L’Empire du Léopard – Emmanuel Chastellière

Résumé : 1870. Après une épuisante campagne militaire, le royaume du Coronado a conquis l’essentiel de la péninsule de la Lune-d’Or. Seul l’empire du Léopard, perdu dans les montagnes, lui résiste encore.
Dans l’attente des renforts promis par sa hiérarchie, le colonel Cérès Orkatz – surnommée la Salamandre – peine à assurer l’ordre sur place, la faute à un vice-roi bien intentionné mais trop faible. Dans ce monde de jungles et de brume, les colons venus faire fortune s’épuisent et meurent à petit feu, même si certains au sein du régiment espèrent toujours découvrir la mythique cité de Tichgu, qui abriterait selon les légendes locales la fontaine de Jouvence.
Alors qu’une éclipse lunaire sans pareille approche, Cérès va devoir tenter d’assurer la survie de ses hommes, au mépris peut-être de ses allégeances…

Edition : Critic

 

Mon Avis : Pour ceux qui ne connaîtraient pas Emmanuel Chastellière il est l’un des fondateurs du site Elbakin qui est un peu devenue la référence concernant toutes les informations sur la Fantasy et l’Imaginaire en général. Il est aussi connu pour son travail en tant que traducteur et, depuis peu, il se fait une place en tant qu’auteur puisque L’Empire du Léopard est son troisième roman publié. Pour ma part j’ai été très emballé par son premier roman, Le Village (chronique ici), et par son recueil de nouvelle Célestopol (chronique ) sur l’histoire de cette ville sur la lune. Deux livres qui m’avaient fait passé un très bon moment de lecture, il était donc logique que je me laisse facilement tenter par cette dernière publication, qui plus est dans une Fantasy assez rare par chez nous encore. Concernant la couverture, illustrée par Pierre Droal, elle est sympathique, mais a un petit côté figé maintenant que je la vois publiée, contrairement à l’impression que j’en avais quand elle a été présentée sur le site de l’auteur.

On plonge ici dans un univers de Fantasy, qui a vu le royaume du Coronado conquérir quasiment la totalité de la Lune-d’Or. Espérant y trouver un eldorado et pouvoir en extraire des nombreuses ressources qui devaient l’enrichir, l’Empire va vite déchanter. La péninsule conquise est loin d’être un paradis. Cérès Orkatz, célèbre colonel qui a conquis la région et qui est connue sous le nom de la Salamandre, ronge son frein depuis des années tentant de maintenir une paix précaire. Un jour un message de l’Empire du Léopard, seul royaume a encore résister, leur parvient et va alors complètement bouleverser les évènements. Alors, normalement le troisième roman est un peu celui de la confirmation. Est-ce le cas avec L’Empire du Léopard ? Oui, clairement j’ai passé un bon moment de lecture avec ce nouveau livre de l’auteur, même si, je l’avoue, certains points m’ont tout de même paru perfectibles. L’auteur nous plonge ici dans une Fantasy différente, qui prend son essor à l’étranger, mais qui a encore du mal, je trouve, à trouver son chemin en France : la Fantasy à poudre. J’avoue, cela offre un côté rafraichissant de quitter le médiéval pour quelque chose d’autre, cela évite de donner cette impression que le genre n’arrive pas à se renouveler dans les grandes lignes. Surtout que l’on peut dire qu’Emmanuel Chastellière a soigné son récit, proposant quelque chose qui va s’avérer complexe, très intéressant à découvrir et surtout très (trop?) dense.

Le gros point fort du roman vient clairement, pour moi, de l’univers qui est mis en place. On plonge ainsi dans un univers sur la colonisation de régions très sud-américaines, en période pré-colombienne, mais d’inspiration seulement, l’évolution des technologies et autres autres aspects se révélant différents. Clairement, cela change de ce qui se fait majoritairement et surtout s’avère très intéressant à découvrir. L’aspect visuel de cette toile de fond est très soignée, âpre, violente le tout dans une ambiance assez sombre, désespérée qui captive rapidement. Le lecteur se retrouve très vite plongé au milieu des personnages dans ce monde brûlant, étouffant, austère pour des Européens. Au milieu de tout cela on découvre aussi un aspect politique qui ne manque pas de se révéler intéressant, travaillé, offrant plusieurs jeux d’influences, de manipulations. On découvre ainsi une nation sous le joug d’un conquérant, avec tout ce que cela entraîne comme défiance, un pays qui ne répond pas aux attentes de richesses, de plus en plus abandonnée par le pouvoir aux mains de conseils de riches propriétaires qui cherchent par tous le moyens à tirer le maximum de bénéfices. Au milieu de tout cela une population locale de plus en plus étouffée, qui cherche à se rebeller. Un contexte au final explosif, qui ne manque pas non plus de faire réfléchir sur de nombreux sujets comme la colonisation, la notion de culture et les changements qu’elle subit obligatoirement dans ce genre de cas, du traitement des autochtones, de l’esclavage, de l’influence de l’industrialisation des classes, ou encore de la vision que l’on a des autres. Il y aussi une notion de fin de « cycle » qui transparait, cette idée de la technologie qui vient « manger » aussi les traditions avec les avantages et les inconvénients que cela peut avoir.

Avec tout cela l’auteur offre aussi un aspect technologique très intéressant avec voie de chemin de fer, armes à feu et autres équipements plus ou moins puissants que je vous laisse découvrir pour éviter de trop vous en dévoiler. Franchement, je vais me répéter, mais cela change et offre quelque chose de différent, apporte un vrai plus, une vraie bouffée je trouve, au récit. Il y a aussi tout un travail prenant et efficace sur la magie et la mythologie qui est développé tout du long et qui prend peu à peu de l’ampleur. Là non plus je n’en dirai pas trop, mais le récit propose clairement quelque-chose d’attrayant et efficace dans toutes les notions soulevées et qui reste cohérent avec ce qui est construit. Alors, c’est vrai, parfois ça manque un peu d’explications, ce qui donne sur une ou deux scènes une notion de facilité, mais franchement cela s’oublie vite tant cet univers accroche et donne, je trouve, envie d’en apprendre plus. Maintenant, et c’est là que le bat blesse je trouve, c’est que ce travail sur l’univers prend clairement le pas sur l’intrigue ce qui fait qu’on a alors l’impression d’un roman qui prend vraiment son temps à démarrer. Franchement, même si j’adorais me « promener » avec les héros, au bout de 200 pages je commençais quand même à me demander s’il allait se passer quelque-chose, car je commençais à m’ennuyer légèrement. Heureusement la suite va me faire en partie oublier ce ressenti, avec principalement cette montée en tension rapide et intense dans le dernier quart qui ne manque pas de s’avérer explosive et pleine de surprises, mais tout de même ce démarrage trop lent, sans être bloquant, s’avère quand même frustrant.

Concernant  les personnages, franchement, on ne peut pas enlever la capacité d’Emmanuel Chastellière à construire des héros intéressants, complexes et humains. Oui, on s’intéresse un minimum à eux, on s’attache, certes à certains plus que d’autres, mais voilà on a envie de les suivre de les voir évoluer, avancer et de les découvrir. Maintenant le soucis c’est que certains ne paraissent pas apporter grand-chose au récit et aurait peut-être mérité de rester secondaires. Autant je me suis plu à découvrir Cérès, cette militaire désabusée, qui doit d’une certaine façon cacher ses secrets et maintenir une région à bout de bras, pas vraiment aidée par le pouvoir en place, à suivre Camellia jeune indigène qui doit s’intégrer dans cette armée et qui a une dette énorme envers le colonel ou bien encore Philomé dans son rôle d’autorité, lui qui cherche toujours le meilleur compromis. Autant certains m’ont paru ne pas apporter grand-chose à être aussi développés, je pense principalement à Alario, l’alchimiste Melchior ou à certains protagonistes qu’on rencontre dans le bataillon du colonel. C’est dommage car, en contre-point, j’ai trouvé que les personnages d’Amaru et Nahikari, manquaient eux de travail, s’avérant un peu trop archétypaux. Autre point, autant j’ai apprécié tout ce qui tourne autour de Dumelin, autant j’ai trouvé cela par moment un peu déconnecté du récit. De plus je trouve qu’avec beaucoup de personnages, certaines transitions manquent de force, je ne dirai rien car c’est l’une des surprises du roman, mais voilà le côté surprenant de cette révélation m’a paru manquer de percussion, d’émotion. Certes, au final cela n’empêche pas ce récit d’offrir des personnages très intéressants, entraînants, mais voilà je trouve que l’ensemble aurai pu y gagner avec une présence un peu moindre.

Alors après j’ai aussi soulevé quelques points, plus mineurs du genre quelques transitions un peu faciles, voir manquant d’explications, ainsi que certaines répétitions qui auraient mérité une relecture. Apprendre sur 50 pages trois à quatre fois que la ville de Carthagène n’a pas été bâtie en dur suite à une catastrophe naturelle, ou sur 20 pages apprendre deux fois que deux personnages ont quasiment le même âge me paraissait répétitif par exemple, surtout en si peu de temps. Après, de ce point de vue là, cela ne dérange en rien la lecture. Concernant la plume d’Emmanuel Chastellière elle m’a paru soignée, entraînante, vivante, construisant des images qui donnent envie et font qu’on se retrouve à tourner les pages avec envie d’en apprendre plus. Au final L’Empire du Léopard est un bon roman, confirme que l’auteur se positionne comme une plume à suivre, mais me laisse quand même le sentiment personnel qu’il aurait pu être encore meilleur si les points que j’ai soulevé s’était moins ressentis au fil de ma lecture. En tout cas je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur et, qui sait, peut-être dans le même univers.

En Résumé : J’ai passé un bon moment de lecture avec ce roman même s’il aurait, pour moi, pu être encore meilleur. L’auteur nous plonge ici dans une Fantasy à poudre qu’il situe dans une époque d’influence colonisation pré-colombienne. Le gros point fort du récit vient de l’univers que construit l’auteur qui s’avère très dense, soigné, on sent qu’il a effectué de nombreuses recherches et offre un monde plausible cohérent et captivant à découvrir. Que ce soit à travers l’aspect social, politique, magique ou mystique rien n’est laissé au hasard, offrant une toile de fond qui donne envie d’en apprendre plus. Mais voilà le soucis d’un univers aussi dense c’est qu’il prend parfois le pas sur une intrigue qui prend trop son temps pour démarrer, et même si la suite fait en partie oublier ce défaut cela reste frustrant. Concernant les personnages, ils sont eux aussi soignés, complexes et intéressants à suivre et à découvrir. Certes on s’attache pas de la même façon avec chacun d’entre eux, mais dans l’ensemble on se plait à suivre leurs aventures. Sauf que là aussi, Emmanuel Chastellière m’a paru en faire un peu trop et certains m’ont paru ne pas apporter énormément et aurait pu rester secondaires selon moi. Une fois l’intrigue lancée, par contre j’ai eu du mal à lâcher le bouquin, le lisant quasiment d’une traite offrant un récit percutant, nerveux et à la conclusion maîtrisée, pleine de surprises et de rebondissements. Il y a bien une ou deux transitions un peu facile, une ou deux explications un peu trop rapidement mais franchement de ce point de vue là, rien qui ne dérange la lecture. La plume de l’auteur est soignée, entraînante, visuelle, même si dans la première partie j’ai noté ici ou là quelques répétitions un peu trop prononcées. Au final L’Empire du Léopard m’a offert un bon voire un très bon moment de lecture et je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 7,5/10

 

Autres avis : Apophis, Boudicca, Celindanaé, Dup, …

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  1. (merci pour le lien)

    Sur ce coup là, nous sommes vraiment à 100 % sur la même longueur d’onde (ainsi qu’avec Boudicca, d’ailleurs). J’ajouterais qu’avec un tel boulot fait sur le worldbuilding, il est dommage (pour une fois) qu’il ne s’agisse que d’un one-shot et pas d’un premier tome de cycle. J’espère vraiment que Critic poussera l’auteur à lui proposer une suite, et aussi que ce bouquin permette de (re)lancer la Fantasy à poudre en France.

    • (De rien j’essaie toujours de les mettre quand j’y pense)

      Ca pourrait être intéressant oui si Critic pouvait publier une suite et surtout si l’auteur est d’accord pour l’écrire. Après je pense aussi qu’il y a une place à prendre pour la Fantasy à Poudre, qu’Eclipse n’a jamais pu mettre clairement en avant je trouve. Reste à voir qui sera tenté par le genre, car j’ai quand même l’impression que le Médiéval est encore trop ancré dans la notion même de Fantasy.

  2. Je n’ai jamais lu de la fantasy à poudre, c’est d’ailleurs un sous-genre de la fantasy que j’ai découvert il y a quelques semaines à peine. Ce roman me tente vraiment, surtout que l’on quitte la fantasy se situant dans un univers très européen. Merci pour la jolie découverte !

    • De rien, j’espère que, si tu le lis, il te plaira.
      C’est juste l’intérêt pour le moment de la Fantasy à poudre, cela offre quelque chose d’un peu rafraichissant face à la production à majorité médiévale. Maintenant il n’y a pas que cela non plus.

  3. Merci encore pour la chronique ! 😉

  4. je repasse quand je l’ai lu.

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