Amatka – Karin Tidbeck

Résumé : C’est une colonie sans soleil, enclavée dans un désert glacial. Une communauté de pionniers défend une société égalitaire contre un environnement hostile. Ici, les mots façonnent la réalité et protègent le collectif du chaos.
Vanja de Brilar d’Essre Deux arrive à Amatka pour réaliser une étude de marché. Les allusions séditieuses du bibliothécaire, les contradictions du Comité et la désagrégation inhabituelle des objets la troublent, attisent ses doutes et ravivent des interrogations enfouies. Refusant de respecter plus longtemps des tabous devenus intolérables, elle explore les failles de la ville pour découvrir la vérité sur cet écosystème inouï, au risque d’en rompre le fragile équilibre.
Une fable politique sur le contrôle social, la peur du changement et la plus insensée des révolutions.

Edition : La Volte

 

Mon Avis : Amatka j’en ai initialement entendu parler lors de sa publication au USA, car suivant un peu l’auteur Jeff Vandermeer sur les réseaux sociaux, il en faisait une promotion intéressante. Après, je ne me suis pas lancé en VO, un peu peur de mal appréhender le texte dans son ensemble, ayant encore du mal, j’avoue, à juger mon niveau d’Anglais. Par conséquent, quand j’ai vu que les éditions de La Volte allaient proposer la publication de ce roman en France, j’ai su qu’il allait rapidement rejoindre ma PAL, pour que je puisse me faire un avis. Il s’agit d’ailleurs du premier roman de l’autrice suédoise publiée en français. Concernant la couverture, elle a ce côté froid, un peu glacial, qui colle parfaitement au récit je trouve.

Ce livre va nous faire suivre Vanja de Brilar d’Essre Deux qui quitte sa colonie, Essre, pour rejoindre celle d’Amatka et y mener une étude de marché sur les produits d’hygiène. Sauf que voilà, la vie à Amatka, va peu à peu la pousser à se questionner, à retrouver des souvenirs anciens, mais aussi à essayer de mieux comprendre ce monde étrange qui l’entoure et l’étouffe. Franchement je dois bien admettre que j’ai passé un bon, voir un très bon moment de lecture avec ce roman et je comprends pourquoi Jeff Vandermeer a cherché à le mettre en avant. Alors oui, tout n’est pas parfait, mais Amatka est ce genre de roman qui, une fois terminée, continue à vous faire réfléchir, à vous questionner. On plonge ainsi à la découverte d’une Utopie, une sorte de Colonie qui parait futuriste, dans un nouveau monde étrange qui a obligé à la mise en place de règles strictes pour survivre. Le récit est ainsi construit lentement, plongeant directement le lecteur dans cet univers, lui laissant faire ses propres déductions, assembler les pièces au fur et à mesure pour lever le voile sur l’ensemble que construit l’autrice. On n’est pas dans un récit qui prend le temps de poser sa toile de fond, qui offre une introduction très carrée permettant d’y amener l’ensemble des bases nécessaires, on est plus dans un récit qui joue avec le lecteur, le poussant à faire ses propres déductions. C’est le genre de construction qui me plait car il faut aller plus loin que simplement se laisser porter, il faut construire ses hypothèses avec les différents indices et les différentes révélations qui sont présentées.

Le premier gros point fort de ce roman vient clairement de son ambiance, mais aussi de l’univers qui est construit au fil des pages. On est clairement dans un monde froid, glacial, qui offre d’une certaine façon une atmosphère vraiment prenante, limite angoissante, stressante, qui vient coller parfaitement à cette utopie étrange et dérangeante. Je me suis ainsi retrouvé facilement captivé par la découverte de ce monde qui n’est pas sans rappeler une société communiste que ce soit dans la notion de communauté, de contrôle, de « rééquilibrage » des êtres les plus dissidents, qui sépare les enfants des parents pour éviter de créer des liens trop affectifs. Pour autant ce monde va se révéler bien plus qu’une simple construction communiste, Karin Tidbeck y ajoute aussi des considérations sociales d’actualité, des réflexions sur la notion de sexualité, de la famille, mais aussi la notion de groupe. On y retrouve aussi un peu un aspect étrange, déroutant, principalement avec les objets et dont je ne peux pas trop en parler sous peine de spoiler, mais qui, pour moi, offre un plus que ce soit à travers l’ambiance comme dans les réflexions que cela peut amener. Cette utopie devient ainsi peu à peu de plus en plus oppressante, déroutante, perturbante que ce soit dans la façon dont elle est gérée, mais aussi à travers les différents lieu visités à la fois austères, glacés, immenses et d’une certaine façon étouffants. L’autrice construit ainsi quelque-chose qui est, d’une certaine façon, fascinant, bien porté par plusieurs originalités que je vous laisse découvrir. Car cette communauté, ce monde, ne manque pas non plus d’étrangeté, une touche de fantastique  qui offre une plus, une originalité intéressante.

L’autre point fort de ce roman vient des réflexions qu’il vient soulever. Tout d’abord dans la construction de sa société qui se veut totalitarisme pour le bien de tous, dans la façon dont elle « manipule » la population, l’amène à faire ce que souhaite la société et non pas ce que pourrait souhaiter la personne. Bien entendu tout cela est là pour permettre la survie de tous face aux dangers du « monde » qui les entoure. Ainsi la vie de chacun répond aux besoins de la société, est planifiée pour éviter top de libertés. Il y a ainsi un travail très intéressant sur la notion de bonheur, se poser la question, certes classique, mais qui est bien construite ici, de savoir si on est plus heureux en obéissant aveuglement à la société ou bien en étant « libre ». Surtout qu’il ne peut en être autrement, les différentes colonies dépendant les unes des autres, si l’une d’entre elle venait à ne plus répondre cela pourrait causer de graves conséquences. L’autre grosse réflexion de ce roman vient du pouvoir des mots. Certes c’est une réflexion qui a déjà été traitée plusieurs fois, mais qui ici fonctionne à nouveau très bien. Il y a une vraie question sur ce que peut amener les mots, sur la façon dont on s’en sert, soit pour endoctriner et figer une société à travers la répétition, soit on peut aussi s’en servir pour détruire et reconstruire, changer. L’utilisation des mots, la façon dont on les façonne a ainsi une importance car dans Amatka il peut aussi façonner le monde, littéralement. Il y a aussi d’autres questionnement que ce soit sur le pouvoir des livres, sur la notion de famille, de couple, d’enfermement sur soi-même, ou bien encore sur l’ouverture de cette colonie au capitalisme. Les choix que va alors faire Vanja va peu à peu amener ce monde à, d’une certaine façon, exploser, à nous dire qu’il est toujours possible de se battre face à certaines idées, même si ce n’est jamais sans conséquences. Il y a toujours l’espoir de changer le monde, mais il a un prix.

Maintenant le récit, c’est vrai a aussi ses défauts, certains qui se révèlent quand même un peu frustrants. Le premier vient que le côté très froid, très glacial, qui offre certes une ambiance prenante et captivante, impacte obligatoirement les personnages. Ils n’arrivent ainsi jamais franchement à effacer la distance qui se crée au fil des pages, ce qui fait qu’on n’est jamais vraiment attachés à eux, ni inquiétés par ce qui pourrait leur arriver. Attention il y a des personnages très intéressants, face à leurs actes, aux questions qu’ils soulèvent, mais voilà ils n’ont jamais réussi à me toucher. J’ai aussi trouvé que Karin Tidbeck cherchait à trop en faire sur certains points, comme par exemple l’histoire d’amour de l’héroïne, qui m’a paru ne pas apporter grand-chose au récit excepté une réflexion sur la définition de couple, alors qu’elle aurait pu être plus prenante. Enfin, j’avoue, la conclusion m’a laissé un sentiment de légère déception. Oh, attention elle est percutante et amène de nombreuses réflexions, mais par un autre côté on a l’impression d’une fin précipitée, qui n’arrive pas à complètement clôturer le récit. Pourtant, j’aime les fins ouvertes, mais là voilà ça n’a pas tout a fait fonctionné, même si elle possède des aspects plus qu’intéressants. La plume de l’autrice est simple, glaçante, efficace, collant parfaitement au récit, nous faisant réfléchir et, d’une certaine façon, elle a réussi à me captiver et à me faire tourner les pages avec l’envie d’en apprendre plus. Au final même si Amatka a quelques défauts, il possède aussi de nombreuses qualités et je me laisserai bien tenter par le recueil en VO de Karin Tidbeck.

En résumé : Amatka m’a offert un bon, voir un très bon moment de lecture. C’est le genre de récit qui, même s’il a quelques défauts, une fois la dernière page tournée continue, je trouve, à questionner le lecteur. On y suit Vanja de Brilar d’Essre Deux dans cette utopie totalitaire, qui va peu à peu changer et remettre en cause son monde. Le premier point fort de ce roman vient de son univers, mais aussi de l’ambiance qu’il construit. On plonge ainsi dans une communauté qui n’est pas sans rappeler le communisme, avec toute ses règles, ses obligations. Un univers qui devient de plus en plus oppressant, étouffant, mais qui possède aussi une atmosphère froide, glaciale. L’autre point fort de ce récit vient clairement des nombreuses réflexions qui sont soulevées, mais aussi de l’excellent travail mené par Karin Tidbeck pour nous questionner. Que ce soit sur le bonheur, la notion de capitalisme, la famille, la société et la place de chacun dans cette dernière, ce roman ne m’a pas laissé indifférent et à travers les actes de l’héroïne nous montre qu’il est toujours possible de se battre contre certaines idées, même si cela a toujours un prix. Maintenant le récit a aussi quelques défauts, le côté très froid rend les personnages distants, on a du mal à s’attacher à s’inquiéter pour eux, ensuite l’autrice en fait parfois un peu trop, je n’ai pas trouvé l’histoire d’amour intéressante, enfin j’ai trouvé la fin un peu brutal et légèrement frustrant. J’aime pourtant les fins ouvertes, mais là j’ai eu l’impression que l’autrice devait terminer son récit. Après cela n’enlève en rien aux qualités de ce roman qui s’avère intelligent, prenant et captivant, bien porté par une plume simple, glaçante et efficace et je lirai sans soucis d’autres écrits de l’autrice.

 

Ma Note : 7,5/10

 

Autres avis : Yogo, Des livres et les mots, Le chien critique, Unwalkers, …

Précédent

Le Cycle de Syffe Tome 1, L’Enfant de Poussière – Patrick K. Dewdney

Suivant

New York 2140 – Kim Stanley Robinson

  1. On est sur la même longueur d’onde, un univers prenant mais des personnages froids et un final trop rapide mais la lecture est très interssante.

  2. C’est marrant moi j’ai vraiment adoré l’ambiance et j’ai trouvé la fin top 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

© 2010 - 2018 Blog-o-Livre

%d blogueurs aiment cette page :