Je suis ton Ombre – Morgane Caussarieu

je suis ton ombreRésumé : Le Temple, petit village du Sud-Ouest, ses plages, ses blockhaus, son unique bistro, son école où la violence est le seul remède à l’ennui.
Poil de Carotte y vit seul avec son père handicapé. Gamin perturbé aux penchants sadiques et souffre-douleur de ses camarades de classe, sa vie bascule lorsqu’il se rend dans une ferme calcinée en lisière de forêt.
Des fantômes y rôdent, paraît-il.
Mais en lieu et place de revenants, il découvre un étrange manuscrit rédigé par des jumeaux, il y a trois cents ans. Leur vie sauvage et heureuse à La Nouvelle-Orléans tourne au cauchemar lorsqu’un sulfureux marquis les prend à son service.
Plus Poil de Carotte avance dans sa lecture, plus des événements étranges surviennent : un chat noir qui parle, une voix qui lui chuchote la nuit à l’oreille, un enfant au teint trop pâle et aux lèvres trop rouges… Et s’il avait réveillé des forces aussi malsaines qu’attirantes ?

Edition : Mnémos

 

Mon Avis : J’avoue que j’attendais le nouveau roman de Morgane Caussarieu avec une certaine impatience. En effet, après ma lecture de son premier roman, Dans les Veines, que j’avais trouvé efficace, sombre, sanglant et entrainant, remettant clairement au goût du jour de façon réussie les vampires sanguinaires et violents (retrouver ma chronique ici), j’avais hâte de voir ce qu’elle allait bien pourvoir proposer par la suite. J’ai donc rapidement fait rentrer ce livre dans ma PAL lors des dernières Imaginales. À noter une illustration de couverture qui se révèle intrigante et sobre. Petite surprise pour ma part, au vu du résumé je m’attendais à un récit n’ayant aucun lien avec son précédent roman, ce qui n’est pas le cas les deux histoires étant liées, mais pouvant se lire indépendamment l’une de l’autre.

Pourtant, j’avoue, j’ai eu un peu de mal à rentrer dans ce récit. Il m’a bien fallu patienter une petite cinquantaine de pages, et la découverte du manuscrit, pour clairement me sentir happer. Le début sert principalement à présenter Poil de Carotte, gamin rempli de haine, à la vie pas toujours facile, souffre-douleur des caïds de sa classe. Il y a pourtant de quoi accrocher un minimum le lecteur, mais l’auteur enrobe le tout d’un langage que j’ai trouvé souvent trop familier et surtout une accumulation d’insultes par page qui, à force, me frustrait plus qu’autre chose. Heureusement, comme je l’ai dit, par la suite l’ensemble s’améliore fortement, imbriquant deux histoires, celle de Poil de Carotte qui cherche à changer sa vie, et celle de jumeaux il y a 300 ans à la Nouvelle-Orléans. Le récit devient alors clairement immersif, le lecteur se retrouvant emporter par lente plongée en abysse qui se dévoile au fil des pages, où les personnages vont alors montrer le pire d’eux-mêmes.

C’est d’ailleurs cette ambiance sombre, glauque, porté se désir un peu pervers d’en apprendre plus malgré les horreurs dévoilées qui font qu’on se retrouve emporté. Le besoin de savoir, de comprendre, alors qu’on sait qu’on s’enfonce un peu plus à chaque page vers une fin qui ne laissera pas indifférent. L’auteur va loin, très loin et ce n’est clairement pas un roman à mettre entre toutes les mains, mais elle réussit le tour de force de ne jamais tomber dans le graveleux ni le gratuit, dosant ses effets de styles et les présentations de ses horreurs pour, certes, choquer le lecteur, mais sans jamais le perdre non plus. Contrairement à son premier roman la violence y est d’ailleurs moins graphique et visuelle, jouant plus sur les non-dits ce qui, je trouve, percute plus le lecteur.  Donc, mis à part cette fameuse première partie, on sent bien que l’auteur maîtrise clairement son récit de bout en bout, sachant jouer avec les fils qu’elle met en place pour mieux captiver.

Comme je l’avais déjà dit pour son précédent livre, l’auteur connait ses classiques concernant les vampires sur le bout des doigts, pour encore mieux les réutiliser, les rendre cohérents et terriblement efficaces encore à travers ce roman. On ne peut d’ailleurs s’empêcher la comparaison avec Anne Rice, mais Morgane Caussarieu s’en éloigne rapidement, car là où l’américaine construisait des récits sombre, mais emprunt de sensualité et d’une certaine poésie, elle construit elle quelque chose de plus incisif et saisissant. Mais voilà l’auteur ne fais pas que reprendre des classiques, elle y apporte aussi sa propre vision de ce monde et aussi sa propre mythologie que je vous laisse découvrir et qui se révèle efficace et donne envie de savoir comment elle va la développer dans ses prochains romans. Cette fois on quitte la ville de Bordeaux pour se retrouver dans un petit village, ce qui lui permet aussi de développer un autre type vision du monde, celui rural où la solitude est différente, où les rêves ne sont pas les mêmes. Limite un village perdu, abandonné dans tous les sens du terme.

Les personnages qui sont esquissés au fil des pages se révèlent très intéressants à découvrir. Une chose est sûre c’est qu’ils sont loin de tout manichéisme et de toute caricature, chaque personnage révélant une profondeur, souvent sombre, mais toujours captivante d’une certaine façon. Surtout qu’ici l’auteur traite d’un sujet bien particulier, l’enfance. Mais pas l’enfance heureuse, pleine de rêve, non, plutôt celle qui se retrouve abandonnée, perdue, soit par la famille, le système ou autres. Une enfance où les cauchemars ont justement remplacés les rêves, où le besoin d’être apprécié, vu et reconnu surpasse tout, même si pour cela on doit devenir un monstre pour se faire repérer. Comme je l’ai dit j’ai eu un peu de mal au début avec Poil de Carotte, trop condensé, trop trash peut-être aussi en si peu de pages, mais voilà au fil de ma lecture j’ai commencé à m’intéresser à lui, au parallèle qui l’unit aux jumeaux et ce qui fait qu’il bascule. Concernant les autres personnages ils sont tous complexes et efficaces, mais j’ai retrouvé le même problème que dans son précédent roman, on ne s’attache jamais émotionnellement à eux au point que quand il leur arrive quelque chose, je n’ai ressenti aucune véritable empathie. C’est clairement un choix de l’auteur qui se comprend, mais que je trouve toujours légèrement dommage.

Après il reste un ou deux points qui m’ont légèrement dérangé même si ce n’est au final pas grand-chose. Les gamins que l’auteur nous présente sont tous en classe de CM2, donc entre 10 et 12 ans, hors ils me paraissent parfois un peu jeune pour les propose tenus, les divertissements et les idées tenues dans leurs envies et autres. Je ne dis pas que c’est impossible qu’à cet age on puisse se révéler si désabusé et sombre, les informations montrent que c’est possible, juste qu’accumuler autant d’enfants, avec envies et les horreurs qui leur passent par la tête, ça fait un peu beaucoup ; peut-être trop condensé. D’ailleurs on se demande presque si Le Temple, le village qui sert de background, n’est pas un concentré de misère humaine, de souffrance et de violence. L’auteur en a peut-être un peu trop fait dans l’ensemble, même si rien de dérangeant non plus.

La plume de l’auteur se révèle toujours aussi entrainante, incisive, visuelle et efficace plongeant le lecteur facilement dans cette histoire angoissante, à la tension qui monte lentement au fil des pages. La conclusion se révèle clairement prenante et offre des perspectives intéressantes pour peu qu’elle décide d’écrire une suite. À noter aussi le travail intéressant de style entre les deux histoires qui s’entremêlent, l’auteur s’adaptant de façon logique et réussie à chaque époque. Au final je dois bien avouer que j’ai passé un très bon moment de lecture avec ce nouveau roman de Morgane Caussarieu que j’ai trouvé un peu plus réussi que le précédent, mieux géré sur la longueur. L’auteur se pose clairement comme une plume à surveiller dans le fantastique et l’horreur. Je lirai sans soucis d’autres de ses écrits.

En résumé : Malgré un démarrage un peu compliqué, j’ai passé au final un bon moment de lecture avec ce roman qui offre une intrigue qui a réussi à me happer après une cinquantaine de pages pour ne plus me lâcher, plongeant lentement ces personnages dans une abyme de plus en plus sombre et angoissante de façon efficace, pour peu qu’on apprécie ce genre de récits d’horreur. L’auteur connait parfaitement bien les classique sur les vampires, et sait les réutiliser de façon clairement captivante et prenante , tout en y a joutant sa propre vision et sa propre mythologie. Les personnages sont loin de tout manichéisme et de toute caricature, se révélant complexe et intéressant, permettant à l’auteur de visiter le monde de l’enfance et de ses cauchemars. Je reproche juste un manque d’empathie, choix de l’auteur, mais qui fait que quand il arrive quelque chose aux héros on a du mal à se sentir touché. La plume se révèle toujours aussi incisive, visuelle et entrainante, plongeant avec facilité le lecteur dans ce récit. Au final Morgane Caussarieu tout le bien que je pensais suite à son premier roman et se pose comme une auteur à suivre. Je lirai ses autres romans sans soucis.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : Cornwall, karline05, Louve, joyeux-drille, …

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  1. Je l’ai fini cette semaine et je l’ai trouvé extrêmement bien. Après je ne suis pas trop habituée de ce genre, donc je suis peut-être meilleur public que d’autres. La surenchère de sordide et de malsain est à mon sens très bien menée, à la fois dans le cadre réaliste et surnaturel.

    • C’est un très bon roman, là-dessus je confirme, le côté malsain est, comme tu dis, parfaitement maîtrisée. Moi ce qui m’a juste dérangé c’est un peu cette capacité à s’attacher complètement aux héros qui, certes, sont très intéressants, mais ont ce côté tellement « pourri » qu’au final cela crée une sorte de filtre entre le lecteur et le héros. Mais sinon à part ça c’est un roman que je conseille si on apprécie les vampires monstrueux et sanguinaires.

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