Bertram le Baladin – Camille Leboulanger

Résumé : Il y avait un temps où l’on savait écrire, et surtout où l’on savait créer le plus miraculeux des matériaux : le papier. Cependant, le secret de sa fabrication s’est depuis longtemps perdu. Désormais, des centaines de Musiciens parcourent les Terres Hautes, indifférents aux limites des domaines et des fiefs, pour récolter des histoires. Bertram le Baladin, célèbre musicien de la Guilde, a perdu son luth – ou plutôt, on le lui a dérobé. Bien décidé à le retrouver, il est contraint de s’associer avec une femme, Sans-Nom, témoin du larcin. C’est ainsi que l’étrange duo part en quête du luth, dans un monde où la magie réside dans toutes les histoires : ragots, chansons ou légendes.

Edition : Critic

 

Mon Avis : J’ai découvert Camille Leboulanger il y a maintenant 6 ans déjà avec la publication de son premier roman : Enfin la Nuit. Il s’agissait d’un roman post-apocalyptique qui m’avait offert un bon moment de lecture, cherchant principalement à nous faire réfléchir sur notre société et sur nous-mêmes, plus qu’à offrir de l’action et de la sauvagerie (ma chronique ici). Je l’admet, depuis tout ce temps, je pensais que l’auteur s’était un peu éloigné de l’écriture et ce fut donc une petite surprise que de voir les éditions Critic annoncer la publication de son nouveau roman il y a quelques semaines. J’ai été rapidement intrigué par le quatrième de couverture et par conséquent, quand Babelio a proposé ce roman dans son dernier masse critique j’ai décidé de tenter ma chance et eut la chance d’être sélectionné. Je remercie donc Babelio et les éditions Critic de m’avoir permis de découvrir ce livre. Concernant la couverture, illustrée par Alain Brion, je la trouve très sympathique.

Ce roman nous propose ainsi de suivre la quête de Bertram le Baladin, célèbre membre de la Guilde des Musiciens qui s’est fait voler son Luth. Il s’agit d’un instrument rare et primordial, car cela lui permet de partager et de faire vivre et voyager les histoires et légendes dans un monde où l’on a oublié le secret du papier. Aidé de Sans-Nom, une femme qui sait qui sont les voleurs, ils partent ainsi le retrouver. Une fois la dernière page tournée, je dois bien admettre que j’ai passé un bon moment de lecture, même si j’attendais quand même un petit peu plus sur certains aspects. Comme avec son premier roman, Camille Le Boulanger nous offre un récit, monté pour moi en trois actes, qui ne repose pas franchement sur son intrigue principal, mais plus sur ce qu’il va développer autour et sur une plume qui est superbe et entraînante. On découvre ainsi un livre qui cherche à mettre en avant la notion de conte, mais aussi la musicalité du récit pour sonner à l’oreille du lecteur. Le démarrage est peut-être un peu lent, prenant trop son temps avec des détails qui ne paraissent pas toujours utile, mais peu à peu je me suis laissé porter par ce conte qui nous est présenté qui devient de plus en plus prenant et captivant, principalement dans son ambiance. On est ainsi clairement dans un récit plutôt intimiste, centré sur les personnages, qui ne cherche pas la folie des grandeurs au profit d’une atmosphère plus poétique et humaine. Par conséquent si vous cherchez des récit énergique et sans temps morts, il vaut mieux passer votre chemin.

Ce qui fait la grande force du récit c’est clairement la plume de l’auteur qui s’avère dense, soignée, entraînante et lyrique. C’est clairement ce travail sur les mots et la construction qui a fait que, pour moi, ce récit a fonctionné, proposant ainsi des images à la fois saisissante, fascinante et de toute beauté. Il offre aussi un travail intéressant sur la musique, arrivant à trouver les mots juste pour retranscrire toutes les émotions que les baladins cherchent à faire passer. Sans non plus trop en faire, il parvient à nous faire entrer dans son histoire et à nous faire vivre et partager cette musique qui traverse le roman. L’univers en soit ne manque pas non plus d’attrait, même s’il peut paraitre simpliste. On est clairement dans une époque type médiévale, un monde ou il est devenu impossible de créer du papier et où la notion de communication passe exclusivement par les baladins. Cela a pour conséquence de ramener le partage, le mot et le langage en avant, mais aussi d’offrir à ses hommes un grand pouvoir qui a quand même pour conséquence de rendre jaloux certains. On découvre aussi un monde où le crime est loin d’avoir disparu, où l’argent a toujours son importance, où l’esclavage existe amenant ainsi des trafics sordides et où les différences sociales sont toujours présentes. Au final un univers vaste qui à la fois attire, mais aussi frustre par moment tant il parait parfois à peine esquissé, proposant énormément de détails qui sont oubliés aussi vite qu’ils sont présentés. Cela vient clairement de la narration intimiste dont j’ai parlé, qui se concentre uniquement sur l’évolution des héros oubliant parfois le reste, mais qui laisse un léger sentiment de frustration.

Concernant les personnages, l’auteur nous propose des héros qui ne manquent pas de se révéler hauts en couleurs, bien porté, c’est vrai, par des dialogues efficaces, ciselés, percutants et entraînants. On se laisse ainsi facilement porter par leurs aventures, offrant rebondissements, péripéties et révélations. Bertram est d’ailleurs un personnage qui ne manque de se révéler très intéressant dans son évolution, dans les vérités qui vont se dévoiler sur lui et qui vont le forcer à changer, à avancer. Alors certes, il n’a rien de non plus révolutionnaire et même certaines révélations le concernant sont facilement devinables, mais dans l’ensemble il donne envie d’en apprendre plus sur lui s’avérant plus que solide et soigné. Je suis un peu plus mitigé sur Sans-Nom, qui pourtant propose une héroïne que j’ai trouvé très intéressante et qui démarrait bien avec l’histoire sur nom, perd un peu de cet attrait pour devenir plus le « gros-bras » de notre héros avec tout ce que cela implique, comme par exemple cette impression qu’elle se fasse rouler rapidement. De plus, la révélation finale sur son compte m’a paru un peu balancée rapidement alors qu’il y avait peut-être plus à faire je trouve. Il y a aussi Chicots qui ne manque pas non plus, mais qui m’a paru manquer de profondeurs, ou plus précisément n’être présenté parfois que comme faire-valoir des embrouilles des héros. Concernant les personnages secondaires, ils ne manquent pas non plus d’attraits, même si je trouve un peu dommage le traitement rapide de certaines problématiques, comme celle qui tourne autour de la fille du seigneur de Strid.

Comme je l’ai dit plus haut l’intrigue n’a rien d’exceptionnelle. Attention elle n’est pas non plus mauvaise pour autant, elle s’avère convenue et plutôt linéaire dans son évolution. Cela ne l’empêche pas d’offrir retournements de situations, péripéties et surprises, mais voilà, selon moi, quelque-chose d’un peu moins conventionnel aurait pu rendre le livre encore plus intéressant. Bertram le Baladin propose ainsi une histoire dans laquelle il faut se laisser porter par la musique, mais aussi par les aventures de nos héros. Tout n’est pas parfait dans ce roman, mais pour moi il s’est dégagé quelque chose qui a fait que j’ai été rapidement happé par ce récit, nous proposant une sorte de conte et de quête, où la vérité n’est pas toujours celle que l’on croit. Un récit envoutant qui offre aussi quelques bonnes idées, bien amenée et maîtrisées, comme tout ce qui tourne autour de la Guilde et principalement de son pouvoir ou comme par exemple la naissance de Strid la ville ainsi que son évolution. Comme avec son précédent roman, il y a quelque chose qui se dégage, mais on ressort avec cette petite impression de manque, comme si le roman aurait pu être encore meilleur. Dans tous les cas un bon moment de lecture et je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

En Résumé : J’ai passé un bon moment de lecture avec ce roman qui vient nous conter la quête de Bertram et Sans-Nom, à la recherche du luth qui a été volé au baladin. L’un des gros points forts vient clairement de la plume de l’auteur, qui se révèle dense, soignée et envoutante, mais surtout la facilité avec la quelle elle nous happe et nous plonge dans l’ambiance du récit malgré, c’est vrai, une démarrage peut-être un chouïa longuet. L’auteur intérêt du récit vient clairement de la musicalité qui s’en dégage et des émotions qui y sont liés. L’auteur nous offre ainsi des scènes très prenantes et arrive à nous faire vivre et ressentir cette musique avec des mots. L’univers est intéressant à découvrir, se révélant loin d’être féérique et donne envie d’en apprendre plus, même si par certains aspects il parait aussi à peine esquissé ce qui se révèle parfois frustrant. Concernant les personnages ils ne manquent pas non plus d’attrait, même si j’avoue j’attendais peut-être plus. Autant Bertram s’avère intéressant à découvrir dans son évolution et ses révélations, Sans-Nom, elle, après un démarrage très intéressant s’essouffle un peu dans un rôle un peu figé et concernant Chicots, même s’il est intéressant à suivre m’a paru manquer un peu de profondeur. Cela ne les empêche pas d’offrir des aventures entraînantes pour autant. Autre point qui pourra déranger, l’intrigue qui, même si elle n’est pas mauvaise offrant rebondissements et surprises, s’avère convenue et un peu linéaire. Au final Bertram est surtout un roman qui happe pas son ambiance envoutante et un univers intéressant, qui offre quelques bonnes surprises, mais qui laisse tout de même un petit sentiment de manque tant le roman aurait encore pu être plus. Un bon moment de lecture dans tous les cas et je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 7,5/10

 

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  1. J’aime bien ce changement même si j’étais habituée à ton autre design. C’est bien lisible. Et puis, j’aime la simplicité! 🙂

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