Circé – Madeline Miller

Résumé : In the house of Helios, god of the sun and mightiest of the Titans, a daughter is born. But Circe is a strange child—not powerful, like her father, nor viciously alluring like her mother. Turning to the world of mortals for companionship, she discovers that she does possess power—the power of witchcraft, which can transform rivals into monsters and menace the gods themselves.

Threatened, Zeus banishes her to a deserted island, where she hones her occult craft, tames wild beasts and crosses paths with many of the most famous figures in all of mythology, including the Minotaur, Daedalus and his doomed son Icarus, the murderous Medea, and, of course, wily Odysseus.

But there is danger, too, for a woman who stands alone, and Circe unwittingly draws the wrath of both men and gods, ultimately finding herself pitted against one of the most terrifying and vengeful of the Olympians. To protect what she loves most, Circe must summon all her strength and choose, once and for all, whether she belongs with the gods she is born from, or the mortals she has come to love.

Edition : Little, Brown and Company

Edition Française : Editions Rue Fromentin

Mon Avis : Ce roman est entré dans ma PAL sur un coup de tête. J’avoue je trouve depuis longtemps un intérêt pour tout ce qui concerne les mythologies, les légendes et autres odyssées en général, avec un petit faible pour la mythologie Grec. Cela vient, je pense, du fait qu’il s’agit de la première mythologie que j’ai découverte dans ma jeunesse et qui m’a fait alors découvrir un Imaginaire différent. Il m’arrive ainsi, de temps en temps, de me laisser tenter par un écrit, un article ou autre sur le sujet. Par conséquent quand j’ai vu passer plusieurs annonces concernant ce roman, j’avoue avoir assez rapidement et facilement craqué surtout que le personnage de Circé ne manque pas de potentiel. Comme souvent, ce livre a un peu trainé dans ma bibliothèque, mais il y a peu j’ai décidé enfin de le découvrir. Concernant la couverture, j’avoue je la trouve très réussie.

Ce roman nous conte donc la vie de Circé, fille du titan Helios, dieu du soleil et de Perséis l’Océanide. Elle n’est pas une personne obligatoirement très présente dans les différents textes grecs, mais pour autant on la retrouve liée à de nombreuses légendes de la mythologie comme Scylla et Charbyde, Prométhée, le minotaure et autres, avec bien entendu, je pense, ce qui la rend si connue : sa présence dans l’odyssée d’Homer et sa rencontre avec Ulysse. Madeline Miller a donc décidé d’aller plus loin que ce qui était proposé sur elle et d’en faire l’héroïne de son roman. Il faut dire que Circé avait clairement le potentiel pour offrir tellement plus que l’image qu’elle offrait jusqu’à maintenant qui était quand même très froide. Déjà première information, il n’est pas nécessaire de connaître les mythes grecs pour lire ce livre, certes cela peut toujours apporter un plus, mais il est parfaitement lisible dans le cas contraire.

De mon côté, ce que je peux dire, c’est que j’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman, l’autrice proposant quelque-chose de franchement captivant dans le portrait qu’elle construit tout du long de Circé. Elle a vraiment réussi à proposer un récit qui m’a rapidement happé et dont j’ai eu du mal à lâcher. Après, c’est vrai je l’ai dit, je suis le public pour, appréciant la mythologie grecque, ce qui peut ne pas plaire à tout le monde, mais franchement ce livre est lisible par tous, que ce soit dans la construction riche de son héroïne, mais aussi dans ses thématiques très contemporaines et qui collent parfaitement à l’intrigue. Alors certes, on est clairement dans un récit plus psychologique, de développement et d’évolution, ce qui offre un rythme assez posé, calme, pour autant cela n’empêche pas l’ensemble d’être entraînant, efficace avec de nombreux passages qui ne manquent pas de tensions et de surprises.

L’univers s’avère finalement assez classique, Madeline Miller ne révolutionnant pas la mythologie grecque, ce qui n’était pas le but de toute façon. On y retrouve ainsi nymphes, dieux, titans, hommes, océanides, demi-dieux ou bien encore des héros. Cela n’empêche pas d’offrir une toile de fond solide à cette histoire. On sent d’ailleurs que l’autrice connait parfaitement son sujet, qu’elle a fait de nombreuses recherches, ainsi que ce soit dans la construction de son intrigue, comme dans ses personnages ou les actes de chacun, tout repose sur des « écrits » qu’elle a développé, travaillé, construit dans l’agencement de son récit. Je me suis même retrouvé à faire des recherches sur Circé, sur certains points qui m’ont fait redécouvrir finalement une partie de cette héroïne. La grande force de cet univers est finalement d’avoir un côté humain, de donner cette impression de vraiment s’insérer dans notre monde tant il y a un travail ambigu, complexe qui est mené à plusieurs niveaux. Maintenant même s’il ne manque pas de richesse, il ne reste pour autant qu’une toile de fond à son intrigue. Il s’agence parfaitement avec la construction du récit, l’évolution de Circé, mais il n’en est pas le point central.

Le gros point fort de ce récit vient, vous vous en doutez, de Circé elle-même, de la façon dont elle nous est présenté, de la façon dont elle va découvrir le monde, que ce soit dans sa partie divine comme celle mortelle avec les conséquences que cela va avoir. On va ainsi la suivre de l’insouciance de sa jeunesse, à travers sa découverte de la folie des dieux qui s’amusent avec les Hommes, jusqu’à la découverte qu’elle va faire que les femmes ne sont jamais traitées de la même façon que les hommes, ainsi que son exil, son isolement et tout ce que cela va amener comme tragédie. Il s’agit d’une héroïne extrêmement complexe, extrêmement soignée que nous propose Madeline Miller ici, que ce soit dans son évolution, dans les choix qu’elle va faire, dans la vision qu’elle propose ou bien encore à travers ses forces ou ses faiblesses. Je me suis rapidement attaché à elle, à l’envie de la découvrir, à la fois touchante, charismatique et surtout forte, même devant ses erreurs et ses souffrances. Elle devient ainsi une héroïne humaine, loin de ce que laissait montrer l’Odyssée et d’autres textes, avec des sentiments, qui doit faire face à la folie des autres, à son immortalité, sa différence et ce que cela entraîne comme conséquences, mais aussi au fait qu’elle est une femme et qu’elle n’aura jamais le respect, le pouvoir qu’ont les hommes qu’ils soient dieux ou humains.

On se situe un peu dans un récit d’apprentissage, passant de la naïve Circé toujours dans l’ombre de son père qui imagine le monde de façon binaire, toujours protégée par Hélios, et celle de la fin qui a connu tellement de trahisons, de jeux de pouvoirs, qui cherche simplement à trouver sa voie, à s’extirper de tous les filets qui l’ont enfermés durant des siècles. Elle cherche pourtant simplement à aimer et être aimé, être acceptée telle qu’elle avec ses failles et ses forces. Attention, même si Circé se dégage clairement de ce récit, cela n’empêche pas pour autant les personnages secondaires de s’avérer soignés, solides et intéressants à suivre. Principalement dans le portrait que le récit nous offre d’Ulysse par exemple. Alors certes, j’aurais aimé en apprendre plus sur certains, les voir plus développer, comme par exemple l’un de ses frères, mais rien de bloquant. Dans tous les cas le récit repose quand même en majeur partie sur Circé, sa psychologie, son côté émotionnel, son évolution, cela pour peut-être en déranger certains et surtout si vous n’accrochez pas à l’héroïne vous risquez de ne pas accrocher au roman.

L’autre point fort vient clairement des nombreuses thématiques que soulève ce récit et principalement, comme il parait logique, de la position de la femme, aussi bien à travers Circé, mais aussi de sa sœur Pasiphaé qui le fait d’une toute autre façon. Elles doivent ainsi se battre pour continuer à exister, pour ne pas se faire écraser, « détruire », même si pour cela elles doivent faire du mal pour éviter qu’elles souffrent. Mais le récit ne fait pas que parler de cela, il nous parle aussi d’Amour, que ce soit de l’amour que peut porter l’héroïne à une autre personne, mais aussi celui d’une mère qui va devoir faire face aux jeux de pouvoirs autour de son enfant. Il nous montre aussi, selon moi, la notion de pouvoir, de comment les dieux du haut de leurs puissances s’amusent avec les hommes, les poussent à faire la guerre, à mourir pour des jeux ou des actes puérils. Comment ils ne cherchent même pas à comprendre les autres, tant ils sont déconnectés de l’humanité, perdu dans leurs propres manipulation oisives et sans conséquences. Le récit nous fait aussi d’une certaine façon nous poser la question de qui nous sommes, qui nous voulons être, de la façon dont nous faisons face à nos choix, nos erreurs.

J’avais un peu peur, connaissant quand même en grande partie la vie de Circé, de trouver le récit convenu et trop linéaire. Au final, même si certes, oui on voit les choses venir, cela n’empêche pas Madeline Miller d’offrir une puissance narrative qui fait qu’on ne s’ennuie jamais. Certes je regretterai quand même une ou deux longueurs ici ou là, une envie aussi parfois de trop vouloir en faire et aussi certaines transitions rapides mais franchement des points négligeables tant j’ai été emporté par ce récit. La plume de l’autrice est lyrique, soignée dense et efficace ce qui fait que j’ai rapidement été captivé par ce récit. Alors après je me répète, j’adore la mythologie grecque, ce qui a obligatoirement dû influencer mon ressenti, donc si comme moi vous l’appréciez et vous avez envie d’en apprendre plus sur Circé laissez-vous tenter, pour les autres à vous de voir si vous souhaitez lui laisser une chance, pour ma part j’ai passé un très bon moment.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec cette réécriture de Circé par Madeline Miller. Elle offre un récit initiatique vraiment prenant et efficace, certes sur un rythme plutôt calme et posé, mais qui ne manque pas de m’avoir captivé. L’univers est certes très classique, l’autrice n’allait pas changer la mythologie pour son roman, mais cela ne l’empêche pas dans sa construction de se révéler solide et aussi d’y amener une certaine fragilité offrant une toile de fond qui colle très bien au récit. Le gros point fort vient bien entendu de Circé. On découvre ainsi une héroïne complexe, qui évolue de la jeune nymphe naïve qui va découvrir la justice de son monde et surtout apprendre que les femmes dans son monde ne sont jamais traitées comme les hommes. Elle devient ainsi au fil des pages une héroïne humaine, touchante, qui cherche à trouver sa place, à aimer et être aimé, à ce qu’on l’accepte avec ses forces et ses faiblesses sans qu’on cherche à la changer, à se servir d’elle. Elle possède une force, un charisme qui, je trouve, se dégage du récit de son évolution, de ses choix, qui fait qu’on se laisse porter par sa vie. Les personnages secondaires ne manque pas de se révéler solides, certains sortant même du lot comme la représentation qui est fait d’Ulysse. L’autre point fort de ce récit vient des thématiques soulevées que ce soit sur la position de la femme, la notion d’amour, de choix, mais aussi sur la notion de pouvoir, principalement des dieux qui jouent avec les autres.  D’une certaine façon le récit nous fait aussi nous questionner sur qui nous somme, la façon dont nous faisons face à nos choix. Alors après je pourrai regretter une ou deux longueurs ici ou là, ue envie parfois de trop vouloir en faire ou bien encore une ou deux transition rapides, mais franchement rien de bien dérangeant. La plume de l’autrice est lyrique, soignée, riche et je lirai avec plaisir d’autres de ses écrits, surtout qu’elle a l’air d’avoir aussi écrit un livre sur Achille.

Ma Note : 8/10

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  1. On se retrouve donc dans nos ressentis ! 🙂
    Même si j’ai fait plus (trop ?) concis dans ma chronique. ^^

    • Ah content que tu aies apprécié ce récit aussi.
      Après, des fois êtres plus concis dans ses chroniques est plus percutant. J’ai parfois l’impression de me perdre dans les miennes ^^

  2. Eh ben voilà, il risque de ne pas dormir longtemps dans ma Pal, je retrouve dans ta chronique beaucoup de ce qui m’avait plu dans son premier livre, Le Chant d’Achille (que tu mentionnes : vas-y fonce, il est excellent. Par contre, il aborde à mon sens davantage le point de vue de Patrocle que celui d’Achille mais c’est aussi ce qui fait sa richesse : permettre de voir et de comprendre un autre personnage assez peu mis en avant dans la mythologie grecque, que j’adore également ^^).

    • Merci pour le retour sur Le Chant d’Achille, je vais le faire entrer rapidement dans ma PAL.
      N’hésite pas à venir me dire ce que tu as pensé de Circé quand tu l’auras lu.

  3. Oho!
    Cela me semble être une excellente pioche! Je ne l’avais pas coché ni remarqué. Merci, c’est vraiment le genre de truc que je cherche.

    • Bah écoute laisse toi tenter, il est disponible en VO ou en VF. La Marmotte vient aussi de terminer celui sur Achille qu’elle a trouvé aussi très bon.
      Si tu le lis n’hésite pas à revenir me dire ce que tu en as pensé.

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