Lignes de Vie – Graham Joyce

lignes de vieRésumé : Coventry, durant la Seconde Guerre mondiale.
Une famille de sept soeurs aux vies fondées sur l’amour, la tradition, l’angoisse et l’espoir. Des vies simples et émouvantes auxquelles se mêlent presque imperceptiblement l’étrange et le merveilleux, l’ordinaire et l’extraordinaire. Cassie, la plus jeune des soeurs, a eu un petit garçon de père inconnu et n’a pas eu le courage de le céder à des parents adoptifs.
Il est alors décidé que le petit Frank sera élevé par chacune des soeurs, à tour de rôle. Ainsi l’enfant sera-t-il le témoin privilégié de ces vies aux lignes si différentes, dans les drames et les illusions de l’après-guerre.
Mais Frank est un enfant particulier, doué d’intuitions étonnantes ; comme sa jeune mère, sensible à des signes invisibles ; comme sa grand-mère, parfois visitée par des apparitions lui annonçant l’avenir…
Et au centre de leur histoire, il y a eu la nuit du bombardement de Coventry par la Luftwaffe. Cassie s’est trouvée au coeur de cette nuit d’horreur hallucinée et y a laissé son secret le plus précieux…

Edition : Bragelonne

 

Mon Avis : Graham Joyce fait partie des auteurs dont j’ai découvert quelques-uns de ses textes il y a quelques années, que ce soit sous son nom où sous pseudonyme, et dont le fantastique m’a rapidement accroché. Pourtant, malgré quelques livres de l’auteur dans ma PAL, cela faisait un bon moment que je n’en avait pas lu. J’ai donc décidé de remédier à cela en sortant ce Lignes de Vie qui me tentait depuis un petit moment déjà, que ce soit par son résumé accrocheur et par sa couverture sobre et pourtant efficace.

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre en me lançant dans ce récit, qui s’annonçait entre récit familial, historique et fantastique et je dois bien avouer, qu’une fois la dernière page tournée, que je n’ai pas du tout été déçu du voyage. On se retrouve ainsi plonger dans une chronique familiale qui va voir la vie de sept soeurs et leur mère bousculée suite à la décision de Cassie, la plus jeune des sœurs, de ne pas abandonner son enfant et de l’élever. Elles vont alors devoir se serrer les coudes, dans une Angleterre en pleine reconstruction au lendemain de la seconde guerre mondiale, surtout que Cassie a parfois des « absences ». C’est ainsi que Franck va grandir, jouant d’une certaine façon le rôle de catalyseur et d’observateur.

J’ai pourtant eu un peu peur au début, j’avais du mal à comprendre où voulait en venir l’auteur et l’impression de me lancer plus dans des petites histoires pas toujours en rapport, mais voilà plus j’avançais dans ce récit, plus je me suis retrouvé happé par chacune des histoires des membres de cette famille. On découvre ainsi un foyer véritablement attachant, avec ses forces et ses faiblesses, dont chaque héroïne se révèle charismatique et possède ses propres pensées, ses propres convictions, ses propres sentiments. Cette fresque familiale, sur près de dix ans, va ainsi dévoiler de puissants liens entre chaque membre, qui oscille entre hauts et bas, mais qui ne baisse jamais les bras et qui ont réussi à me toucher. L’auteur propose une histoire que je considère « vraie », ne cherchant ni la surenchère, ni le trop plein d’émotion, simplement à nous montrer des personnages et une vie assez banale, ce qui n’empêche pas chaque personnage, d’une certaine façon, à se révéler remarquable au quotidien.

Mais le récit ne s’arrête pas simplement à nous présenter une famille fascinante qui fait face, elle développe aussi une image de fond passionnante, celle de l’après guerre à Coventry fortement touché par les bombardements, en pleine reconstruction, qui doit effacer ses blessures, en pleine euphorie, mais avec ses nombreux sujets de discorde, mélange de tradition et de modernisme. On découvre ainsi au fil des pages l’évolution que va connaitre le pays, les populations mais aussi les mœurs avec tous les bouleversements et les réflexions que cela engendre que ce soit aussi bien sur la position de la femme, la maladie principalement psychologique et la médecine, la capacité d’un peuple meurtri à se relever et survivre, ou bien encore sur la politique et tout ce qu’elle peut changer sans s’en rendre compte. Mais surtout ce qui m’a paru ressortir de cette époque c’est un sentiment positif, cette famille soudée, qui fait bloc au moindre soucis, qui arrive toujours à avancer, à se retrouver et, si besoin, se relever ensemble. On aurait pu les penser démoralisés, effondrés et pourtant il se dégage de tous ses personnages un optimisme qu’il transmet au lecteur, l’idée de lendemains meilleurs qu’ils construisent au fil des jours avec magie et patience. Le tout est aussi teinté de nostalgie, une époque révolue ou regarder devant soi se révélait plus bénéfique qu’effrayant.

L’aspect fantastique risque d’en surprendre voir d’en déplaire plus d’un, car finalement il se révèle très discret et surtout l’auteur joue, de façon que j’ai trouvé intéressante, sur sa réalité, son existence. En effet il oscille tout le long du roman entre fantômes, folies, rêves, mythes et imaginations sans jamais fournir de réponses claires et précises. Pourtant je trouve que cela apporte un plus au roman, lui offrant une ambiance doucement étrange qui se dégage de plus en plus au fil de la lecture, où chacun se fera son propre avis sur ces apparitions, surtout qu’elles en deviennent parfois un élément important, principalement avec trois personnages Cassie, Franck et Martha, mais où chacun va les accepter même s’ils ne les comprennent pas. Le décor utilisé par l’auteur, qui est Coventry après, voir même pendant, le Blitz, se révèle à la fois magnifique et dramatique, que ce soit dans la perte comme dans la reconstruction, et offre un cadre adéquat et réussi à l’intrigue, le tout porté par des descriptions simples et prenantes.

Mais voilà le gros point fort vient clairement de la famille Vine qu’on va découvrir au fil des pages, ces sept femmes aux caractères bien trempés, charismatiques, toutes à la personnalité différente les unes des autres, elles permettent ainsi d’offrir un panel assez large qui fait qu’on se retrouve assez facilement, au moins en partie, dans chacune d’entre elle. Même celles qui, aux premiers abords peuvent paraitre austère, se révèlent finalement plus denses et plus soignées que prévu. On découvre ainsi une famille à l’histoire complexe, forte, qui ne se laisse pas abattre, qui se dévoile lentement, et dont on s’attache de plus en plus au fil de la lecture. La caractérisation de chacun d’entre eux s’avère réussie et passionnante, et vu que Franck, l’enfant de Cassie, se trouve, balloter au fil des péripéties chez chacune d’entre elle, on découvre ainsi à chaque rencontre une tranche de vie qu’on savoure avec plaisir et offrant surtout une grande variation de liens, de relations et d’expériences que ce soit aussi bien familiale que d’une vision plus large, comme la vie dans la communauté scientifique ou encore le milieu spiritualiste. Le récit tisse ainsi une famille « banale » et pourtant passionnante.

J’ai par contre été un peu surpris par la plume de l’auteur, qui tend plus vers un style que j’ai trouvé « oral », « parlé », là où j’attendais peut-être quelque chose de plus dense, mais j’ai très vite changé d’avis tant cette façon de conter l’histoire colle finalement parfaitement bien au récit et à la famille rencontrée ; à la fois simple, magique et entrainant. Au final je n’ai pas été déçu de ma lecture qui, malgré un démarrage peut-être légèrement poussif, a réussi à me captiver, offrant une fresque familiale poignante et touchante le tout mâtiné de fantastique discret. Je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur dont, justement, certains m’attendent dans ma PAL.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce livre qui nous offre une histoire à la fois chronique familial, historique et le tout teinté de fantastique qui, malgré un début un peu poussif, va se révéler terriblement efficace, touchante, emprunte de magie et de réflexion. La famille Vine, composée de six sœurs et leur mère, offre un panel de personnage hétéroclite, charismatique et dont on s’attache très rapidement et dont on savoure avec rand plaisir chaque tranche de vie qu’on découvre au fil des pages. La ville de Conventry et l’époque d’après guerre offre une image de fond vraiment fascinante à découvrir, entre nostalgie, évolution et modernité, on découvre un pays et surtout une ville qui cherche à avancer. L’aspect fantastique devrait en surprendre plus d’un, se révélant très léger et surtout au bon soin du lecteur de décider s’il est imaginaire ou réel ce qui je trouve apporte un plus, même si cela pourrait bloquer certains lecteurs. La plume de l’auteur m’a d’abord surpris, offrant un style parlé, mais au fil des pages m’a conquis se révélant entrainant et limite conte magique au coin du feu.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : Lorhkan, Lelf, Vert, Lune, Ptitetrolle, Lhisbei, joyeux-drille, Cafe-Powell, …

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8 Responses to Lignes de Vie – Graham Joyce

  1. Je suis contente de lire ta chronique, cela me conforte dans l’idée que ce roman-ci pourrait bien me plaire 🙂

  2. J’avais bien aimé aussi cette saga familiale et les notes subtiles du fantastique. 🙂

  3. Merci pour cet avis complet! Je n’avais jamais entendu parler de ce livre mais je trouve intéressants les univers historiques où l’auteur dévoile les évolutions d’une époque à travers des histoires personnelles. D’une certaine manière c’est plus proche du lecteur, plus « réel ». Il va définitivement finir dans ma PAL 🙂

  4. Je m’étais aussi complètement laissée emporter dans ce livre et cette famille atypique mais touchante !

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