Célestopol – Emmanuel Chastellière

Résumé : Célestopol, la cité lunaire, la perle de l’Empire Russe, la ville de toutes les démesures, où toutes les technologies de ce XXème siècle naissant se combinent pour créer la métropole ultime. Célestopol, où à chaque coin de rue, la magnificence de ses merveilles architecturales rivalise avec l’éblouissement que provoquent ses automates affectés à mille et une tâches. Célestopol et ses canaux de sélénium dont la brume mordorée baigne en permanence la lumière des réverbères. Célestopol, la ville sous dôme, le défi ultime de l’humanité lancé aux étoiles.
Célestopol la rebelle, l’insoumise. Célestopol, où chaque habitant porte en lui une colère, un amour, une tristesse, une vengeance. Célestopol et son duc extravagant, aux pouvoirs sans limites, dont la simple présence est une insulte adressée à chaque instant à l’autorité de la Tsarine. Célestopol, en quête de liberté et d’émancipation, loin d’une Terre qui menace de sombrer dans les flammes.
Célestopol, la ville qui a arraché un peu de l’âme de toutes les Russies et l’a posé sur la Lune.

Édition : Les Éditions de l’Instant

 

Mon Avis : Il y a un an environ, je me suis laissé tenter par le premier roman d’Emmanuel Chastellière : Le Village. J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce livre, offrant un récit étrange, efficace, maîtrisé et saupoudré d’une bonne dose de fantastique qui apportait un vrai plus à l’ensemble. C’est donc sans surprise que, quand j’ai appris que l’auteur publiait un recueil de nouvelles, je me suis laissé facilement tenter. J’ai donc profité du passage de l’auteur lors des dernières Imaginales, que je suis reparti avec mon exemplaire dédicacé sous le bras. Concernant la couverture, illustrée par Marc Simonetti, je la trouve franchement réussi et superbe. À noter que ce recueil a été lu en Lecture Commune avec ma compagne de LC Marie Juliet.

Comme régulièrement, je vais faire un petit retour de chaque nouvelle, mais avant cela un petit point concernant ce recueil. Chaque nouvelle est ici construite de façon indépendante, mais c’est dans l’ensemble que, je trouve, le livre gagne en intérêt. En effet chacune des nouvelles, étalées sur plusieurs années, sont dans un premier temps liée à travers différents personnages récurrents que l’on croise, mais aussi à la ville de Célestopol et finalement aussi par les causes et les conséquences des actions de chacun. C’est ainsi une sorte de « méta-récit » que construit l’auteur et pourrait presque être pris comme un roman où le personnage principal est finalement la ville, avec ses intrigues et ses sous-intrigues et son duc Nikolaï pièce centrale de celle-ci. A la fois Uchronie et mélange de Steampunk, Emmanuel Chastellière construit ainsi un livre où chaque texte est une pièce d’un puzzle plus grand que le lecteur dévoile au fil des textes et l’ensemble m’a franchement accroché.

Face cahée : Avec cette nouvelle on suit Anton, jeune journaliste, envoyé à Célestopol pour faire un article sur La Coupe de l’Empereur. Il va rencontrer lors de son vol Tuppence, qui vient rencontrer le Duc. Une nouvelle écrite un peu comme à l’époque des feuilletons d’aventures et de fantastique, l’auteur nous offrant ainsi ici une introduction plus que sympathique à son univers. Alors c’est vrai, le récit parait convenu, excepté dans sa conclusion qui m’a surprise, mais l’ensemble fonctionne très bien et a réussi à me captiver rapidement par son univers, son étrangeté, sa beauté, mais aussi par le personnage de son duc. Je reviens sur la conclusion qui même si je l’ai trouvé intéressante et efficace, m’a tout de même paru traité un peu trop rapidement. Mais bon rien de trop bloquant tant l’ensemble s’avère sympathique, agréable et appelle à en découvrir plus sur cette ville.

La Chambre d’Ambre : À travers ce texte on va suivre Clémence Lafleur, jeune universitaire, qui est fascinée par La Chambre d’Ambre et vient à Célestopol écouter la conférence d’un des plus grands érudits sur le sujet. Une nouvelle à nouveau très sympathique, dans un premier temps, car il offre un peu plus de profondeur à l’univers, principalement son côté historique, mais aussi par à nouveau la présence du personnage du duc qui se dégage clairement par son charisme, proposant un personnage complexe et intriguant. On sent aussi clairement l’influence Russe dans les contes et légendes que va proposer l’auteur au fil du recueil ce qui ne manque pas d’attrait. Mais là où l’ensemble gagne aussi en intérêt c’est que, malgré une nouvelle qui aux premiers abord pourrait paraitre anecdotique, prend une plus grande importance par la suite.

Dans la Brume : Ce texte va nous faire suivre Fedor, qui vient de perdre son père et qui est en conflit pour l’héritage avec son frère Dimitri. Une nouvelle qui vaut principalement par une nouvelle palette de fantastique que vient intégrer l’auteur et aussi pour son introduction sur le Sélenium, mais qui m’a paru manquer un peu de force. En effet j’ai trouvé l’histoire un peu trop linéaire et convenu dans sa construction et sa narration. De plus il m’a paru aussi manqué un chouïa de profondeur par moment. Cela reste une nouvelle divertissante, mais qui lui manque un petit truc pour clairement s’avérer marquante. Une nouvelle que je classerai dans le vite lu, apprécié, mais vite oublié.

Les Lumières de la Ville : On quitte la ville de Célestepol pour suivre dans cette nouvelle Sergeï, qui travaille sur un barrage de Sélenium. Depuis peu des Automates désertent le travail et des nobles ont décidé de mettre en place une chasse pour les traquer. Une excellente nouvelle que voilà, que ce soit dans les thématiques de réflexions proposées que ce soit dans le rappel sur la notion de reconnaissance, de différence ou encore d’humanité, que dans la façon dont l’auteur la construit. Que ce soit dans l’aspect émotionnel, dans le rythme ou dans les personnages j’ai trouvé que ce texte ne laissait pas indifférent, avec une conclusion marquante, captivante et touchante.

Les Jardins de la Lune : Une nouvelle qui nous fait suivre Ivan le maître de chai de Célestopol à qui le Duc vient rendre visite. A nouveau une très bonne nouvelle, qui nous propose cette fois un texte à chute que j’ai trouvé réussi et saisissant offrant justement une conclusion que j’ai trouvé inattendu et saisissante. Mais surtout cette nouvelle lève un nouveau voile sur le mystère qu’est le personnage du Duc Nikolaï. On découvre ainsi une partie de son côté sombre et cela donne clairement envie d’en apprendre plus sur lui.

Oderint Dum Metuant : Cette nouvelle nous plonge dans un Célestopol au bord du gouffre, un voleur connu sous le nom de l’oiseau de feu sème la panique au point que les Spetnaz, un corps d’élite militaire Russe, soit envoyé pour reprendre la main. Il s’agit ici d’une nouvelle un peu charnière dans ce que construit Emmanuel Chastellière avec ce recueil, car c’est une des pièces centrale de la construction de la ville de Célestopol. Il s’agit clairement d’un point de basculement qui a donné son identité à la ville. Concernant la nouvelle en elle-même elle est clairement réussie, car même si la conclusion est facilement devinable et certains passages un peu capillotractés, elle offre un récit intense, tendu et surtout en dévoile plus sur le Duc. On en apprend ainsi plus sur Nikolaï, son passé, mais aussi sur ses rêves et sur ce qu’il est prêt à faire pour les réaliser. Une excellente nouvelle, un peu pivot dans ce recueil, qui s’avère percutante et entraînante.

Une Note d’Espoir : Cette nouvelle nous fait suivre Kokorin un voleur qui va se voir offrir l’opportunité de gagner une très belle somme. Pour cela il doit remplir une mission spéciale qui a déjà vu disparaitre quelques-uns de ses associés. Une nouvelle qui m’a paru un peu de transition. On revient dans ses destins un peu « solitaires » de Celestopol, le tout mâtiné de façon très intéressante de folklore russe qui offre un vrai plus à l’ensemble je trouve. Un texte construit sur sa romance, bien amenée, et sur sa notion de rédemption, qui se laisse lire sans déplaisir, mais a du mal à se démarquer surtout après la nouvelle précédente. À nouveau un récit que je classerai dans le vite lu, apprécié, mais vite oublié.

Le Boudoir des Âmes : Ce texte va nous faire suivre la vie d’un automate qui a été  crée pour les séances de spiritismes. Sauf que cet automate a un vrai don et peu réellement discuter avec des esprits disparus. Une nouvelle très intéressante dans la façon dont on voit comment évolue la société de Célestopol, mais aussi dans la notion de vérité. Il nous offre aussi une réflexion intéressante sur les classes sociales et le pouvoir qu’elles peuvent avoir ou non, mais aussi sur la notion d’humanité. Une très bonne nouvelle, bien construite est intéressante dans ses idées.

La Douceur du Foyer : Cette nouvelle nous fait suivre les mercenaire Arnrùn et Wojtek, mandatés par un entrepreneur français qui cherche à comprendre pourquoi il ne peut pas construire son grand magasin. Une nouvelle intéressante dans son background, avec toute cette notion de mythe et de légende Russe, qui sont très intéressantes à découvrir, mais qui ç côté de cela a un peu de mal à se révéler plus marquante. La faute en est à une construction que j’ai trouvée un peu linéaire et parfois un peu rapide. La conclusion, explosive et entraînante par contre ne manque pas d’attrait. Au final une nouvelle sympathique et agréable à découvrir, mais qui a du mal tout de même à se démarquer dans le recueil.

La Danse des Libellules : On suit à travers ce texte une escouade de la police de Célestopol qui cherche à faire tomber le trafic de Li Cheng. A ce jour personne n’a réussi à trouver de preuves ou un quelconque élément permettant de l’inculper. Au final une nouvelle que j’ai trouvé assez étrange. Je ne dis pas que l’ai détesté, mais je n’ai pas non plus complètement accroché. Elle a pourtant quelque chose d’intéressant, comme tout ce qui tourne autour de l’automate et son histoire, mais voilà trop d’ellipses et des passages pas toujours utiles m’ont paru alourdir un peu ma lecture.

Convoi : On suit Alexey, conductrice de train, qui va un jour être intrigué par un appel à l’aide dans une zone normalement inhabitée. Elle décide donc de faire dévier sa locomotive et de voir si elle peut aider. Une nouvelle qui est, pour moi, réussie que ce soit dans son ambiance fantastique et légèrement angoissante, mais aussi dans sa notion de science-fiction lié au temps. Le travail sur le rythme mené par l’auteur, avec cette lente montée en tension fait que je me suis laissé facilement emporter par ce texte le tout aboutissant à une conclusion efficace et percutante. Une nouvelle très intéressante individuellement, mais qui gagne aussi en intérêt par la suite avec les liens qu’elle crée avec d’autres nouvelles.

Le Chant de la Lune : Une nouvelle qui nous fait suivre à nouveau Arnrùn et Wojtek qui vont devoir cette fois enquêter sur une sorte de secte qui apparait de plus en plus dans la ville de Célestopol. Les membres prétendent ainsi que la Lune leur parle. Une nouvelle plutôt sympathique j’ai trouvé, qui, certes, part un peu dans un côté loufoque, et tombe parfois dans certaines facilités, mais qui se laisse lire avec un minimum de plaisir et d’envie. Le fait de retrouver d’autres personnages déjà croisé offre aussi un plus à l’ensemble. Une nouvelle que je classerai à nouveau dans le vite lu, apprécié, mais vite oublié.

Fly me too the Moon : Cette nouvelle nous fait suivre un réparateur d’automate, Gédéon, qui va, pour une fois, tenter d’aider l’une d’elle. Une nouvelle que j’ai trouvée intéressante que ce soit dans les réflexions soulevées, sur la notion de consumérisme, de vanité, d’orgueil et de folie, et qui n’est pas sans nous rappeler notre société, mais aussi devant sa conclusion qui ne manque pas d’attrait et prend un peu le contre-pied de ce que j’attendais. Alors c’est vrai, certains aspects m’ont paru un peu facile, mais dans l’ensemble cette nouvelle fonctionne bien. À noter que cette nouvelle est clairement liée, pour moi aux deux suivantes, même si à nouveau elles peuvent être lues de façons indépendantes.

Tempus Fugit : On se retrouve ici à suivre Elöd, restaurateur de tableau, qui est mandaté par le Duc pour venir restaurer l’un de ses portraits. Cette nouvelle est, selon moi, un hommage de l’auteur à Oscar Wilde et son Dorian Gray. Une nouvelle que j’ai trouvé efficace, bien amenée et surprenante, avec une notion sociale qui ne manque pas d’attrait et un personnage d’Elöd très intéressant à découvrir. J’ai aussi trouvé, sur les derniers textes où la technologie prend de plus en plus d’ampleur, que la magie présente au début laissait la place à quelque-chose de plus austère et de plus sombre dans l’univers de l’auteur, de plus terre-à-terre et viscéral. Au final une nouvelle très intéressante

Le Roi des Mendiants : Cette nouvelle je n’en dirai rien tant elle est liée aux précédentes et je pourrai spoiler, mais j’ai trouvé qu’elle venait conclure de façon réussie ce recueil. Une conclusion ouverte et intéressante.

Au final Emmanuel Chastellière nous offre un recueil d’une grande richesse et d’une grande variété qui a réussi à m’offrir un très bon moment de lecture, que ce soit à travers sa représentation de Célestopol, son univers qu’il construit, mais aussi dans les différents personnages que l’on croise. Il se dégage ainsi quelque-chose d’envoutant et de poétique de cette ville étrange, à la fois intrigante et sombre. Il joue aussi avec le lecteur, distillant à travers chaque textes des éléments plus ou moins important que l’on s’amuse à tenter de relier pour en comprendre les buts de chacun. On sent clairement que l’auteur peaufine ses textes, tant ils paraissent maîtrisés, soignés et denses, et même s’ils ne sont pas obligatoirement tous au même niveau, dans l’ensemble ils méritent franchement, je trouve, d’être découverts. Le côté un peu frustrant vient peut-être du fait que cette ville, à la fois magique et captivante, garde encore de son côté de nombreux secrets, de nombreuses questions en suspend. Qui sait peut-être que d’autres nouvelles seront publiées un jour. Dans tous les cas Emmanuel Chastellière confirme tout le bien que je pensais des ses écrits et je lirai sans soucis d’autres livres, ce qui est une bonne chose car j’ai cru comprendre qu’il avait une année 2018 chargée.

Pour ceux qui souhaiteraient en découvrir encore plus une petite BD est disponible ici et vous pouvez retrouver un guide touristique pour vos prochains visites sur Célestopol.

 

Ma Note : 8/10

 

L’Avis de Marie Juliet.

 

Autres avis : Xapur, Lorkhan, Au Pays des Cave Trolls, Lutin82, Boudicca, Lhisbei, …

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  1. A souligner, lors de nos échanges nous avons très peu digresser, ce qui est bon signe quant à la qualité du récit.

  2. Merci pour la chronique ! 🙂
    Je pense que j’ai dû mal négocier quelque chose avec les libellules ! C’est sûr qu’elle fait partie des nouvelles « pulp » du recueil, comme Le Chant de la lune, mais à un degré moindre normalement. 🙂
    En tout cas, un retour aussi détaillé, je m’incline bien bas !

    • Après je suis peut-être simplement passé à côté aussi. Cela n’enlève en rien aux qualités du recueil.
      Merci en tout cas pour ce très bon moment de lecture et pour le commentaire.

  3. Contente de voir que nous avons eu le même ressenti 🙂

  4. Waouh!
    Je retrouve parfaitement les nouvelles et leur esprit.
    Ce recueil m’avait bien plu. Une Célestopol que j’aimerai bien visiter.

  5. Pourquoi pas à l’occasion, mais je veux découvrir son premier d’abord 🙂

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