Binti, Book 1 – Nnedi Okorafor

Résumé : Her name is Binti, and she is the first of the Himba people ever to be offered a place at Oomza University, the finest institution of higher learning in the galaxy. But to accept the offer will mean giving up her place in her family to travel between the stars among strangers who do not share her ways or respect her customs.
Knowledge comes at a cost, one that Binti is willing to pay, but her journey will not be easy. The world she seeks to enter has long warred with the Meduse, an alien race that has become the stuff of nightmares. Oomza University has wronged the Meduse, and Binti’s stellar travel will bring her within their deadly reach.
If Binti hopes to survive the legacy of a war not of her making, she will need both the gifts of her people and the wisdom enshrined within the University, itself – but first she has to make it there, alive.

Edition : Tor

 

Mon Avis : Il y a peu j’ai découvert Qui a Peur de la Mort de Nnedi Okorafor qui m’avait offert un excellent moment de lecture à travers un récit engagé, maîtrisé, marquant, percutant, avec des personnages humains et qui ne laissaient pas indifférent. Il était donc logique que je me laisse tenter par d’autres écrits de l’autrice, qui plus est en sachant qu’elle était une invitée des dernières Imaginales. J’ai donc jeté mon dévolu sur le premier tome du cycle Binti qui avait globalement d’excellents retours anglophones, qui a gagné un prix Nebula et Hugo dans la catégorie Novella, mais qui par contre a connu quelques retours un peu plus mitigés pour ceux qui l’ont lu en France. J’ai ainsi décidé de lui laisser une chance et de me faire mon propre avis de ce premier tome.

Cette novella nous fait ainsi découvrir Binti, du peuple des Himba, qui est un peuple très traditionnel, ce qui fait qu’ils n’ont jamais quitté leurs terres. La jeune fille va ainsi aller à l’encontre des traditions, en effet, étant potentiellement un génie en mathématiques, elle a reçu le droit de d’étudier à l’université Oomza, l’université la plus côté de l’univers. Sauf que ce voyage ne sera pas de tout repos, entre déracinement, différence et l’attaque d’un peuple alien les Méduse, rien ne va se révéler facile pour elle. Je dois bien admettre qu’une fois la dernière page de cette novella tournée, je ne ressors pas complètement convaincu par ma lecture. Je ne dis pas qu’elle est mauvaise, loin de là, mais j’avais l’impression d’avoir entre les mains un diamant brut non taillé. Ce que j’entends par là c’est que l’ensemble m’a donné le sentiment que, oui, il y a beaucoup de potentiel dans ce récit, mais que le traitement proposé et la construction font qu’il n’est pas franchement exploité ce qui est dommage. Il faut dire que le format d’à peine plus de 90 pages n’aide pas Nnedi Okorafor à pleinement développer son récit ce qui est dommage, car cela m’a en partie frustré durant ma lecture.

Le potentiel le plus intéressant, selon moi, de ce récit vient de l’univers que construit l’autrice. Certes dans les grandes lignes il parait assez classique, avec ce monde futuriste, où les voyages dans l’espace existent, où l’humanité parait s’être essaimé et où une grande guerre fait rage et ne parait jamais franchement trouver la paix. C’est pourtant dans les détails que l’ensemble gagne, je trouve en intérêt, principalement dans ses notions culturelles, technologiques ou encore sociaux. Concernant l’aspect qui tourne autour de la guerre là aussi il y a de bonnes idées avec ses Méduse et leurs background, évitant de tomber dans le binaire et voulant construire une « race » plus complexe. Il y a aussi cet aspect de science un peu magique principalement dans la façon dont Binti maîtrise les mathématiques. On sent clairement que Nnedi okorafor a énormément d’idées et d’envie du point de vue de cet univers, qu’elle cherche a offrir quelque-chose de riche et d’imaginatif, avec toujours en toile de fond des réflexions sur la différence, la façon dont nous traitons les autres, dont nous nous permettons de les juger car nous ne les comprenons pas. Sauf que voilà, tant de richesse, dans un format aussi court, donne plus une impression d’esquisse à cet univers et surtout offre aussi un sentiment de précipitation dans sa construction.

Concernant les personnages, seule Binti sort du lot, ce qui est plutôt logique avec un texte de moins de 100 pages où les personnages secondaires défilent finalement assez vite pour des raisons que je vous laisse découvrir. Concernant l’héroïne je l’ai trouvé intéressante à suivre et à découvrir, principalement à travers le voyage qu’elle va mener, le dépaysement que cela va créer, le déracinement qu’elle vit, mais aussi les différences qui vont apparaitre avec les autres, principalement vis-à-vis de ses traditions. On découvre ainsi une jeune fille attachante, charismatique, humaine, qui sait ce qu’elle veut, mais qui ne manque pas d’avoir peur, de ne pas savoir si elle fait les bons choix, qui cherche finalement à trouver sa voie dans un monde qu’elle appréhende et qu’elle ne maîtrise pas. Elle va ainsi devoir avancer, évoluer et faire des choix en fonction de sa vision du monde. Ce qui est dommage c’est que finalement, comme je l’ai dit, il n’y ait pas à minima un autre protagoniste plus travaillé pour « soutenir » Binti. Les Méduse arrivent à sortir un peu du lot, leur construction permettant ainsi d’offrir une race alien un chouïa plus complexe, même si là encore c’est trop esquissé pour faire ressortir un personnage marquant.

Finalement le gros défaut de ce texte c’est d’avoir potentiellement un roman entre les mains et d’en avoir fait une novella aussi courte. Cela donne ainsi une impression que tout est traité trop rapidement, avec des résolutions un peu précipitées. On a à peine amené une situation qu’il faut tout résoudre, tout chambouler et amener la suivante. Cela se ressent par exemple aussi sur la notion de différence, l’héroïne se sentant au début à l’écart des autres et pourtant cinq pages plus loin elle s’est faite plein d’amis comme par magie. C’est frustrant, car cela donne l’impression de manquer de complexité, parait un peu improbable et se ressent durant tout le texte. Enfin, j’ai trouvé la conclusion du récit beaucoup trop facile. Alors je ne vais rien dire pour ne pas spoiler, mais j’ai trouvé cela trop happy-end avec surtout une impasse qui est faite par le récit sur certaines conséquences des actes des uns et des autres. Limite tout le monde se tombe dans les bras et s’embrassent en disant « on oublie tout, acceptons-nous ». Certes c’est un message d’espoir, il plaira peut-être, mais pour ma part je l’ai trouvé trop simpliste et légèrement improbable en l’état. La plume de l’autrice est fluide, entraînante et efficace je trouve. Comme je l’ai dit Binti est une novelle avec du potentiel, beaucoup de choses à raconter, mais qui manque d’espace pour le faire. Le récit aurait gagné à être plus long et plus complexe. D’habitude je vous aurai dit que j’arrête là avec cette série, mais une longue discussion avec Nnedi Okorafor fait que je vais donner une chance au second tome de cette série.

En Résumé : J’avoue, je suis ressorti de ma lecture légèrement circonspect, ayant l’impression d’avoir entre les mains un texte qui ne manque pas de potentiel, mais à la réalisation et à la construction frustrante. L’univers est l’un des points intéressants du récit, certes classique dans les grandes lignes, mais qui gagne en intérêt avec ses notions culturelles, sociales et technologiques. La guerre avec les Méduse évite le côté un peu binaire que pourrait amener ce genre de conflit. Binti est une héroïne intéressante, charismatique, humaine avec ses forces et ses faiblesses et qui doit évoluer dans un monde qui ne la comprend pas forcément et qu’elle ne comprend pas complètement. Elle va devoir ainsi évoluer faire des choix. Ce qui est dommage c’est que tous les personnages qui gravitent autour d’elle manquent de force alors qu’il aurait été intéressant, je trouve, d’en avoir un autre qui puisse se dégager. Maintenant le gros point faible, je trouve, du roman est d’avoir proposé un récit très riche le tout en moins de 100 pages ce qui donne une impression de précipitation et surtout une notion de facilité dans la résolutions des soucis très frustrantes. Ajouter à cela une conclusion un peu trop happy-end où limite tout le monde se tombe dans les bras oubliant tout ce qu’ils s’est passé, j’avoue j’ai eu un peu de mal. C’est dommage, car avec une construction un peu plus complexe et plus de pages il y avait de quoi faire mieux. Je ne pensais pas lire la suite, mais une discussion avec l’autrice lors des dernières Imaginales a fait que je pense tout de même laisser une chance à la suite.

 

Ma Note : 5/10

 

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  1. Moins de 100 pages?! Wow. Je lisais le résumé et je me disais qu’on partait pour bien 300 ! Je pense que je serais frustrée aussi, même si tu me donnes envie de découvrir l’autrice.

    • Oui le premier tome fait 95 pages si je ne me trompe pas, le second environ 180 et le troisième un tout petit peu plus de 200 pages. Pour découvrir l’autrice, il y a d’autres romans dont l’excellent, selon moi, Who Fears Death.

  2. Mais oui c’est exactement ça ! J’ai lu tellement de louanges de cette série parmi les lecteurs anglophones que je me suis sentie un peu coupable de ne pas l’avoir apprécié autant qu’il le méritait, mais les ellipses m’ont vraiment embêtées. En particulier [SPOILER] le fait qu’elle devient si facilement alliée et surtout amie avec ceux qui ont tué tous les passagers de son vaisseau. A partir de là je n’ai pas pu la voir autrement que comme une héroïne sans cœur, ce qui ne collait pas du tout au reste de l’histoire, au point de me demander si j’avais raté un passage ! Il y a beaucoup de qualités mais elles résonnent peut-être mieux pour un lecteur afro-américain – j’ai notamment trouvé très touchant la façon dont Binti hésite entre honte et fierté de sa culture. Mais tout ça méritait mieux et plus de pages !

    • C’est un peu le soucis du format court qui empêche de développer de nombreux point dont celui que tu cite en Spoiler ou encore la conclusion trop facile à mon goût. Après, oui, je pense que le texte résonne autrement en fonction du lecteur, mais je pense surtout qu’il y a aussi un décalage entre le public anglo-saxon et nous (même si je trouve que cela a tendance à s’équilibrer) où il se laissent facilement tenter par des récit fun et entrainants où le message un peu « percutant » marque. Ils donnent moins l’impression de chercher la construction mais plus l’effet, là où en France ceux qui lisent en VO ont une recherche différente.

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