Le Cycle des Démons Tome 3, La Guerre du Jour – Peter V. Brett

le cycle des demons 3 la guerre du jourRésumé : À la nouvelle lune, les hordes infernales du Coeur se mettent en  quête des deux seuls hommes susceptibles d’incarner le Libérateur légendaire, capable d’éradiquer les démons de la terre. Autrefois aussi proches que des frères, Arlen, l’Homme-rune, et Jardir, le leader des belliqueuses tribus du désert, sont désormais opposés par une rivalité farouche. L’un combat la magie chtonienne tandis que l’autre l’appelle. Leurs choix vont se révéler décisifs, tandis que s’engage la résistance ultime des humains contre les armées démoniaques…

Edition : Bragelonne

 

Mon Avis : 2014 s’annonce pour moi comme une année bien remplie. De nombreuses séries, dont j’attends la suite depuis un petit moment déjà, devraient voir la publication française de leurs derniers tomes. Le Cycle des Démons en fait partie avec la publication de ce troisième tome, environ trois ans après la sortie du précédent. Le premier tome de ce cycle m’avait agréablement surpris offrant une Fantasy aux aspects classiques mais efficace avec un background vraiment intéressant et prenant (ma chronique ici), le second tome m’avais fait passer un très agréable moment, certes, légèrement plombé par le développement d’un personnage qu’on croyait secondaire sur plus de 200 pages (ma chronique ). J’avais donc hâte de voir ce qu’allait proposer ce nouvel opus d’une série qui devraient en comporter cinq. À noter la couverture, illustrer par Miguel Coimbra qui se révèle très jolie dans ses tons mille et une nuits.

La fin du second tome avait laissé le lecteur en suspend, les démons ne sont pas que de simples monstres sanguinaires, ils possèdent une hiérarchie, une intelligence et considèrent les humains comme du bétail. Une grande guerre s’annonce donc, les démons ne pouvant pas laisser l’Humanité apprendre à se défendre. Et au milieu de tout cela deux « Libérateurs » qui déchirent le monde des hommes offrant deux visions radicales. Je voyais donc la suite épique, pleine de surprises, de manipulations, de combats tout en nous dévoilant un monde souterrain plus complexe que jamais. Hé bien que nenni, je me fourvoyais complètement.

Déjà, je dois l’avouer, l’auteur a gagné tout mon respect, si, si je vous assure, c’est le seul auteur qui arrive à raconter trois fois la même histoire sur les trois tomes. Après le tome un, nous installant l’univers et dévoilant la phase de rébellion des hommes sous le regard de Arlen, Leesha et Rojer, puis le tome deux qui revenait en arrière pour nous montrer cette même période sous le regard de Jardir sur près de 200 pages, voilà le tome trois qui refait de nouveau ce même retour en arrière, mais sous le regard de Inevera. Seul point positif l’auteur a décidé de présenter les choses différemment, au lieu de nous offrir un flashback d’un seul bloc il l’a coupé en trois parties ce qui aère le tout. Problème, ils apparaissent dans le récit sans qu’on en comprenne vraiment la logique.

Alors, j’en vois déjà certains protester en lisant cela, mettant en avant que Jardir est charismatique, malgré les redondances et les longueurs, revenir sur son histoire apportait des éléments tout de même originaux et un point de vue intéressant ainsi qu’un développement culturel efficace sur les Krasiens. Soit, je vous l’accorde, je maintiens que c’était long, mais il y avait un certain intérêt.

Pour Inevera par contre il n’y a aucun intérêt mis à part faire du remplissage d’un personnage secondaire intéressant, mais qui selon moi ne méritait pas de gagner les galons de personnage principal. Déjà son ascension, elle est construite exactement de la même façon que celle de Jardir, choix divin, surdouée rejetée sans amis, évolution exceptionnelle et retournement de ses ennemis en amis, rien de nouveau sous le soleil. Ensuite, niveau charisme on repassera l’auteur n’a, à mon avis, jamais pu vraiment construire un personnage féminin efficace et il le prouve à nouveau avec Inevera dont les manipulations tombent souvent à plat se terminant régulièrement au lit, car finalement le seul moyen de manipuler un homme c’est par son entrejambe. Je ne remets pas en cause ce procédé, je me doute bien qu’il fonctionne, mais n’avoir que cela comme palette de manipulation c’est léger et rapidement répétitif. Dommage, car en tant que personnage secondaire elle avait un petit côté mystérieux et entrainant qui était intéressant, alors que son développement me l’a rendu fade et clichée. Enfin niveau découverte culturelle étant aussi Krasienne, bah rien de neuf, même pas de quoi se lancer sur la condition de la femme dans cette culture vu quittant très vite sa famille et la villle étant « choisie ». J’attends donc maintenant avec impatience le quatrième tome qui devrait sûrement nous proposer un flashback sur Danseur de l’Aube, le cheval de Arlen, cela risque de s’annoncer fascinant !

Alors je sais, on va me dire que, après tout, ce n’est que 200 pages sur quasiment 700, il doit donc rester 500 d’intéressantes qui permettent de développer l’intrigue et cette grande guerre qui approche. C’est très mal connaitre l’auteur qui a décidé d’oublier son histoire de démons pour lancer une nouvelle mode, le Soap-fantasy, car oui pendant la grande majorité du reste du livre l’auteur a simplement décidé de se consacrer aux coucheries de ses différents protagonistes. Tout le monde le sait, ce qui va fasciner le lecteur c’est obligatoirement les performances sexuelles de son héros et savoir avec qui il va coucher. Alors, je n’ai rien contre le sexe, il fait partie de la vie, le voir dans un livre c’est tout à fait logique, mais le cul pour le cul le tout associé à des intrigues amoureuses du niveau des feux de l’amour, franchement ? Si encore cela apportait quelque chose et que c’était bien écrit, mais voilà n’est pas Jacqueline Carey qui veut et se retrouver avec des scènes du niveau d’une fanfic érotique d’adolescent ou à déterminer qui crie le plus fort au lit, cela n’apporte rien. D’ailleurs je suis étonné pendant deux tomes tout le monde était effrayé par les démons la nuit, ici personne n’en parle se concentrant sur qui finit dans le lit de qui.

Concernant les personnages, si vous vous attendiez à des révélations fracassantes sur Arlen et Jardir, vous pouvez retourner vous couchez, certes ils apparaissent mais n’évoluent pas vraiment. Non, ce tome développe plus Inevera, dont j’ai déjà parlé, Renna la promise d’Arlen dont on continue à se demander son utilité au fil des pages et qui ne se révèle être qu’une Arlen bis version féminine frustrant plus qu’autre chose le lecteur par son côté « je m’emporte pour un rien sans chercher à comprendre et j’ai envie de frapper tout le monde car je suis libre » et Leesha.

Ah Leesha, quelle héroïne … je parle bien entendu de la drogue qu’elle doit s’enfiler au fil des pages pour se révéler aussi peu futée et inconstante. Dans le tome 1 j’avais bien aimé ce personnage, mais déjà un point m’avait surpris ; Leesha a 28 ans, toujours pure et elle se garde pour l’homme qu’elle considèrera comme le bon, mais elle va se faire abuser lors d’un voyage. Retrouver et protéger par Arlen elle lui saute alors dessus espérant que, si jamais elle devait être enceinte, l’enfant soit un peu de lui. C’est le genre de chose qui me surprend, déjà du point de vue de la gestion du traumatisme et surtout que le personnage est une cueilleuse soit, en gros, médecin/infirmière/sage-femme, donc normalement elle sait comment on fait des enfants.

Mais dans ce volume elle abat encore des sommets. Enceinte de Jardir, l’homme qu’elle aime et qui l’adule en retour, mais qu’elle ne peut épouser car étant polygame, libérateur, un peu taré et dont les enfants ne sont que source de guerriers pour lui, c’est compliqué. Là le seul plan qui lui vient à l’esprit c’est de coucher avec un autre homme important et lui faire croire que c’est lui le père comme ça Jardir ne viendra jamais réclamer cet enfant et elle sera protégée …. Genre. Il est le personnage possédant la plus grande armée qui, dès qu’on touche à ce qu’il considère comme lui appartenant, va se lancer dans une vendetta destructrice et tu crois réellement qu’il va te laisser gentiment dans les bras d’un autre? Enfant ou pas? Dans sa tête d’ailleurs tout le monde y passe ; pourquoi pas coucher avec Arlen, ou encore son ex qui l’avait humilié publiquement, le tout pour finalement coucher un soir de beuverie sans véritable logique apparente. J’en suis resté pantois.

Puis on entame les 180 dernières pages et là tout d’un coup on revient à l’intrigue centrale, on retrouve les démons (car oui dans les pages précédentes des démons et de l’action ça se compte sur les doigts d’une main) et on va enfin avoir cette bataille, ce côté épique et du rythme. Je me suis enfin retrouvé intéressé et captivé par ce que nous dévoile l’auteur même si ce n’est qu’une escarmouche et qu’on n’apprend rien de nouveau sur les démons. Il y a enfin de l’action, aspect qu’on espérait voir depuis le début. Le hic, tout est traité trop vite et donne un peu trop l’impression que Arlen et Jardir sont des surhommes imbattables et surpuissants. Ajouter à cela quelques bribes d’informations ici ou là et quelques développements intéressants, j’ai finalement été passionné sur ce roman par à peine 200 pages sur environ 700. C’est peu.

La plume de l’auteur se révèle toujours aussi simple et, autant elle se révèle efficace dans les scènes d’action, autant dans les scènes quotidiennes se révèle longue et parfois même laborieuse. J’ai trouvé aussi que parfois les dialogues paraissaient un peu trop sommaires et mal écrits, retrouvant des expressions du style « promis juré » au milieu de certains dialogues ce qui m’a paru assez surprenant. Enfin concernant l’univers l’auteur n’apporte rien de nouveau et m’a donné même l’impression de gâcher ce qu’il avait mis en place au niveau des religions, les transformant clairement en caricature, le tout sans aucune critique ni réflexion. Il reste encore deux tomes qui doivent être publiés concernant cette série, mais la suite sera sans moi je m’arrête là, rien ne me donne envie de continuer au jour d’aujourd’hui et il va falloir de sacrés arguments pour me convaincre du contraire.

En Résumé : À la base j’attendais le troisième tome de ce cycle avec impatience, mais au final je ressors de ma lecture vraiment déçu. Sur les 700 pages, à peine 200 m’ont plutôt convaincu et m’ont donné ce que j’attendais de cette histoire, c’est-à-dire des informations sur les démons et la guerre entre humain et démons. Le reste alternant entre flashback d’un personnage qui me laisse de marbre et offrant une impression de déjà-vu, et entre des scènes de coucheries tendant vers le soap n’ayant aucun véritable intérêt et donnant clairement l’impression d’être par moment écrit comme une mauvaise fanfic. De plus le titre laissait apparaitre une guerre entre humains, ou au moins entre les deux libérateurs, et là non plus pas grand-chose d’intéressant. Les personnages, plus j’avance dans les tomes, moins ils m’accrochent et l’univers mis en place n’évolue pas, pire, sur certains aspects tombe clairement dans la caricature. Dommage. Sauf arguments vraiment convaincants la suite se fera sans moi je m’arrête là avec cette série.

Ma Note : 4/10

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  1. Hmm, merci pour cet avis. Il est vrai que le deuxième tome m’avait surprise, je ne m’attendais pas à ce que l’auteur s’attarde sur Jardir mais l’histoire du personnage s’est avérée intéressante et utile au déroulement de l’histoire. Ensuite, j’avouerai que les transformations grossières des personnages (on passe du blanc au noir et inversement sans nuance aucune) m’ont quelque peu déroutée. De plus Inevara est un personnage auquel je n’ai pas accroché, alors non ce troisième tome, suite à cet avis sera sans moi. Peut-être le sauter et passer directement au quatrième, ou cinquième et dernier, en espérant qu’enfin l’auteur satisfasse notre curiosité (à quand la bataille!!?)