Fiction n°19

fiction 19Edition : Les Indés de L’Imaginaire

 

 

 

 

 

Mon Avis : Après avoir sorti les Bifrost qui traînaient dans ma bibliothèque (et il en reste encore, ainsi que d’autres magazines), j’ai décidé aussi de découvrir la nouvelle formule de Fiction. J’ai donc rapidement fait rentrer dans ma PAL le n°18, mais aussi, il y a peu, le n°19. Comme je suis quelqu’un de logique j’ai donc, bien entendu, commencé par lire le dernier numéro, le n°19. Il faut dire que le sommaire me tentait vraiment avec deux entretiens croisés, un entre Anne Fakhouri & Ian McDonald et un autre entre Fabrice Colin & Serge Lehman, des articles ainsi que près de 200 pages de nouvelles. À noter la magnifique couverture illustrée par Aurélien Police que je trouve accrocheuse.

Le Bout du Chemin de Robert Silverberg : J’ai fais l’impasse sur cette nouvelle. Étant donné qu’elle est présente dans le recueil Dernières Nouvelles de Majipoor que je veux lire, j’ai donc préféré la découvrir à ce moment-là. D’ailleurs je trouve dommage qu’une nouvelle d’un recueil qui vient de sortir se retrouve dans le magazine même si j’en comprends le côté marketing.

Chienne de Robert Darvel : J’avoue, je n’ai pas accroché à cette nouvelle. J’en comprends bien le message que cherche à faire passer l’auteur, montrant l’évolution d’une société qui tend vers une sexualisation extrême, comme on a pu le voir avec Britney ou encore Miley, une transformation qui tendrait vers le néant et le vide d’une simple image éphémère. Problème, l’auteur le dit lui-même le puritain l’indiffère et a de la tendresse pour l’explicite, il cherche donc à secouer le lecteur, à pourquoi pas le choquer par des scènes crues et c’est là que le texte n’a pas marché avec moi, car il ne m’a ni choqué ni même fait vibrer. Par conséquent le message en perd de son intérêt, a eu du mal à passer et je n’y ai vu plus qu’une simple débauche qui m’a laissé indifférent. Au final, pour apprécier ce texte, je pense que tout va dépendre comment le lecteur se positionne vis-à-vis du ton utilisé.

Avec le Temps de Kate Wilhelm : Cette nouvelle est la plus longue du recueil et je l’ai trouvé agréable et plutôt sympathique. Elle nous plonge auprès d’une équipe de journaliste menant une enquête sur une famille recluse, qui a bâti sa fortune sur des intuitions un peu trop parfaites. L’intrigue se révèle intéressante, bien mené avec des rebondissements et des retournements de situations efficaces et maîtrisés, même si globalement l’histoire reste tout de même assez linéaire. Le récit possède pas mal d’idées originales, comme cette narcolepsie bien particulière, ou cette folie qui vient toucher cette famille. Mais voilà selon moi cette histoire mériterait d’être plus développé, pourquoi pas dans un roman, ce qui permettrait d’éviter certains raccourcis facile, certains aspects un peu trop simpliste, mais aussi offrir des personnages un peu plus consistants, car il est parfois difficile de comprendre les choix ou l’acharnement de certains.

Adjudication Positive de James Morrow : Cette nouvelle nous emmène aux côtés dans une patrouille intergalactique de la vertu, venue corriger une anomalie aux États-Unis, en pleine période esclavagiste des années 1800. Rien ne va se passer comme prévu. J’ai trouvé le texte vraiment divertissant, satirique et ironique par le parallèle entre ce peuple alien vertueux et une humanité qui est loin de toujours l’être avec nombreuses failles, ce qui amène des dialogues plutôt cocasses le tout porté par un style assez efficace. Un texte qui ne cherche qu’à divertir et qui remplit son rôle de façon efficace même si, finalement, il rentre dans les vite lu, vite oublié.

Code 666 de Michael Reaves : Cette nouvelle nous propose une histoire fantastique où un chauffeur d’ambulance va voir sa vie chamboulée après avoir été percutée par un chauffard ivre. Un texte qui trait de la mort, de fantômes et de la vie après la mort, faisant monter doucement la tension au fil des pages, le tout agrémenté de quelques frissons, malgré parfois des passages un peu confus. Un texte que j’ai trouvé au final très sympathique bien porté par une plume efficace, même si la conclusion m’a parue un peu convenue et un peu trop rapide malgré quelques bonnes idées.

Petites Villes de Felicity Shoulders : Cette nouvelle nous fait découvrir le destin de deux personnages : une jeune fille ne mesurant qu’une vingtaine de centimètres, née après la fin de la seconde guerre mondiale et qui ne peut vivre sa vie, cachée par sa mère pour la protéger d’un monde qui a prendrait pour un monstre ; ainsi que celui d’un fabricant de jouet qui cherche sa place dans un monde moderne et en pleine évolution, le tout sous forme de conte. Le monde que nous dévoile l’auteur se révèle vraiment captivant et d’une certaine façon féérique et bien retranscrit par des descriptions efficaces. L’histoire se laisse lire facilement, un peu comme un bonbon doux qu’on savoure. Je regrette juste que les personnages manquent de profondeur et que certains aspects, qui auraient pu densifier l’histoire, restent à l’état d’ébauche.

Et in Arcadia ego de Estelle Faye : Je n’avais encore jamais lu une de ses nouvelles et je dois dire que je ressors encore une fois conquis. L’auteur possède toujours cette plume vivante et magnifique qui fait qu’on se retrouve emporté dans son univers magique. L’histoire qu’elle nous raconte ici c’est le récit d’un jeune homme, perdu au milieu d’une guerre qu’il ne comprend pas, ancien joueur de MMORPG qui va se reconnecter à son jeu et y retrouver un but et la beauté d’un monde inconnu. On retrouve ici un véritable appel au voyage, à la liberté et à l’imagination où chacun tente, à travers son imagination à rêver et rendre sa vie un peu meilleure. Un texte touchant et efficace même si la fin est facilement devinable. En tout cas Estelle Faye prouve qu’elle est une des plumes de l’imaginaire français qui monte et dont je lirai d’autres textes avec grand plaisir.

Lun’ D’Argent de Steven Utley : Cette nouvelle nous propose de mélanger passé et futur grâce à la possibilité de voyager dans le temps. Un scientifique, qui croit aux extra-terrestre, décide donc de se payer un voyage avec sa fortune pour découvrir l’ère Paléozoïque. Un texte où les personnages se révèlent vraiment intéressants, avec leurs failles, leurs forces, ainsi que les combats qu’il mène envers eux-mêmes et face aux autres mais qui surtout se révèlent attachants. L’auteur ouvre aussi à la réflexion avec  question de l’influence de races aliens dans l’évolution de l’homme par ce scientifique marginal, mais qui pourtant possède de solide théories, face au rejet de sa profession devant ce qu’ils considèrent comme un rêve de gosse. J’ai, par contre, trouvé la fin trop abrupte, certes elle ouvre sur l’espoir et le soutien, mais ne répond finalement qu’à peu de questions, comme si l’auteur avait prévu d’écrire une suite.

La Tête aux Souhaits de Jeffrey Ford : Ce texte nous plonge au milieu d’une Amérique des années 30, on suite un coroner appelé pour examiner le corps d’une femme flottant dans une rivière, un étrange sourire aux lèvres. L’univers développé par l’auteur se révèle vraiment vivant, vibrant et efficace, ajoutant une certaine tension à l’ensemble. Le personnage se révèle vraiment dense et riche, ancien militaire, revenu de la première guerre mondiale un pied en moins, une prothèse en porcelaine et hanté par des douleurs fantômes, qui tente d’avancer et de survivre. Le tout est mâtiné d’un folklore assez troublant, original et convaincant qui rappelle que parfois tous les souhaits ne sont pas bons à faire. Une nouvelle réussie selon moi.

Il y eut un Soir, Il y eut un Matin de Sonia Quémener : J’avoue que je ressors de cette nouvelle avec un sentiment plus que mitigé, je pense que l’auteur a voulu trop en faire mélangeant trop d’idées et de concepts, rendant l’ensemble de son texte brouillon. On suit ici une famille qui décide d’aller vivre dans un univers figé au quatrième jour de la création, car oui les premières explorations temporelles ont montré que l’univers a finalement été crée de façon biblique. L’auteur nous propose ici clairement un texte acerbe sur la surutilisation de la technologie, la science, la religion et aussi sur les différents contrats qu’un homme peut signer avec ses nombreuses clauses et chartes souvent traitres. Le soucis c’est que l’auteur essaie de mettre trop de chose à mon goût oscillant entre le texte de SF divertissant, tout en y ajoutant un peu de folie et aussi un peu de hard science avec du Planck et de la théorie des cordes. De plus, pour vraiment rentrer dans le texte faut accepter que l’auteur jette aux orties la théorie de l’évolution comme ça. Au final un texte que j’ai trouvé désordonné avec des personnages un peu stéréotypés par moments ainsi que certaines révélations convenues, mais qui m’a tout de même fait sourire par moment.

 

Concernant le reste du magazine, il se révèle efficace et passionnant avec deux interviews croisés, une entre Anne Fakhouri & Ian McDonald sur l’Irlande, la magie, la littérature ou encore le rock et une, peut-être plus classique, entre Fabrice Colin & Serge Lehman, sur le processus de création ou encore la dépression. Les articles de fond ne manquent pas d’attrait se révélant soignés et documentés avec en sujet le gulf-futurism, l’hyper espace et le temps détourné. De L’autre Côté du Miroir propose plusieurs photographies que j’ai trouvé réussies de plusieurs héros tournés un peu Steampunk. Par contre je n’ai pas vraiment accroché aux différents strip de BD qui parsèment le magazine, ce n’est pas mon truc je pense. Au final un magazine que je trouve réussi, aussi bien sur le fond que sur la forme, et qui propose des nouvelles, certes pas toutes aux mêmes niveaux, avec du bon et du moins bon, mais qui, dans l’ensemble, se laissent lire et se révèlent plaisantes.

Ma Note : 7/10 (Note ne reposant que sur les nouvelles)

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  1. Il manque peut-être une nouvelle réellement marquante, un truc qui marque vraiment.
    Mais j’ai trouvé les nouvelles de Kate Wilhelm et Robert Silverberg vraiment bonnes. La première donne envie de mieux connaître l’oeuvre de l’auteur, l’autre (par un auteur qu’on ne présente plus) de se plonger dans le cycle de Majipoor.
    Et j’aime toujours autant la maquette, malgré les hauts et les bas littéraires (plus hauts que bas quand même !). Par contre, je n’ai vraiment pas accroché à l’interview croisée Lehman/Colin, trop verbeuse…

    • Comme j’ai dis je n’ai pas lu la nouvelle de Siverberg, justement pour mieux en profiter dans le recueil de nouvelles. Concernant la nouvelle de Wilhelm c’est vrai qu’elle donne envie.
      j’ai trouvé l’interview croisé Lehman/Colin intéressante quand même sur tout l’aspect créatif et la construction des brigades chimériques. Après c’est vrai qu’ils se laissent un peu aller.

  2. Hello & merci de votre point de vue sur « Chienne ».
    Juste un détail : mon nom est DARVEL, pars Derval.
    Cordialement,
    rD

    • Bonjour,
      Déjà merci pour le commentaire, je m’excuse pour l’inversion de lettres l’erreur a été corrigée.
      Cordialement.

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