Tout au Milieu du Monde – Julien Bétan & Mathieu Rivero & Melchior Ascaride

Résumé : Un village prospère dont la relique sacrée pourrit. Un chamane vieillissant, qui n’attend plus ni visions ni voyages. Un espoir de sauver son peuple de la malédiction ; un ossuaire mythique, où vont mourir les géants. Pour le trouver, de bien étranges sentiers, à la lisière de la magie et du rêve.

Edition : Les Moutons Electriques

 

Mon Avis : La maison d’édition Les Moutons Electriques outre offrir d’offrir une ligne éditoriale intrigante, est aussi connue pour la qualité graphique et technique des ouvrages qu’elle propose. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que Melchior Ascaride, qui s’est associé ici avec les auteurs Julien Bétan et Mathieu Rivero, ait gagné le prix Imaginales 2016 dans la catégorie Illustrations pour l’identité graphique de l’éditeur. Par conséquent, quand ils ont commencé à faire la promotion de ce court roman graphique, j’ai été rapidement intéressé par découvrir ce petit OVNI littéraire qui a donc rapidement terminé dans ma PAL. Après quelques mois à trainer dans ma bibliothèque j’ai enfin décidé de lui laisser une chance.

Ce roman graphique nous plonge ainsi au milieu de la tribu des Yeravas dont la relique, une dent sacrée, est en train de mourir ce qui annonce de graves problèmes. Pour remédier à cela le vieux chaman, Amouko, décide de partir dans une longue quête avec son apprenti, Ushang, et une guerrière, Soha, pour trouver une nouvelle relique et ainsi sauver la tribu. L’histoire peut paraître assez convenue et déjà-vue, pourtant cela ne l’empêche pas de se révéler plus que solide, efficace et entraînante. Il faut dire que le travail de plume des auteurs y contribue énormément, offrant à la fois un récit qui se révélera rapidement captivant et envoutant, le tout porté par une poésie et un rythme incisif qui pousse alors le lecteur à tourner les pages pour en apprendre plus. Oui, on est clairement dans un voyage initiatique avec toutes les découvertes, réflexions et stéréotypes que cela peut amener, mais voilà le récit arrive à s’extirper de ce carcan classique pour y trouver sa propre voix, sa propre originalité et, sans non plus offrir un récit révolutionnaire, proposer une histoire qui ne laisse pas indifférent l’imagination du lecteur, même si j’y reviendrai aussi plus tard, car cela a aussi des défauts. On se retrouve ainsi rapidement captivé par une certaine beauté qui se dégage de la narration et du style du récit.

L’un des points forts du récit vient clairement de l’univers qui est construit tout du long. On plonge ainsi dans une Fantasy protohistorique qu’on ne voit pas souvent. Un univers qui vient mélanger le monde réel avec le monde des esprits, qui nous présente un bestiaire étrange, dérangeant, fascinant et percutant. Il y a aussi une vrai aspect mystique, que ce soit sur la notion de dent, comme tout ce qui tourne autour de cette quête de chacun des héros, qui gagne en intérêt au fil des pages et apporte un vrai plus au livre. Le récit vient aussi nous offrir quelques réflexions intéressantes, comme sur la notion de temps qui passe, sur l’âge aussi et le fait de passer le flambeau, mais aussi par conséquent la jalousie que cela peut amener de se voir remplacer, ou bien encore sur la notion de place dans la société et les nombreux points de vue et les différends que cela peut apporter. L’ensemble offre une ambiance à la fois saisissante, très réussie et prenante, surtout que l’univers ne repose pas que sur ce qui est présenté, mais aussi sur les nombreux non-dits qui pousse le lecteur à imaginer par lui-même. Un univers qui nous fait voyager dans des lieux à la fois magnifiques et sombres, au pouvoir visuel saisissant, il est vrai, parfaitement porté par le travail graphique qui l’accompagne.

Car oui, on s’en doute un peu, mais l’auteur point fort de ce roman vient de toute la construction graphique de Melchior Ascaride qui ne vient pas seulement apporter une image du récit, mais vient aussi le porter, lui apporte un vrai plus, une vraie densité supplémentaire. Les dessins sont très réussis, soignés et le tout accentué par un travail avec peu de couleurs qui rend l’ensemble, je trouve, simple, épuré et par là encore plus marquant visuellement. C’est clairement le mélange entre le travail graphique et le texte, cette cohésion, cette complémentarité, sans que l’un ne prenne le pas sur l’autre, qui offre une richesse supplémentaire au livre, le texte racontant tout autant que les images. Alors après j’avoue, pourtant, quelques défauts se font quand même légèrement ressentir. Le premier vient des personnages qui, pour ma part, m’ont quand même paru manquer de profondeur. Certes on est plus le récit court, entraînant et percutant, mais voilà c’est frustrant surtout vis-à-vis de Soha qui, je trouve, aurait mérité d’être un peu plus développée. Enfin, je dois aussi admettre qu’une fois la dernière page tournée, même si je me suis laissé facilement porté par ce récit, il y a un léger sentiment de trop peu. Que ce soit au niveau de l’intrigue comme de l’univers, il y avait la place a tellement plus. Je ne parle pas ici du sentiment que peut provoquer un livre de nous rappeler, mais plus un léger sentiment que le livre a trop voulu aller à l’essentiel. Rien de trop bloquant non plus, tant ce livre offre une plongée fascinante et entraînante dans son univers et ses mythes à travers une quête qui ne manque pas de surprises.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman graphique, un peu OVNI littéraire, qui offre une histoire qui, certes, parait classique dans les grandes lignes, mais qui arrive à trouver sa propre voix. La plume des auteurs, Julien Bétan et Mathieu Rivero, y joue déjà un grand rôle, proposant un style soignée et envoûtant qui offre au récit une certaine poésie qui fait qu’on se laisse porter par les aventures des protagonistes. L’univers construit, ne manque pas de se révéler attrayant, proposant une Fantasy protohistorique offrant une certaine richesse en jouant sur ce qui est présenté mais aussi sur les non-dits, tout en offrant quelques réflexions intéressantes. Mais surtout ce qui le rend encore plus dense c’est le travail graphique qui vient clairement cohabiter avec le texte. Illustré par Melchior Ascaride, proposant un travail épuré, il se révèle franchement réussi et marquant. C’est cette cohésion entre l’aspect graphique et le récit qui rende l’objet très réussi. Alors après je regretterai tout de même un certain manque de profondeur dans les personnages ainsi qu’un sentiment de trop peu une fois la dernière page tournée, mais au final rien de trop bloquant tant l’ensemble a réussi à me captiver.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : Ours Inculte, Boudicca, Au Pays des Cave Trolls, Xapur, Le comptoir de l’Ecureuil, Elhyandra,  …

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  1. Il faudrait que j’y jette un oeil !

    • Je pense qu’il mérite d’être découvert. N’hésite pas à venir me dire si tu t’es laissée tenter et ce que tu en as pensé.

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