Cristal qui Songe – Théodore Sturgeon

Résumé : Battu et martyrisé par ses parents adoptifs, renvoyé de l’école, Horty, huit ans, fuit le foyer familial. Le jeune garçon trouve refuge au sein d’un cirque ambulant où il devient le partenaire de deux jeunes naines, Zena et Bunny. Horty trouve une certaine sérénité au sein de la troupe mais se voit très vite confronté à d’étranges phénomènes. Pourquoi le cirque tout entier tremble-t-il devant son féroce directeur, surnommé « le Cannibale », et sa mystérieuse collection de cristaux qui gémissent la nuit ?

Edition : Audible

Mon Avis : Alors, j’avoue, je n’ai à ce jour jamais lu de Théodore Sturgeon. On m’a pourtant longtemps présenté l’auteur comme un grand écrivain de la Science-Fiction, offrant un aspect assez baroque et humaniste qui ont fait qu’il a marqué le genre, mais voilà pour autant jusqu’à aujourd’hui je n’avais rien lu de lui. Il fallait bien un jour que je me laisse tenter par un roman de l’auteur et, profitant du fait que j’écoute maintenant des audiobooks, j’ai décidé de découvrir un classique de l’auteur : Cristal qui Songe. Concernant la narration de Françoise Goubert je l’ai trouvé fluide, vivante et entraînante, même si parfois elle en faisait un peu trop, surjouant quelques dialogues à mon goût.

Ce roman nous fait ainsi découvrir Horty Bluett, un jeune garçon de huit ans qui vient d’être surpris a mener un acte étrange : il mangeait des fourmis. Lui qui n’a pas eu une enfance facile, orphelin et se retrouvant dans une famille adoptive qui le martyrise, il se retrouve alors renvoyé de son école. De retour chez lui, il va à nouveau subir les sévices de son père adoptif, à tel point qu’il ne va avoir d’autres choix que de fuir. Il va alors croiser le chemin d’un cirque qui va décider de le protéger. Sauf que rien ne va finalement être simple pour le jeune Horty. Au final je dois bien admettre que je suis un peu déçu de ce roman. Il n’est pas complètement mauvais, le récit est même plutôt sympathique, mais je ne sais pas si cela vient du fait qu’on m’a vendu Théodore Sturgeon comme un auteur marquant, ou bien si c’est tout simplement que j’avais des attentes complètement différentes, mais je n’ai pas trouvé le récit si marquant. Au final j’ai eu l’impression d’un petit récit divertissant, plutôt agréable même si pas exempt de défaut, mais qui est loin de m’avoir complètement captivé.

Pourtant l’ensemble démarrait bien, voir très bien, se révélant très vite prenant, nous plongeant dans un récit prenant et entraînant que ce soit dans la relation d’Horty avec ses parents adoptifs, dans les mystères qui tourne autour de lui, mais aussi dans son entré dans le monde du Cirque et son adoption par ce qu’on pourrait considérer comme des Freaks. Certes le côté acceptation et ouverture aux autres se révélait plutôt sommaire, mais cela ne l’empêchait pas d’assez bien fonctionner. On sent aussi dans cette première partie l’envie de l’auteur de vouloir construire des personnages complexes à travers leurs relations, leurs actes et leurs visions du monde. Certes il y a bien quelques simplicités ici ou là, mais franchement ça s’écoutait bien, se révélant fluide et efficace. Arrive alors le passage avec les fameux arbre qui apportait alors cette dose de mystère, de science et d’interrogation concernant cette théorie sur les cristaux et l’étrangeté qu’apportait ses derniers au récit. Certes on devinait facilement où voulait en venir l’auteur, mais cela ne jouait en rien sur l’intérêt que j’avais de savoir comment l’auteur allait développer tout cela.

Pour autant la suite de l’histoire va commencer à s’effondrer, certes pas totalement, l’ensemble restant globalement intéressant, mais il va se lancer dans une histoire de vengeance et de croisements de personnages, de rebondissements et de retournements de situations qui ont eu franchement du mal à me convaincre. Outre le fait que l’auteur ne fait finalement que rester en surface de son idée de cristaux, ce qui m’a frustré, il m’a paru surtout vouloir se lancer dans quelque-chose de plus énergique, un aspect plus « course-poursuite », sans que ce soit très bien maîtrisé. En effet entre les rebondissements un peu tiré par les cheveux ou téléphonés comme par exemple, sans trop vouloir spoiler, le fait que tout le monde aillent voir à un moment précis Pierre Genneval, quelques facilités, mais aussi l’aspect plus énergique que cherche à mettre en place le récit et qui est plombé par des dialogues beaucoup trop longs, j’ai trouvé la seconde moitié du roman moins prenante. Autre point qui m’a dérangé, ce besoin de garder de nombreux mystères pour les dévoiler dans le dernier tiers par de longs passages de discussions qui, certes ne sont pas mal écrit, mais hache le rythme. C’est vrai le roman se révèle plutôt court, environ 250 pages, mais peut-être que quelques pages en plus auraient apporté un plus. C’est dommage, car au final cette seconde m’a en grande partie déconnecté de l’intérêt que j’avais jusque-là.

Alors, j’ai toujours entendu que Théodore Sturgeon était un auteur de personnages, il est plus humaniste, offrant des héros touchants et soignés. Je ne le nie pas il y a beaucoup de choses intéressantes dans ces différents héros, comme je l’ai dis il cherche à les rendre plutôt complexe, mais je suis désolé je les ai trouvés trop archétypaux. A l’époque de la publication de ce récit (1952) ils devaient sûrement être originaux, mais aujourd’hui de ce point de vue là il a mal vieilli selon moi. Entre Horty l’enfant en plein récit initiatique d’apprentissage qui va passer les étapes classiques du genre, Zena qui joue le rôle de mère et surtout de mentor, le Cannibale et je le juge Bluett qui joue les deux faces sombres de la société se révélant très, très méchant, j’ai eu du mal à franchement les trouver originaux. Outre le côté assez manichéen qui fait qu’on reconnait rapidement les méchants des gentils, ils sont aussi quand même assez monolithiques. Alors après oui, cela n’empêche pas l’auteur d’arriver à offrir pour autant quelques personnages qui se dégagent, ainsi Horty et Zena arrivent tout de même à toucher un minimum le lecteur je trouve. Que ce soit dans l’évolution de leurs relations, mais aussi dans leurs constructions, il y a un petit quelque-chose qui se dégage.

Autre point intéressant c’est cette vision des Etats-Unis de l’époque avec aussi cette vision du cirque un peu Freaks qui colle vraiment bien au récit et au message que cherche à faire passer l’auteur. Ainsi en plus d’un questionnement sur la tolérance dont j’ai déjà parlé, il y a aussi un travail sur la notion d’humanité, d’acceptation, d’amour, d’amitié, de sincérité. L’ensemble des réflexions soulevées fonctionnent plutôt bien, même si parfois il reste un peu en surface je trouve. Concernant l’aspect SF, l’idée des cristaux n’était pas mauvaise, même si comme je l’ai dit je l’ai trouvé trop simpliste et survolée ce qui est frustrant, mais je suis aussi un peu insatisfait de la conclusion que cela amène. En effet le Happy-End qu’offre l’auteur m’a laissé de côté. La plume de l’auteur s’avère soignée, fluide et même si je n’ai pas été complètement emballé par ce récit, je ne peux pas nier qu’il possède quelques qualités. Au final un roman certes plutôt divertissant, mais qui a par certains aspects mal vieilli, m’a paru précipité dans sa seconde partie, ce qui fait qu’il ne m’a pas non plus marqué.

En Résumé : Je dois bien admettre que même si ce Cristal Qui Songe se révèle plutôt divertissant, je n’ai pas non plus été complètement captivé. Peut-être que j’en attendais trop, ou autre chose, peut-être qu’à force d’entendre parler de l’auteur comme ayant marqué la SF je m’étais imaginé quelque-chose de différent. Pourtant, la première moitié du roman n’est pas mauvaise. Elle s’avère même intéressante et prenante, que ce soit dans sa vision des Etats-Unis, le côté un peu Freaks et la construction des différents personnages, principalement Horty et Zena. L’apparition de l’idée des cristaux commençait même à titiller mon esprit. Mais voilà, la seconde moitié n’a pas réussi à complètement me convaincre, se lançant dans un côté énergique, un « peu course-poursuite », avec cette idée de vengeance ce qui fait que l’idée des cristaux et tout ce qui tourne autour est à peine survolé. De plus l’accumulation de dialogues et de révélations dans le dernier tiers m’ont paru hacher le récit. Ainsi j’ai eu l’impression d’un récit avec de bonnes idées, mais qui n’arrivait pas à les développer de façon intéressante à mon goût, offrant quelques simplicités et un happy-end trop facile. J’ai toujours entendu que Théodore Sturgeon était un auteur humaniste, un auteur de personnages, et c’est vrai qu’il y a de bonnes choses qui se dégagent d’eux, mais pour autant je les ai trouvé très monolithique et manichéens. Concernant les réflexions soulevées sur la tolérance, la notion d’humanité, d’amour, d’amitié, elles sont plutôt efficaces, même si parfois un peu trop traités en surface. La plume de l’auteur est soignée et fluide, mais pour autant même si le récit est divertissant je ne l’ai pas trouvé marquant. Je vais attendre de découvrir son côté novelliste quand je me lancerai dans le Bifrost qui lui est consacré, avant de décider de lire ou no d’autres écrits de l’auteur.

Ma Note : 6/10

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  1. Ah! c’est un peu ce que je crains de ressentir à cette lecture. Je le lirai, mais ce n’est pas une priorité. Clairement après ton avis.

    • Je peux comprendre, j’aurai du mal à te le conseiller vu que j’ai l’impression qu’on a à peu près les mêmes « axes » de lecture.

  2. C’est un livre étrange, je le relirais bien à l’occasion. Tu sais si le livre audio que tu as écouté se basait sur la traduction révisée ou l’ancienne ?

    • La version audio que j’ai écouté se base, selon le site, sur l’ancienne traduction. Je ne sais pas s’ils ont prévu de revoir la version audio.

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