Provenance – Ann Leckie

Résumé : A power-driven young woman has just one chance to secure the status she craves and regain priceless lost artifacts prized by her people. She must free their thief from a prison planet from which no one has ever returned.
Ingray and her charge will return to her home world to find their planet in political turmoil, at the heart of an escalating interstellar conflict. Together, they must make a new plan to salvage Ingray’s future, her family, and her world, before they are lost to her for good.

Edition : Orbit

 

Mon Avis : J’ai découvert Ann Leckie il y un peu moins de trois ans mainenant avec sa trilogie sur Les Chroniques du Radch qui arrivait en France auréolé de nombreux prix. Alors les retours français ont été un peu plus mitigé que ceux anglophones, mais pour ma part j’avais trouvé ce cycle intéressant. Certes peut-être pas obligatoirement, selon moi, un livre multi-primé, mais qui ne manquait pas de se révéler plus que sympathique et offrait des réflexions intéressantes et qui ne manquaient pas de faire réfléchir (Tome1, Tome 2, Tome 3). Pour autant je n’étais pas obligatoirement pressé de lire ce roman, Provenance, one-shot se situant dans le même univers. Je pensais en effet attendre une traduction VF, mais vu qu’il était nominé au prix Hugo et que je me suis lancé dans le challenge de lire tous les romans nominés, je l’ai donc fait entrer dans ma PAL. Concernant la couverture, je la trouve plutôt sympathique, même si finalement rien de non plus transcendant.

Ce roman se situe donc dans le même univers que la trilogie du Radch, mais peut se lire sans soucis de façon indépendante. Les évènements du Radch sont bien vaguement discutés, mais ils n’impactent en rien l’intrigue. On suit ici Ingray Aughksold, enfant adoptif d’un personnage politique important qui met en conflit ses deux enfants pour décider qui va lui succéder. Pour essayer ainsi de se faire remarquer et gagner des points, Ingray va se lancer dans un plan improbable ; libérer Pahlad Budrakim un voleur qui aurait fait disparaitre de nombreux vestiges que l’on a jamais retrouvé. En effet sur Hwae les vestiges ont une grande importance et peuvent rapporter énormément d’argent et de pouvoir, ce qui lui permettrait ainsi d’assoir sa position et gagner le droit de succéder à son parent. Alors que dire de ce roman, franchement je ne vais pas dire qu’il est mauvais, surtout après mes deux dernières lectures des nominés au prix Hugo il est clairement d’un niveau au-dessus, mais franchement il n’a rien non plus de  clairement exceptionnel. Loin de là. C’est un peu le roman qui se laisse lire, sans déplaisir, mais à qui il manque quand même quelque-chose pour vraiment se démarquer. Reste ainsi une lecture plutôt sympathique, principalement dans sa toile de fond et ses réflexions. Il faut dire que le livre ne manque pas non plus de bonnes idées, mais donne l’impression de ne jamais aller au bout, comme si l’autrice prenait une petite pause de sa trilogie et cherchait plus à aller vite et à rester simple qu’a vouloir construire.

Pourtant le roman démarrait bien, certes il y avait une grosse facilité pour moi dans les premières pages, mais dans l’ensemble il se dégageait une certaine tension, un côté intrigant qui donnait envie d’en apprendre plus. Je voulais savoir ce que cherchait l’héroïne, ce qui l’avait amené à mener un tel plan qui ne manquaient pas de risque ni de conséquences possibles. Mais voilà une fois arrivé sur Hwae, sans dire que le récit perd totalement de son intérêt, loin de là, le roman va trouver un petit rythme de croisière, tranquille, qu’il ne va jamais quitter. Par là j’entends que quand on est en pleine lecture on se laisse gentiment porter par le récit, mais une fois mis de côté il n’y a pas ce petit côté « reviens-y » qui fait qu’on a envie de replonger rapidement dedans. C’est un peu dommage, car la trilogie de l’autrice avait beau avoir ses défauts j’avais cette envie d’en apprendre plus, ce que Provenance a du mal à proposer. Pourtant ce roman gomme justement certains des défauts que j’avais ressenti dans la trilogie, ce côté parfois un peu brouillon, de partir un peu dans tous les sens, voir même ce côté qu’avait l’autrice de trop en faire. Là on est dans un court one-shot avec une intrigue plus simple, plus maîtrisée, aussi c’est vrai plus accessible, mais qui a pour effet de se révéler beaucoup moins dense. Ici pas de changement radical de pouvoir, de guerres latentes, mais plus de simples « petits » jeux politiques sur une petite planète. Attention ce n’est en rien péjoratif, je le dis car obligatoirement par là j’entends que cet œuvre et moins complexe que la trilogie du Radch ce qui pourra en surprendre certains. Surtout que, soyons clairs, Provenance a le soucis de se révéler assez linéaire, ce qui est dommage je trouve.

Cela n’empêche pas le roman pour autant d’avoir quelques points forts et comme souvent avec l’autrice cela se ressent dans le travail qu’elle réalise sur la toile de fond. L’univers ainsi proposé ne manque pas d’intérêt offrant ainsi un monde plus que solide à découvrir. Alors certes l’aspect politique est plus que classique, mais ce n’est pas sur ce point que repose l’intérêt de ce récit, mais plus sur le travail que Ann Leckie propose sur les vestiges. Elle nous fait découvrir leurs importances et le côté limite divin parfois de ses objets. D’une certaine façon ce travail fait écho aussi à notre société, sur la façon dont par exemple les Américains se reposent sur la déclaration d’indépendance, ou des pays comme la France se base sur la Déclaration des Droits de l’Homme. Sauf qu’ici les vestiges vont beaucoup plus loin, allant jusqu’aux invitations de personnes connu à des soirées plus ou moins reconnues. Ces vestiges sont, d’une certaine façon, un patrimoine, mais permet aussi d’asseoir son pouvoir, sa filiation, ses origines. Obligatoirement cela soulève des réflexions intéressantes, sur la façon dont on voit ce genre d’objet, d’imaginer un monde si on se faisait voler des vestiges connus, le bouleversement que cela créerait. Surtout il vient nous faire réfléchir aussi sur la notion de tradition, de la façon dont on ancre finalement des bouts d’Histoire dans notre vie et le schisme que cela pourrait provoquer si on apprenait qu’ils étaient faux, voir trafiquer pour satisfaire une certaine société. Obligatoirement cela n’est pas sans rappeler certains évènement qui ont été revus au cours de notre Histoire avec le temps et les découvertes.

Après on y retrouve aussi les réflexions habituelles de l’autrice que ce soit par exemple sur la notion de genre. En effet ici, contrairement à l’empire du Radch ou tout le monde utilisait le pronom she comme genre neutre, elle utilise énormément le pronom Spivak. D’ailleurs si un jour c’est traduit je pense qu’à nouveau le traducteur va s’amuser, même si cela m’a paru moins complexe que dans la trilogie du Radch. À nouveau elle nous offre une vision intéressante d’un futur qui reposerait moins sur le sexe des uns et des autres, où chacun aurait une certaine égalité, du moins de ce point de vue là. Elle offre aussi des idées intéressantes sur la notion de famille, d’amitié et d’amour, même si parfois un peu simpliste. Il y a aussi cette notion traitée de différence, d’humain, d’appartenance très intéressante principalement avec l’histoire des Geck. Concernant les personnages j’aurai pu dire qu’ils sont aussi des points forts de ce roman, s’avérant plutôt attachants, plus que ceux de sa précédente trilogie je trouve, et surtout ils ne manquent pas de se révéler solides et efficaces.

Il y a ainsi un petit quelque-chose qui se dégage de Ingray et qui m’a donné envie de suivre ses aventures, même si parfois le personnage manquait un peu d’intelligence, alors qu’on n’arrête pas de nous dire le contraire. Le fait de ne pas pouvoir sexuer chaque personnage apporte aussi un plus dans la vision qu’on peut avoir d’eux, dans notre façon de lire, de les imaginer, mais aussi dans leurs constructions dans ce monde. Sauf que voilà, même s’ils ne manquent pas d’intérêt il y a un point avec eux qui m’ont frustrés, il sont très stéréotypés. Je ne dis pas par là qu’ils sont mauvais, non, mais voilà cet aspect fait qu’ils en deviennent surtout très, très prévisibles. Au final cela rend toute action, tout passage facilement devinable et enlève une grosse partie de la tension du récit. J’ai trouvé cela dommage, car au bout d’un quart du livre, par exemple, on savait les choix qu’allaient faire chacun à la toute fin. C’est dommage, car même s’il reste une ou deux surprises intéressantes, le côté prévisible associé au côté linéaire fait qu’on a du mal à se laisser complètement emporter.

Au final Provenance n’est pas un mauvais roman, mais il n’a rien non plus, je trouve, de vraiment marquant. On est plus dans un récit qui cherche à rester simple, entraînant et qui permettrait, pourquoi-pas, d’attirer de nouveau lecteur dans l’univers de Ann Leckie. Le récit me parait d’ailleurs viser un public plus large que sa précédente trilogie. Si vous permettez cette petite métaphore, je dirais que c’est un petit « bonbon » tout tranquille tout gentil, entre, pourquoi pas, deux morceaux plus gros même si je crois que l’autrice travaille plutôt actuellement sur un récit de Fantasy. La plume de l’autrice s’avère plutôt soignée, simple et efficace qui fait qu’une fois qu’on est plongé dedans on se laisse toute de même un minimum porté par ce livre. Provenance n’est peut-être par la claque de SF de l’année, il n’a pas l’envergure ni la complexité que pouvait avoir sa précédente trilogie (qu’on l’apprécie ou pas), mais pour ma part je l’ai trouvé plutôt divertissant avec même quelques bonnes idées.

En Résumé : Je ressors de Provenance en ayant passé un moment de lecture assez divertissant et plutôt sympathique, même si rien de vraiment marquant pour autant. Le récit nous se situe dans le même univers que la trilogie du Radch, mais peut être lu de façon indépendante sans soucis. L’histoire démarre bien, avec des premiers chapitres qui ne manquaient pas d’intérêt et de tension dans les actes et les envies de chacun, mais une fois sur Hwae le récit trouve son petit rythme de croisière qui ne le rend pas mauvais, mais n’a pas ce petit côté reviens-y qui donne envie de replonger dedans quand on le pose. De plus le récit s’avère, à partir de ce moment-là, assez linéaire. Le gros point fort du livre vient clairement de l’univers, de la vision qu’il nous propose des vestiges, de la façon dont on fait reposer notre Histoire dessus comme un socle, et ce que cela pourrait occasionner s’ils étaient volés ou remis en cause. L’autrice nous offre aussi de nombreuses réflexions qui ne manquent pas d’attrait, que ce soit sur la notion de genre, la famille, les amis, l’envie de réussir, de plaire. Concernant les personnages ils ne sont pas mauvais, loin de là, l’autrice leur offrant une caractérisation intéressante. Mais voilà ils sont quand même pas mal stéréotypé ce qui rend rapidement leurs actes prévisibles. Associer cette prévisibilité des actes de chacun à la linéarité du roman, un manque de tension se fait ainsi ressentir. Provenance m’a ainsi paru être un petit roman « tranquille », pas des plus complexes, pas une grande claque de lecture, mais qui se laisse lire avec un minimum de plaisir, porté par une plume simple, soignée et efficace.

 

Ma Note : 6,5/10

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  1. Bon de toute manière je n’avais pas trop envie de plonger dans l’univers du radch pour l’instant, alors, je passe…

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