Sous la Colline – David Calvo

Résumé : Le 9 février 2012, un incendie défigure l’Unité d’Habitation Le Corbusier, à Marseille. Au cours des travaux de réhabilitation, la découverte d’un placard non répertorié va révéler au grand jour un secret gardé depuis l’Antiquité. Archéologue déchue de la direction des fouilles, Colline va poursuivre clandestinement ses recherches, sans se douter que son arrivée va bouleverser l’équilibre d’une fragile utopie et peut-être changer à tout jamais le visage de la radieuse cité phocéenne.

Edition : La Volte

 

Mon Avis : J’avoue, ce roman a rejoint ma PAL un peu sur un coup de tête. Je l’ai croisé lors d’une de mes nombreuses visites de librairie et je suis tombé par hasard sur sa couverture qui a attiré rapidement mon regard. Pourtant, je ne suis pas obligatoirement à la base pas un grand admirateur du Corbusier. Ajouter à cela un résumé intrigant ajouté au fait que je souhaitais découvrir un roman de l’auteur depuis un petit moment déjà, ce livre a donc terminé sa course rapidement dans ma bibliothèque.

On plonge ainsi avec ce récit dans la ville de Marseille, plus précisément dans la cité du Corbusier, qui a subi un terrible incendie ce qui a révélé la présence d’un étrange placard non répertorié sur les plans. Colline, jeune archéologue, s’en va enquêter sur cet étrange mystère et ce qu’elle va y trouver va complètement la changer, ainsi que la vie de cette cité. J’avoue j’ai bien aimé ce roman et même si certains points m’ont laissé perplexe, j’ai facilement été emporté par ce que propose l’auteur. Déjà ce qui m’a fasciné c’est cette plongée dans cette cité du Corbusier, ensemble de bâtiments à la fois complexes, fascinants, déroutants et plein de mystères. J’avoue, je suis rarement allé à Marseille et encore moins près de cette cité d’habitation et pourtant l’auteur arrive à la rendre vivante, à la transformer limite en personnage central du livre qui donne franchement envie d’être découverte.

On est ainsi loin du simple cube de béton que laisse entrevoir les photos et qui caractérise régulièrement ce genre d’édifices de nos jours. On est ainsi plus dans une sorte d’idéal social où chaque détail et chaque élément est pensé exprès pour faciliter la vie de tous. A la base ce bâtiment devait être autonome, tout devait y être présent pour faciliter la vie de tous ainsi que leurs cohésions. Mais surtout ce qui fascine c’est son étrangeté, lié sûrement à la fascination de David Calvo et aussi à l’excentricité du Corbusier lui-même, qui donne ainsi à cette unité d’habitation une ambiance énigmatique, étrange, déroutante et pourtant tellement fascinante. L’auteur vient ainsi y ajouter au fil des pages une touche de fantastique, où le réel se mélange facilement avec l’impossible, ce qui je trouve apporte un plus à l’ensemble. Marseille n’est pas non plus en reste car, même si on reste durant tout le livre dans et autour de l’unité d’habitation, elle se ressent dans son atmosphère à la fois ensoleillée, étouffante qui cache une certaine beauté et qui colle parfaitement au récit tout en gardant aussi ce sentiment de danger et de corruption lié à la ville, même si parfois un peu théâtral je trouvais. Tout cela rend ainsi cette visite et cette plongée dans ce bâtiment unique et captivante.

Autre point très intéressant du roman, il vient des nombreuses réflexions offertes ainsi que du travail sur la mythologie qui est réalisé tout du long. Que ce soit sur le thème de l’identité, de l’évolution, du partage, du pouvoir mais aussi sur la manière de vivre ensemble ou aussi, et c’est un point important que lequel je reviendrai, sur la notion de genre l’auteur amène le lecteur à se poser de nombreuses questions. Mais surtout c’est aussi la possibilité à l’auteur de montrer que Marseille c’est bien plus que la ville que l’on peut voir dans les journaux, c’est aussi une ville de mythes et d’histoire. Et c’est un peu aussi la force du roman, arriver à lier des mythes et des légendes avec le Corbusier, mélanger aussi le vrai et le faux pour mieux surprendre et dérouter le lecteur. L’immeuble aussi possède son propre folklore qui vient se mélanger aux autre pour finalement offrir, je trouve, un tout cohérent et attrayant, même si parfois un peu barré, mais j’y reviendrai. L’auteur joue aussi avec le récit, nous offrant des interludes qui nous font découvrir la ville et son histoire autrement. Au fil des pages on en vient, moi qui n’étais pas plus tenté que cela par visiter la ville, à l’apprécier et à reconnaître son importance à la fois historique et culturelle. Limite je me laisserai bien tenter par une visite approfondie des trésors de la ville.

Enfin dernier point que j’ai trouvé réussi, il vient de la galerie de personnages haut en couleurs et hétéroclite que nous propose l’auteur tout du long, avec en tête d’affiche Colline. Elle est clairement l’un des pivot central du récit. Outre le fait qu’elle soit un élément primordial de l’intrigue soulevée , elle est aussi un élément important de réflexion et d’évolution à travers les nombreux changements et développements qu’elle va vivre. C’est ainsi ce personnage, à la fois perdue et sûre d’elle, en pleine quête d’identité, qui découvre une féminité qu’elle a toujours cachée et qui doit faire face aux regards des autres qui aimeraient parfois justement remettre en cause son identité, ne rentrant pas dans leurs cases pré-définies. On découvre alors une personnalité complexe, soignée et captivante à découvrir avec ses peurs, ses faiblesses, mais aussi ses convictions et ses forces. Un personnage meurtri qui doit se reconstruire. Les protagonistes qui gravitent autour d’elle ne sont pas non plus en reste, à la fois entraînants, drôles, curieux, angoissés ou angoissants, ils sont très intéressants à découvrir et à suivre et offrent des héros clairement atypiques, mais qui collent parfaitement, je trouve, au ton du récit.

Un roman qui nous m’a captivé par le voyage proposé, plus que par l’enquête étrange, et dont il faut se laisser porter, parfois même accepter ne pas tout comprendre. Et c’est un peu, par moments, ce que je pourrai reprocher au roman, c’est que l’auteur parte parfois dans des fulgurances et des passages mythologiques et poétiques qui lui sont tellement propres, qu’on a du mal à franchement entrer dedans et à parfois bien comprendre où il veut nous emmener. Cela peut se révéler frustrant, car j’ai eu par moment l’impression de manquer quelque-chose, mais ce n’est en rien non plus bloquant tant cette ballade m’a offert un très bon moment. Le tout est porté par une plume efficace, soignée et entraînante et je me laisserai bien tenter par d’autres romans de l’auteur.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman qui nous propose plus un voyage, une ballade dans ce Marseille étrange et cette mystérieuse cité du Corbusier qu’une simple enquête teintée de fantastique. En effet ce qui fascine c’est cette cité, la vie  de ses habitants mis aussi pour moi une découverte de cette cité qui est loin du blocs de bétons qu’elle laisse imaginer, mais dévoilant initialement un idéal social et un véritable travail architectural qui donne envie d’être découvert. L’ambiance de Marseille vient aussi, je trouve, se coller à merveille au récit à la fois étouffante, élégante tout en dévoilant en fond un léger sentiment de danger et de corruption. Limite maintenant je me laisserai bien tenter par une visite de la ville. Les autres points intéressants sont les nombreuses réflexions que soulève l’auteur que ce soit sur la cohésion sociale, l’identité, la reconnaissance et l’acceptation des autres ainsi que le travail mythologique à la fois captivant et soigné. Les personnages ne sont pas non plus en reste proposant une galerie de protagoniste haut en couleurs, bien porté par Colline héroïne complexe, déroutante et efficace. Au final je regretterai simplement que parfois l’auteur s’enfer dans des passages qui lui sont tellement propres qu’on a du mal à y entrer et les comprendre, ce qui m’a parfois donné l’impression de passer à côté de quelque-chose, mais rien de non plus trop bloquant. La plume de l’auteur s’avère efficace, soignée et je lirai sans soucis d’autres de ses écrits.

 

Ma Note : 8/10

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  1. Je dois avouer que tu m’intrigues avec ce livre…

    • Je comprends et c’est dur pour moi de le présenter autrement sans trop en dévoiler. En tout cas si tu le lis j’espère qu’il te plaira autant qu’à moi.

  2. Je ne me serais sûrement pas arrêtée dessus sans ta chronique, surtout que j’habite pas loin de Marseille et que je n’aime pas spécialement la ville, mais tu me rends curieuse !

    • Après il faut bien avoir en tête que c’est un livre qui, par moment, déroute et peut surprendre. En tout cas un roman que j’ai trouvé de qualité et qui, j’espère, te plaira autant qu’à moi.

  3. Ha haaa! oui vraiment ce roman est particulier. Foutraque ?oui mais vraiment réjouissant, séduisant, sidérant…

    (@NovaBaby: cela ne parle que du Corbu, pas vraiment du Marseille que l’on peux arpenter au quotidient.)

    • Alors près justement ce petit côté foutraque, m’a un peu fait perdre le fil mais je reconnais clairement la qualité de l’oeuvre.

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