Kabu Kabu – Nnedi Okorafor

Résumé : Au bord d’un pipe-line, une jeune femme joue de la guitare pour un zombie d’un genre particulier. Dans un village nigérian, deux soeurs investissent une maison que leurs parents ont fait construire mais qui, curieusement, n’est pas meublée. Au lieu de l’amener à l’aéroport, un chauffeur de kabu kabu, ces taxis clandestins qui hantent les rues de Lagos, emmène sa cliente au coeur des légendes africaines. Sur la côte de Calabar au début du vingtième siècle ou sur l’étrange planète Ginen, Arro-yo est une coureuse de vents, obligée de se battre pour exister malgré sa chevelure qui la désigne aux autres comme maudite.

Edition : Les Editions de l’Instant

Mon Avis : J’ai découvert Nnedi Okorafor il y a un peu plus d’un an maintenant avec son roman Qui a Peur de la Mort ?, qui m’avait offert un excellent moment de lecture. Il s’agissait d’un roman immersif, entraînant, percutant et intelligent, à la trame qui pouvait se révéler classique, mais offrait bien plus (ma chronique ici). Même si depuis j’ai lu le premier tome de Binti qui a eu du mal à complètement me convaincre, cela ne m’a pas empêché, lors des dernières Imaginales et ma rencontre avec l’autrice, de faire entrer son recueil de nouvelles dont j’avais entendu énormément de bien. Concernant la couverture, qui est une photographie de Katarzyna Wimanska, je trouve qu’elle attire le regard. Comme toujours avec les recueils de nouvelles, je vais faire un retour sur chacun des textes. À noter que ce livre a été lu en Lecture Commune avec Marie Juliet et Melcouettes.

Par contre, avant de me lancer dans ma chronique, je voulais parler du travail éditorial qui m’a paru, ici, trop minimaliste. Entre une traduction qui pourtant démarrait bien avant de s’avérer par moment étrange, de nombreuses fautes, renvois à la ligne ratés, mots manquants et prénoms qui changent en cours de lecture qui auraient pu être éliminé  par une relecture (et je me répète si moi je les vois c’est que ça doit être flagrant) et un travail d’impression qui parait être rapide ce qui a amené certains soucis (une page ayant ses numéros de lignes imprimés, ce qui normalement doit disparaitre au travail d’impression), j’ai eu l’impression d’un livre trop rapidement publié pour pouvoir être proposé aux Imaginales. Alors oui, je sais, Les Éditions de l’Instant sont une toute petite maison d’édition, mais je ne leur demande pas la perfection, mais un travail un minimum soigné ce qui ne m’a pas paru complètement le cas ici. Pour être franc, il y a des tournures de phrases qui m’ont donné envie d’aller le lire en VO.

Le Nègre Magique : Cette nouvelle décide de reprendre les tropes habituels que l’on peut retrouver au cinéma, dans les livres,… concernant les noirs pour les retourner. C’est un texte assez court, percutant, plein d’ironie et d’humour qui ouvre de façon excellente ce recueil.

Kabu Kabu : Cette nouvelle nous fait suivre Ngozi qui doit rejoindre l’aéroport pour prendre l’avion qui l’emmènera au Nigéria pour le mariage de sa sœur. Extrêmement en retard elle va alors se retrouver dans un étrange taxi. Avec cette nouvelle, l’autrice revisite plusieurs mythologies en y apportant sa touche personnelle typée de cultures africaines, son réalisme magique, ce qui offre ainsi un récit fantastique efficace et intéressant. Le voyage, entre tradition et technologie, qui va faire évoluer l’héroïne, la réconcilier d’une certaine façon avec elle-même, est entraînant, dépaysant et étonnant.

La Tache Noire : Cette nouvelle nous plonge dans le même univers que Qui a Peur de la Mort ?, y retrouvant ce côté sombre, violent, cette réflexion sur la haine entre les différents peuples, entre les différences, ce que cela peut amener comme horreurs et violences. Le style est efficace, incisif, marquant et ne laisse pas indifférent. La conclusion glaçante fait obligatoirement réfléchir. À nouveau un très bon texte.

Tumaki : Cette nouvelle nous fait suivre une héroïne qui répare les objets et qui va rencontrer un jeune garçon étrange. Chacun d’eux est finalement différent, ce qui va rapidement les rapprocher. Une nouvelle intéressante, qui brasse à nouveau les thématiques de la différence, de la haine, du rejet des autres et qui le fait à nouveau de façon intéressante et percutante. Un récit à la fois touchant et cruel, bien porté par des personnages convaincants, attachants et humains, et qui ne laissent pas indifférent.

Comment Inyang Obtint ses Ailes : À nouveau une très bonne nouvelle qui nous fait suivre Inyang, qui va voir sa vie changer en devenant femme. À nouveau un texte percutant, qui va nous faire réfléchir sur la notion de tradition, sur la position de la femme, sur la notion de lutte, de changement, de souffrance et c’est toujours amené de façon percutante et efficace. L’autrice a vraiment un talent pour offrir des nouvelles courtes et marquantes je trouve, avec toujours cet aspect culturel différent et intéressant. Certes le côté court fait que les thématiques manquent parfois de profondeur, mais cela n’empêche pas pour autant de toucher le lecteur. Un texte plutôt sombre, réaliste et qui fait réfléchir.

Les Vents de l’Harmattan : Ce texte, présenté un peu sous forme de conte, nous raconte l’histoire d’Asuquo. Cette nouvelle n’est pas mauvaise, mais située à la suite de la précédente et se reposant sur les mêmes légendes, il y a un côté un peu répétitif dans le schéma narratif qui rend le texte, selon moi, moins marquant. On retrouve ainsi les thématiques de la tradition, de la position de la femme dans la société, de la haine de la différence, mais voilà amené un peu trop de la même façon qu’Inyang. Peut-être que situé dans un autre endroit du recueil il aurait pu être plus percutant. Le texte n’est pas non plus mauvais, loin de là, il offre côté assez prenant, réaliste et percutant, mais voilà il a du mal à se démarquer.

Les Coureurs de Vent : Ce texte a l’air à nouveau de se baser sur les mêmes légendes que les deux textes précédents, mais offre pour le coup une histoire complètement différente. On suit ainsi Arro-yo qui va retrouver son âme sœur. Un texte qui prend à nouveau certains tropes de notre société à contre-pied, revenant sur la notion d’amour, de couple, de lien, de liberté, le tout de façon assez violente et marquante. A nouveau un très bon texte qui fait réfléchir.

Biafra : Ce texte reprend le personnage d’Arro-yo qui revient, après des années de voyages et de découvertes, dans son pays. Sauf que sa terre natale a bien changée depuis son départ. Un texte qui se révèle plutôt court, mais terriblement efficace sur la façon dont la guerre, la violence sont présentées. D’une certaine façon Nnedi Okorafor nous offre ici un conte brutal, violent qui cherche à nous montrer la réalité, l’horreur de certaines situations en Afrique.

La Maison des Difformités : Changement de registre pour l’autrice, qui cette fois plonge dans le fantastique et l’horreur avec cette histoire tournant autour de deux sœurs qui viennent passer quelques jours au pays. Elle cite clairement ses influences, avec des auteurs comme King et Barker, et justement cela se ressent durant tout le texte tant elle fait du King et du Barker. C’est d’ailleurs finalement ce que je lui reproche, il s’agit d’une nouvelle hommage qui, sans être mauvaise, manque un peu d’originalité. Certes, il y a un petit côté angoissant qui fonctionne bien, elle y apporte aussi un aspect culturel différent, mais au final je suis plus dans le vite lu, déjà plus ou moins vu, un minimum apprécié, mais vite oublié.

Le Tapis : On continue à plonger dans le fantastique avec cette nouvelle où, cette fois, l’autrice commence à trouver sa propre voix. Ainsi cette histoire de tapis possède un côté intéressant dans ses idées, avec un traitement certes classique, mais efficace. La construction possède ce petit truc dérangeant qui fonctionne plutôt bien, même s’il aurait mérité peut-être une ambiance plus prenante. Au final c’est une histoire gentillette, qui se lit avec plaisir et s’avère divertissante.

Sur la Route : On sent à travers les derniers textes l’évolution de l’autrice dans le fantastique angoissant. Ainsi avec cette nouvelle on sent un texte plus abouti dans sa construction, avec une montée en tension efficace au fil des pages, une horreur et un imaginaire plus percutant. Maintenant, soit je n’ai pas tout compris, soit j’ai trouvé le récit un peu trop brouillon dans sa dernière partie et ses révélations, ce qui est très frustrant. Au final même s’il y a de bonnes chose, je ressors un peu perdu de ma lecture tant certains points restent obscurs, comme par exemple cette idée de parallèle qui parait apparaitre entre le divin de la Nature et le divin Technologique. C’est flou, dommage, cela aurait peut-être demandé à être un peu plus développé.

Icône : Une nouvelle plus contemporaine, qui nous fait suivre des journalistes qui vont à la rencontre de rebelles africains pour les interviewer. Sauf que rien ne va se passer comme prévu. On a là un texte finalement assez classique, qui m’a paru trop rapide pour complètement me happer. Certes l’idée de fond est percutante et marquante, avec une fin légèrement surprenante, mais voilà ce texte parait marcher principalement sur la colère je pense. De mon côté il manque ainsi un truc pour rendre ce texte plus remarquable. J’ai ainsi eu une impression de vouloir compenser le manque de travail et de profondeur du message par un côté très explosif et engagé qui ne me convainc qu’à moitié.

Popular Mechanic : Cette nouvelle nous fait suivre Anya, qui va tenter de retrouver son père qui est parti tenter de récupérer de l’essence dans un pipeline. Un texte qui ne manque pas d’attrait dans la construction de ses personnages, dans la profondeur et la complexité des principaux. Pour autant le reste, sans dire que c’est mauvais, est très gentillet et un peu trop binaire à mon goût. On y retrouve certes ce message sur l’exploitation de l’Afrique par les autres pays, principalement les USA, ou bien encore sur la notion d’expérimentation, de différence, mais voilà ça manque foncièrement de profondeur pour vraiment se détacher je trouve.

L’Artiste Araignée : Une nouvelle intéressante, qui à nouveau nous fait réfléchir sur la notion de tradition, de couple et d’amour, mais nous fait aussi réfléchir sur la notion de monstre. Finalement qui est le pire dans cet histoire ? Le tout est bien construit, bien amené par une héroïne touchante, intéressante à suivre et à découvrir. Il y a aussi tout ce travail que j’ai trouvé efficace, sur la vie dans ce pays qui n’est pas vraiment une vie mais plus une survie, sans véritable possibilité d’améliorations. Alors certes c’est assez prévisible, mais dans l’ensemble c’est un texte plus que sympathique.

Bakasi : Ce texte nous fait découvrir un groupe qui cherche à éliminer leur dirigeant devenu un monstre. Je suis un peu mitigé avec ce texte, l’aspect culturel est toujours aussi accrocheur, la notion de tradition et de légende intéressante, l’aspect rébellion est bien amenée, pour autant il m’a paru à nouveau simpliste. Certes il y a de très bonnes choses, comme par exemple le changement de vie du bossu, la notion d’ethnie, mais voilà Nnedi Okorafor privilégiant souvent le côté percutant du message au profit de la profondeur et de la complexité ce qui, à force, devient frustrant, car trop rapide et trop simpliste à mon goût.

Séparés : Ce récit nous est présenté comme un conte où deux être amoureux en deviennent limite fusionnels, créant un lien avec leurs cheveux. J’ai trouvé cette nouvelle intéressante, très sympathique à découvrir et à lire, qui offre une réflexion sur la notion d’amour, mais aussi de maintenir une certaine liberté. J’avoue que cette nouvelle détonne dans le recueil, se révélant d’une certaine façon moins sombre, moins violente. Maintenant pour autant, l’histoire m’a paru assez linéaire et manquait parfois d’un peu de force. Au final une bonne nouvelle mais qui aurait pu être plus marquante je pense.

La Guerre des Babouins : Cette nouvelle nous fait suivre des jeunes filles, qui un jour qui vont découvrir un chemin étrange les amenant a devoir se battre tous les jours avec des babouins. Il s’agit d’un récit finalement assez classique dans ses thématiques, qui cherche à montrer que parfois il faut savoir se battre pour se défendre et défendre ses droits. Je ne suis pas sûr que le côté fantastique de cette nouvelle apporte vraiment quelque-chose en plus par contre. De plus l’ensemble, à nouveau, privilégie le côté percutant ce qui est dommage. Une histoire qui entre dans la catégorie vite lu, un minimum apprécié, mais rien de marquant.

L’Affreux Oiseau : Cette nouvelle décide d’offrir sa variation à la légende du Dodo, l’oiseau. Franchement cette nouvelle n’a rien de franchement marquant ou remarquable. Certes c’est pas mal écrit, c’est mignon tout plein et ça se laisse lire, mais après plusieurs nouvelles plus marquantes du recueil, elle fait plus figure d’essai gentillet publie pour remplir le sommaire que de véritable texte terminé. Le récit se laisse au final lire, mais rien de très bouleversant.

Le Bandit des Palmiers : Cette nouvelle est un peu dans la même veine gentillette et sans prétention que la précédente. Certes elle est un peu plus engagé, que ce soit dans la notion de tradition ou de position de la femme, mais le format très court fait qu’elle m’a paru assez simpliste. Encore une fois rien de très marquant.

L’Homme au Long Juju : À nouveau, une nouvelle en forme de conte qui vient prendre un peu à contre-pied la notion d’héroïne nous offrant quelqu’un de fort et de brave. Pour autant, comme les deux précédentes nouvelles on reste dans un texte classique, gentillet, simpliste, qui n’a rien de non plus très marquant et à la conclusion un peu facile.

Zula de la court de récré de quatrième : Cette nouvelle est un peu plus marquante et percutante que les précédentes. On se retrouve à suivre Zula et sa vie à l’école, principalement dans la cour de récré avec toutes ses problématiques. Un texte qui, d’une certaine façon, regroupe de nombreuses thématiques chères à l’autrice, que ce soit sur le racisme, les préjugés, la haine, la violence, mais dans le monde de l’enfance avec en plus une notion d’éducation. D’une certaine façon, malgré les différences, il y a aussi une sorte de respect qui se dégage. Un texte très sympathique à lire.

La Fille qui Court : Une nouvelle qui vient clôturer de façon sympathique ce recueil, y retrouvant la notion de racisme, de devoir se surpasser pour survivre dans un monde rempli de barrières. Le texte reste globalement assez facile, avec une conclusion un peu convenue, mais d’une certaine façon montre aussi que les héroïnes s’en sortent avec leurs propres forces et continueront à se battre pour exister. Une conclusion plutôt efficace finalement.

En Résumé : J’ai passé un bon moment de lecture avec ce recueil de nouvelles qui brasse de nombreux genres. On y retrouve ainsi traité à travers les différentes nouvelles des thématiques chères à l’autrice que ce soit sur le racisme, la notion de différence, d’acceptation et plein d’autres encore. Elle offre ainsi des nouvelles qui sont globalement percutantes, sombres, qui cherchent à marquer le lecteur. C’est à la fois une bonne et une mauvaise chose. Car à force de vouloir privilégier une forme qui se veut percutante au travail de fond, parfois le message a eu du mal à bien fonctionner de mon côté. Ainsi certains textes auraient mérité, je trouve d’être plus développé. Autre point qui m’a parfois paru un peu dommage, c’est que j’ai l’impression que ce recueil brasse de nombreuses nouvelles à de nombreuses époques d’écriture de l’autrice, certains paraissant être des textes de « jeunesses » qui n’ont rien de bien marquant. Maintenant cela n’empêche pas dans l’ensemble ce recueil de s’avérer plus que sympathique, de développer de nombreuses idées et faire réfléchir. Je lirai sans soucis d’autres écrits de l’autrice. J’aurai par contre un regret, qui n’influe pas mon avis sur mon ressenti lecture, c’est le travail éditorial qui m’a paru, on va dire, très minimaliste tant il reste de nombreuses fautes, coquilles, erreurs.

Ma Note : 7,5/10

Avis des mes compagnes de LC : MarieJuliet

Autres avis : Just a Word, Célindanaé, Naviss, Julien le naufragé, …

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  1. En effet certains textes sont vraiment percutant et d’autres totalement gentillet.
    Le global reste positif.

  2. Après la lecture de l’avis de MJ, puis le tien, je me fais une idée plus claire encore du contenu de ce recueil de nouvelles.
    C’est marrant parce que plus j’avançais dans tes avis sur les différentes nouvelles, plus je me disais que certains textes avaient peut-être été écrits quand l’autrice était encore au début de son travail d’écriture (donc style à peaufiner, travail de fond aussi). Et c’est ce que tu dis dans ton résumé.

    Quoi qu’il en soit, à ce recueil de nouvelles, je préfèrerai Qui a peur de la mort. Principalement parce qu’il est dans ma bibli perso :p

    Quant à celui-là peut-être un emprunt bibli, si y a moyen de l’y trouver un jour…

    • Je comprends parfaitement, surtout vu que tu l’as déjà dans ta bibli perso. Comme ça tu te feras déjà un avis sur le style et le genre de texte que propose l’autrice.
      Bonne lecture en tout cas.

  3. Ce recueil a l’air vraiment sympa et ta chronique me fait carrément envie ! Par contre les erreurs d’éditions, etc. me bloque un peu… Ce n’est pas trop bloquant pour la lecture ?

    • Concernant les erreurs c’était un peu gênant à la lecture, maintenant j’ai cru comprendre qu’une réimpression avait été faite et que certains points avaient été corrigés. Je ne sais pas lesquels exactement par contre.

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