Godblind, Tome 1 – Anna Stephens

Résumé : DEPUIS DES MILLÉNAIRES, LES MIRÉCÈS ADORENT LES DIEUX ROUGES ASSOIFFÉS DE SANG.
Bannis des terres fertiles du Rilpor, ils vivent à la dure dans les montagnes glacées. Mais leur nouveau roi planifie l’invasion de leur pays d’origine… Dom Templeson fait partie des Sentinelles qui veillent sur la frontière. C’est aussi le devin le plus puissant que l’on ait vu depuis des générations. Et il cache de sombres secrets qui risquent d’être révélés le jour où Rillirin, une esclave mirécès en fuite, fait irruption dans son village, blessée et à bout de forces. Grâce à leurs dons comme à leurs liens avec l’ennemi, Dom et Rillirin pourront-ils sauver le Rilpor de la guerre qui s’annonce ?

Edition : Bragelonne

 

Mon Avis : Comme tous les ans, Bragelonne nous propose son roman de l’année, celui qu’il considère comme, à minima, son meilleur roman de Fantasy du moment au niveau de ses publications. Cette opération a quand même permis de découvrir des auteurs comme Jacqueline Carey, Patrick Rothfuss, Scott Lynch, et bien d’autres encore. Même si ces dernières années j’ai été moins enthousiaste, retrouvant des romans très classiques et dont certains ont eu du mal à me convaincre, je me laisse pourtant tous les ans tenter. Il serait tout de même dommage de passer à côté d’une nouvelle plume marquante et puis là, la communication de l’éditeur allait fort, annonçant un roman sombre, épique, sanglant et proposant un récit envoûtant. En tout cas l’objet en lui-même est magnifique, que ce soit le travail sur la couverture, la reliure, je crois que cela faisait un petit moment que Bragelonne n’avait pas autant mis le paquet sur un livre.  J’ai par contre coupé une partie du résumé qui pour moi dévoile un point important du roman.

On plonge ainsi dans un monde de type médiéval, où les Mirécès ont été bannis du Rilpor, car ils adorent les dieux rouges qui se complaisent dans le sang, la torture et la violence extrême. Sauf que voilà, le voile qui bloquait les dieux rouges commence à s’estomper et les Mirécès prévoient de récupérer leurs terres. Dom est un membre des Loup, guerrier du Rilpor qui protège la frontière, mais c’est aussi le Calestar, c’est-à-dire qu’il a des visions. Il est peut-être le dernier espoir du Rilpor ; lui et une esclave Mirécès en fuite. Que dire une fois la dernière page tournée ? Que j’ai trop lu de Fantasy, je pense et que j’ai besoin de quelque chose de différent. Cela fait maintenant près de 10 ans que je lis majoritairement de la Fantasy et je pense que j’ai aujourd’hui besoin de me plonger dans des livres qui tentent autre chose. Godblind ne répond nullement à ces attentes et, surtout, selon moi est loin d’être LE roman de Fantasy de l’année. C’est bien simple pour moi Anna Stephens a pris une carte « bingo Fantasy » avec tous les stéréotypes du genre, a coché ses petites cases au fur et à mesure qu’elle avançait dans son écriture et a chopé la carte bingo complémentaire qui cartonne du moment, l’aspect Dark qu’elle saupoudre à tout va. On secoue le tout et on a Godblind un roman sans surprise, convenu, déjà-vu et qui croit que plus il va être sanglant, violent et visuel dans ses descriptions, plus il va captiver le lectorat par ce côté un peu interdit et sans censure. Cela marchera peut-être avec certains, mais de mon côté je suis resté de marbre et n’ait jamais franchement réussi à rentrer dans le roman.

Si ce n’était qu’une question d’originalité, cela pourrait passer. J’ai déjà passé de moments très sympathiques avec des romans qui, c’est vrai, n’ont rien de révolutionnaire, mais qui remplissent parfaitement leurs rôles. Sauf qu’avec Godblind c’est loin d’être le cas tant l’ensemble manque clairement de cohérence, de logique et surtout de travail et de profondeur. Pourtant l’histoire avait quand même un potentiel, je ne le nie pas. Un peuple violent, barbare qui prie des dieux rouges et cherchent à retrouver leurs terres perdues et à faire revenir des dieux disparus, on peut quand même en tirer quelque chose à mon avis. C’est juste que, pour moi, l’auteure n’a jamais réussi à clairement le développer, le densifier et rendre le tout cohérent pour que cela puisse m’accrocher. Prenons l’univers, si on me demande de l’expliquer je ne pourrais pas tout simplement parce-que la toile de fond est quasi inexistante. Pourquoi les dieux rouges ont été bannis? je ne sais pas. Comment les Mirécès ont été exilés et comment ont-ils pu survivre? Je ne sais pas. Il y a des hiérarchies au niveau des différents peuples? Oui vaguement, des royauté pour coller au côté médiéval, mais rien de bien profond. Il y a de la magie? Oui une prêtresse et un mec qui reçoit des visions, mais là non plus rien de très compréhensible ou expliqué. Voilà, c’est majoritairement tout le temps comme ça, tout parait à peine esquissé dans de très grandes lignes et c’est frustrant voir même parfois bloquant. Pour exemple la gestion des distances n’est jamais très précise entre les lieux, ce qui fait qu’au début les voyages se font très rapidement bien porté par les ellipses temporelles, mais qu’à la fin quand il faut amener des contraintes à l’intrigue comme par hasard ça prend des jours et fatigue les personnages. C’est dommage. Pour résumer on a des dieux qui aiment le sang, d’autres qui aiment les gens. On a un peuple qui veut tuer, d’autres qui veulent vivre en paix. Donc ça défouraille, car ça oui du combat et du sang il y en a. Énormément. Beaucoup trop.

Concernant la construction de l’intrigue, là aussi le roman m’a paru au mieux bancal, au pire improbable. La biographie nous explique qu’Anna Stephens est une passionnée de karaté, ceinture noire, ce qui l’a beaucoup aidée pour les combats. Oui je ne le nie pas, l’aspect chorégraphie des différents combats est plutôt bon et possède une certaine énergie. J’aurai juste souhaité qu’elle ait aussi une passion pour le côté militaire, ou bien encore le jeu d’intrigues, ou pourquoi pas sur la notion de pouvoir ou de royauté, parce-que bon de ce point de vue là la logique est aux abonnés absente et c’est quand même plus important pour moi. Franchement que ce soit la montée sur le trône de Corvus, la fuite de Rillirin, la scène avec les deux princes, la gestion d’une armée, la stratégie rien ne tient franchement la route tant cela parait téléphoné. Ainsi, soit l’autrice s’offre une ellipse temporelle bienvenue pour éviter d’expliquer le pourquoi, soit la scène parait improbable, soit même certaines m’ont paru absurdes. Si on reprend la montée sur le trône de Corvus (je ne spoile pas cela arrive au bout de 5 chapitres), le roi précédent est assassiné et Corvus décide de tuer les deux ou trois prétendants à coté de lui sans que personne ne donne l’impression de bouger ou résister, et monte sur le trône 5 pages plus loin sans que cela ne dérange personne ou bien ne soit un tant soit peu contesté. Pareil a un moment il y a une scène où une armée en mouvement s’approche pour un affrontement, une voix s’élève, qui n’est nullement celle d’une tête de commandement, et annonce « vite par là dans les tunnels » et toute l’arée bien entendu la suit. Ce n’est pas très réaliste.

Alors attention je ne remets pas en cause la notion de hasard ou l’aspect idiot de certains choix et certaines décisions, l’histoire montre que ça peut arriver plus souvent qu’on le croit, mais à ce point-là c’est plus que douteux. Je ne parle même pas de cette magnifique scène où l’armée est en alerte depuis des jours, ils savent que la guerre est proche, les rapports le disent, l’armée ennemie approche. L’éclaireur arrive et annonce qu’elle a justement été repérée et que vite il faut envoyer l’armée. Là le gestionnaire répond « à bah non il va me falloir trois jours le temps de mobiliser les hommes et les trébuchets ». Mais il faisait quoi le mec jusque maintenant, il taillait des arbres et faisait des cure-dents? Bien sûr qu’une armée ça ne se déplace pas si facilement, mais à ce point-là ça en devient juste aberrant tout ça pour ajouter une tension inutile. Je ne parlerai même pas de cette scène de la conversion d’une armée entière qui repose sur une logique qui me parait idiote. C’est bien simple le souci de ce roman est qu’il préfère offrir au lecteur majoritairement des combats, de la tension, du rythme et du sang au profit d’une construction logique et compréhensible. Si encore il y avait quelques surprises, mais même pas l’ensemble reste balisé du début à la fin sans véritable retournement de situation. Le seul qui aurait pu s’en révéler un est spoilé par le résumé.

Tout ce qui normalement rend l’intrigue cohérente, dense est ainsi traité beaucoup trop rapidement et par ellipses, préférant sauter d’un personnage à l’autre pour offrir encore plus de rythme. Alors oui si vous avez juste envie de plonger dans un roman plein d’action et de batailles et que le reste ne vous intéresse pas, alors vous pourriez accrocher. Pour les autres j’aurai du mal à vous conseiller ce roman. Ensuite si on parle du côté Dark, oui il est très présent, c’est vrai avec un côté très visuel, comme une scène que je ne dévoilerai pas, mais qui cherche à construire une ambiance oppressante et dérangeante. Sauf que voilà c’est un peu comme ces films d’horreur qui pensent que plus ils vont mettre de scènes explicites et de litres de sang, plus ils vont me faire peur. Non désolé, ça ne fonctionne pas comme cela pour moi, il me faut un minimum d’ambiance et aussi d’émotion, car si le personnage me touche autant que ma dernière paire de chaussette, qu’il meure dans d’horribles souffrances ne me marquera pas beaucoup.

D’ailleurs parlons-en des personnages : il y en a des choses à dire ! On est ici dans un roman choral, où l’on suit plusieurs personnages à différents endroits qui vont se croiser au fil de l’intrigue. Chaque chapitre ne dépasse pas les cinq / six pages. Certes cela offre une certaine impression de rythme tant on passe rapidement de l’un à l’autre, le problème c’est qu’à force on a l’impression que les protagonistes n’ont aucune profondeur tant l’autrice ne parait pas franchement les développer. Franchement elle aurait pu sabrer dans certains de ses héros, car tous n’ont pas toujours d’utilité, et ainsi prendre plus de temps à développer les autres. Enfin je dis ça, encore aurait-il fallu qu’ils soient un minimum intelligents et possèdent une personnalité qui ne donne pas l’impression qu’ils sont des girouettes.

Pour imager mon propos prenant un exemple. Dom en qui tout le monde a une confiance aveugle a une vision, il doit aller à un endroit précis. Il y va accompagné de ses collègues et amis des Loups et sauve une esclave Mirécès. Bien entendu cela soulève des questions elle pourrait être une espionne. Jusque-là rien d’illogique sauf que Dom, lui qui communique avec les dieux, le sait, elle a un rôle capital à jouer. S’ensuit une scène de bataille, car bon les Mirécès aimeraient bien la récupérer leur esclave. Les Loups arrivent à s’enfuir, mais au prix de plusieurs morts et de la perte de trois doigts d’une amie archère, proche de Dom. Ils arrivent alors dans une zone calme et la première chose qu’ils font c’est dégager Dom et l’esclave, car ils ne veulent plus les voir. Ils boudent car il y a eu des morts et des blessés. Pour rappel ce sont des guerriers. Ils envoient donc se faire voir l’élu des Dieux et ce qui pourrait être la clé de la guerre qui arrivent dans une forêt où l’ennemi grouille. Je veux dire j’ai chez moi plusieurs ratons, l’un d’eux est loin d’être fut-fut, mais il est deux fois plus intelligent qu’eux quand même. Attention je peux comprendre leurs griefs, c’est l’exagération de l’idée et le fait que cette scène soit traité en 5 pages qui rend le tout traité à la va-vite, incompréhensible et improbable. Oh ne vous en fait pas pour l’archère on lui a trouvé une prothèse faite avec des lanières de cuir et elle tire à l’arc aussi bien qu’avant. C’est beau la technologie de l’époque quand même.

Pour finir sur les personnages, deux sortent un peu du lot, Chris et Dom, qui m’ont paru les seuls qui soient un minimum construits, ce qui les rend un peu plus cohérents, stables, avec un chouïa de profondeur là où les autres restent plats. J’aurai pu rajouter l’esclave Rillirin qui démarrait bien, mais dont l’autrice a décidé de sabrer le peu de logique. Pour résumer Rillirin a été pendant des années torturée, violentée, battue, violée, humiliée, elle arrive donc chez les Loups avec de nombreuses blessures, quelques beaux traumatismes et aussi un sacré manque de confiance en soi. Les gens vont donc tout tenter pour lui montrer que la vie ne se limite pas à la haine et la violence. Toi aussi tu vois la chose venir? Car oui, un peu plus de 4 mois après avoir été sauvée par Dom elle est devenue une guerrière acceptée chez les Loups, elle a retrouvé goût à la vie et elle est même tombée amoureuse avec tout le bon côté guimauve qu’il faut. J’en versais une larme. Alors certes c’était une larme de douleur en me mordant très fort les lèvres, n’imaginant pas qu’un tel trope, hyper simpliste, pour traiter un tel traumatisme, soit encore possible en littérature et aussi pour éviter de hurler de désarroi pour ne pas réveiller la Marmotte.

Bon vous l’aurez compris je suis passé à côté de ce roman qui n’a pas réussi à m’emporter. Actuellement j’ai besoin de plus que de simples récits qui ne cherchent que simplement à en mettre pleins les yeux au lecteur, surtout que bon même de ce point de vue là, Godblind ne me parait pas non plus le plus réussi. Je ne doute pas qu’il plaira à certains, si vous souhaitez un récit dark, violent, sanglant, où tout s’enchaîne très rapidement et sans temps mort avec de nombreux combats et de nombreuses batailles alors oui, laissez-vous tenter. Moi, au bout d’un moment j’ai d’autres attentes qu’un roman trop classique, sans surprise et qui pense que plus il va être sanglant, plus il va cartonner. Concernant la plume, je ne sais pas trop si cela vient de l’autrice ou de la traduction, mais entre les répétitions, la difficulté à trouver un juste milieu entre des phrases qu’elle cherche à soigner et d’autres très crues et un côté un peu plat font que même là je n’ai pas réussi à accrocher. Je ne lirai pas la suite de mon côté.

En Résumé : Je ressors de ma lecture de ce roman avec un sentiment plus que mitigé, n’ayant pas pu entrer dans le récit. Déjà, contrairement à ce que je pouvais penser, ce livre n’a rien de la claque Fantasy de l’année. On est plus dans un roman qui a coché les cases des stéréotypes du genre, tout en y ajoutant un côté Dark et sanglant qui est très à la mode en ce moment. Concernant l’univers, il est, selon moi, pauvre, ne cherchant jamais à travailler, densifier, ou même simplement construire le peu qui est mis en avant. L’autrice cherche trop à vouloir aller vite au point qu’on a l’impression que tout se passe trop rapidement. L’intrigue repose beaucoup trop sur des ellipses temporelles pour éviter d’apporter des explications ou des aberrations qui m’ont paru improbables, simplement pour maintenir un peu de tension et de mystère. Sauf que voilà l’ensemble étant très convenu il reste très prévisible et linéaire. La seule petite surprise que j’aurais pu ne pas voir m’a été révélée par le résumé. Concernant les personnages, là aussi je suis très mitigé. Le récit est construit comme un roman choral avec des chapitres de quatre à cinq pages, ce qui fait qu’on passe très rapidement de l’un à l’autre. Sauf qu’il y a trop de personnages et on n’arrive jamais vraiment à s’intéresser ou s’attacher à eux. De plus certains ont une personnalité variable pas tant par l’évolution qu’ils subissent, que par le fait que cela remplit les besoins de l’autrice. Enfin certaines ficelles scénaristiques dont elle  se sert, comme par exemple avec Rillirin, sont très simplistes, improbables et éculées. Alors je ne sais pas si c’est la traduction ou la plume, mais le style m’a paru un peu plat, plein de répétitions et ayant du mal à trouver le juste milieu entre phrase soignées et passages crus. Alors, si vous aimez tout ce qui va vite, est sanglant et sans temps mort, vous pourriez accrocher, moi je ne lirai pas la suite.

 

Ma Note : 3,5/10

 

Autres avis : Lianne, Xapur, Apophis, ….

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  1. Ca m’attirait déjà pas, une autre chronique allait dans ce sens, mais la tienne me fait définitivement mettre une croix sur ce livre !

  2. Merci pour cette franche rigolade, ça vaut presque le coup d’avoir lu ce livre rien que pour ça. (presque, hein, faut pas exagérer^^)

  3. Bon finalement, tu confirmes radicalement ma décision de ne pas donner suite à ce roman. C »est dommage car effectivement nous avons découvert de très belles histoires autrement!

    • C’est pour cela que tous les ans j’avais l’habitude de me laisser tenter par leurs coups de cœurs. A voir celui de l’année prochaine.

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