Futu.re – Dmitry Glukhovsky

futu.reRésumé : Dans un avenir pas si lointain… l’humanité a su manipuler son génome pour stopper le processus de vieillissement et jouir ainsi d’une forme d’immortalité.
L’Europe, devenue une gigapole hérissée de gratte-ciel où s’entasse l’ensemble de la population, fait figure d’utopie car la vie y est sacrée et la politique de contrôle démographique raisonnée.
La loi du Choix prône que tout couple qui souhaite avoir un enfant doit déclarer la grossesse à l’État et désigner le parent qui devra accepter l’injection d’un accélérateur métabolique qui provoquera son décès à plus ou moins brève échéance.
Une mort pour une vie, c’est le prix de l’État providence européen.
Matricule 717 est un membre de la Phalange qui débusque les contrevenants. Il vit dans un cube miteux de deux mètres d’arête et se contente du boulot de bras droit d’un commandant de groupe d’intervention. Un jour, pourtant, le destin semble lui sourire quand un sénateur lui propose un travail en sous-main : éliminer un activiste du parti de la Vie, farouche opposant à la loi du Choix et au parti de l’Immortalité, qui menace de briser un statu quo séculaire.

Edition : L’Atalante

 

Mon Avis : De Dmitry Glukhovsky, pour le moment je n’ai seulement lu Metro 2033, qui m’avait offert un bon moment de lecture avec un récit post-apocalyptique entrainant, prenant et efficace même si un peu long et à la fin prévisible (ma chronique ici). Quand on m’a proposé de découvrir son dernier roman publié en France, j’avoue ne pas avoir attendu trop longtemps avant de me laisser tenter surtout face à un résumé très accrocheur et une illustration de couverture que je trouve clairement efficace.

On se retrouve ici plongé dès la première page dans une avenir qu’on pourrait considérer comme une Utopie où l’humanité a réussie à s’élever vers l’immortalité. Sauf que cette immortalité va très vite apporté de nombreux soucis, et cette Utopie va rapidement se révéler viciée face à la surpopulation grandissante, près de 120 milliards de personnes en Europe, ainsi que la disparition de la beauté et de la nature au profit du béton pour permettre de loger tout le monde. Une politique de natalité est alors mise en place en Europe, prônant la fin de l’immortalité d’un des deux parents contre la vie de l’enfant. Cette loi est ainsi appliquée par les Immortels, des enfants dont les parents ont ignoré la loi et qui ont été récupérés par le gouvernement pour être formés à cette tâche. Pourtant un jour la vie de 717, un immortel, va basculer. Je dois bien avouer qu’une fois la dernière page tournée, ce roman, joli pavé de près de 750 pages, s’est révélé être une lecture, certes d’une certaine façon dérangeante, trash et violente, mais qui m’a captivé et m’a offert une lecture marquante qui continue à me travailler.

Une chose est sûre, plonger dans le quotidien du matricule 717, Jan Nachtingal, ne va pas laisser le lecteur indifférent et il va peut-être falloir s’accrocher tant l’univers futuriste que nous présente l’auteur est loin d’être le rêve annoncé et le héros se révèle un contre-héros vraiment sombre, égoïste, limite un bel enfoiré. Si vous cherchez une lecture positive ou un roman d’espoir sur notre avenir, alors passez votre chemin, même si ce serait dommage, car vous passeriez à côté d’un grand roman de Science-Fiction. Certes l’ensemble est loin d’être joyeux, mais peut-on vraiment lui en vouloir, tant notre vision du monde actuel est loin de laisser de perspectives réjouissantes.

L’Europe que nous dépeint l’auteur se révèle ainsi à la fois déprimante et fascinante, ensemble d’immeuble géants, de bétons, de trains et de hubs. Des milliards de personnes s’entassent dans des espaces de plus en plus petits, où 4m² se révèle un logement décent, où la vie est régie par des politiques de plus en plus déshumanisées et atrophiés dans leurs jeunesses éternelles. La superficialité a ainsi gagné son paroxysme au sein de la population où la norme est devenue la jeunesse et la beauté éternelle ;  tous ceux qui dérogent à cette règle sont ainsi marginalisés, ostracisées. La vieillesse est ainsi devenue le cauchemar de tout le monde.  Sauf que voilà cette immortalité, à défaut d’avoir élevé l’humanité, donne plus l’impression de l’avoir rendue amorphe, figée, incapable de s’en élever pour essayer d’offrir le meilleur. Plus aucun art, plus aucune beauté ne se dégage de l’Homme qui se morfond sur lui-même, sans réaction et qui est prêt à tout accepter du moment que son bonheur personnel, tout relatif qu’il est, n’est en rien modifié. On y retrouve aussi une réflexion sur la manipulation des médias et de l’information qui, certes se révèle déjà-vu, mais ne manque pas d’intérêt. Les hommes et les femmes se sont ainsi libérer de certaines chaines, mais donnent l’impression de s’en être attachés de nombreuses autres. Le pouvoir se retrouve ainsi dans les mains des mêmes personnes depuis des siècles, avec toutes les conséquences et les folies que cela entraine. Finalement, l’Immortalité n’est-elle pas le fléau de l’humanité? Son paroxysme de solitude?

C’est dans ce monde qu’on se retrouve à suivre Jan, un héros loin d’être un personnage vraiment attachant tant il est égoïste, xénophobe envers tout ce qui est contraire aux lois qu’il considère comme utopique, violent et qui pense que le plus grand soucis de l’humanité vient de ceux qui ne respectent pas cette loi du Choix. Un anti-héros exacerbé, qui n’est finalement que le produit de cette société et qui va pourtant réussir à fasciner le lecteur, premièrement car il permet de découvrir ce monde et cette société du point de vue d’un homme limite « lambda », pure produit des lois, et surtout par les nombreux changements et les nombreuses évolutions qu’il va devoir effectuer au court du récit et de ses différentes rencontres. En effet ce sont les révélations qui vont lui tomber dessus et sa façon de devoir évoluer qui font qu’on s’accroche finalement à lui, malgré ses nombreux côtés détestables ; il va ainsi ouvrir d’une certaine façon les yeux et par la même occasion pousser le lecteur à la réflexion que ce soit sur les soucis de notre société comme sur les choix que nous serions capables de faire. Alors après, certes, je le dis et le maintiens, le héros est détestable, mais il n’est pas pour autant un monstre et les nombreux flashbacks, ainsi que les relations du héros au fil des pages vont finalement nous le rendre plus humain ; on accepte peut-être pas pour autant ce qu’il fait et la façon qu’il a de le faire, mais on le comprend un peu plus. Les autres personnages sont tout aussi intéressants, que ce soit dans leurs réflexions comme dans leurs non-dit, on se rend vite compte de la diversité qui existe, dans un monde où on essaie d’imposer une certaine unicité. Vaincre la mort n’est peut-être que finalement plonger dans un monde sans fin, sans émotions, sans sensations tant tout devient répétitif et sans enjeux. L’Homme est peut-être finalement défini dans sa relation avec la mort.

Mais voilà, ce roman n’est pas non plus qu’une claque concernant notre avenir et un travail efficace de réflexion froid et sans concession, il s’agit aussi d’un récit qui se révèle terriblement efficace, entrainant, nerveux et bien porté par de nombreux rebondissements et de surprises, mais aussi par une intrigue qui se révèle plus complexe qu’on peut le croire aux premiers abords, avec son jeu de mensonges et de manipulations. On est ainsi happé par le rythme soutenu que nous propose l’auteur tout au long du récit, qui monte en tension au fil des pages pour offrir un final qui va se révéler explosif, prenant, passionnant et plein de révélations. Alors après j’ai quand même trouvé qu’il y avait quelques longueurs au niveau du récit, principalement vers la fin, où l’auteur en fait peut-être un peu trop histoire de garder encore un peu le lecteur avant de conclure. Ce n’est en rien bloquant et ne gêne en rien la lecture, tant l’ensemble se révèle percutant et intelligent, mais voilà ça peut se ressentir légèrement par moment. En tout cas la plume de l’auteur se révèle simple, efficace, entrainante et immersive qui ne laisse pas indifférent le lecteur par son côté violent, trash, réfléchi, touchant … En tout cas un roman qui confirme tout le bien que je pensais de l’auteur et je lirai sans soucis d’autres de ses écrits.

Résumé : J’ai passé un excellent moment de lecture avec ce roman qui, certes, peut se révèle dérangeant devant le ton violent, trash et sans concession qu’il montre, mais qui nous propose une intrigue nerveuse, efficace et sans temps morts ainsi que de nombreux points de réflexions que ce soit sur l’acceptation des autres ou encore sur la jeunesse éternelle. L’Europe développée par l’auteur se révèle être un monstre de bétons, ou les gens vivent dans des tours qui touchent le ciel, où des milliards de personnes s’entassent dans des logements d’à peine quelques mètres carrés. Le pouvoir se retrouve concentré et façonné dans les mêmes mains depuis des années. La perfection et la superficialité sont devenues des normes et y déroger revient à se retrouver rejeter complètement de cette humanité ; les vieux et les parents deviennent ainsi ostracisées. Le personnage principal est un pur produit de cet époque, égoïste, violent, xénophobe et il est difficile de s’attacher à lui, pourtant on fil des pages il nous accroche que ce soit dans les flash back qui, à défaut de nous le faire aimer le rendent humain, mais aussi par ses évolutions et ses changements qui vont apparaitre au fil de ces rencontres. Alors après, c’est vrai, quelques longueurs se font parfois ressentir, surtout vers la fin, mais rien de non plus bien méchant tant l’ensemble se révèle captivant. La plume de l’auteur se révèle efficace, percutante entrainante et nous happe assez facilement. Je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 8,5/10

 

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  1. Gauthier

    Alors je n’ai pas lu celui là, mais j’ai pu lire Sumerki l’an passé, et je ne peux que te le conseiller vivement… une de mes meilleures lectures de l’année… en même temps j’en lis 4 fois moins que toi!

  2. Je vois ce bouquin très souvent sur Instagram et j’avoue qu’il m’a interpelée. Mais après avoir lu ton avis, je ne suis pas sûre d’être prête psychologiquement pour le lire… D’un autre côté, et comme tu le dis si bien, je risque de passer à côté d’un roman qui pourrait me plaire malgré son côté trash, sombre… En bref, je vais me triturer le cerveau pour savoir si je vais le lire ou non 😛

  3. je reconnais des tas de qualités à ce bouquin (les mêmes que toi en fait) mais j’ai vraiment eu du mal à le lire malgré tout…

  4. M4tth69

    J’ ai été très déçu, alors que j’ai adoré 2033 et 2034. Ici, je n ai jamais accrocher aux personnages et l’univers dépeint malgrès quelques bonnes idées est un niveau en dessous que ce que Peter Hamilton a pu faire. Mais j’ai peu être moins bien reçu le livre car trop pessimiste a mon gout.

    • C’est clairement très pessimiste, de plus le héros n’est pas du tout attachant dans ses actes et ses réflexions, mais de mon côté j’ai vraiment trouvé ce récit intéressant par rapport aux questions qu’il soulevait. Dommage que tu n’ai pas accroché. D’ailleurs ça me fait penser que je dois lire Metro 2034.

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