Le Sultan des Nuages – Geoffrey A. Landis

Résumé : L’humanité a colonisé le système solaire au bénéfice de consortiums privés omnipotents régnant sur les transports spatiaux. Et ce jusqu’à la plus infernale des planètes, Vénus, dans l’atmosphère létale de laquelle flottent de stupéfiantes cités volantes, véritables miracles de technologie high tech. Plusieurs milliers d’entre elles sont sous la coupe d’un seul et même individu, Carlos Fernando Delacroix Ortega de la Jolla y Nordwald-Gruenbaum, le sultan des nuages, qui n’entrera en pleine possession de son héritage qu’une fois marié, et dont l’immense pouvoir attire toutes les convoitises. Pour David Tinkerman et le Dr Léa Hamakawa, scientifiques récemment arrivés de Mars en vue d’une expertise, les forces souterraines à l’œuvre autour du jeune satrape vont vite s’avérer plus mortelles que Vénus elle-même…

Edition : Le Bélial’

 

Mon Avis : Je continue ma découverte de la collection Une Heure Lumière du Bélial’ avec cette fois un auteur dont j’ai déjà entendu parler, principalement à travers des sommaires d’anthologies en VO, mais dont je n’avais pourtant encore lu aucun texte. Ce Sultan des Nuages sera donc ma première plongée dans l’univers de Geoffrey A. Landis, puis cela me permet aussi de compléter ma collection dont je n’ai, pour le moment, manquer aucune publication, offrant des textes courts et intéressants. Concernant la couverture, illustrée par Aurélien Police, je la trouve magnifique et elle donne envie de plonger dans le récit. A noter que ce texte a gagné le prix Theodore Sturgeon 2011

Dans cette nouvelle, nous suivons David Tinkerman, assistant et proche du docteur Léa Hamakawaqui va l’accompagner sur Vénus. En effet cette dernière a été invitée par le sultan des nuages, Carlos Fernando Delacroix Ortega de la Jolla y Nordwald-Gruenbaum, héritier d’une immense fortune et maître de la plupart des villes flottantes de Vénus. Intrigué, David va rapidement se rendre compte que Carlos Fernando ne les a pas simplement invité pour leur présenter son domaine. Il a besoin du docteur Hamakawaqui pour un projet plus grand. Alors soyons clair, mon ressenti une fois ma lecture terminée fût assez complexe, j’ai adoré certains aspects de ce récit, mais d’autres m’ont franchement frustrés. J’ai tout de même passé un agréable moment avec cette novella, mais qui, je trouve, aurait pu être encore plus réussie si certains points avaient été plus soignés. Le gros point fort vient ainsi clairement, pour moi, de tout ce que construit l’auteur au fil des pages, que ce soit au niveau de l’univers, des paysages, comme de l’aspect scientifique. J’ai ainsi été rapidement fasciné et happé par le monde qui se dévoile tout du long, surtout que le tout est présenté de façon soignée, poétique et avec une touche de sens of wonder franchement captivante.

On se retrouve ainsi plongé dans un futur lointain où, à défaut de pouvoir coloniser la surface de vénus à cause de son atmosphère et de sa pression, les villes flottent dans les airs. Les systèmes politiques ont ainsi l’air d’avoir complètement disparu au profit d’une construction sociale différente qui repose clairement sur l’importance des dirigeants des firmes, mais qui offre aussi quelques bonnes surprises comme tout ce qui tourne autour du mariage, de la répartition des tâches et ce que cela implique dans cette société. Les jeux de pouvoirs ne manquent pas non plus d’attrait, on se rend rapidement compte que Carlos Fernando est plus retors qu’il peut le laisser présager, mais la subtilité de ce qu’il cherche à mettre en place est très intéressante je trouve. En ce qui concerne l’aspect scientifique, l’ensemble est présenté de façon cohérente, que ce soit dans les contraintes de la planète, comme par exemple dans les villes flottantes.

Ce qu’on pourrait considérer comme du « Hard-Science » (non ne fuyez pas) est ainsi très léger et surtout bien amené et présenté pour que l’ensemble soit facilement compréhensible, sans pour autant se révéler trop présent, pour permettre à ceux qui ne serait pas intéressé de passer trop de temps dessus. L’auteur travaillant d’ailleurs à la NASA, on sent aussi clairement une cohérence dans ce qu’il nous montre et nous raconte, un aspect plausible et possible qui apporte une certaine logique et un vrai plus. L’aspect technologique n’est pas non plus en reste, proposant quelque-chose d’intéressant à découvrir, même si parfois l’auteur tombe un peu dans la facilité avec certaines technologies qui servent un peu trop le récit. Mais voilà ce qui m’a rapidement captivé c’est le côté émerveillement lié à la découverte de ce monde. Il y a une vraie poésie qui se dégage des différents lieux visités et paysages rencontrés avec aussi la présence un aspect très visuel qui nous happe. C’est beau et cela donne envie d’en apprendre plus tant l’ensemble est soigné, visuellement attrayant et surtout proposant une complexité bienvenue.

Concernant les personnages on tourne principalement autour de David, avec Léa et le sultan qui gravitent à proximité de son enquête. Franchement, les héros ne sont pas en soit mauvais, ils se révèlent entraînants et intéressants à découvrir, mais voilà il ont eut du mal à être plus que des acteurs du récit je trouve. Je ne dis pas pour autant qu’ils sont froids, mais il manque clairement ce petit truc qui aurait pu les rendre un peu plus attachants. On dirait ainsi par moment des marionnettes présentes pour les besoins de l’intrigue. On se laisse tout de même assez facilement porté par les aventures et les péripéties que rencontre le héros et par son travail d’enquête qui nous permet de découvrir Vénus et ses villes flottantes. Concernant les personnages secondaires, je suis aussi un peu circonspect car là, par contre, ils paraissent finalement n’être présent que pour permettre l’avancée du fil rouge. Chaque personnage, ou chaque rencontre, fortuite ou non, donne clairement l’impression d’être là que pour fournir un nouvel indice dans l’enquête, voir proposer un élément qui aura de l’importance plus tard dans le récit. Sans non plus trop en dévoiler, j’ai ainsi eu un peu de mal avec la scènes de pirates et sa conclusion. C’est un peu dommage car, sans non plus gêner la lecture, cela offre une construction un peu figée et parfois simpliste, qui se ressent d’ailleurs plus, pour moi, à travers le format novella.

Par contre, le point qui m’a le plus frustré dans ce texte vient clairement de son intrigue. Dans les grandes lignes, elle n’est pas mauvaise, mais c’est dans la construction que, selon moi, le récit pêche. Elle prend ainsi du temps à révéler ses tenants et ses aboutissants, tout ça pour aboutir à un final où notre héros a une révélation limite « mystique » et qu’il s’en va défier l’antagoniste pour faire éclater la vérité au grand jour. Sauf que voilà c’est beaucoup trop rapide, cela donnait clairement l’impression que l’auteur était limité en page et qu’il a dû se dire « mince je dois terminer mon texte vite un chapitre out tout est dévoilé et hop c’est bouclé ». J’ai trouvé cela dommage car, sans non plus demander un truc révolutionnaire, une intrigue un peu plus soignée, avec un tel sens of wonder, aurait offert un texte encore plus marquant. Au final tout dépendra de vos attentes, si vous cherchez un récit dépaysant avec des paysages et des lieux magnifiques vous pourriez franchement accrocher, si vous cherchez une intrigue réussie et complexe, vous pourriez vous sentir frustré. Moi dans une lecture j’ai besoin d’un peu des deux, ce qui fait que même si j’ai passé un agréable moment de lecture avec ce récit, un léger sentiment de frustration s’est tout de même fait ressentir une fois la dernière page tournée. La plume de l’auteur est par contre très poétique, vivante et entraînante et je me laisserai quand même tenter par d’autres de ses écrits histoire de voir ce qu’il peut proposer d’autre.

En Résumé  : Au final j’ai passé un agréable moment de lecture avec cette novella, même si certains aspects m’ont tout de même frustré une fois la dernière page tournée. Le Sultan des Nuages est ainsi un texte assez fascinant à découvrir grâce à son univers et le sens of wonder que développe l’auteur tout du long. On est ainsi rapidement happé et captivé par l’univers qui se dévoile au fil des pages, par ses descriptions très visuelles et entraînante, mais aussi par son aspect scientifique léger, cohérent qui rend ce monde plausible. L’aspect social n’est pas non plus en reste, proposant ainsi quelque-chose de complexe et d’intéressant à découvrir, avec aussi ses jeux de pouvoirs. Les héros, même s’ils ont du mal à trouver ce petit truc qui les rendraient franchement attachants, nous entraînent facilement dans leurs aventures et leurs péripéties. Je regretterai par contre que les personnages secondaires ne soient finalement présents que pour apporter indices à l’intrigue ou éléments utiles pour la suite, de plus certaines réactions m’ont paru un peu simplistes. Au final ce qui m’a le plus frustré, c’est l’intrigue qui m’a paru prendre son temps pour finalement se conclure trop vite sur une illumination du héros. C’est dommage, car j’ai autant besoin d’un background que d’une intrigue un minimum soignée dans un texte, hors ici le fond est superbe, mais le fil rouge me laisse sur ma faim. La plume de l’auteur est vivante, entraînante et poétique et je lirai avec plaisir d’autres de ses écrits histoire de voir ce qu’il peut proposer d’autre.

 

Ma Note : 6,5/10

 

Autres avis : Apophis, Xapur, L’Ours Inculte, Chien Critique, Lorhkan, Samuel Ziterman, Yogo, Au Pays des Cave Trolls, Just A world, …

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  1. A priori les critiques se rejoignent sur ce court roman. Je continue à souhaiter le lire malgré les réserves qui « s’accumulent ». L’avantage : je n’ai plus énormément d’attentes!
    Merci

    • Après je suis clairement ambigu, j’adore tout ce qu’à construit l’auteur sur Venus, ces villes aériennes tentaculaires et tout l’aspect scientifique. Rien que pour cela je le conseillerai. Maintenant oui, l’intrigue manque clairement de consistance et si, comme moi, tu as besoin d’un truc un minimum cohérent alors tu va ressentir une frustration.

  2. Comme je l’ai déjà dit ailleurs, le format fait qu’il est difficile d’avoir à la fois le background, des personnages bien campés et une intrigue au top !
    Pour ma part, j’ai passé un bon moment, le voyage est fort sympathique et dépaysant.

    • Ah je suis d’accord qu’on ne peut pas tout avoir obligatoirement. Il faut donc trouver une sorte de juste milieu. Sauf que là, pour moi, comparé au reste l’intrigue est clairement en-dessous et je l’ai ressenti. Cela n’empêche pas le voyage d’être dépaysant, mais il lui manque un petit quelque-chose.

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