The Rig – Roger Levy

Résumé : On a desert planet, two boys meet, sparking a friendship that will change human society forever.
On the windswept world of Bleak, a string of murders lead a writer to a story with unbelievable ramifications.
One man survives the vicious attacks, but is left with a morbid fascination with death; the perfect candidate for the perilous job of working on a rig.
Welcome to the System. Here the concept of a god has been abandoned, and a new faith pervades: AfterLife, a social media platform that allows subscribers a chance at resurrection, based on the votes of other users.
So many Lives, forever interlinked, and one structure at the centre of it all: the rig.

Edition : Titan Books

 

Mon Avis : Avant de me lancer dans la lecture de ce roman, j’avoue je ne connaissais rien de l’auteur. Roger Levy est un auteur de Science-Fiction qui écrit peu, avec seulement quatre romans depuis 2001, et que j’ai découvert un peu par hasard avec ce roman The Rig. En fait j’ai été rapidement intrigué par la couverture, illustrée par Julia Lloyd, et que je trouvais franchement superbe. Je me suis alors penché sur la quatrième de couverture que j’ai trouvé très intrigant et j’ai alors, un peu par coïncidence, vu passer une chronique de ce livre qui a terminé de me convaincre. Il a donc rapidement terminé dans ma PAL et j’ai décidé de lui laisser tout aussi rapidement une chance. Si vous comptez le lire en VO, l’anglais utilisé n’est pas obligatoirement le plus facile et, sans dire non plus qu’il est d’une grande complexité loin de là, il demandera un peu d’adaptation surtout que l’auteur joue avec la langue.

Ce roman est construit, pour moi, comme un cyber-thriller, qui nous plonge dans un lointain futur qui a vu l’humanité s’essaimer dans l’espace pour fuir une Terre à l’agonie. L’AfterLife est devenu le centre de la vie de la majorité de la population, à l’exception de Gehenna et la Unsaid Planet qui sont des planètes religieuses et ont limité, voir bloqué la majorité des interactions avec l’extérieur.  On se retrouve ainsi à suivre deux lignes d’intrigue, la première qui démarre sur la planète religieuse de Gehenna, où l’on va découvrir et suivre la vie de Alef, jeune garçon pour moi autiste et surdoué, et principalement sa rencontre et son amitié avec Pellonhorc un garçon à l’histoire trouble. De l’autre côté on suit plusieurs personnages sur la planète Bleak, planète aux conditions de vie difficiles, mais qui est le centre du système AfterLife, et qui va connaître une vague de crime. Voilà les prémices du livre, je ne peux pas vous en dire plus sous peine de trop spoiler. Ce que je peux vous dire par contre c’est que cela faisait bien longtemps que je n’avais pas lu de thriller SF d’une telle qualité, perspicace, sensé et que, je ne veux pas trop m’avancer, car il me faut encore digérer le livre, mais je le considère comme l’une des mes meilleures lectures à minima de l’année pour l’instant.

L’auteur a construit une histoire intelligente, toute en finesse et en mystère qui m’a happé dès la première page pour ne plus jamais me lâcher. Le premier chapitre a ce petit je ne sais quoi d’accrocheur, de fascinant, qui fait que je me suis retrouvé à tourner les pages avec plaisir et envie d’en apprendre plus. Surtout il se dégage une vraie densité, une vraie complexité et une vraie réflexion à travers ce récit. On est ainsi d’abord accroché par le mystère que comporte ce livre, de savoir ce qui va lier les deux lignes d’intrigue, mais peu à peu Roger Levy va proposer beaucoup plus. Comme je l’ai dit un peu plus haut l’auteur a l’air d’écrire peu, mais franchement si chacun de ces romans possède une telle qualité dans la maîtrise, la construction et dans l’immersion du lecteur alors je ne peux qu’espérer qu’il va proposer d’autres choses et surtout je vais facilement me laisser tenter par ses autres livres. Si on ne prend rien que l’intrigue centrale, celle qui va peu à peu rattacher nos deux fils rouges, je l’ai trouvé brillante et bien amenée, à tel point que, pour une fois, je ne l’avais pas vu venir. Attention, je ne dis pas que je n’ai rien vu venir, certains éléments, certaines révélations étaient parfois devinables, mais c’est dans la façon dont ses éléments s’emboitent pour construire le puzzle final que j’ai été bluffé. Un vrai tour de force intéressant et surtout bien amené, qui est logique, cohérent et captivant. Le tout est construit à travers une narration à un rythme plutôt posé, mais qui sait jouer avec une tension qui s’avère intense, alternant efficacement entre révélation, action, et construction.

Là où, je trouve, le récit gagne encore plus en intérêt c’est dans la construction de son univers ainsi que par les thématiques qui sont soulevées. Le récit ainsi, en plus d’offrir une histoire prenante, entraînante et surprenante, construit aussi quelque-chose de soigné, d’impressionnant, de brillant et d’intelligent. Que ce soit dans la construction de ce futur, de cette terre à l’agonie qui a vu l’humanité s’essaimer sur des planètes, mais aussi dans la découverte des planètes que l’on visite, ou bien encore dans l’aspect politique, social ou bien technologique on sent clairement que l’auteur a longtemps travaillé sa toile de fond. J’ai trouvé qu’elle en devenait ainsi clairement vivante, vibrante et donne envie d’en apprendre plus. Surtout il offre quelque-chose de dense, de riche, mais aussi de plausible, de cohérent comme par exemple cette idée de la disparition des politiques au profit d’aspect plus terre-à-terre et économique qui n’est pas sans rappeler notre société actuelle avec contrat, dette et spéculation. Au milieu de tout cela, bien entendu il s’est développé des systèmes « mafieux » qui profitent du système pour s’enrichir. Franchement on a là un univers qui est travaillé dans les moindres détails, mais qui, surtout, arrive à rester cohérent et à ne jamais tomber dans la lourdeur, la longueur ou la contemplation. Tout s’inscrit parfaitement dans le récit, respecte le rythme et la « musicalité » du roman et m’a littéralement happé. J’adorerai retourner dans cet univers, rien que pour en découvrir plus sur certains aspects qui n’ont été qu’à peine esquissés et qui donnent envie d’en apprendre plus.

Le tout est baigné dans une atmosphère qui s’avère aussi assez dure, assez sombre, violente, âpre pour les personnages, mais aussi pour le lecteur qui découvre ce futur. La vie n’est pas toujours facile sur les planètes qui ne peuvent pas vivre les unes sans les autres. Au milieu de tout cela apparait aussi AfterLife, un système dont je ne dirai pas grand-chose pour éviter quand même de trop en dévoiler, mais qui a d’une certaine façon permis d’unifier une grande majorité de la population en offrant une chance de résurrection. Le côté technologique est aussi très intéressant dans son évolution, son apport, sa crédibilité. Tout parait plausible, réaliste. Mais la grande force du récit est d’arriver à amalgamer tout cela pour offrir quelque chose de riche et fascinant. Et au milieu de tout cela Roger Levy vient ainsi nous questionner, nous offrir quelques réflexions très intéressantes et surtout efficaces. Déjà en premier lieu il nous propose tout du long une thématique très intéressante sur l’homme, ses forces, ses faiblesses, sa capacité à s’unir tout en arrivant parfois à tout détruire, sa capacité à construire et à avancer, évoluer, tout en refaisant les mêmes erreurs. En plus de cette thématique, il nous fait aussi réfléchir sur la notion de réseaux sociaux, son importance dans la vie, mais aussi sur des sujets sur la religion, la foi, la peur et tout ce qui peut en découler. Le plus fascinant, je trouve, c’est que finalement il ne donne jamais son avis, il construit un récit, apporte des questions, que le lecteur soulève, ou pas s’il n’en a pas envie, et laisse à chacun se faire ses propres conclusions. Il évite ainsi clairement le côté « moralisateur » pour amener une réflexion plus ciselée et intelligente à mon goût, qui repose clairement sur un travail de construction, d’imagination et d’extrapolation franchement captivant.

Concernant les personnages, on sent qu’il y a un vrai travail de caractérisation sur chacun d’entre eux, pour nous offrir des protagonistes attachants, soignés et qui ne manquent pas, je trouve, de marquer le lecteur. J’ai une petite préférence, toute personnelle, pour Alef qui s’avère un héros clairement ambigu, à la fois un génie, mais aussi qui a du mal à s’intégrer socialement. On va découvrir au fil des pages un personnage complexe, riche, d’une certaine façon poignant et attachant, que j’ai trouvé fascinant dans son évolution et ses changements, avec ses forces, ses doutes et ses faiblesses. Son amitié avec Pellonhorc est aussi intéressante dans sa construction et son développement et surtout l’impact qu’elle aura. On a là deux héros charismatiques, prenants et dont on suit les aventures avec l’envie d’en apprendre plus. Concernant les différents personnages que l’on suit sur Bleak, eux aussi ne manquent pas d’attraits, tout en finesses et en mystères, s’avérant denses, complexes et donnant envie au lecteur d’en apprendre plus. Que ce soit Razer, Bale ou Tallen ils arrivent à nous captiver assez rapidement, même si, toujours d’un point de vue personnel, ils m’ont un chouïa moins marqué. Concernant les personnages secondaires, là aussi on sent que l’auteur ne laisse rien au hasard, construisant des seconds rôles plus que solides et efficaces.

Je pense que je vais arrêter là, comme vous avez dû le comprendre j’ai passé un excellent moment de lecture avec ce roman, sûrement l’une des meilleures de l’année pour le moment. Après si vous voulez continuer à en parler, n’hésitez pas à commenter. Alors oui, on pourrait peut-être reprocher une fin qui va un chouïa rapidement, une ou deux transitions légèrement concises, mais franchement ces quelques points s’effacent très vite devant la qualité de ce roman, je trouve. La plume de l’auteur est d’une grande richesse, prenante, complexe, jouant avec la langue (ce qui peut surprendre si vous lisez peu en Anglais) et créant un récit intelligent, stimulant, entraînant, percutant et efficace. Je vais arrêter d’aligner les adjectifs, franchement si les cyber-thriller ne vous dérangent pas (et si jamais une publication est un jour prévu en VF car vous ne lisez pas en VO) alors laissez au moins une chance à ce roman et venez me dire ce que vous en avez pensé. Pour information, le roman est en plein crash test dans les mains de la Marmotte, pourtant peu lectrice de SF et surtout de thriller.

En Résumé : J’ai passé un excellent moment de lecture avec ce roman qui nous plonge dans un cyber-thriller terriblement efficace, passionnant et surprenant tout en sachant être intelligent et dense. Franchement cela faisait longtemps que je n’avais pas été autant bluffé par le mystère grâce auquel les deux lignes d’intrigues se rejoignent, dans la façon dont les éléments s’emboîtent de façon surprenante à tel point que je ne l’ai pas vu venir. Le tout est construit sur un rythme plutôt posé, mais terriblement efficace avec une tension latente tout du long qui sait quand monter en intensité. L’univers construit avec cette humanité qui s’est essaimée dans l’espace suite à l’agonie de la Terre, s’avère d’une grande richesse, soigné et maîtrisé dans les moindres détails que ce soit politiques, technologiques ou bien encore sociaux. Surtout l’auteur ne donne jamais l’impression de se complaire dans sa construction ou de trop en faire ce qui aurait pu provoquer longueurs, voir lourdeurs, non, tout s’intègre parfaitement dans le récit. Les thématiques soulevées s’avèrent très intéressantes et efficaces, que ce soit sur l’Homme, la religion, la peur, la foi et d’autres encore. Surtout il le fait sans imposer de point de vue, sans se révéler moralisateur, laissant au lecteur se faire ses propres réponses aux questions soulevées. Les personnages se révèlent passionnant à découvrir et à suivre, s’avérant complexes, denses et soignés, évitant clairement tout manichéisme. Le tout est porté par une plume magnifique, d’une grande richesse, qui joue avec la langue et les néologismes et il a construit un récit que j’ai vraiment eu du mal à lâcher et que j’ai savouré du début à la fin. Je ne me permettrai jamais de vous dire que vous allez aimer, mais franchement si vous pouvez le lire, ou si jamais une sortie VF se fait un jour laissez lui au moins une chance.

 

Ma Note : 9/10

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  1. Intrigue prenante, personnages complexes, thèmes intéressants sans moralisation… Ta critique m’a carrément donné envie de lire le bouquin, que je viens de rajouter à ma wishlist, merci ! 🙂

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