Le Dieu dans L’Ombre – Robin Hobb

Résumé : Evelyn a vingt-cinq ans, un époux, une belle famille et un enfant de cinq ans.
Quand elle était jeune fille, elle avait la compagnie des forêts de l’Alaska, de la poésie de la nature et de Pan, un faune mystique.
Un jour, il disparut.
Elle n’aurait jamais cru que la créature irréelle surgirait à nouveau dans sa vie et agiterait en elle ces émotions fantasmatiques et sensuelles.
A mi-chemin entre la civilisation et la nature, sous le couvert des arbres glacés, Evelyn devra faire face à des choix terribles. Trouvera-t-elle son chemin dans l’ombre ?

Edition : Actu SF

Mon Avis : Allez, je continue à tenter de rattraper mes chroniques en retard, même si ce n’est pas obligatoirement facile, manquant quand même de motivation à chroniquer. Bon, vue que je manque de motivation pour lire ça compense, je ne prend pas trop de retard. Cette fois je vais vous parler du livre Le Dieu dans l’Ombre de Megan Lindholm plus connu sous le nom de Robin Hobb. J’avoue je ne connaissais pas trop ce roman de l’autrice, par conséquent quand on m’a proposé de le découvrir, j’ai rapidement accepté, surtout que le résumé différait quand même clairement des récits que je lis habituellement d’elle. À noter aussi la magnifique illustration de couverture de Lucian Stanculescu qui, je trouve, colle parfaitement bien au récit et donne envie.

Ce roman nous fait ainsi suivre Evelyn, qui est contrainte par la force des choses à aller habiter plusieurs semaines dans sa belle-famille. En effet, suite à une blessure dans la famille et manquant de main d’œuvre, le mari d’Evelyn a décidé de rentrer pour donner un coup de main. Sauf que ce qui s’annonçait comme un déplacement d’un mois, va vite donner l’impression à Evelyn d’être sans retour. Sa belle-famille et elle sont tellement différentes que la cohabitation est compliquée. Pire, elle voit son fils s’éloigner. C’est à ce moment qu’un vieil ami se rappelle à elle, Pan, un faune, qu’elle croyait disparu et dont elle ne sait pas vraiment s’il est réel ou si c’est son imagination qui lui joue des tours. Ce roman va ainsi nous plonger dans un récit fantastique, dont le principal intérêt va venir, à la fois de l’aspect nature que place en toile de fond l’autrice, mais aussi du travail psychologique complexe et intéressant construit sur Evelyn.

L’intrigue est ainsi construite de façon très lente, qui permet clairement à l’autrice de jouer avec l’ambiance aussi bien qu’avec le lecteur. Que ce soit dans la réalité de Pan comme dans l’angoisse qui va doucement prendre Evelyn au fil des pages, il y a un travail efficace qui est mené. Alors je ne vais pas le nier, le côté très lent en bloquera certains, surtout je trouve au début, et aussi, soyons clair, c’est parfois plutôt mal géré ce qui donne une impression de piétiner, de tourner en rond et de longueurs. Globalement ce sont des passages plutôt marginaux dans le roman, mais voilà 50 à 60 pages de moins au global aurait quand même permis à l’ensemble d’être encore plus fluide. Mais voilà, pour ma part j’ai accroché à l’intrigue. Maintenant, oui, si les récits qui prennent leur temps, à teneur psychologique, à forte pointes fantastique et légèrement oppressants vous dérange alors ne vous lancez pas. On est dans un tout autre genre que les écrits sur Fitz.

L’un des premiers points forts, selon moi, vient de la toile de fond que construit Robin Hobb. Certes, elle n’a rien de non plus révolutionnaire dans sa représentation, même si elle s’avère très bien soignée et très visuelle, mais elle vient clairement s’accorder parfaitement avec le récit. Elle lui apporte alors une dimension supplémentaire que ce soit dans l’ambiance comme dans l’atmosphère et surtout, dans sa seconde partie, vient apporter un dépaysement qui ne manque pas de se révéler envoutant. Ainsi sa représentation tout d’abord urbaine amène de façon efficace, déroutante et dérangeant un décalage entre la vie en ville et l’héroïne, qui paraît complètement perdue dans cet univers, elle qui a toujours été plus rurale. On se sent ainsi clairement comme elle en décalage face à la vie qu’elle doit mener avec sa belle-famille, avec ce monde qui ne lui correspond pas, cette perfection que cherche à montrer de façade la famille de son mari.

Le retour de Pan et le basculement qui va se créer dans le récit va alors nous quitter ce milieu pour une plongée plus profonde dans la nature, offrant dans un premier temps un dépaysement, une bouffée d’air frais qui nous fait clairement voyager. D’une certaine façon et dans un second temps cette partie nous rappelle aussi la beauté, et aussi une certaine sauvagerie, qui peut se cacher dans la nature. Sans parler non plus de combat environnemental, il offre pourtant, je trouve, une réflexion sur une certaine splendeur, une certaine grandeur, que l’on aurait oublié, ou remisé dans un coin. Là-dessus vient s’y ajouter une notion de fantastique avec bien entendu le faune et tout ce qu’il va amener, qui est, je trouve, intéressante et ne manque pas de coller parfaitement au récit. La façon dont le récit joue aussi avec le lecteur est intéressante, même si j’avoue, elle manque parfois de finesse, mais rien de bloquant.

Mais le gros point fort du roman vient clairement du portrait d’Evelyn, l’héroïne du récit. Qu’on soit bien clair, si vous n’accrochez pas à elle, alors vous risquez grandement de ne pas accrocher du tout au roman. Robin Hobb nous dépeint ainsi un portrait à la fois terriblement complexe, riche et aussi très intéressant à découvrir. On découvre ainsi une femme qui doit faire face à un monde qui ne la comprend pas, ne se situant pas dans cette idée de la femme toujours bien habillée à la mode etc… et qui se retrouve rapidement perdu, encore plus face au déracinement de son cocon. Une femme qui doit se battre pour se faire entendre, que ce soit aussi bien dans son couple que face aux autres, mais qui a tellement été bridée par la vie qu’elle en a du mal. Une femme qui doit simplement se battre pour qui elle a envie d’être, qui doit se battre pour élever son fils comme elle aimerait et non pas pour faire plaisir aux regards des autres, une femme figée dans les codes d’une société qui va de plus en plus l’étouffer, d’une femme qui n’a pas le droit d’exister en-dehors de l’image qu’une Femme doit représenter. Une femme qu’un évènement va forcer à changer. Maintenant le principal soucis que j’ai personnellement rencontré, et c’est une des constantes avec l’autrice, c’est que par moment on a clairement envie de secouer l’héroïne. Attention, je ne dis pas qu’elle n’a aucune circonstance, oui globalement je comprend et je rejoins sa frustration, sa problématique, mais de temps en temps on a parfois l’impression qu’elle en fait de trop, que quoi qu’elle fasse comme choix il ne sera de toute façon pas assez bon. C’est légèrement frustrant et cela a eu le don, deux ou trois fois, d’un peu me déconnecter du récit et du personnage, maintenant rien de non plus trop bloquant.

L’autre problématique avec une telle héroïne complexe et dense, c’est que, d’une certaine façon, elle « vampirise » un peu le récit. Par là, j’entends que les autres personnages sont un peu à la marge et ont du mal à se dégager, à l’exception peut-être de Pan. C’est dommage, car elle devient qui elle est par la faute de son mari et sa belle-famille qui, en comparaison paraissent clairement manquer de complexité, se révélant finalement un peu trop archétypaux. Seule la sœur de son mari et son mari arrivent un tout petit peu à sortir du lot, mais c’est à peine esquissé, là où il y aurait peut-être pu avoir plus de travail. Attention, ils remplissent parfaitement leurs rôles dans la façon dont ils bouleversent l’héroïne, mais plus de profondeur aurait clairement pu offrir un plus au récit. Au final Le Dieu dans l’Ombre m’a offert un bon moment de lecture, ne manquant pas de me toucher dans le destin et le combat de son héroïne et à me dépayser dans son univers. Même si tout n’est pas parfait j’ai apprécié ma lecture, il faut le dire, porté par une plume qui est clairement soignée, riche, efficace et entraînante.

En résumé : J’ai passé un bon moment de lecture avec ce roman qui nous offre un portrait de femme à la fois complexe, riche et sensible qui n’a pas manqué de me toucher. Evelyn nous présent ainsi une héroïne figée qui va tenter de s’extraire des conventions, du rôle qu’on veut forcer à lui donner et qu’un évènement va complètement changer. Alors après, c’est vrai, par moment elle en fait trop, donnant envie de la « secouer », et me déconnectant deux ou trois fois d’elle tant elle parait ne jamais être contente, mais rien de bloquant. Je regrette par contre que les personnages qui gravitent autour d’elle manquent de profondeur et paraissent un peu trop archétypaux. L’autre point fort vient de la toile de fond que ce soit dans le décalage qu’elle apporte dans son aspect urbain et son côté dépaysant et envoutant dans son aspect plus nature profonde. Le récit est construit sur un rythme lent, ce qui pourra en bloquer certains, surtout que par moment cela amène aussi quelques longueurs, même si cela ne gêne pas trop la lecture à mon goût. L’aspect fantastique apporte une touche que j’ai trouvée intéressante et efficace. Au final Le Dieu dans l’Ombre fût une bonne lecture, même si tout n’était pas parfait, bien porté par une plume riche, soignée et efficace.

Ma Note : 7,5/10

Autre avis : Célindanaé, Boudicca, Aelinel, Lune, Vert, Nanet, …

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  1. Boudicca

    Je suis tout à fait d’accord avec ta chronique, pour les points positifs comme pour les quelques bémols 🙂

  2. Vert

    C’est tellement typique de Robin Hobb les héros qu’on a envie de secouer. Ceci dit je comprends bien Evelyn, et c’est un de mes (sinon le) romans favoris de l’autrice.
    Le truc que je trouve intéressant c’est qu’on peut se demander si tout s’est vraiment passé comme le raconte l’héroïne ou si c’est juste elle qui a complètement pété un câble (le parallèle avec le pays des bêtes sauvages / les maximonstres pose la question sur la fin). Au lecteur de choisir ^^

    • Je la comprends aussi, mais parfois elle tournait en rond à mon goût.

      Le jeu sur la véracité des ses propos est très intéressant c’est vrai, ça laisse au lecteur participer à la création du récit.

  3. Merci pour le lien. Je vois que l’on a le même ressenti.

  4. Un bon roman, mais qui ne m’a conquise autant que les autres textes de Robin Hobb que j’ai lu.

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