New York 2140 – Kim Stanley Robinson

Résumé :It is 2140.
The waters rose, submerging New York City.
But the residents adapted and it remained the bustling, vibrant metropolis it had always been. Though changed forever.
Every street became a canal. Every skyscraper an island.
Through the eyes of the varied inhabitants of one building, Kim Stanley Robinson shows us how one of our great cities will change with the rising tides.
And how we too will change.

Edition : Orbit

 

Mon Avis : Kim Stanley Robinson est un auteur connu et reconnu dont j’ai lu il y a plusieurs années maintenant La Trilogie Martienne. Sans dire que ma lecture avait était excellente, je me souviens quand même de longueur et d’une légère lourdeur par moment, je trouvais tout de même que cette trilogie proposait une vision futuriste immersive et un univers fascinant à découvrir. Depuis, c’est bien simple, je n’ai rien lu de l’auteur. J’étais pourtant tenté, il y a quelques mois, par découvrir 2312 qui sortait alors en VF, mais les retours loin d’être positifs m’avaient rapidement refroidi. Je profite donc que New York 2140 soit nominé au prix hugo du meilleur roman et du challenge que je me suis lancé, pour replonger à nouveau dans un livre de l’auteur. Concernant la couverture, j’avoue, personnellement, j’aime bien cette vision futuriste de New York.

Ce roman nous plonge dans un futur proche, le monde dans sa folie de pollution, de surconsommation et d’exploitation des ressources a connu deux grandes catastrophes climatiques. Ces catastrophes ont eu pour conséquences de « redessiner » notre monde, puisque l’ensemble des mers et des océans se sont élevés de plusieurs mètres. C’est principalement le cas de New York qui a vu une partie de la ville être inondée. L’auteur construit à partir de là un roman chorale, suivant plusieurs habitants du gratte-ciel le MetLife, transformé en coopérative, et qui tentent de vivre dans un monde qui n’a finalement que peu changé. Je dois dire que je ressors avec un sentiment ambigu de ma lecture de ce roman. Il a des points très intéressants à découvrir, à suivre, mais par d’autres aspects il m’est limite parfois tombé des mains (Aucun Kindle n’a été abimé durant celle lecture). Dans l’ensemble je dirais que je ressors plus intéressé que déçu de ce livre, mais franchement ça se joue à pas grand-chose et je pense que l’auteur aurait pu offrir tellement plus. Déjà il faut savoir qu’on est dans un récit qui se veut de Climatique Fiction, mais va aussi se révéler bien plus que cela dans la façon dont il nous présente la société, l’économie. L’ensemble est amené sur un rythme lent, très lent, en effet le récit est coupé en huit parties, avec huit personnages à découvrir au minimum une fois par partie. Déjà là c’est un peu frustrant. On a ainsi l’impression de sauter de l’un à l’autre sans jamais vraiment se fixer, ce qui, certes, permet de développer de façon plus vaste le récit et la découverte de la ville, mais empêche de vraiment s’arrêter sur chacun des personnages. Surtout que l’intrigue prend franchement son temps pour décoller et même quand elle est dans son climax le plus haut elle reste, à mon avis, plutôt molle.

L’auteur a toujours cette capacité développer une société réaliste, fascinante dans ses évolutions, ses changements, son adaptation face aux bouleversements, mais aussi dans l’aspect économique, les changements que cela amène. C’est d’ailleurs, je trouve, le gros point fort de ce roman, l’avenir que nous présente l’auteur, qui parait tellement réaliste et qui, d’une certaine façon, nous montre ce que pourrait devenir notre planète si on ne fait pas un peu plus attention. Mais aussi à travers l’importance du climat qui a des conséquences beaucoup plus globales que l’on pourrait croire. D’une certaine façon il montre également une certaine résilience de l’humanité, une capacité à survivre sans non plus tomber dans le post-apo violent et sanglant même si l’Homme tombe dans le même travers. Ayant plus qu’un pied dans l’environnement, je me suis senti concerné par ce que décrit Kim Stanley Robinson, par notre aveuglement, les conséquences que cela a déjà et pourrait avoir dans quelques années. C’est d’ailleurs un peu dommage, je trouve, qu’il ne fait que rester à New York, là où il aurait pu étendre peut-être la vision de son monde, mais de ce point de vue là rien de bien grave.

Je suis par contre un peu plus frustré par sa capacité à se transformer en guide touristique taxi. Franchement chaque voyage en bateau dans les allées de la ville (montée des eaux obliges) prendre son temps pour bien nous présenter les rues et comment elles ont changées face aux modifications climatiques. Cela devient très vite lourd je trouve, car finalement que ce soit la rue X ou Y elles sont majoritairement sous l’eau, pas la peine de le répéter plusieurs fois. Enfin autre point frustrant, le narrateur qui est « The Citizen » (le citoyen) est aussi celui qui permet le plus de construire cet univers En effet à chaque partie il a son chapitre et nous montre ainsi l’histoire de la ville et du monde depuis notre époque. Sauf que voilà l’auteur ne lisse pas ces informations dans son intrigue ce qui est frustrant, car en offrant à chaque fois un chapitre à part il hache finalement son récit ; chaque fois que The Citizen parle on a ainsi l’impression d’être coupé comme si le narrateur nous disait : prenons une pause et laissez moi vous expliquer.

L’aspect technologique ne manque pas non plus d’attrait, nous montrant comment on pourrait s’adapter pour limiter notre impact carbone, comment on pourrait avancer et évoluer. Surtout le livre ne fait pas que s’arrêter a une notion climatique. Comme je l’ai dit, il fait aussi une « critique » de notre société capitaliste et principalement face à la capacité des marchés boursiers à diriger notre monde, à enrichir les plus riches et appauvrir les plus pauvres. On se rend compte aussi de sa capacité à toujours s’en sortir, à trouver de nouveaux indices sur lesquels miser pour se faire de l’argent. Alors oui, je ne vais pas le nier, parfois c’est présenté de façon un peu simpliste. Parfois l’auteur tombe dans le binaire avec ce « nous » face aux « autres » tellement flou que c’est plus de l’argument massue que raffiné et soigné, mais dans l’ensemble il arrive à nous faire réfléchir, à nous questionner sur notre monde, cette masse d’argent invisible, limite inexistante, sur comment le monde actuel a réussi à transformer en argent des éléments « physiques » sans valeurs, à travers les assurances et autres, pour les réinjecter dans la bourse, comment les banques jouent en sachant qu’elles sont couvertes. Même si certains points sont très US, certains aspects sont traités de façon superficielles, certains points sont légèrement trop aiguillés par l’auteur selon sa vision, je trouve que cela fonctionne quand même bien et ne devrait pas laisser indifférent. Surtout que le récit décide de faire tomber ce système de tenter d’amener une vision, une construction différente de notre monde. Sauf que voila, là on rentre dans les aspects qui m’ont dérangé.

Le premier soucis vient clairement de la façon dont l’auteur nous raconte son récit, cette façon de vouloir changer le monde, elle repose sur des éléments totalement improbables. On pourrait déjà grincer un peu des dents devant la facilité aux différents héros du récit de devenir tous amis, d’aller tous dans la même direction, d’avoir les bonnes idées aux bons moments, d’avoir tous envie de changer les choses et d’avoir de telles opportunités pour réaliser le plan sans que rien ne bouge et paraisse régir. Cela donne l’impression qu’en plus de vouloir construire un futur plus utopique, son intrigue est aussi utopique. Surtout que bon l’idée d’avenir que construit l’auteur sort quand même plus d’un essai du genre « 10 points pour changer le monde » en oubliant toutes les interférences qui pourraient apparaitre. J’ai aussi été très frustré par les facilités qui sont mises en place dans ce récit.

Désolé je vais SPOILER, mais pour réussir ce qui doit être fait, pour faire changer le système il leur faut de l’argent, beaucoup d’argent. Bien entendu deux de nos héros dans le livre vont comme par magie trouver 4 millions de dollars (à l’époque) en or  d’un bateau qui a coulé en 1780, le HMS Ussar (qui a réellement existé). Bien entendu 4 millions en 1780 doit amener (je ne me souviens plus du chiffre exact dans le livre) à 4 billions de dollars en 2140 (Fin du SPOILER). C’est sûr que ça aide pour changer le monde, c’est d’ailleurs dommage que pour changer le monde en 2140 il soit nécessaire de posséder une telle somme, même si bien entendu d’autres éléments vont entrer en jeu, l’argent ne faisant pas tout. Cela donne cette impression que si on veut changer le système on n’y arrivera peut-être jamais. Enfin, l’auteur a aussi construit des scènes totalement WTF, du genre : une des héroïnes a des soucis avec des ours en liberté dans son avion devinez quelle personne elle va appeler en premier ? Le concierge de son immeuble. Déjà imaginer l’héroïne toute seule avec vingt ours dans un avion, même si c’est une mission secrète, ça me fait mal au cerveau, là le coup de téléphone m’a achevé je pense. Concernant les personnages, il est difficile de les juger, certains mes paraissent inutiles dans le récit, d’autres s’avèrent intéressants à découvrir et enfin d’autres sont très archétypaux, mais sans tomber non plus trop dans la caricature. J’ai aussi trouvé légèrement frustrant la façon dont certains évoluent plus pour les besoins de l’intrigue que de façon vraiment cohérente.

Finalement c’est un peu ce que je reproche à l’auteur, c’est qu’il oublie de raconter une histoire, certes il met bien un fil rouge, mais voilà ça manque globalement de subtilité, parfois de réalisme et finalement on sent qu’il avait surtout envie de construire son récit pour faire réfléchir et aboutir à la conclusion qu’il avait envie de proposer : On peut changer le monde. Ajouter à cela une impression que le roman aurait pu être facilement élagué d’un bon tiers sans que cela n’impacte l’histoire et vous comprenez pourquoi je ressors un peu mitigé. Oui, en tant que personne ayant un pied dans l’environnement j’ai pris cette petite claque visuelle de ce qu’on fait de ce monde, de l’envie de faire bouger les choses, mais en tant que lecteur j’ai aussi besoin d’avoir une intrigue qui me donne envie de tourner les pages, ce qui n’a pas complètement été le cas. J’ai ainsi surtout eu l’impression que l’auteur nous déguisait un essai sous les traits d’un roman et c’est un peu dommage. Je vais m’arrêter là car sinon je vais vous perdre. La plume de l’auteur est simple, parfois clinique, rien d’obligatoirement marquant, mais qui ne m’a jamais non plus bloqué, arrivant à construire un monde captivant, même si cela impacte, je trouve, le côté attachement des personnages. Difficile pour moi de vous « vendre » ce livre, au final je laisse à chacun se faire son propre avis.

Il est à noter que j’ai lu l’ensemble des romans nominés aux Hugo Awards 2018. Je ferai un article récapitulatif rapidement.

En Résumé : Je ressors de ma lecture de ce New York 2140, un peu frustré. Il y a des points que j’ai apprécié, mais il y en a d’autres qui, limite, m’ont fait tomber le livre des mains. Dans les points forts, j’ai accroché à la vision futuriste que nous propose l’auteur, à cette façon dont il nous amène à réfléchir sur notre monde, la façon dont nous le gérons, la façon dont l’évolution du climat va peut-être redessiner de nombreuses choses. Pareil concernant l’aspect social et surtout économique de notre société il y a une réflexion intéressante. Certes parfois c’est un peu simpliste, par moment même binaire et parfois l’auteur tombe dans l’argument massue correspondant à ses convictions, mais dans l’ensemble ça fonctionne et ayant un pied dans l’environnement j’ai accroché à ce qui est construit. Le soucis vient que l’auteur a du mal à construire un récit autour, au point parfois que je me suis demandé si Kim Stanley Robinson n’aurait pas dû écrire un essai, même si obligatoirement tu touches moins de lecteur. Franchement entre les facilités, les scènes un peu aberrantes voir ubuesques,  les grosses ficelles pour bien amener son intrigue là où il le souhaitait, j’ai été déçu de l’intrigue qui, d’ailleurs, se construit sur un rythme très mollasson. Pourtant l’idée de changer le système est intéressante et il y a des passages efficaces, mais voilà c’est trop peu je trouve. Concernant les personnages je ressors mitigé, certains sont dispensables, d’autres sont captivants, et d’autres encore sont un peu trop stéréotypés. J’ai aussi trouvé dommage que parfois le livre se transforme en guide touristique ou bien encore la narration de The Citizen qui est juste-là pour amener du background et de l’aspect historique hache le récit. Enfin le récit aurait pu être élagué d’un bon tiers sans que cela dérange la lecture. Au final oui j’ai adoré la vision du futur et la construction qu’en a fait l’auteur, mais le reste ne suit pas toujours et c’est dommage. La plume est simple, froide, légèrement clinique, rien de remarquable, mais qui fonctionne tout de même.

 

Ma Note : 5,5/10

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  1. Ah mince, dommage !

    • Après des retours que j’ai, c’est un peu le soucis actuel de l’auteur qui oublie de raconter une histoire. La toile de fond reste très intéressante par contre.

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