Vigilance – Robert Jackson Bennett

Résumé : The United States. 2030. John McDean executive produces « Vigilance, » a reality game show designed to make sure American citizens stay alert to foreign and domestic threats. Shooters are introduced into a « game environment, » and the survivors get a cash prize.
The TV audience is not the only one that’s watching though, and McDean soon finds out what it’s like to be on the other side of the camera.

Edition : Tor

 

Mon Avis : Robert Jackson Bennett est un peu devenu en quelques mois un auteur que je suis avec attention. Pourtant, j’avoue que le premier roman que j’avais découvert de lui, Mr Shivers, même s’il restait sympathique, m’avait paru plutôt bancal (ma chronique ici). Pourtant depuis l’auteur m’a largement convaincu, que ce soit dans sa plongée dans le fantastique angoissant avec American Elsewhere, comme dans la Fantasy avec City of Stairs, premier tome de sa série The Divine Cities dont j’ai les tomes deux et trois dans ma PAL. Pour vous dire à quel point j’ai accroché à l’auteur, j’ai aussi fait entrer Foundryside dans ma PAL, la nouvelle trilogie de l’auteur qui a l’air d’avoir de très bons retours. Pour revenir à cette novella, Vigilance, j’avoue que j’ai aussi été rapidement  convaincu par le quatrième de couverture, qui s’avérait accrocheur dans sa thématique et dont j’avais hâte de voir ce qu’allait proposer l’auteur.

Ce roman nous plonge dans un futur assez proche, aux alentours de 2030. Le dérèglement climatique a obligé de nombreux pays à s’adapter, seuls les USA continuent à avancer en se souciant peu de l’avenir lointain et des conséquences. Enfin, avancer, c’est un bien grand mot, pour résumer, les gens les plus intelligents ou bien ceux qui ont peur et qui peuvent se le permettre ont quitté les pays, ne reste plus que ceux qui ne peuvent pas fuir et les « vrais américains ». Au milieu de ce marasme une émission de télé est sortie du lot : Vigilance. En effet suite à la diffusion en streaming sur les réseaux sociaux d’une tuerie de masse, les médias se sont rendu compte, premièrement, de l’effet libérateur de ce genre de diffusion, et de deux, que cela pouvait bien entendu rapporter énormément d’argent, surtout avec les publicités ciblées. Vigilance c’est simple, trois candidats sont sélectionnés ils ont un « budget » à dépenser en armes ou avantages, puis sont dispersés dans un lieu sélectionné au hasard et doivent faire le maximum de victimes. En face des innocents, qui ne sont même pas au courant, doivent survivre voir se défendre, justifiant aussi au passage la loi permettant le port d’arme et rappelant aux spectateurs la menace des « Autres ». Alors, vous l’aurez compris, cette novella est très portée sur la notion politique, reprenant de nombreuses questions brûlantes actuellement aux Etats-unis, encore plus depuis l’arrivée au pouvoir du président Trump.

Le soucis avec un texte qui se veut fortement politique et d’arriver à trouver le juste milieu entre accrocher son lecteur, mais aussi ne pas tomber dans l’extrême, de vouloir trop en faire dans le message proposé ou encore à travers la façon dont sont présentés les arguments. C’est un vrai travail d’équilibriste, pour éviter de tomber dans un récit un peu trop arrangeant, un peu trop marteleur dans sa construction. Ici l’auteur, avec ce texte de moins de 200 pages, s’en sort parfaitement bien, nous offrant ainsi un futur qui ne manque pas de se révéler accrocheur, glaçant, mais surtout qui ne manque pas de cohérence et reste plausible. Certes on pourrait tiquer sur la rapidité du changement (2030 arrivant vite), mais franchement là je ne fais que chipoter tant les informations actuelles font parfois froid dans le dos et donnent l’impression qu’on pourrait, dans d’infimes chances, basculer vers cet avenir. Ainsi dans la construction de cette toile de fond, dans la présentation de ce pays où la soit-disant liberté d’expression en devient totalitaire et sélective, ou le port d’arme est un droit et une nécessité pour se défendre devant une menace de plus en plus floue, où le divertissement est nécessaire même si c’est au profit des autres, l’auteur propose quelque-chose de complexe et qui ne manque pas de s’avérer soigné et riche. Les USA deviennent ainsi un pays qui a perdu de sa puissance, qui n’est plus le « colosse » qu’il a été, mais personne ne veut l’admettre. L’aspect futuriste ne manque pas non plus d’attrait que ce soit dans sa construction technologique, comme dans la vision qu’il propose. Le tout est porté par une ambiance et une atmosphère oppressante, étouffante, tendue qui monte en tension au fil des pages, de l’arrivée du show et de tout ce que cela va entraîner comme conséquence.

La construction du récit se base ainsi sur une double narration qu’on pourrait croire complètement déconnecté, la première étant celle d’une serveuse, Delyna, dans un bar et la seconde étant celle du producteur de l’émission Vigilance, John McDean. Cette construction permet ainsi d’une certaine façon d’offrir des points de vue différents, aussi bien à l’intérieur de l’émission qu’à l’extérieur auprès du public. On se rend rapidement compte que chacun d’entre eux est loin d’être manichéen, que ce soit Delyna comme John il n’y a pas de gentil ou de méchant, il y a juste deux personnes qui ont deux visions de la vie complètement différentes. L’une cherchant simplement à s’en sortir et à pouvoir vivre et profiter de sa vie, mais qui a peur de l’évolution du monde autour d’elle, là où l’autre ne cherche finalement que son bien-être personnel et cela passe par la réussite d’une émission qui lui permet de s’enrichir et de profiter de nombreux avantages. Il y a aussi obligatoirement une critique sociale qui se dégage des différents personnages rencontrés, que ce soit les héros principaux comme les secondaires, mais aussi une sorte d’aveuglement d’un peuple entier. Vigilance en devient ainsi le centre d’intérêt d’un pays qui ne se rend plus compte que les autres pays autour de lui évoluent aussi, que le monde évolue. D’une certaine façon ils s’enferment sur eux-mêmes dans un passé qui n’existe plus, accentuant des tensions qu’ils considèrent comme légitimes.

Le gros point fort du récit vient bien entendu de la vision dystopique qu’il propose et des réflexions et réactions que cela peut amener. Certes l’auteur pousse loin son idée, pour autant elle reste réaliste et on se retrouve à se poser des questions sur l’avenir, les armes et leurs utilisations, sur la façon dont nous voyons et traitons les autres, les différences de classes, le racisme, sur la notion de divertissement, de vérité, de mensonge, de pouvoir des médias, mais aussi finalement sur la façon dont on peut modifier, réécrire certaines choses. On se retrouve aussi à réfléchir sur l’influence de la technologie, mais aussi surtout sur la façon dont on s’en sert, ce qu’on cherche à en tirer en bien comme en mal. Le récit nous montre aussi comment les médias peuvent, et surtout savent, influencer le spectateur, l’amener à croire ce qu’il a envie de croire, comme qui dirait le « caresser dans le sens du poil », grâce aux données qu’il laisse et qui fait qu’il est maintenant cartographié. Ainsi le spectateur moyen est référencé, catalogué et on n’a plus qu’à répondre à ses attentes. Alors certes, on est dans une vision très américaine, avec une liberté poussée à son paroxysme dont celle de posséder un port d’arme, mais aussi dans cette vision de « vigilance » ; de citoyens qui se forment naturellement pour ainsi éliminer la menace. Pour autant cela pourrait tout aussi bien arriver n’importe où qui sait. D’une certaine façon l’auteur offre un récit coup de poing, incisif, frappant qui amène et extrapole de façon logique des réflexions actuelles le tout dans un avenir ou la violence est devenue banalisée au point d’en créer des émissions qui en deviennent un défouloir.

Pour autant j’avoue que un ou deux points m’ont quand même légèrement frustré, même si rien de bien méchant. Il y a un aspect international qui est intéressant, mais  dont certains points restent trop flous, mais dont je ne peux rien dire sans trop en dévoiler. Enfin la conclusion, même si elle m’a accroché sur sa révélation et cette façon de dire que les USA, a force de se croire au centre du monde, oublient de regarder autour d’eux, elle avait aussi quelques défauts. En effet j’ai ainsi trouvé qu’elle utilisait des ficelles un peu grosses et parfois faciles pour amener son retournement de situation, et aussi elle tombait peut-être un chouïa, dans son dernier dialogue, dans le verbeux. Maintenant franchement rien de très dérangeant, tant j’ai été rapidement happé par ce récit, son côté percutant qui ne m’a pas laissé indifférent et m’a captivé du début à la fin. La plume de l’auteur est simple, efficace et nous plonge assez facilement dans son récit.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman incisif, coup de poing qui nous offre une vision futuriste des USA glaçante, captivante et qui ne laisse pas indifférent. En effet dans un futur pas si lointain et en crise, climatique principalement, est apparu un jeu TV de tuerie de masse qui bat des records d’audience. La construction de cet avenir s’avère plus que solide, plausible et réussi, l’auteur construisant ainsi une toile de fond qui ne manque pas de se révéler riche et complexe. L’aspect technologique est aussi très intéressant à découvrir, amenant là aussi son lot de réflexions. La grande force du récit vient bien entendu des nombreuses thématiques et questions soulevées que ce soit sur les armes, la vision que l’on a des autres, le racisme, les différences de classe, la liberté d’expression, la politique mondiale ou encore les médias et le tout est amené de façon efficace et intéressante, ne tombant jamais dans l’extrême facile je trouve. La double narration avec une personne à l’extérieur du jeu et l’autre le producteur du jeu, permet ainsi d’offrir différent point de vue et de se rendre que finalement il n’y a pas de grand méchant ou de super gentil, simplement différentes personnes ayant des points de vue opposés, certains cherchant à vivre tranquillement là où d’autres s’enrichissent avec l’émission certes de faon totalement cyniques. Je regretterai juste certains aspects un peu flous, ainsi qu’une conclusion qui, certes est percutante, mais possède quelques ficelles faciles et un côté un chouïa trop verbeux. Maintenant rien de bloquant tant le récit m’a captivé du début à la fin, faisant froid dans le dos et porté par une plume incisive et efficace.

Ma Note : 8/10

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  1. Chronique aussi accrocheuse que le thème de ce court roman, voilà qui donne férocement envie de se plonger entre ces pages. Les thèmes me parlent énormément. Effectivement, délicat de se lancer dans des dénonciations politiques en gardant un bon équilibre du récit. Cela semble être une réussite ici, je prends !

    • Merci, en tout cas j’espère que cette novella te plaira autant qu’à moi si tu la lis.
      N’hésite pas d’ailleurs à veni me dire ce que tu en auras pensé.

  2. je crois que je vais te suivre sur ce coup!
    Le tout me tente beaucoup!

    • Franchement je ne peux que te le conseiller et te souhaiter une bonne lecture.
      J’espère en tout cas qu’il te plaira, n’hésite pas à venir me dire ce que tu en as pensé.

  3. Oh voilà qui est intéressant, je l’ajoute à ma liste des livres à lire en anglais… un jour ^^

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