Satinka – Sylvie Miller

Résumé : Jenny Boyd, serveuse dans un saloon de Colfax, petite ville blottie dans les contreforts de la Sierra Nevada, délaisse ses études au grand désarroi de sa mère. Elle est bien plus fascinée, depuis l’enfance, par la grande ligne de chemin de fer transcontinentale, construite au dix-neuvième siècle. La nuit, les trains sifflants hantent ses rêves, des rêves si crédibles quelle finit par les croire réels !
Alors, quand Jenny est prise de violentes visions, elle s’escrime à comprendre les forces qui la tourmentent. Aidée par son ami d’enfance, elle devra remonter le temps et affronter d’implacables adversaires…

Edition : Critic

 

Mon Avis : J’avoue, je ne me suis pas lancé dans la lecture de ce roman par hasard. Je connaissais déjà les écrits de Sylvie Miller principalement à travers sa collaboration avec Philippe Ward sur la série Lasser, Détective des Dieux. Il était donc logique que, lorsque j’ai appris qu’elle publiait ce qui, si je ne me trompe pas, est son premier roman solo, je le fasse très rapidement entrer dans ma PAL. Surtout que le livre traite d’une part d’histoire que je connais peu : la construction de la ligne de chemin de fer transcontinentale. J’étais ainsi très intéressé de savoir comment l’autrice allait traité le sujet. Alors comme souvent, c’est vrai, il a trainé un peu dans ma PAL, il faut dire que dernièrement j’ai plus de facilité à sortir ma liseuse que des livres papier. En ce qui concerne la couverture, illustrée par Xavier Collette, elle est vraiment très jolie. Il est à noter que ce récit a gagné le prix Bob Morane 2018 du roman français.

Ce livre nous plonge ainsi en 2016, aux Etats-unis, où l’on suit Jenny une jeune fille fascinée par les trains, serveuse dans un saloon et qui vit tranquillement sa vie. Sauf que voilà sa passion pour les trains n’est pas anodine, elle en fait même des rêves très réalistes la nuit et depuis quelques temps des visions viennent même l’assaillir en pleine journée. En voulant comprendre ce qui lui arrive elle va alors très rapidement plonger dans une histoire qui la dépasse. J’avoue j’ai plongé assez rapidement dans ce récit qui est construit de façon fluide et entraînant, y retrouvant un peu de ce qui fait la réussite du cycle Lasser avec un chapitrage assez court, offrant une histoire un minimum entraînante et qui apporte ce qu’il faut de fougue et d’énergie pour pousser à tourner les pages. Pour autant, même si j’ai passé un assez sympathique moment de lecture avec ce livre, certains aspects ont fait que je n’ai jamais non plus réussi à entrer complètement dans l’histoire. C’est un peu dommage. L’intrigue, sans se révéler non plus des plus originales avec cette jeune héroïne « différente » qui va très vite se révéler bien plus que cela, ne manque pas pour autant d’être, je trouve, solide dans sa construction et son évolution. Le récit ne manque pas non plus de rebondissements, de révélations et de manipulations, même si c’est vrai l’ensemble reste, de ce point de vue là, assez simpliste, où chaque problème est résolu quasiment dans foulée, ce qui enlève finalement assez rapidement une grosse dose de tension au récit. Au final on sent assez rapidement qu’il ne va jamais rien arriver de très méchant à Jenny et ses amis.

Le gros point fort du roman vient clairement de son univers, et plus particulièrement de son aspect historique. En fait, je dois bien admettre, j’ai été plus emporté par les flashback, l’histoire et l’image sous-jacente qu’elle raconte, que par la quête de l’héroïne. Tout cet aspect sur l’Histoire des Etats-Unis, de la conquête de l’ouest, de l’immigration, de la construction de cette ligne de train dans des conditions pas toujours très morales surtout dans l’utilisation de main-d’oeuvre étrangère qui tend vers l’esclavage ne manquent pas d’intérêt. Il y a aussi un travail un minimum intéressant sur les différentes ethnies, sur la vie sans foi ni loi de l’époque dans un pays où la compétition est la norme, la gestion des peuples et des terrains, où le plus fort est quasiment toujours celui qui gagne. On sent que Sylvie Miller s’est fortement documentée sur cette période, ce qui offre un vrai plus au récit et une toile de fond dense et soignée. Le récit m’a aussi amené à effectuer un peu mes propres recherches pour en apprendre plus sur justement la période, la violence et le rejet, parce-que à part quelques BD de Lucky Luke, comme je l’ai dit, cette construction du chemin de fer j’en ai surtout entendu parler d’un point de vue secondaire dans des films. Maintenant le soucis de l’univers vient que pour tout ce qui concerne magie, la gestion sociale des différentes communautés, ou bien encore tout ce qui tourne autour du conseil, de sa création, de son existence, le tout est amené de façon trop simple, trop rapidement et parfois de façon trop facile. Si je prends l’exemple de la magie on a vraiment l’impression face à l’héroïne que tout s’apprend très très aisément, voir trop.

Le récit tente aussi de nous offrir de nombreuses réflexions, que ce soit sur l’acceptation des autres, la notion de différence, la haine, l’amour, la famille qui, c’est vrai, sont amenées avec assez de coeur et d’envie pour un minimum réfléchir, mais qui très vite montrent leur absence de complexité. J’ai ainsi trouvé que même si les questionnements ne laissaient pas indifférent, ils paraissaient toujours n’être traités qu’en surface, évitant un peu trop la difficulté à mon goût ce qui est légèrement dommage. Concernant les personnages ils restent très classiques dans leurs constructions, ce qui ne les empêche pas certains de s’avérer accrocheurs et intéressant à suivre, je pense principalement à Jenny, mais qui rend d’un autre côté d’autres protagonistes un peu caricaturaux et très rapidement et facilement devinables, je pense principalement à Mike. Il arrive même que parfois certains le sont trop et tombent de trop dans le manichéisme, je pense principalement à certains personnages de cette mafia que l’on voit apparaître et qui donne l’impression d’un mauvais film de gangster. Cela ne veut pas dire pour autant que certains personnages ne se dégage jamais, Jenny et quelques autres encore arrive a sortir leurs épingles du jeu, que ce soit à travers leurs fougues, leurs constructions ou encore leurs émotions et leurs envies, mais voilà c’est un peu dommage qu’en parallèle d’autres soient finalement un peu trop archétypes, binaires et moins denses ce qui empêche un certain équilibre de se former.

Je regretterai aussi, par moment, certaines longueurs qui apparaissent dans le récit ou certains passages qui, selon moi, ne méritaient pas obligatoirement toujours autant de détails. Sans que cela gâche le rythme du récit, on a parfois l’impression que l’autrice cherche à trop en faire. Concernant la conclusion, même si elle remplit son rôle j’ai trouvé qu’elle fait un peu trop happy-end. Enfin selon moi, le principal point qui a fait que j’ai eu du mal à complètement entrer dans le récit c’est ce côté trop rapide qui oui, comme je l’ai dit colle parfaitement à un récit comme Lasser, mais qui ici donne une impression que tout est traité trop vite. Que ce soit le développement de l’héroïne, les réflexions ou les révélations tout va très vite ce qui donne un sentiment que cela manque par moment de profondeur, de densité. Après peut-être que Sylvie Miller voulait aussi toucher un publie plus large, plus « novice » dans le genre ce qui a fait qu’il n’a alors pas complètement répondu à mes attentes. Attention, dans l’ensemble il reste plutôt sympathique, ayant tout de même des aspects très intéressants et ne manquant pas de fluidité, le tout porté par une plume simple, efficace, et un minimum entraînante. Je lirai sans soucis d’autres écrits de l’autrice pour voir ce qu’elle peut nous proposer par la suite et son évolution, et j’attends aussi avec impatience le prochain de Lasser.

En résumé : Au final j’ai passé un assez sympathique moment de lecture avec ce roman, même si je dois bien admettre qu’il n’a pas non plus complètement répondu à mes attentes. Le récit et les aventures de Jenny reposent sur une construction qui ne manque pas d’énergie et s’avère fluide à travers un chapitrage court et de nombreux rebondissements, de nombreuses péripéties et des manipulations. Le gros point fort vient du travail réalisée sur l’univers et plus principalement sur son aspect historique, cette histoire de ligne de chemin de fer transatlantique et tout ce que cela a pu amené comme améliorations, mais aussi déviances. On sent que Sylvie Miller a réalisée de nombreuses recherches et offre une toile de fond dense et soignée. Ce qui est dommage c’est que tout le côté magie, voir tout ce qui tourne dans les relations paraissent en contrepartie traitées de façon trop rapides et simplistes. Concernant les réflexions il y en a de nombreuses que ce soit sur la notion de tolérance, de différence, d’amour, d’amitié et autres et même si cela fait un peu réfléchir, encore une fois j’ai trouvé que le récit ne faisait que les traiter en surface ce qui est légèrement frustrant. Pour les personnages je suis un peu circonspect, certains arrivent à sortir du lot offrant des protagonistes intéressants, un minimum complexes et qui ne manquent pas d’énergies, là ou d’autres ont du mal à marquer et parfois tombent dans la caricature et le manichéisme. J’ai aussi trouvé que le récit offrait certaines longueurs selon moi. Je ne sais pas si Sylvie Miller souhaitait ouvrir son récit à un lectorat plus « novice », mais finalement c’est principalement cette simplicité qui a fait que je ne suis pas complètement entré dans le récit, je pense que j’en attendais plus. La plume de l’autrice est fluide, simple et entraînante et je lirai sans je pense d’autres de ses écrits pour voir ce qu’elle pourra proposer par la suite.

 

Ma Note : 6/10

 

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  1. Bon, je crois que ton avis rejoint les impressions que j’ai eu en feuilletant le livre une ou deux fois et en en parlant avec Sylvie elle-même. J’avoue que le fait que ce soit assez simple et que les problèmes se résolvent facilement, ne me donne pas spécialement envie de m’y plonger … Je verrai si un jour il a la chance de passer en poche.
    Merci pour cet avis toujours aussi complet 🙂

    • Après tout dépend toujours des attentes du lecteur, mais je suis comme toi le côté parfois simpliste n’est pas toujours intéressant. Après si tu souhaites quand même le découvrir, je peux toujours en faire un livre voyageur.

  2. La couverture fait jeunesse je trouve.
    Je vais déjà finir la série Lasser, et je verrai éventuellement plus tard pour celui-là.

    • Je la trouve sympathique la couverture, mais c’est vrai qu’elle est beaucoup moins sombre que ce que l’on voit habituellement.
      Je peux le comprendre, j’attends aussi avec impatience la suite des aventures de Lasser.

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