Morwenna – Jo Walton

morwennaRésumé : Morwenna Phelps, qui préfère qu’on l’appelle Mori, est placée par son père dans l’école privée d’Arlinghurst, où elle se remet du terrible accident qui l’a laissée handicapée et l’a privée à jamais de sa sœur jumelle, Morganna. Là, Mori pourrait dépérir, mais elle découvre le pouvoir des livres de science-fiction. Delany, Zelazny, Le Guin et Silverberg peuplent ses journées, la passionnent.
Un jour, elle reçoit par la poste une photo qui la bouleverse, où sa silhouette a été brûlée. Que peut faire une adolescente de seize ans quand son pire ennemi, potentiellement mortel, est une sorcière, sa propre mère qui plus est? Elle peut chercher dans les livres le courage de combattre.

Edition : Denoël Lunes d’Encre

 

Mon Avis : Ce livre fait clairement parti des romans dont j’attendais impatiemment la sortie cette année. Il faut dire qu’il a beaucoup fait parler de lui au moment de sa sortie en VO au point de se voir récompenser par le prix Hugo, Nebula et le British Fantasy Award. Alors, bien entendu, les distinctions ne reflètent pas toujours le niveau du livre et dépendent des années ainsi que du lecteur, Blitz en est la preuve de mon côté, mais voilà rien que le quatrième de couverture a réussi à me convaincre par son aspect magique et humain. Je n’ai donc pas attendu longtemps, une fois le récit publié en France, pour le faire entrer dans ma PAL et me lancer dans sa lecture. À noter aussi une illustration de couverture qui, je trouve, donne envie par son aspect un peu féérique et qui colle parfaitement au récit.

Une fois la dernière page tournée, j’avoue, j’ai été vraiment emporté et touché par ce récit. Mais déjà mettons au point certaines choses, si vous cherchez dans ce roman de l’action, du rythme ou bien une histoire de fantasy avec quête, gobelins, nains et autres passez votre chemin, ce n’est aucunement le but de ce livre. L’auteur cherche plus ici quelque chose d’intime, à dévoiler, à faire découvrir. On suit une tranche de vie, mélange de conte de fées et de souffrance, d’une jeune adolescente blessée de façon physique et psychologique, qui a perdu sa sœur jumelle suite à un accident et obligée d’aller vivre avec un père inconnu après avoir fuie une mère sorcière et un peu folle. Donc au final pas de véritable intrigue dans le sens premier du terme, mais simplement l’évolution de cette héroïne qui cherche à se construire et à se reconstruire, un roman profond aux nombreux points qui m’ont conquis et font que ce récit se révèle comme une très belle révélation de lecture.

Déjà le premier point qui ne pouvait que m’accrocher c’est l’amour de l’héroïne pour la lecture et les livres sous toutes ses formes, aussi bien par l’achat en librairie ou en prêt à la bibliothèque, et plus principalement sur la littérature de l’Imaginaire, même si elle laisse sa chance à tout type de livre. Lire est une véritable passion pour Morwenna et ça se ressent, elle arrive à retransmettre cet amour au fil des pages et surtout m’a clairement donné envie de relire certaines des œuvres qu’elle cite tout au long du roman, principalement à travers ses mots simples ses avis énergiques et exaltés. Elle arrive vraiment à parler au lecteur et à donner envie de plonger ou replonger dans ces récits. En tant que lecteur de ce genre de romans depuis mon adolescence je ne pouvais que me reconnaitre et me sentir captivé. Mais surtout la lecture a aussi une importance capitale pour elle, car elle lui permet premièrement de s’évader, mais aussi de support pour avancer dans sa vie aussi bien personnelle que ses relations avec autrui. Elle se sert de ses différentes lectures pour se définir elle-même et aussi développer son esprit sur tout ce qui l’entoure.

Ce roman nous offre aussi une belle leçon d’acceptation, que ce soit des pensées et idéologies différentes, mais aussi des autres, de tous les autres. Cela se ressent premièrement par son travail tout en finesse et en émotion de son héroïne ouverte d’esprit et de cœur qui vit dans un monde ou tout est jugé, apprécié et validé selon des normes implicites comme l’argent, l’apparence ou la position sociale. Mori en est la preuve, galloise au milieu d’anglais, obligée de marcher avec une canne suite à son accident, elle va découvrir le rejet des autres et pourtant cela ne l’empêche pas de vivre, de rencontrer des gens et d’être aimée. Mais c’est aussi une leçon d’acceptation pour le lecteur qui doit accepter Morwena avec toutes ses différences et aussi le fait qu’elle voit des fées. Vrai ou pas? Destin ou fée? c’est au lecteur de faire son propre choix, de ne pas la juger et finalement de se rendre compte que ce sont ses différences et ses souffrances qui font la grande force de cette adolescente, qui font aussi qu’elle est unique et profondément humaine.

Morwenna est d’ailleurs au final une des grandes réussites de ce récit, comment ne pas s’accrocher, une fois sa différence acceptée, à cette petite fille à la fois fragile et forte, sincère, qui doit gérer seule son adolescence, son entrée dans la vie d’adulte et qui doit aussi surmonter le deuil de sa sœur. On ressent à travers ses écrits ses moments de doutes, de plaisir, de joie, de souffrance mais aussi de changements, que ce soit vis-à-vis de sa vie de tous les jours, des relations familiales, de la sexualité ou encore des amitiés, qu’elle essaie de surmonter, à sa façon, par la lecture en premier lieu et quand la lecture lui fait défaut par la magie qu’elle semble manipuler. Il faut dire que rien n’est fait, non plus, pour l’aider, son entourage n’étant pas vraiment présent pour la soutenir comme il devrait avec une mère a moitié folle et sorcière, un père qu’elle découvre alors qu’il l’a abandonné à la naissance et une famille qui l’a élevée mais qu’elle ne peut quasiment pas voir. Tout est aussi toujours remis en question, elle doute comme toute adolescente qui grandit pour devenir adulte. L’auteur a vraiment réussi a offrir un personnage riche en émotion et en sentiments, avec une touche de candeur devant les changements et les évolutions qui s’opèrent. Une héroïne véritablement humaine et remplie de tristesse face à la mort de sa jumelle dont, pudique, on n’en apprendra que le minimum, et qui pourtant ne l’empêche pas de continuer à avancer, à aimer la vie et tout ce qu’elle peut lui apporter même si rien n’est acquis et rien n’est facile.

Le cadre et l’environnement choisi par l’auteur n’est pas non plus anodin , déjà par le choix de faire son héroïne une jeune fille Galloise ; le Pays de Galles faisant partei des contrées où il est logique de rencontrer des fées, mais aussi état plus rustique et ouvert, le tout en opposition avec l’Angleterre où les fées ignorent et sont ignorées, où il est obligatoire de respecter certaines conventions. La grande force de cet univers est aussi de pouvoir faire entrer le surnaturel de façon vraiment logique et cohérente à travers le regard de son héroïne, que l’on y croit ou pas elle rend l’ensemble vrai et magique. D’ailleurs l’auteur nous offre une vision du mystérieux qui est, d’une certaine façon, mélancolique et différent, hantant les anciens bâtiments et lieux industriels que la nature reconquiert doucement, n’ayant pas de véritable forme, ni de noms, se révélant parfois affaiblis, loin de la splendeur que certains imaginent. Il propose de réaliser des souhaits mais d’une façon totalement aléatoire et sans jugement, un peu comme l’idée qu’on se fait de l’effet papillon ; effectuer une petite action comme lâcher une feuille dans une marre pouvant amener de lourdes conséquences. Mais voilà magie ou hasard c’est au lecteur de décider. Le choix de l’époque se révèle aussi important, la fin des années 70 et le début des années 80, début de nombreux changements de société et d’évolution qui colle justement bien aux changements de Mori.

L’aspect qui m’a, par contre, dérouté dans ce roman vient de son style. Présenter comme un journal intime j’avoue qu’il tendait plus vers une accumulation de faits avec pas mal de petites répétitions ici ou là. J’avais un peu de mal à complètement accrocher à la façon dont présentait l’héroïne les choses. C’est plus une accroche jouant sur les non-dits et les aspects cachés que quelque chose de direct, il force ainsi le lecteur à faire ses propres choix sur pas mal de points et à se faire ses propres idées. Il m’a fallu un léger temps d’adaptation, mais une fois le tout assimilé je ne pouvais plus lâcher ce livre. J’avoue aussi avoir trouvé la conclusion un peu trop flamboyante, comme si l’auteur avait cherché à trop en faire. Je ne nie pas la symbolique, dont je pense en avoir pleinement compris le sens, mais elle m’a semblé un peu trop déconnecté, principalement dans les actions et les connaissances de Morwenna, par rapport à ce qui avait été présenté précédemment. Mais franchement ce ne sont là que des broutilles tant je me suis retrouvé emporté par ce roman, poignant, féérique, véritable déclaration d’amour à la littérature et qui fait vraiment réfléchir. Si les littératures intimistes, humaines, sans action et pleines de réflexions vous tentent alors lancez-vous dans ce livre il risque de vous plaire.

Vous pouvez retrouver la liste des livres cités dans ce roman sur le blog de Lorhkan ici.

En Résumé : J’ai passé un excellent moment de lecture avec ce roman qui m’a offert de découvrir une tranche de vie à travers le journal intime de Morwenna. Ici pas d’intrigue ou d’action, simplement la vie d’une jeune fille qui croit voir les fées et qui doit avancer après la mort de sa sœur jumelle, retrouvant un père jamais connu après avoir fuie sa mère à moitié folle et sorcière. Ce récit est une véritable histoire d’amour à la littérature, et principalement à la littérature de l’imaginaire, mais offre aussi un véritable hommage à la différence et à l’acceptation des autres. L’héroïne se révèle véritablement attachante, étant meurtrie et qui pourtant, à travers ses livres et sa « foi » en les fées, va se construire et se reconstruire vers sa vie d’adulte. L’environnement mis en avant par l’auteur colle parfaitement au récit. L’auteur arrive aussi vraiment à faire entrer le surnaturel dans le réel de façon vraiment logique et cohérente et surtout propose au lecteur le choix de croire ou non dans la capacité de Mori de voir les fées et de faire de la magie. J’avoue j’ai tout de même été perturbé au début par le style, très factuel et qui joue beaucoup sur les non-dits, poussant le lecteur à faire ses propres décisions, mais une fois dans l’histoire je n’ai alors plus lâché ce livre tournant les pages avec plaisir. La conclusion se révèle aussi un peu trop flamboyante selon moi même si j’en ai pleinement compris la symbolique. Mais bon ce ne sont que des broutilles tant j’ai été captivé par Morwenna. Si ce genre de récit vous plait, c’est un roman à découvrir.

 

Ma Note : 9/10

 

Autres avis : Lorhkan, Lune, Efelle, A.C. de Haenne, …

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  1. Comment ne pas aimer ce roman, je me le demande ! 😉
    Une lecture qui restera, et qui ne peut que marquer les amoureux de la littérature (mais pas seulement, il y a tellement de choses auxquelles se raccrocher, s’identifier dans ce roman).

    Et merci pour le lien. 😉

    • C’est vrai que c’est un excellent roman, poignant et prenant.

      De rien pour le lien, j’essaie de les faire quand j’y pense 😛

  2. Je viens à l’instant de tourner la dernière page de cet étonnant roman.
    Je me suis empressé de venir lire ton avis dans le détail et je constate que nous avons véritablement vécu la même expérience littéraire 😉
    Merci pour ce très bel avis !

  3. Je rêve de ce livre maintenant ^^

  4. Je l’ai lu cet été et c’est vrai que Walton rend un bel hommage à la littérature via son héroïne. C’est vrai que la personnalité de Morwenna est l’aspect le plus important du fait qu’on accroche au livre.

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