Conséquences d’une Disparition – Christopher Priest

Résumé : 2000. Ben Matson noue une relation passionnée avec Lilian Viklund. Il ne le sait pas encore mais, dans moins d’un an, la jeune femme aura disparu.
Plus de vingt ans après, le décès de Kyril Tatarov, un scientifique de renom que Matson a jadis interviewé, fait la une des journaux, alors que les débris de ce qui ressemble à un avion sont retrouvés dans l’Atlantique, à une centaine de miles des côtes américaines. Ces deux événements, a priori sans rapport, replongent inexorablement Ben dans les souvenirs de son histoire avec Lil. Se pourrait-il qu’il y ait un lien entre la disparition de la jeune femme, celle de Tatarov et celle d’un avion inconnu? Et le monde que nous connaissons serait-il en train d’en subir les conséquences?

Edition : Denoël Lunes d’Encre (publié le 13-09-2018)
Traduction : Jacques Collin

 

Mon Avis : Pour ceux qui suivent mon blog régulièrement, vous devez savoir depuis le temps que je suis un grand admirateur des écrits de Christopher Priest. Pour autant je suis encore loin d’avoir lu toute sa bibliographie et il va falloir que je me bouge un peu. Je suis toujours fasciné par la capacité de l’auteur à jouer sur la réalité, à construire des récits étranges, prenants et envoutants. Il était donc logique, quand j’ai appris que l’auteur publiait un nouveau roman, que je me laisse rapidement tenter. Par conséquent quand on m’a proposé de le découvrir, j’ai rapidement accepté. Concernant la couverture, illustrée par Aurélien Police, je la trouve personnellement très réussie.

Ce récit nous propose ainsi de  prendre comme cadre les attaques terroristes du 11 septembre 2001 aux USA. On se retrouve ainsi à suivre Ben Matson dans un futur proche qui, en apprenant le décès d’un célèbre mathématicien, Kyril Tatarov qu’il avait interviewé plusieurs fois, va voir remonter les souvenirs de Lilian Viklund, une femme qu’il a aimée et perdu tragiquement lors des attentats. Même s’il a refait sa vie avec Jeanne et qu’il a deux enfants, il n’a jamais pu l’oublier complètement et régulièrement replonge dans ses souvenirs et l’enquête qu’il mène pour comprendre vu qu’elle n’a jamais pû être identifié dans les victimes. La narration va ainsi osciller entre différentes périodes temporelles, reconstruire ainsi la vie et l’enquête que mène le héros. Alors soyons clair, j’avoue tout de même que j’entrais dans la lecture de ce roman sur mes gardes, on va dire. En effet le sujet principal du livre est clairement le 11/09/2001 et il en exploite aussi clairement les contre-vérités, voir les théories alternatives. On aurait ainsi pu s’attendre à un roman complotiste tombant dans l’excès avec les théories les plus farfelus qui existent comme on peut en trouver. Ce n’est pas du tout le cas, je parle bien entendu à travers ma perception du récit, la construction mis en place par l’auteur et ce que j’en ai perçu. Peut-être que d’autres lecteurs trouveront que Christopher Priest est tombé dans le « complot » facile, mais moi, pour ma part, je ne l’ai jamais ressenti comme tel et il va franchement falloir me convaincre du contraire. C’est bien simple, Conséquences d’un Disparition n’est pas clairement un roman sur le complot, le mensonge, mais plus un récit sur la perception de la vérité à travers le prisme du regard de chacun. Comment une vérité va varier en fonction de la façon dont chacun l’a vécue, l’a perçue.

Je me suis retrouvé ainsi rapidement happé par ce récit, principalement grâce à sa construction temporelle croisée de différentes époques qui permet ainsi de construire une histoire qui devient rapidement intrigante et prenant. L’ensemble est ainsi fluide et efficace, chaque « saut dans le temps » ayant son utilité et s’intégrant parfaitement dans l’histoire à travers ses révélations, ses éléments de réponses et les questions qu’il soulève. Plus on avance dans le récit, plus le puzzle qui se construit prend forme. Christopher Priest construit ainsi un récit qui sera un mélange de Thriller, d’amour et de jeux de pistes qui va tout du long jouer avec le lecteur, que ce soit à travers les zones d’ombres et de mystères qui planent, mais qui va aussi construire des personnages clairement attachants et touchants. Et c’est peut-être ce point qui, pour ma part, m’a franchement fait accrocher à ce récit, qui a rendu cette histoire simple prenante, c’est ce côté intimiste, cette histoire d’amour perdue qui trouve clairement le ton juste, ne tombe jamais dans le pathos, montrant un héros blessé par ce qu’il a perdu, mais qui a aussi refait sa vie.

On évite aussi les écueils qu’auraient pu proposer ce genre de récit en tombant soit dans le côté espionnage à l’américaine, ou dans le côté histoire d’amour impossible à l’eau de rose et suintant de bons sentiments. On évite aussi le côté froid d’une enquête en retrait des évènements, ainsi on peut ne pas être d’accord avec la vision et les perceptions du héros, mais d’une certaine façon on comprend sa quête de vérité. L’ensemble est porté sur un rythme posé, qui prend son temps pour bien poser son récit, son ambiance à la fois touchante et légèrement oppressante, construire ses protagonistes dans cette quête de la vérité, sans jamais trop en faire. C’est d’ailleurs souvent une des qualités, je trouve, de l’auteur : arriver à construire quelque-chose de dense et captivant dans un récit finalement assez court, ici le livre faisant moins de 350 pages.

Maintenant passons au gros du sujet, les évènements du 11 septembre qui sont au coeur même de ce roman. Je le répète, pour moi ce roman n’a rien de conspirationniste, malgré ce qu’on pourrait croire avec ce sujet un peu « casse-gueule » on va dire. Je ne parle pas au nom de l’auteur bien entendu, simplement de ma vision du livre, mais la postface annonce que Priest n’a pas les mêmes avis que son héros, mais plus le goût de l’enquête et de la vérité. C’est sur ce point que le récit gagne, je trouve encore plus en intérêt justement, sur la façon dont il vient redéfinir la notion même du terme de vérité, jouer ainsi avec le lecteur sur ce que peut représenter ce terme, l’importance des faits et des opinions qui vont obligatoirement d’une certaine façon « changer » la perception de la vérité de chacun. Il vient aussi nous faire réfléchir sur la désinformation et la surinformation qui vont obligatoirement influencer, modifier, impacter toute perception « vérité ». L’influence aussi des médis qui en font trop, ou pas assez, qui ont besoin de commenter de façon immédiate un sujet limite sans informations, d’extrapoler.

Le choix des attentats du 11/09 est ainsi pertinent dans le travail de l’auteur, premièrement car il a marqué la planète entière et aussi parce qu’il possède assez de « zones de doutes » et d’explications « discutables » pour justement pouvoir jouer avec cette notion vérité et ses différentes « représentations ». Il vient aussi agrandir cette discussion de façon très intéressante aussi sur la capacité de chacun à justement se baser de plus en plus sur les avis, les idées, sur l’intérêt et les failles du net, laissant de côté la science, les études, les faits parfois prouvés et démontrés. Pour autant, si on en revient aux attentats cela ne veut pas dire que l’explication officielle est mensongère, loin de là. L’autre point intéressant vient aussi toujours avec l’auteur de sa façon de jouer avec la réalité, principalement avec la belle-mère du héros qui vient nous questionner légèrement sur la tangibilité de ce monde. On notera aussi dans cet avenir l’après Brexit que nous présente l’auteur qui, je trouve, vient aussi amener son lot de réflexions.

Alors après, j’avoue, même si ce roman ne m’a jamais paru tomber dans la théorie du complot, il est parfois un peu succinct et simpliste sur certains aspects à mon goût, principalement sur les conséquences politiques des attentats, ce qui est un peu dommage. J’ai aussi été un peu frustré avec le personnage de Tatarov qui est un élément central du récit, s’avère très intéressant dans ce qu’il amène, mais dont, de mon point de vue personnel, j’attendais peut-être plus. Concernant la conclusion, là, je pense, ça dépendra de chacun elle offre une réponse sans en offrir, jouant toujours avec le lecteur, mais permettant d’une certaine façon au héros de clore un chapitre de sa vie, mais elle cherche peut-être un chouïa à en faire de trop. Au final je dois bien admettre que j’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman qui m’a offert un récit fictionnel prenant et captivant, bien porté par une plume toujours aussi soignée, riche et entraînante. Je lirai sans soucis et avec plaisir d’autres écrits de l’auteur.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman qui prend comme toile de fond les évènements des attentats du 11 septembre. On suit ainsi Ben Matson qui mène son enquête pour comprendre la disparition de la femme qu’il aimait à l’époque. De mon point de vue, ce roman même s’il exploite les contres-vérités des attentats, n’est pas pour autant un récit sur la théorie du complot. En effet l’intérêt du récit vient clairement des questions qu’il soulève, de la façon dont il nous fait percevoir la vérité, nous montrant l’influence de la désinformation ou de la surinformation. Comment aussi on se laisse plus facilement tenter par des opinions que par des faits. Un récit, pour moi, intelligent qui devient encore plus prenant à travers les personnages qui, je trouve, sonnent juste que ce soit dans leurs sentiments comme leurs évolutions. On y retrouve aussi la capacité de l’auteur à jouer avec le lecteur, à remettre légèrement en cause la tangibilité de son monde ce qui apporte un petit plus je trouve. L’ensemble est construit sur un rythme posé, qui prend le temps de construire son récit, son ambiance et ses personnages. Alors après, c’est vrai que sur un ou deux points le traitement m’a paru un peu trop succinct et simpliste, comme par exemple du traitement politique, ce qui est un peu dommage. J’attendais aussi peut-être un peu plus du personnage de Tatarov. Enfin la conclusion cherche peut-être à en faire trop. Pour autant j’ai trouvé cette lecture très bonne, qui ne m’a pas laissé indifférente et m’a fait réfléchir sur la perception de la vérité et d’autres réflexions comme le Brexit, le tout porté par une plume soignée et entraînante.

 

Ma Note : 8/10

 

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  1. J’ai lu la séparation il y a peu et j’ai été bluffée par le travail de l’auteur (que je n’avais jamais pris le temps de lire jusqu’à présent). Je vais noter celui-ci, le thème me tente beaucoup. Merci pour la découverte ! 🙂

  2. Tiens, je vais peut-être me mettre à relire de Priest…. Et c’est interessant de lire un roman de SF tournant autour du 11/09.
    Merci de ton retour.

    • Alors il est légèrement SF, moins que les autres de l’auteur, mais franchement je l’ai trouvé très intéressant. J’espère qu’il te plaira si jamais tu le lis.

  3. Je confirme, c’est légèrement SF, plus une forme d’uchronie éventuelle… J’ai beaucoup apprécié ce livre, délicat et posé. Les théories (du complot) sont amenées avec recul et on sent un énorme respect envers toutes les familles endeuillées. Loin de chercher a racoler, C Priest a su travailler en douceur et intelligence.
    Je redoutais un peu cette lecture, après inclinaison qui n’avait pas su me convaincre.
    Merci pour ce bel article.

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