une histoire, elle va accepter de se marier, dans la seconde elle va refuser. Alors autant le dire tout de suite, on est plus ici dans un roman intimiste, porté par un rythme lent, qui pourrait bloquer ceux qui chercheraient un récit nerveux, mais qui permet ainsi de plonger pleinement dans la « double » vie de l’héroïne. En tout cas une chose est sûre, une fois la dernière page tournée j’ai été captivé par ce récit principalement par son héroïne mais aussi par les messages qu’il soulève, ainsi que les émotions qu’il procure. C’est surtout une histoire qui joue de façon efficace avec le lecteur sur la véracité du récit proposé par Patricia. En effet du début à la fin on ne sait pas trop si la narratrice a vécu ses différentes vies, ou bien si c’est sa maladie qui la fait délirer. L’auteur joue ainsi efficacement sur cette subtilité et laisse le lecteur se faire, au fil du récit, son propre avis.

La grande force du roman vient clairement des deux vies que construit l’auteur,  surtout de la façon dont elle le traite et des personnages que l’on croise. J’avais un peu peur, en me lançant dans ce récit, concernant la capacité de l’auteur à écrire deux histoires qui soient différentes tout en se révélant convaincantes et efficaces, sans pour autant trahir l’héroïne ni rendre les deux personnalités trop contradictoires. Et à l’inverse ne pas proposer deux fois la même histoire et offrir trop de redondances. Et c’est finalement là la grande force du récit, offrir deux vies différentes tout en restant fidèle à son héroïne, à garder ce qui fait d’elle Patricia, tout en la présentant de deux façons différentes. Je me suis ainsi facilement laissé porter par ses deux tranches de vies, ses deux visions de l’héroïne qui a aussi le don de nous faire réfléchir sur nous-même, nos choix et ce qu’aurait bien entendu pu être notre vie. Surtout, ce qui rend cet aspect accrocheur c’est le travail et la caractérisation réalisée par l’auteur des personnages que l’on croise tout du long et principalement de cette héroïne.

En effet que ce soit l’un ou l’autre des versions de Patricia,on découvre à chaque fois une héroïne différente mais qui s’avère complexe, sensible, touchante, humaine qui doit faire face à des hauts et des bas et qui fait tout ce qu’elle peut pour les surmonter. La narration qui alterne entre ces deux vies permet aussi de faire une sorte de parallèle entre chacune d’entre elle, de se rendre compte des changements qui sont opérés, mais aussi de leurs ressemblances comme par exemple l’amour profond que chacune des Patricia porte à ses enfants. J’ai franchement été ému et touché par chacune des vies de l’héroïne, par les périples de la vie qui va les toucher, mais aussi par les bonheurs qu’elle va rencontrer. On découvre ainsi qu’il n’y a pas de bons ou de mauvais choix, juste une décision à prendre qui apportera ses points positifs ou négatifs. Les personnages qui gravitent autour de l’héroïne dans chacune de ses vies présentées ne manquent pas non plus d’attrait, apportant ainsi un intérêt et une complexité supplémentaire au récit je trouve. Ils s’avèrent eux aussi un minimum soignés, denses, chacun d’entre eux possédant une personnalité propre et plus ou moins marquante.

L’aspect uchronique du récit n’est pas qu’au niveau de la vie de Patricia, il est aussi présent en toile de fond dans les mondes qui se dévoilent au fil. C’est comme si le choix de l’héroïne avait une influence plus globale et de se dire que nos choix ont ainsi un impact beaucoup plus vaste qu’on peut le croire. Mais surtout les deux mondes que l’on découvre sont différents aussi du nôtre, ils ne connaissent pas la même évolution tout en restant pourtant un minimum proche du nôtre. Un aspect uchronique qui est ainsi présenté de façon subtil et qui apporte un vrai plus à l’ensemble offrant un travail différent que ce soit d’un point de vue social, politique ou humain. L’auteur soulève aussi de nombreuses réflexions dans ce roman et surtout elle le fait avec finesse et sans jamais le faire de façon trop lourde ou trop imposante. Les thèmes soulevés sont vaste et le premier qui marque est ainsi la position de la femme. En effet Patricia en est ainsi le symbole, car à travers ses deux vies elle est à la fois victime et pionnière, mais je vous laisse découvrir. On traite aussi de la tolérance principalement vis-à-vis de la sexualité de chacun, de la religion, de l’art, de la science, de la maladie et dont la façon dont elle est perçue, du traitement des personnes âgées ou encore de la famille. L’auteur brasse ainsi de vastes sujets, mais toujours de façon efficace et pertinente qui pousse le lecteur à se poser des questions.

Alors après je soulèverai juste deux points qui m’ont légèrement dérangés. Le premier vient que parfois que l’auteur en faisait un peu trop dans les descriptions, principalement au niveau de certaines marques un peu trop cités à mon goût. Enfin l’autre point vient de la conclusion qui m’a paru en fait convenue au point qu’elle perd, pour moi, de son intérêt. Je m’explique, la fin proposée par l’auteur n’est pas mauvaise, mais je m’y attendais depuis le début. C’est le genre de final qu’on retrouve souvent pour ce type de roman, restant ouvert au choix du lecteur, sauf que voilà je comme je l’ai vu venir elle n’a pas eu l’impact, ni l’intérêt recherché je pense. Alors rien de non plus trop léchant tant j’ai été emporté par ce roman touchant et entraînant, bien porté par une plume efficace, soignée et vive. Je lirai sans soucis d’autres romans de l’auteur, ce qui est une bonne chose car une prochaine publication est annoncée courant de l’année.

En Résumé : J’ai passé un bon moment de lecture avec ce roman qui nous fait découvrir non pas la vie, mais les deux vies de Patricia. L’auteur nous propose ainsi un récit qui, certes est conté sur un rythme lent ce qui pourra en bloquer certains, mais qui m’a offert finalement une histoire sensible, touchante et intelligente qui fait réfléchir. J’avais un peu peur qu’en racontant deux vies d’une même personne ce soit trop redondant, ou à l’inverse offrir deux Patricia trop différentes, mais finalement l’auteur s’en sort très bien offrant deux récits cohérents et finalement assez différents pour m’emporter. La caractérisation de l’héroïne est clairement complexe, offrant un personnage dense, humain et touchant. Les personnages secondaires ne sont pas non plus en reste, s’avérant aux aussi travaillés et intéressant à découvrir. L’auteur offre de nombreuses réflexions que ce soit sur la société, la position de la femme, la tolérance, l’art, la science, la maladie, les personnes âgées ou encore la famille le tout de façon subtil et sans trop en faire ou imposer son point de vue. Après je regretterai peut-être par moment un travail trop descriptif ainsi qu’une conclusion un peu trop convenue, mais rien de trop bloquant. La plume de l’auteur est toujours aussi soignée, efficace et entraînante et je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : Lune, Lorhkan, Xapur, Apophis, Bibliocosme, Lutin, Samuel Ziterman, Celindanaé, Marie Juliet,  …

Cérès et Vesta – Greg Egan

Résumé : Cérès d’un côté, Vesta de l’autre. Deux astéroïdes colonisés par l’homme, deux mondes clos interdépendants qui échangent ce dont l’autre est dépourvu — glace contre roche. Jusqu’à ce que sur Vesta, l’idée d’un apartheid ciblé se répande, relayée par la classe politique. La résistance s’organise afin de défendre les Sivadier, cible d’un ostracisme croissant, mais la situation n’est bientôt plus tenable : les Sivadier fuient Vesta comme ils peuvent et se réfugient sur Cérès. Or les dirigeants de Vesta voient d’un très mauvais œil cet accueil réservé par l’astéroïde voisin à ceux qu’ils considèrent, au mieux, comme des traîtres… Et Vesta de placer alors Cérès face à un choix impossible, une horreur cornélienne qu’il faudra pourtant bien assumer…

Edition : Le Bélial’

 

Mon Avis : Greg Egan est un auteur de science-fiction australien connu principalement pour ses récits de Hard Science et qui ne m’est pas inconnu, puisque j’ai lu son recueil de nouvelles Axiomatique. J’ai aussi d’autres de ses écrits qui m’attendent depuis un certains temps dans ma PAL, et dont j’espère pouvoir les sortir rapidement maintenant que je commence à être un peu plus posé. Je me suis par contre laissé plus rapidement tenté par cette novell,a assez courte, proposé dans la nouvelle collection Une Heure Lumière chez Le Bélial’ qui m’a jusque maintenant toujours convaincu. Concernant la couverture, illustrée par Aurélien Police, elle est franchement superbe.

Cérès et Vesta sont deux astéroïdes, entre Mars et Saturne et qui ont été colonisés par l’espèce humaine. Un lien commercial fort uni ses deux astéroïdes, l’une ne pouvant finalement pas vivre sans les ressources de l’autre et vice-versa. Un jour un changement politique sur Vesta, se basant sur le rejet d’une certaine partie de la population, va amener une migration importante sur Cérès qui décide de rester neutre et simplement d’accepter les réfugiés tant que Vesta n’a prouvé pour chacun d’entre eux qu’ils méritent d’être extradé. Alors déjà pour ceux qui seraient bloqué par le terme Hard Science, cette novella est quand plutôt assez light de ce point de vue là quand on connaît l’auteur, même si l’aspect scientifique et technologique reste présent et offre par moment son lot d’explications. En effet l’intérêt du texte vient principalement, vous vous en doutez, du message que vient faire passer l’auteur et des nombreuses réflexions proposés devant l’évolution de la politique de Vesta et des conséquences que cela engendre. Et j’avoue que cela fonctionne bien même si un ou deux points m’ont laissé perplexe, dont je reparlerai plus tard. Par contre ne vous laissez pas surprendre par le démarrage du récit, qui peut se révéler « pointu » le reste est beaucoup plus abordable.

Comme je l’ai dit, le gros point fort du récit vient du travail de réflexion qu’il propose face à ce rejet de « l’autre » qui apparait sur Vesta. Sauf qu’ici l’autre ce sont les Silvadier qui, lors de la colonisation, auraient été des profiteurs et maintenant bien des siècles plus tard ils doivent bien entendu payer. Leurs descendants, qui n’ont jamais rien demandé, se retrouvent ainsi rapidement au centre de l’attention et le lecteur se retrouve alors à se poser des questions sur la capacité de l’Homme à toujours trouver un coupable dès qu’il y a un soucis, à ne pas chercher une solution d’ensemble, mais de considérer qu’en placardisant un type de la population tout va s’arranger comme par magie. Vesta devient ainsi une planète détestable, mais qui pourtant offre plus de complexité que cela, principalement dans cette interrogation sur ce que nous, nous ferions face à une telle situation. Car finalement tout démarre d’une loi que personne ne voyait passer, car tout le monde le sait c’est idiot d’imaginer qu’une telle règle qui ne repose sur rien, mis à part une haine puisse être promulguée. Obligatoirement cela fait écho à notre société actuelle et ne laisse pas indifférent.

Après l’auteur offre aussi d’autres axes de réflexions, que ce soit dans la façon de réagir face à un tel changement politique, comme la capacité de certains à se lancer dans des actes « violents » pour tenter de faire passer leur mécontentement. Deviennent-ils alors des terroristes ou des défenseurs d’une cause juste? Jusqu’où faut-il se battre pour ses convictions? D’ailleurs les convictions sont le point central des deux héroïnes que l’on suit au fil des pages, chacune se retrouvant ainsi devant des choix, pas toujours faciles à prendre et parfois aux lourdes conséquences, voir même certains qui se révèlent insolubles. Après l’auteur soulève aussi d’autres questions, comme par exemple l’Histoire ou encore la propriété intellectuelle. C’est finalement une vision intéressante et complexe de l’humanité que nous propose l’auteur, mais surtout une vision qui ne laisse pas indifférent et nous pousse à nous questionner sur nos actes, ou plus probablement sur l’absence de nos actes. Un récit riche en idées, qui arrive à le faire sans s »imposer, en laissant le lecteur se faire son propre avis.

L’autre point intéressant vient aussi de l’univers que construit l’auteur au fil des pages, que ce soit d’un point de vue technologique comme d’un point de vue politique. Alors certes le côté court du format novella rend parfois certains aspects un peu léger, mais j’ai ainsi plongé assez facilement dans ce futur et dans son évolution, ou absence d’évolution. L’auteur a clairement réussi à le rendre plausible et palpable. Concernant la plume elle n’a jamais clairement été le fort de l’auteur, ce récit le confirme, s’avérant très simple, mais cela ne l’empêche pas de se révéler efficace et de porter efficacement les idées qu’il met en avant. Là où par contre je suis plutôt mitigé c’est sur les personnages. Alors l’auteur a toujours crée des personnages qu’on pourrait considérer comme « froid »,  ce qui ne m’a jamais dérangé et d’ailleurs ici j’ai trouvé que cela se ressentait moins. Non là mon soucis vient qu’ils sont finalement interchangeables. Aucun n’arrive à gagner cette profondeur qui le rendra unique, voir marquant, ce qui est légèrement dommage. Ensuite l’autre point vient du fait que le récit est très linéaire, ce qui le rend très prévisible. tout cela ait que ceux qui marchent à l’émotion pourraient ressortir frustré. Au final Greg Egan nous offre un roman très intelligent, qui ne laisse pas indifférent et j’ai passé un bon moment de lecture.

En Résumé : Greg Egan nous livre ici un roman intelligent, qui soulève de nombreuses réflexions, mais qui par certains points pourrait en bloquer certains. la grande force du récit est ainsi de pousser le lecteur à se questionner sur de nombreux thème avec en point d’orgue ce rejet de l’autre comme soit-disant méthode pour avancer. L’auteur arrive à traiter le sujet de façon complexe et efficace nous poussant aussi à nous questionner sur soi-même. On se met aussi à réfléchir sur la notion d’actions terroristes, de choix moraux, la notion d’Histoire et son interprétation ou bien encore sur la notion de politique; L’univers présenté en toile de fond s’avère efficace et intéressant avec de bonnes idées comme par exemple le surf que je vous laisse découvrir et qui met n avant le danger des migrations forcées pour survivre. C’est cela qui rend ce texte fort et intéressant. Le soucis c’est que le lecteur qui cherche de l’émotion dans un récit risque de rester sur sa faim. L’auteur a toujours créer des personnages froids, et le confirme à nouveau ici, ce qui ne m’a jamais dérangé. Mais à travers cette novella j’ai par contre constaté que les personnages étaient limite interchangeables, aucun n’arrivait à s’imposer ce qui est légèrement dommage. Ensuite le récit, même s’il utilise une narration croisée, s’avère assez linéaire et facilement devinable. Cela ne m’a pas empêché de passer un bon moment avec ce récit qui continue encore à me questionner et je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 7,5/10

 

Autres avis : Apophis, L’Ours inculte, Au pays des caves Trolls, Samuel Ziterman, …

Luna Tome 1, Nouvelle Lune – Ian McDonald

Résumé : 2110.
Sur une Lune où tout se vend, où tout s’achète, jusqu’aux sels minéraux contenus dans votre urine, et où la mort peut survenir à peu près à n’importe quel moment, Adrianna Corta est la dirigeante du plus récent des cinq «Dragons», ces familles à couteaux tirés qui règnent sur les colonies lunaires. Elle doit l’ascension météoritique de son organisation au commerce de l’Hélium-3. Mais Corta-Hélio possède de nombreux ennemis, et si Adrianna, au crépuscule de sa vie, veut léguer quelque chose à ses cinq enfants, il lui faudra se battre, et en retour ils devront se battre pour elle…
Car sur la Lune, ce nouveau Far West en pleine ruée vers l’or, tous les coups sont permis.

Edition : Denoël Lunes d’Encre

 

Mon Avis : Dire que Ian McDonald fait partie des auteurs dont j’attends les publications avec impatience est un doux euphémisme. Proposant habituellement une Science-Fiction dense, futuriste aux technologies fascinantes et le tout porté par des personnages captivants et des intrigues soignées j’ai toujours passé d’excellent moments avec les écrits que j’ai lu de lui. C’est donc sans surprise que dès l’instant où j’ai entendu parler du projet de l’auteur d’écrire une trilogie, j’avais hâte de me lancer à sa découverte. J’ai d’ailleurs même failli craquer et le lire en VO, mais j’ai encore un peu de doutes concernant ma capacité de la SF un peu dense. J’ai donc décidé d’attendre sa publication en VF. Concernant la couverture, illustrée par Manchu, je la trouve très sympathique.

On plonge ainsi ici dans un futur pas si éloigné que cela, où la lune a été colonisée par des entreprises privées qui sont venus l’exploiter pour soutenir les besoins de la terre. Au fil des années, quelques grandes familles se sont imposées ayant chacune d’entre elle la main-mise sur un, voir plusieurs pans du marché lunaire et ont fait fortune, devenant ainsi les piliers de ce « nouveau » monde. Sauf que de nombreuses tensions existent entre les familles, principalement avec la famille Corta qui est au centre du récit. Alors je dois bien avouer, une fois la dernière page de ce livre tournée, que j’ai passé un excellent moment de lecture avec ce récit passionnant. Pourtant l’auteur n’offre pas obligatoirement la même chose que ses précédents récits, mais cela ne l’empêche pas pour autant de proposer ici un premier tome plus qu’accrocheur et captivant. Une fois plongé dedans j’ai eu du mal à lâcher le roman, tournant les pages avec envie d’en apprendre plus.

Comme je l’ai dit, l’intrigue proposée diffère de ce que j’avais lu de Ian McDonald auparavant (en sachant que je n’ai pas lu Brasyl, fortement décrié et surtout mal traduit à ce que j’ai entendu) qui se rapprochait plus de l’enquête, voir de la quête, mais qui ici va plus se consacrer sur des luttes de pouvoir, leurs causes et leurs conséquences qui ne vont pas se révéler sans violences ni morts. J’ai lu que ce récit était considéré comme un Games of Thrones SF (en partie par l’auteur lui-même qui dit s’en être inspiré), d’habitude je ne réagis jamais à ce genre d’accroches, mais là je voulais juste en parler vite fait, car selon moi c’est à la fois vrai et faux (oui ça ne veut rien dire et alors^^). Certes on y retrouve ce jeu de pouvoir avec tout ce que cela entraîne de trahisons, de mensonges et des  sang, mais vouloir réduire GoT ou Luna à cela c’est un peu dommage. De plus Martin et McDonald différent quand même assez pour ne pas du tout proposer le même genre d’histoire, de travail de fond et de narration. Au fianl clairement je ne peux que vous conseiller de faire votre propre avis. Bon après j’ai aussi beaucoup de mal à casser les livres dans des cases ou a faire des parallèles qui, pour moi, n’apportent pas grand chose.

Dans tous les cas on plonge ici dans un récit qui s’avère clairement efficace dès les toutes premières pages et qui surtout, distille une tension qui fait qu’on est rapidement happé dans le récit. Dès le premier chapitre j’ai ainsi été captivé par ce que proposait l’auteur, cette course au pouvoir ainsi que par la richesse du récit proposé que je vous laisse découvrir pour éviter de trop en révéler et vous gâcher le plaisir de la découverte. Le récit ne manque ainsi pas de scènes nerveuses, le tout porté par une intrigue qui va se révéler finalement plus complexe qu’une simple haine entre familles, densifié par l’aspect social et légale de ce monde qui lui offre un cadre unique et original. L’autre point qui rend ce récit aussi percutant vient des nombreuses intrigue qui sont mises en place, que ce soit celles qui se dessinent clairement, comme celles qu’on ne voit pas obligatoirement venir. L’auteur maîtrise clairement son sujet et par conséquent chaque ne laisse ainsi pas le lecteur indifférent offrant son lot de surprise. Pour autant l’auteur n’oublie pas de construire un récit soigné et complexe, où chaque personnage à son propre rôle et son importance.

Un des gros points forts, selon moi, vient de l’univers mis en avant tout le long du récit. On découvre tout du long un travail soigné, fascinant et qui offre de nombreuses idées intéressantes à tous les niveaux. Comme toujours l’auteur développe un aspect technologique passionnant, franchement réaliste, plausible que ce soit dans l’idée des familiers, des lentilles de contact ou encore dans les avancées présenté que ce soit pour faciliter la vie comme pour l’achever. Car oui, vivre sur la lune est un défi de tous les instants et oblige aussi à adapter la façon dont on élimine ses adversaires. Surtout le récit ne tombe jamais trop dans la complication, les technologies sont ainsi bien expliqués, compréhensibles et accessibles. Autre point fascinant c’est le côté social, aucune loi n’existe sur la lune, aucun cadre légal fixe n’est ainsi posé. Tout ici est une question de négociation, de lutte, de contrats, de dédommagements ou encore du premier arrivé, premier servi. La justice est ainsi complètement différente et repose plus sur l’élocution et l’esbroufe que sur des textes. Cela offre ainsi, je trouve, une réflexion intéressante sur ce que pourrait être notre vie dans ce genre d’univers, où finalement la différence des classes parait encore plus prononcée.

D’ailleurs, sur la lune respirer n’est même pas un droit, cela a un coût. Pour survivre et continuer à exister les grandes familles organisent par conséquent des mariages qui présentent tous un intérêt politique. On a un peu l’impression d’un système de société féodale futuriste et qui pourtant colle parfaitement au récit. Autre point qu’on retrouve régulièrement dans les récits de l’auteur, vient de l’aspect multiculturel présenté. Chaque famille représente ainsi, d’une certaine façon, une origine différente, ainsi que des visions et des coutumes différentes. Cela offre, je trouve, un petit côté dépaysant, mais surtout un foisonnement dans cette population qui ne se retrouve ainsi pas figé. Ce qui en fait aussi la force de cet univers, c’est que l’auteur le soigne et propose de nombreux détails et un travail minutieux qui le rend palpable, vivant et prenant.

Concernant les personnages là encore l’auteur nous propose un excellent travail où on se retrouve à suivre des héros prenants, humains et complexes. On découvre ainsi au fil des pages les différents membres de la famille Corta, avec quelques passages par moment d’autres familles, et une chose à dire la famille Corta possède son lot de personnages marquants selon moi. Surtout, chacun d’entre eux est « unique », possédant sa propre histoire, son caractère, ses envies ou encore ses motivations, ses forces ou ses faiblesses. Que ce soit Adrianna avec son tempérament d’acier, Lucas et son côté manipulateur dans l’ombre qui cherche la lumière, Rafa l’ainé et héritier aux émotions explosives, Ariel l’avocate qui cherche à suivre un autre chemin, mais aussi Carlinhos le guerrier, l’homme de main ou bien aussi le personnage très intéressant et ambigu de Wagner l’homme-loup. Tous arrivent à « charmer » le lecteur, à exister, s’avérant charismatiques et profonds. Même Lucasinho, adolescent rebelle, ne tombe pas dans la caricature et gagne de l’importance au fil des pages. Les personnages secondaires ne sont pas non plus en reste, dévoilant aussi une autre face complètement différente de la Lune, comme par exemple les mères porteuses. Surtout l’auteur va les pousser à évoluer, à devoir revoir leurs positions, se battre dans un milieu ou le premier faux-pas peut être fatal.

Je ne parle même pas de la conclusion qui est, je trouve, un bijou de tension, de trahisons et de révélations, offrant un final haletant, incisif et captivant qui donne clairement envie de se plonger dans la suite. Alors après, pour  trouver des points qui m’ont un légèrement dérangé, je dirai qu’une ou deux transitions sont mal gérées et certains passages auraient pu propose un peu plus de développement, mais franchement là je chipote tant ce roman m’a offert un excellent moment de lecture. La plume de l’auteur est soignée, percutante, vivante et entraînante et j’ai franchement eu du mal à lâcher ce premier tome. Maintenant reste une grande question, se laisser tenter par la suite qui vient de sortir en VO ou attendre, selon les informations que j’ai lu, le premier trimestre 2018 pour la VF. Je vais mener un débat intense avec moi-même concernant cette question. En tout cas je ne peux que vous conseiller de découvrir ce livre pour vous faire un avis, pour peu que le sujet vous tente.

En Résumé : J’ai passé un excellent moment de lecture avec ce roman qui nous plonge dans un futur pas si lointain, où là lune a été colonisée pour ses ressources et où se mène une guerre du pouvoir et de l’argent entre de nombreuses familles. Ce roman pose ainsi un récit qui dès la première page a réussi à me captiver et à ne plus me lâcher, offrant une ambiance tendu et efficace du début à la fin, et maîtrisant parfaitement son récit pour offrir une intrigue complexe, pleines de trahisons, de jeux de pouvoirs, de personnages charismatiques le tout dans une toile de fond riche et captivante. L’univers est l’un des gros points forts du récit, que ce soit dans son aspect technologique comme dans le côté social ou bien légal. Une Lune sans loi où tout est affaire de compromis et d’argent, ce qui offre de nombreuses réflexions. La galerie de personnages proposé s’avère complexe, soigné et fascinant, chaque personnage s’avère ainsi unique, possédant sa propre histoire, ses motivations ses forces et ses faiblesses. D’une certaine façon chacun se détache et ne laisse pas le lecteur indifférent. A noter aussi un final haletant, explosif, avec son lot de révélations qui donne clairement envie de lire la suite. Alors après on pourrai reprocher une ou deux transitions un peu brusques ou un ou deux passages un peu rapides, mais franchement je chipote un peu tant j’ai trouvé ce premier tome réussi bien porté par une plume incisive, efficace et entraînante.

 

Ma Note : 9/10

 

Autres avis : Apophis, Lorhkan, Samuel Ziterman,  …