Mordred – Justine Niogret

mordredRésumé : La légende veut que Mordred, fruit des amours incestueuses d’Arthur et de sa sœur Morgause, soit un traître, un fou, un assassin. Mais ce que l’on appelle trahison ne serait-il pas un sacrifice ?
Alité après une terrible blessure reçue lors d’une joute, Mordred rêve nuit après nuit pour échapper à la douleur. Il rêve de la douceur de son enfance enfuie, du fracas de ses premiers combats, de sa solitude au sein des chevaliers. Et de ses nombreuses heures passées auprès d’Arthur, du difficile apprentissage de son métier des armes et de l’amour filial. Jusqu’à ce que le guérisseur parvienne à le soigner de ses maux, et qu’il puisse enfin accomplir son destin.

Edition : Mnémos

 

Mon Avis : Je ne le cache pas, je n’ai jamais été déçu par les œuvres proposées par Justine Niogret jusqu’à maintenant. Elle a toujours réussi à me faire entrer dans ses univers et à me faire passer des très bons moments de lecture, que ce soit par sa fantasy comme son dernier roman SF qui tendait vers l’OLNI. J’avais donc hâte de voir ce que pouvait proposer l’auteur avec ce Mordred, même si je partais avec une légère appréhension concernant le mythe Arthurien qui a été, à mon avis par moment, surexploité. En tout cas je trouve la nouvelle politique d’édition de Mnémos vraiment intéressant offrant un bel objet, même si je trouve que la couverture n’est pas des plus accrocheuses me faisant plus penser à un livre d’histoire.

Pour ce roman, l’auteur a décidé de le consacrer à Mordred, personnage peut être pas aussi compris et connu qu’on pourrait le croire. Surtout elle a vraiment décidé de nous offrir un portrait vraiment intimiste de ce protagoniste, de  dévoiler ses failles, ses amours et ses passions ce qui permet de proposer ainsi une histoire différente d’un simple mythe et de traitrise, prenant ainsi clairement à contre-pied le lecteur tout en offrant un récit vraiment intéressant et envoutant. On découvre ainsi un Mordred à visage humain, à travers ce personnage blessé qui se souvient de sa vie croyant voir la mort arriver, c’est cette proximité et cette découverte d’un héros souvent mal-aimé, haï et détesté par rapport à son destin qui happe le lecteur. Alors, bien sûr, pour cela il faut ne pas être rebuté par une histoire au rythme lent, une histoire avec peu d’action, mais qui offre plus un récit profond, initiatique et personnel.

Concernant l’univers et l’ambiance développée par l’auteur ils ajoutent un véritable plus à cette histoire. Déjà on sent bien que l’auteur est fasciné par le monde moyenâgeux avec son côté rude et violent, on s’en doutait déjà suite à ses autres récits chez Mnémos, ce qui lui permet clairement d’ancrer son histoire, mais surtout de faire partager sa passion pour cette époque. L’auteur n’oublie pas pour autant l’aspect magique et mystique, qui, certes, reste en retrait, n’étant pas l’objet principal du récit, mais ajoute une touche de mystère au récit. Mais surtout un des points vraiment intéressant du récit vient de l’atmosphère que met en avant l’auteur, une atmosphère sombre, emplie de mélancolie et de tristesse, le tout lié à un personnage qui n’est peut-être qu’au final une marionnette du destin. Une ambiance qui colle parfaitement à la fin d’un mythe, la tristesse d’une mort inéluctable et nécessaire.

Et pourtant au final je n’ai pas non plus été totalement convaincu par ce livre. Écrire un livre très court peut avoir des avantages, comme  aider à rendre le rythme plus tendu, mais peut aussi avoir des inconvénients. Ici le fait que le livre possède moins de 170 pages laisse quelques légers regrets. En effet une fois le livre refermé on aurait clairement aimé en savoir plus, l’auteur se consacre sur 4-5 souvenirs, certes charnières pour comprendre le personnage et ses choix, mais ça m’a paru peu. De plus l’aspect court roman, ajouter à la narration entre flashback et présent, fait qu’on a parfois du mal à complètement accrocher aux relations qu’il entretient avec Morgause et Arthur. On assimile bien ce qui les lient, leurs tensions et leurs envies mais émotionnellement le lecteur a parfois du mal à vraiment plonger dans leurs relations. De plus, je ne sais pas, c’est à vérifier, mais je pense que pour bien comprendre cette histoire il faut connaitre les bases de la légende Arthurienne

Concernant les personnages, je dois dire que le personnage de Mordred, sur qui, si on connait la légende Arthurienne on a tous un a priori, l’auteur arrive vraiment à le rendre humain, empli de forces et de faiblesses et surtout un personnage qui possède des émotions, des envies et des sentiments. Un personnage qui va grandir et évoluer au fil des pages. Le lecteur se retrouve facilement attacher à lui, à son histoire, à sa vie et à ses aventures. Par contre, comme je l’ai dit l’aspect court du roman empêche de vraiment développer le potentiel de ses relations avec les autres personnages, ce qui est un peu dommage.

La plume de l’auteur se révèle vraiment efficace, dense, soignée et vient coller parfaitement à l’univers et à l’histoire, avec un style mélangeant habilement le côté rude avec toute la retenue liée au personnage et ces relations. L’auteur joue tout du long de son roman avec les zones d’ombres, les non-dits et l’ambiguïté de cette histoire. Soit ça fascine le lecteur, soit ça bloque, à chacun de voir. Un roman où l’épique est clairement mis de côté pour mettre en avant le côté intimiste et humain des personnages. Si vous êtes un fan des écrits de Justine Niogret vous devriez vous y retrouver dans cette histoire, pour les autres tentez de vous faire votre avis. En tout cas encore une fois l’auteur m’a surpris et m’a offert un bon moment de lecture, même si je le dis clairement, l’aspect court du roman le dessert un peu.

En Résumé : J’ai passé un bon moment de lecture avec ce livre qui vient nous proposer une présentation de Mordred différente de ce qu’on peut voir d’habitude. Une histoire vraiment humaine et intime le tout porté efficacement par l’univers moyenâgeux dont on ressent bien la passion de l’auteur. Le personnage de Mordred est vraiment intéressant et attachant. Mais voilà le côté cour du livre dessert un peu le récit, l’auteur ne se consacrant que sur 4-5 souvenirs du héros et surtout les relations entre les différents personnages ont du mal à s’épanouir. La plume de l’auteur est vraiment soignée, dense et complexe et colle parfaitement à cette histoire pleine de silence et de zones d’ombres. Je lirai de nouveau avec grand plaisir les prochains romans de l’auteur.

 

Ma Note : 7,5/10

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  1. J’ai bien envie de le lire celui-là (j’ai eu une grosse période mythologie arthurienne et je suis curieuse de voir comment elle peut traiter ça avec son style à elle). Bon le problème c’est que si je prend Mordred et le Jaworski, j’explose mon budget livres xD

  2. Je me souviens que c’est en lisant ta chronique que j’ai voulu franchir le pas pour lire ce petit roman. J’ai été un déçue aussi en refermant le livre, mais pas vraiment à cause du manque de description des relations que Mordred entretient avec Arthur ou Morgane. C’est vrai qu’on a l’impression de voir ça de loin par rapport à ses aventures, mais ça reste cohérent avec le récit. (Enfin je trouve !) C’est plutôt à cause dans le dernier quart du roman que j’ai lâché : j’ai eu l’impression que tout s’accélérait et je comprenais de moins en moins les scènes métaphoriques.

    Malgré tout, un très bon Niogret ! Ça fait du bien de lire de la fantasy sous un autre angle 🙂

    • Content qu’il t’ait plu. C’est vrai que le roman aurait peut-être mérité plus de développements sur certains aspects, certains passages, mais bon pour moi ça reste un très bon livre plaisant et original.

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