La Fille Flûte et Autres Fragments de Futurs Brisés – Paolo Bacigalupi

la fille flute et autres fragments de futurs brisésRésumé : Nominées ou lauréates des plus grands prix, ces dix nouvelles ont fait la notoriété de Paolo Bacigalupi et posé le saisissant univers post-pétrole de ses fictions ainsi que les thèmes sociaux, politiques et environnementaux chers à l’une des voix les plus puissantes de la science-fiction contemporaine.

 

Edition : Au Diable Vauvert

 

Mon Avis : De Paolo Bacigalupi j’ai lu La Fille Automate, qui m’avait fasciné par son intrigue dense et intelligente et par la galerie des personnages proposés qui se révélait riche et fascinante. J’ai aussi tenté ma chance avec le premier tome de son cycle jeunesse Ferrailleurs des Mers dont j’avais un peu moins apprécié la lecture, le trouvant sur certains aspects simplistes, sûrement la faute à mes attentes peut-être un peu trop élevées, même si efficace. C’est donc sans surprise que j’ai fait rentrer ce recueil de nouvelles dans ma PAL, m’attendant à retrouver ce qui m’avait fasciné dans La Fille Automate. Concernant la couverture je la trouve sobre et elle donne envie de découvrir ce livre. À noter que ce recueil comporte dix nouvelles de l’auteur.

La Fille-Flûte : Cette nouvelle nous plonge dans un futur où la féodalité a repris le dessus, mais au lieu des rois et des reines ce sont les célébrités et leurs fortunes qui dirigent les fiefs. Pour rester au sommet et continué à être adulées ces célébrités poussent donc à l’extrême toutes les modifications possibles, que ce soit par la chirurgie ou autre, et ainsi éviter de disparaitre. On découvre alors le destin de Lidia et ses sœurs, dont Madame Belari se sert pour essayer de devenir riche et s’émanciper. Une nouvelle que j’ai trouvé à la fois fascinante, tragique et angoissante par l’avenir que nous présente l’auteur. Les réflexions soulevées se révèlent clairement fascinante que ce soit sur l’amélioration de soi, le besoin d’être célèbre, le culte de l’unique et de la beauté, ou encore l’esclavage le tout de façon cohérente et intelligente. Les personnages se révèlent complexes et tous, d’une certaine façon, enfermés. Un excellent texte mélange de manipulation, de technologies, de trahisons, de jeux de pouvoirs et par moment de sensualité.

Peuple de Sable et de Poussière : Cette nouvelle nous dévoile un avenir où l’humanité survit dans un monde post-apocalyptique, où plus rien de biologiquement naturel ne survit vraiment. L’Homme s’est totalement adapté par la technologie et la biologie, se nourrissant de terre, de boue et se retrouvant quasiment immortel. Un groupe de personnes va alors croiser la route d’un vrai chien. Un texte sombre, très sombre, où l’humanité s’est adaptée à sa propre destruction, amenant doucement la planète vers la mort de son écosystème et sa diversité sans se soucier de rien tant elle est devenue immortelle, adaptable et insensible ; finalement inhumaine. La rencontre avec un animal véritable va alors amener son lot de réflexion sur la destruction de l’environnement ou encore sur les hommes qui ont poussé leurs insensibilités à l’extrême, devenant aussi, pour le coup, des sur-hommes. On obtient rien sans rien. La conclusion, que je vous laisse découvrir, se révèle glaçante et effroyable même si logique. Mon seul regret est une question qui me reste dans la tête concernant le travail des héros qui est juste développé pour intriguer, mais pas assez pour savoir ce qu’ils font, ni le but.

Du Dharma plein les Poches : Cette nouvelle nous plonge dans un univers futuriste ou Chengdu est limite devenue une ville biologique avec des gratte-ciels immenses et soit-disant vivant. Un jeune mendiant va alors se retrouver en possession de la personnalité du dernier Dalaï-Lama et au milieu d’un complot d’envergure. Un récit qui se révèle vraiment intéressant par tout l’univers que construit l’auteur, un background vraiment riche, dense et efficace, un peu cyberpunk, qui donne clairement envie d’en apprendre plus. L’auteur nous offre alors une histoire qui se révèle entrainante, haletante, pleine d’action , de rebondissements et d’explosions. Mais voilà j’ai trouvé que l’intrigue en elle-même manquait d’intérêt et se révélait trop linéaire. De plus le fameux complot que nous dévoile l’auteur manque d’explications pour être compris et assimilé totalement. C’est joli, c’est captivant, mais ça manque de profondeur.

Le Pasho : Cette nouvelle nous fait découvrir un homme qui, né dans une culture traditionnelle et pleine de règles, revient chez lui après avoir passé ses études dans une ville où la modernité et l’évolution sont de mises. Il va alors se heurter à son grand-père pur traditionaliste qui justement, à l’époque, a mené la guerre contre la ville et ses changements. Un texte assez subtil sur la possibilité ou non des traditions de survivre dans le monde moderne, face aux changements et aux évolutions. Est-ce que l’un est vraiment l’ennemi de l’autre? Un univers qui est à la fois futuriste et, finalement, contemporain qui se révèle captivant. Un texte qui nous dévoile aussi finalement deux extrêmes qui se rencontrent, ce qui ne donne jamais rien de bon. Mais voilà on a là un bon texte, mais qui m’a donné une impression de déjà-vu et qui manque parfois un peu d’empathie pour totalement m’accrocher. Rien de bien bloquant non plus.

L’Homme des Calories : Ce texte se situe clairement dans le même univers que La Fille Automate. Ici on suit les mésaventures d’un homme, contrebandier, qui remonte le fleuve pour allez récupérer un pirate génétique. On retrouve alors avec un certains plaisir ce monde sans pétrole, où les cultures sont devenues stériles menant sur un piédestal certaines entreprises qui font furieusement penser à Monsanto, et où l’électricité n’est plus si facile d’accès. Un univers toujours aussi riche et fascinant qui nous dévoile de nouveaux personnages intéressants, complexes et soignés. Les réflexions sur l’environnement, l’énergie et le pouvoir sont toujours présentes et toujours aussi efficaces. Un récit porté par une plume captivante et efficace qui se conclut de façon ouverte avec un peu d’espoir. Un texte réussi.

Le Chasseur de Tamaris : Cette nouvelle nous fait découvrir Lolo qui chasse le Tamaris, une plante envahissante et qui appauvrit les réserves d’eau, pour gagner sa vie. On découvre à nouveau dans ce récit un monde futuriste où l’environnement de l’homme commence à essouffler, ici l’eau par la sècheresse, et où se rend compte que finalement au lieu  d’essayer de trouver une solution il se renferme sur lui-même et devient égoïste avec ses ressources, voir même tente d’acquérir celle des autres. Mais voilà malgré ses réflexions toujours aussi intéressantes et efficaces concernant l’environnement, l’histoire de Lolo a eu vraiment du mal à m’accrocher ou à me fasciner et m’a paru clairement manquer de rythme. Au final je ressors donc avec un sentiment mitigé de ma lecture de ce texte.

Groupe d’Intervention : On découvre ici un texte vraiment sombre où l’homme est devenu immortel, prenant régulièrement un traitement pour le rester, mais doit par la même occasion renoncer à avoir des enfants pour éviter la surpopulation. Des groupes d’intervention ont donc été mis en place pour traquer ceux qui renient cette règle. L’auteur nous dévoile ici un univers à la fois lumineux, principalement par cette immortalité et tout ce qu’elle ouvre comme possibilité, mais aussi angoissant par ses femmes traquées pour leur désir d’avoir des enfants. Un avenir qui se révèle d’ailleurs aussi très intrigant par cette ville qui se fait avaler petit à petit par la forêt. Les réflexions apportés se révèlent intelligente et réfléchie avec d’ailleurs un dialogue final que j’ai trouvé réussie entre deux points de vues qui ne se comprendront jamais vraiment. J’ai juste deux petites remarques, j’ai trouvé que le récit manquait un petit peu de sentiment, l’ensemble se révélant un peu froid, et l’autre point vient que ces équipes ne paraissent traquer toujours que femmes et enfants, à croire qu’aucun couple ne reste ensemble, que les hommes ne sont que des donneurs.

Le Yellow Card : Cette nouvelle nous plonge dans ce qui parait aussi être le même univers que La Fille Automate, où on suit un vieil homme, ancien riche, qui a tout perdu, sa fortune, mais aussi sa famille, par la faute du nationalisme. Aujourd’hui il est considéré comme un immigré et ne doit pas sortir la nuit sous peine de se faire tabasser par les chemises blanches. Sûrement un des meilleurs texte du recueil que ce soit par son univers, dont j’ai déjà parlé, mais qui ici développe le soucis de l’immigration la faute à la montée des eaux, ou encore de la possibilité de trouver du travail pour survivre dans un monde surpeuplé, mais aussi par ses personnages qui se révèlent fascinants, démontrant que la roue du destin tourne, mais qu’il faut parfois aussi savoir la saisir. Mais à quel prix? La plume de l’auteur fascine d’une part par sa facilité à nous plonger dans son monde sombre et violent, et d’autre part dans la façon dont il maîtrise son récit dont la tension monte au fil des pages pour aboutir à cette conclusion terriblement efficace.

Plus Doux Encore : Cette nouvelle nous fait découvrir un homme qui vient de tuer sa femme et qui se retrouve complètement perdu, imaginant le pire pour son avenir. Personnellement c’est la nouvelle dont j’ai le moins accroché du récit. La plume de l’auteur fonctionne toujours aussi bien, faisant que j’ai tourné les pages facilement, mais une fois fini j’avais envie de dire bof. Je me rends bien compte que l’auteur cherche à mettre en avant le fait que les hommes s’intéressent de moins en moins aux autres ce qui aboutit au fait que notre héros se retrouve de moins en moins inquiéter au fil des pages et peut alors tenter de monter un plan pour survivre, mais je ne sais pas j’ai jamais été embarqué que ce soit par les personnages ou par l’intrigue. Dommage.

La Pompe Six : Cette nouvelle je trouve, clôture de façon vraiment efficace et intéressante ce recueil. Elle nous plonge dans un univers ou l’humanité se laisse de plus en plus aller à l’indolence et la luxure, considérant l’ensemble de ce qui l’entoure comme acquis. On y suit le quotidien de Trav, manutentionnaire pour le réseau d’eau usé, qui va devoir faire face à une panne au niveau de la pompe six. La réflexion de l’auteur sur une société qui a atteint son paroxysme et qui s’effondre lentement devant la facilité, le plaisir facile et l’oubli se révèle bien construit. La tension monte lentement au fil des pages avec une révélation finale terriblement efficace. Un texte au final à la fois inquiétant et angoissant par la vision qu’il propose, traité de façon intéressante et avec humour où les personnages les plus intelligents ne sont pas toujours ceux que l’on croit.

 

Ce qui fascine toujours avec les textes de l’auteur c’est sa capacité à créer des univers sombres, pourtant si cohérents et plausibles. On ne peut que se retrouver un minimum dans les nombreuses possibilités qu’il propose à travers ce recueil, même si tous les textes ne sont pas au même niveau. Juste un léger soucis, rien de bien grave, mais on se rend rapidement compte que l’auteur construit ses récits toujours un peu de la même façon, cela n’a rien de complètement gênant, mais parfois joue alors sur une absence de surprise de certains écrits. En tout cas voilà un recueil qui m’a offert une bonne lecture, le tout porté par une plume dense, soignée et vraiment entrainante. Je lirai sans soucis d’autres récits de l’auteur.

En Résumé : J’ai passé un bon moment de lecture avec ce recueil qui nous propose dix nouvelles sur des futurs sombres, souvent angoissants et prenants, où la technologie prend une place de plus en plus importante au point de parfois transformer complètement la vie des gens. Chaque nouvelle nous dévoile une humanité qui continue à avancer coûte que coûte que ce soit bon ou mauvais. Alors c’est vrai toutes les nouvelles ne sont pas au même niveau, une ne m’ayant même pas accroché du tout, mais franchement dans l’ensemble ce livre mérite plus que le coup d’œil sur toutes les potentialités qu’il dévoile. Aussi, quel plaisir de revenir à travers un ou deux textes dans l’univers de la fille automate. J’ai juste un léger regret, l’impression qu’un schéma répétitif se dégage dans la construction de chaque nouvelle, mais rien de bien gênant. La plume de l’auteur se révèle toujours aussi riche de détails, principalement dans la construction de son univers, et se révèle vraiment entrainante et percutante. Je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 8/10

 

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  1. Complètement d’accord avec toi sur le fond des textes, sauf peut-être sur Plus Doux Encore qui m’a bien plu même si ça sort du genre de l’anticipation dans lequel l’auteur excelle.

  2. J’ai pas encore fini le recueil mais j’ai beaucoup aimé ce que j’ai lu pour l’instant. Je suis sur le Yellow Card qui m’a fait décroché, mais sans doute parce qu’il demandait une concentration que je n’avais pas.
    Pour «Groupe d’intervention», je crois que c’est justement l’effet souhaité du texte, ce manque de sentiment et de chaleur.

    • Yellow Card est assez dense c’est vrai. Concernant Groupe d’Intervention c’est vrai que l’ambiance froide apporte un plus, mais trop froide je trouve m’a dérangé un peu, surtout pour la conclusion.

  3. Comme je suis moins à l’aise avec les nouvelles qu’avec les romans, je pense commencer par « la fille automate » 🙂

  4. Intéressant ! Je note !

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